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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Un vieil homme priant, un oncle japonais et un parc aquatique...

 

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Au Japon, Louis est venu en vacances avec son épouse Satsuko et leur fille, Kohana. Il y a longtemps, Louis s'est trouvé séparé de son père. il a acquis la conviction que celui-ci se trouve quelque part dans la capitale nippone...

A peine avait-il fini de parler que le prêtre orthodoxe disparut dans le vieillard japonais qui continua ses prières. Ne le voyant manifester aucun intérêt pour lui, Louis se leva, laissant l'homme à sa méditation et resta un moment sidéré. Une part de lui était redevenue Lucas et elle exigeait qu'il agisse vite. Il le fit. Revenant vers l'oncle, il lui fit une demande qui ravit celui-ci et surprit Satsuko. Quitter le bel appartement et s'installer dans une des suites de l'hôtel que l'oncle Keiji venait juste de faire achever ? Rester au calme dans un décor bucolique et cesser de déambuler dans une ville de neuf millions d'habitants au rythme trépidant ? Tout d'un coup, c'était bien alors qu'hier encore ce n'était pas une bonne idée ! Pour sa part, elle en restait persuadée. L'île de Wight leur offrait déjà une mode de vie plus rural qu'urbain et la maison dans laquelle ils vivaient ressemblait davantage à une vaste et cossue demeure campagnarde qu'à un appartement high tech. Alors pourquoi ? Comme toujours, le doux Louis n'imposa rien et lui laissa la décision non sans lui fournir des explications feutrées. Ce serait un autre Japon et puis l'oncle adoré serait très heureux de leur montrer sa création ! Se laisser convaincre ne fut pas difficile pour Satsuko. Elle avait deviné que l'oncle en avait assez de la grande ville et qu'il brûlait d'envie de leur montrer sa création.

Ils firent donc leurs bagages et se rendirent dans un lieu qui d'emblée les transporta. Le Paradis bleu. C'était le nom choisi. Simple, il sonnait bien. Le moins qu'on puisse dire est que l'oncle avait vu grand. Il ne s'agissait pas d'un parc mais bel et bien de deux qui conjuguaient chacun le thème de la mer. Le premier offrait tout d'une gamme d'attractions allant du manège pour enfants au labyrinthe en passant par la promenade musicale en bateau dans un univers très océanique et le spectacle dansé et chanté sur les thèmes de la pêche et du voyage de découverte. Bruyant, il était surpeuplé en fin de semaine, tout étant mis en œuvre pour retenir le visiteur qui pouvait tout à la fois s'y distraire, s'y restaurer ou y faire des achats. Clinquant, coloré, il était indéniablement attractif et retrouvant leur âme d'enfant ni Satsuko ni Louis ne s'y ennuyèrent. Toutefois, ce fut l'autre parc qui les captiva. Vaste espace parcouru de belles allées qui serpentaient entre de grands îlots artificiels, il permettait de se promener dans le calme tout en contemplant les animaux marins que l'oncle avait fait venir là pour réjouir la vue. Il ne leur était rien demandé d'autre en effet que d'évoluer dans les bassins ou les aquariums qui leur étaient dévolus et ils le faisaient avec grâce attirant les contemplatifs solitaires tout autant que les familles. Lions de mer, morses et phoques s'ébattaient en même temps que les otaries les dauphins et plusieurs sortes d'oiseaux. Paisible, très bien entretenu, l'espace était majestueux, l'oncle Keiji n'ayant pas lésiné sur la grandeur des bassins. Moins commercial que le premier parc, ce second espace n'offrait d'autre divertissement que celui de la promenade mais il était très esthétique et bien sûr on pouvait s'y prélasser dans un café et même y déjeuner. Il bénéficiait également d'un hôtel offrant trente chambres et plusieurs suites dont les prix élevés ne dissuadaient pas la clientèle. Doté d'un vaste hall bleu et vert décoré de belles photos de mammifères et d'oiseaux visibles dans le parc, il permettait aux visiteurs de se relaxer dans des chambres au décor raffiné et apaisant, de faire des repas fins, la gastronomie japonaise étant à l'honneur et de profiter d'une jolie piscine. On pouvait s'y faire masser, assister à une conférence et même s'y faire maquiller ou coiffer. Une clientèle huppée se pressait là et Satsuko reconnut même quelques acteurs en vue et quelques chanteurs, sa vie anglaise ne l'ayant pas coupé des réalités japonaises, des médias et du star système. Elle en fut ravie. Comme toujours, elle prenait le meilleur de ce qu'elle voyait, s'amusant et faisant preuve d'un enthousiasme communicatif. De toute façon, que ce soit à propos du premier ou du second parc, Louis ne pouvait qu'être d'accord avec elle : que dire de mal d'un endroit pareil puisqu'il y avait de quoi s'amuser, s'instruire et s'apaiser devant le spectacle de la beauté ? Dans un décor et un pareil, ils ne pouvaient être qu'heureux et ils l'étaient !

D'abord toujours ensemble, ils se séparèrent pour se livrer à des activités différentes. Satsuko acquit du matériel de dessin et déambulant dans l'un et l'autre des parcs, elle se mit à croquer des scènes tout en faisant de l'aquarelle dans un petit salon de l'hôtel que l'oncle avait laissé libre pour elle. Elle avait sans doute déjà en tête d'illustrer certaines histoires pour des auteurs qu'elle appréciait mais il lui venait l'idée d'en inventer et elle était sûre qu'elle y mettrait des dauphins. Elle ne se lassait pas d'aller les contempler. Quand elle ne dessinait ni ne peignait, elle passait beaucoup de temps avec Louis et Kohana à qui ils chantaient tous deux beaucoup de chansons. Il lui arrivait aussi de livrer son corps aux délices d'un massage, de lire ou de parcourir le parc dans une voiturette de tourisme comme les affectionnait son oncle tout en devisant avec celui-ci.

Louis lui, marchait beaucoup. La réponse était là. Il devait être vigilant. Profitant lui-aussi de la petite voiture électrique de l'oncle, il parcourut aux heures creuses les allées des deux parcs et revint seul à des endroits où il lui semblait que la personne qu'il guettait pourrait se montrer. A l'évidence, elle ne se montrerait pas dans la partie la plus bruyante et la plus animée du complexe et il convenait donc de l'attendre là où tout était plus calme. Il se mit donc à parcourir encore et encore des chemins qui durant la journée était souvent encombrés pour y revenir le matin avant l'ouverture ou le soir après la fermeture. Offrant à son épouse un visage préoccupé, il surprit désagréablement celle-ci et elle, qui n'était nullement soupçonneuse, se mit à le questionner se souvenant soudain des rêves inquiétants qu'elle avait faits à propos des masques.

-Pourquoi passer tant de temps dans ce parc ?

-Il est beau, non ? Je ne me lasse pas de ces bassins pleins d'orques et de dessins et j'aime tous ces beaux oiseaux. Ton oncle a agi en magicien ! Il a créé un espace pour le rêve...

 

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25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Le chercher, lui, le père...

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En voyage au Japon avec son épouse, Louis est l'hôte d'un industriel japonais qui a fait l'acquisition d'un parc à thèmes. Passionné par tout ce qu'il découvre, Louis est cependant rêveur. Son attitude surpend son épouse...

Satsuko avait beau être compréhensive, cela ne suffisait pas.

-Aujourd'hui, tu es bien resté six heures dans le parc. Je sais que tu aimes contempler ces deux dauphins femelles que l'oncle a sauvé de leur exil à Chiba. Ils vont très bien maintenant mais six heures...

-Oui, c'était trop aujourd'hui. Demain, je resterai davantage avec vous !

-Est-ce que tu cherches quelqu'un ?

-Mais qui voudrais-tu que je cherche ? Nous sommes si loin de chez nous ! J'aime cet endroit, c'est tout, et bientôt nous rentrerons en Angleterre.

-C'est tout ?

-Mais oui, c'est tout !

Que lui dire ? Elle ne croyait pas que Bee et Yuka le captivent au point qu'il oublie l'heure ! Il aimait à les contempler l'une et l'autre car elles étaient des rescapées et surtout parce qu'il avait l'intuition que c'était devant ce bassin là qu'il devait être. Seulement, le temps s'étirait beaucoup et pour la première fois depuis longtemps, il ne savait pas quand son attente serait satisfaite. A quand remontait d'ailleurs une aussi longue attente ? Il y avait eu bien des moments avec Stefano où Nicolas et lui avaient trouvé le temps bien long, se demandant où ils atterriraient à leur prochaine étape et combien de temps ils y resteraient. Et avec Caterina aussi, ils avaient parfois trouvé le temps long jusqu'à ce que la disparition tragique de son compagnon ne change la donne. Et pour finir, il y avait eu l'enfer. Mais tout cela, c'était avant que sa vie ne change et maintenant qu'elle était toute différente, il lui fallait être prudent sous peine de faire jaillir les questions. Son épouse lui en posait déjà. Cela signifiait donc qu'il était un peu trop transparent.

-Tu es différent ! Je ne t'ai jamais vu comme ça.

-C'est peut-être ce pays, toutes ces visites, cet univers si différent !

-Tu as épousé une Japonaise. Ma famille est japonaise ! Il y a longtemps que tu sais que nous sommes différents.

-Oui, oui bien sûr...

Comme il était maladroit soudain ! Allait-il être réduit au rôle d'un mauvais menteur ? De sa nouvelle vie, il ne voulait rien perdre mais de l'ancienne, il ne lui restait plus que son père à trouver car c'était lui qu'il attendait, il ne pouvait le nier. Du Mal il avait tout déjoué et pour que tout soit parfait, il fallait cette ultime rencontre. N'était-ce pas cela qu'avait voulu dire le père Kirill quand il s'était travesti en vieil asiatique priant ? A coup sûr, c'était cela.

Faisant son possible pour apaiser son épouse, Louis redevint le délicieux compagnon attentionné qu'il savait être et le jeune père trépidant. A son approche, Kohana était toujours heureuse, souriant et tendant les mains. Il la câlinait alors et la promenait.

Il maintenait cependant ses errances dans le parc tout en les ayant réduites et chaque jour il était attiré par les deux grands bassins où s'ébattaient les dauphins. Sa préférence allait à ceux qui venaient de Chiba et il n'était pas le seul à les aduler car les visiteurs ne cessaient de venir les contempler. Il remarqua parmi eux un homme d'une cinquantaine d'années, grand et très mince. Vêtu avec une certaine recherche et portant beau, il serait cependant passé inaperçu s'il n'avait été occidental. Il l'était et les guides touristiques n'ayant pas encore présenté ce parc aquatique comme un incontournable, il était massivement fréquenté par des Japonais ce qui rendait sa présence très inattendue. Concentré sur son appareil photo, il veillait à ce que ses clichés soient beaux et attendait donc que les dauphins se livrent à quelques facéties. Interpellé, Louis ne réussit pas à lui parler la première fois qu'il le vit mais la seconde. Il le fit en anglais mais l'autre, le devinant français, changea de langue tout en montrant sa surprise.

-Eh bien ! Les Français ne sont pas nombreux ici. Comment avez-vous connu ce parc ?

-Keiji Arikawa est l'oncle de mon épouse. Il nous a invité au Japon alors que nous vivons en Angleterre. Il faut dire que nous sommes les heureux parents d'une belle petite fille pleine de vie !

L'homme parut intéressé.

-Arikawa a beaucoup surpris ici. Cet homme de fer était dans l'immobilier et croyez-moi, il s'était taillé la part du lion aussi sa reconversion a t'elle été jugée folle. Loin d'effondrer son empire, il l'a redéfini car ce parc à deux facettes fait de bons bénéfices. Il reste l'étrangeté de la démarche...

-Oui, c'est étonnant.

-Mais vous devez en savoir bien plus que moi puisque vous le connaissez.

-Il parle surtout avec ma femme qui est sa nièce mais ce que j'observe de lui me surprend. Il est si méditatif...

-N'est-ce pas ! C'est lui qui m'a autorisé à venir faire des photos ici. Rassurez-vous, je ne vais fabriquer un guide de plus pour ce parc ; il en existe déjà de très bien faits. Les Japonais sont entre la terre et la mer. Je fais des photos sur ce thème et elles seront exposées dans quelques mois à l'institut culturel français à Tokyo. Oh, je ne serai pas le seul à y présenter mon travail car d'autres travaillent sur le même thème ici et en France. Il y a des photographes professionnels, des écrivains, des journalistes...

-Vous êtes photographe professionnel ?

-Pas du tout, c'est une passion. Par le fait je m'appelle Jérémie Forestier. Je suis résident au Japon et j' travaille depuis longtemps. Au début, je suis venu enseigner dans la très classique structure de l'éducation nationale puis que j'étais instituteur à la base. Je le suis toujours mais je travaille depuis longtemps pour une école privée très cotée où les élèves apprennent les deux langues.

 

25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Louis, le père retrouvé...

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Il y a longtemps, Louis a perdu son père de vue dans des circonstances tumultueuses. Il le retrouve mais celui-ci est bien différent maintenant...

L'homme avait beaucoup d'assurance et il parlait avec netteté. Sa voix, cependant, avait quelque chose de cassant et de désagréable qui reflétait beaucoup de suffisance. Intérieurement, Louis en qui geignait Lucas, en fut surpris mais ne montra rien.

-Je suis Louis Fraconnier. Comme je vous l'ai dit, nous avons répondu à l'invitation de l'oncle de Satsuko. Nous étions à Tokyo au début mais...

-Il veut être sur les lieux ! Oh, je le comprend, il est à l'origine de ces deux espaces aussi passionnants l'un que l'autre et il est encore dans les douleurs de l'enfantement !

L'homme eut un drôle de rire et comme Louis se montrait étonné, il se reprit.

-Ah, je fais des plaisanteries bien françaises je le reconnais et pas des meilleures...Sachez que je suis admiratif. Je suis sûr ici de fournir un très bon travail et je ne doute pas qu'il sera admiré...Serez-vous là en octobre prochain ?

-Nous sommes en mai et passer trois semaines au Japon est déjà extravagant !

-Pourquoi extravagant ?

-Nous gérons des chambres d'hôtes dans l'île de Wight et organisons des stages. Il faut que nous soyons présents pour l'été car la fête battra son plein.

-Des chambres d'hôtes, des stages, la fête....Oui, c'est amusant.

Incroyablement ébranlé au plus profond de lui, Louis était mal à l'aise devant cet interlocuteur sûr de lui et moqueur. Le reste de la conversation ne put que le conforter dans ses craintes. Ce Jérémie Forestier semblait tout savoir du Japon à croire que passer par lui pour mieux connaître l'Empire du soleil levant était indispensable. Il ne partirait plus jamais ayant vécu en France une vie qu'il qualifia d'anecdotique et sans intérêt. Après quelques années ternes et difficiles, il avait pris la bonne décision : utiliser l'argent que lui avait rapporté la mort précoce de ses deux parents pour cesser de travailler, monter à Paris, passer des examens nécessaires en français langue étrangère et littérature et surtout apprendre le japonais. Il n'avait jamais douté que cette période d'intensives études ne puisse le conduire à la réussite et du reste, peu de temps après avoir de nouveau enseigné, dans l'académie de Paris, il avait décroché un poste dans une école française à Tokyo. Exactement ce qu'il voulait ! Franchement, il ne donnait pas tort à ceux qui l'avaient propulsé là car très bon enseignant, il était très au fait de nouvelles méthodes pédagogiques et offrait de plus un profil passionnant. Bon photographe, cinéaste amateur, grand lecteur de littérature de jeunesse, il était de plus bilingue sans être d'origine japonaise. Non, qu'il fasse cette belle carrière ne devait susciter le doute. Les félicitations qu'il avait reçues ainsi que les distinctions étaient amplement méritées ! En un mot, il était normal qu'il les ait reçues !

Noyant son interlocuteur sous un flot ininterrompu de paroles, il mit du temps à se rendre compte du mutisme de ce dernier. Il s'arrêta alors de parler de lui pour embrayer sur cette partie du parc si belle et inattendue. Bee et Yuka en étaient les attractions les plus émouvantes car elles avaient été sauvées de justesse...

De cette première rencontre, Louis garda un souvenir alarmé mais son sens de la magie venant à son secours, il se dit que ce père retrouvé ne pouvait lui livrer d'emblée ce qu'il en attendait, à savoir le regret d'avoir perdu un fils malgré toute l'envie qu'il avait eu de le guérir.Mais il finirait bien par se livrer. Après tout, il avait fallu du temps pour Noémie ! Les deux rencontres suivantes furent cependant décevantes. L'une eut lieu dans le parc et l'autre à l'institut français. Certes, Jérémie Forestier condescendit à évoquer sa jeunesse mais il la présenta comme une suite de mauvaises décisions. Il s'était marié à une institutrice avec qui il avait fait sa formation. Une erreur ! Ils étaient trop jeunes et peu compatibles dans leur façon de voir le monde. Il avait un enfant, un garçon, mais celui-ci, toujours malade, avait fini par mourir après avoir été enlevé. Tout cela était fini et bien fini : ce cauchemar, ce sentiment d'être livré en pâture à des médecins imbus d'eux-mêmes et des policiers faussement compatissants. Quelle faute de leur faire confiance  puisqu'au bout du compte, ils avaient déclaré forfait. Et cet enfant ? Quels regrets pouvait-il avoir de lui ? Eut-il vécu, il aurait fallu le récupérer après un énorme traumatisme : il n'avait pas l'étoffe pour faire ça. De plus, qui aurait pu lui affirmer que marqué psychologiquement, ce pauvre rescapé aurait eu une bonne santé ? Fallait-il le retrouver pour de nouveau le perdre ? Non, c'était mieux qu'il ne soit plus sur cette terre. Il avait tourné la page et changé de vie. Et quelle vie ! Il avait bien eu quelques maîtresses mais ne s'était jamais remarié. Pourquoi l'aurait-il fait ? Il avait tout ce qu'il voulait...

Louis avait beau interroger Lucas, celui-ci n'avait que le souvenir d'un père inventif et charmant, malheureux que son fils soit si malade mais malgré tout confiant. Que restait-il de ce jeune homme là, de ce bon sourire, de cette voix rassurante ? De toute évidence, rien. A l'institut culturel, l'homme ne cessait de pérorer sur les écrivains et les acteurs qu'il avait accueillis.

-Je t'assure que Sandrine Bonnaire est très intelligente. Ah vraiment, ça a été un honneur de parler avec une femme comme elle ! Et bientôt nous aurons Guillaume Canet !

Il ne parlait que spectacles et résidence d'artistes et quand il cessait de le faire, il n'en avait que pour son école privée. De toute évidence, sa vie passée, dès qu'elle se situait en France, ne présentait plus aucun intérêt pour lui. Autant ne pas insister. N'eut-il revu en rêve le père Kyrill et son calme des profondeurs, Louis aurait du mal à s'y résoudre.

 

25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Vers l'harmonie.

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Il y a longtemps, Louis a perdu de vue son père dans des cirscontances mouvementées. Celui-ci est persuadé que son fils est mort. Louis pense qu'il en souffre mais fait erreur...

Il fut surpris que, lors d'une conversation avec l'oncle Keiji, celui-ci se montra intéressé par les activités de l'institut culturel français à Tokyo et par la figure de Jérémie Forestier dont il avait suivi les expositions de photos. Faisant comme s'il était important pour le jeune époux de sa bien-aimée Satsuko de rencontrer au Japon un compatriote plutôt brillant, il invita ce dernier au restaurant gastronomique et Louis découvrit quelqu'un de très différent. Rompu aux usages japonais, Forestier ne parlait qu'à bon escient dans un japonais parfait ou dans un anglais stylé. C'était un homme du monde et non un instituteur qui avait réussi et en l'observant, le jeune homme comprit que son désir de relier en lui le jeune père qu'il avait eu avec cet ambitieux à l’égoïsme triomphant, était vain. Ne peuvent être unifiés que ceux qui le désirent et tout être n'aspire pas à relier son passé à son présent. En tout cas, cette volonté n'habitait pas ce convive à la mise élégante qui cherchait à tout prix à s'assurer que sa vie présente était exceptionnelle et à plaire à des hommes aussi puissants que Seiji Arikawa ! Du reste, après ce dîner, ce Français poseur sembla avoir quitté l'esprit du chef d'entreprise et quand il lui en parla, Louis n'obtint que des monosyllabes. Un bon dîner ? Oui. Une bonne soirée ? Oui. Un Français qui avait vraiment sa place au Japon ? Il fallait bien une représentation française autre que l'ambassade de France puisque les Japonais raffolaient de Paris et que les expatriés s'appuyaient beaucoup sur les institut culturels...Sinon ? Il avait terminé avec ce bon photographe et ce pédagogue pour enfants bien nés. Quant à Satsuko, elle ne montra pas beaucoup d'enthousiasme. L'homme l'avait pris à part pour lui qu'avant le Japon sa vie n'avait pas d'intérêt. En mentionnant son ex-épouse et son enfant mort, il avait eu l'air agacé. Elle se moquait d'en savoir plus car il l'avait mis mal à l'aise. Depuis qu'il les recevait, l'oncle adoré leur avait présenté des personnages autrement intéressants ! Elle, elle aimait tous ceux qui géraient le parc, leur sérieux et leur professionnalisme...

Louis n'en demanda pas plus. Sa vie se ferait avec sa femme, sa petite fille, ses deux mères et père qui lui avait été donné en cours de route et resterait le seul dans ce rôle ? Était-ce mal ? Non, ça ne pouvait l'être...

Au moment de quitter le Japon, Lucas, en lui, renoua avec le désarroi. Il fallut toute l'énergie de Kohana pour guérir son père d'une tristesse qu'elle semblait seule à capter. Dans l'avion du retour, elle chantonna et malgré sa voix enfantine, elle étonna son monde. Elle chantait de courtes mélopées apaisantes...Habitué au surnaturel, Louis reçut le message. Son enfant en porteuse de paix apaisait sciemment son désarroi.

A l'arrivée à Londres, le couple fut accueilli par la famille de la jeune femme et dans l'île par les parents de Louis. Les adieux avec l'oncle avaient été cérémonieux mais sereins. Ayant beaucoup aimé s'occuper de ce jeune couple et de leur ravissante enfant, il projetait déjà de venir en Angleterre...

Dans le parc de la maison, Noémie jouait avec Cukill et déjà les candidatures affluaient pour les stages à venir. L'été, surtout, s'avérait prometteur. En se penchant sur la liste des inscrits au stage, Louis s'arrêta à un nom. Celui d'un prêtre orthodoxe grec qui voulait venir se reposer ici. Stefanos Chariathis. Intrigué, il interrogea sa femme.

-Tu sais pourquoi il veut venir ?

-Il n'est pas inscrit à un stage et il arrivera d'Athènes. Je crois qu'il a un neveu qui est en Angleterre et qu'il veut voir. C'est un jeune homme qui habite dans l'île mais il est peut-être un peu à l'étroit chez lui. C'est mieux pour le père de prendre un hébergement ici.

-Mais c'est un homme qui vit en reclus. Il peut voyager comme il veut ?

-Je ne sais pas s' il a vocation d'ermite. Je pense plutôt que c'est un prêtre qui est bien entouré. Si tu lis bien ce qu'il a écrit, c'est ce que tu comprends. En tout cas, il a déjà tout payé donc on est sûrs de le voir.

-Tu es sûr de son nom ?

-Regarde-toi même !

Louis le fit pour ne pas déconcerter son épouse mais il savait à quoi s'en tenir.

Ainsi, il venait à lui, ne se laissant même plus chercher. Kyrill, Moé Yohne, Honey...

Ainsi le Bien faisait un voyage.

Il imagina le père aux vêtements noirs et à la lourde valise, aux cheveux longs et à la grande croix orthodoxe descendant de l'avion et passant les formalités de douane. Et il l'entendit passer du grec au français et de français à l'anglais. Il était dans le jardin de la propriété, se disait ravi de sa chambre et de l'accueil et attirait déjà à lui tous ceux qui avaient des maux cachés et cherchaient la paix.

Alors, Louis, content de cette image, se mit à sourire.

 

France Elle

Juin-août 2019.

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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