Clive le Vengeur. Partie 1. Je sais qui j'ai recruté !
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3. Mise en œuvre.
Julian Barney compte bien récupérer son compagnon récalcitrant par l'entremise de Clive, qu'il manœuvre ; Mais Clive est malin.
-Clive, je sais qui j’ai recruté : vous êtes intelligent, vif et adroit. Vous dévaloriser est un jeu pour vous. Je suggère que n’insistiez plus.
-D’accord, continuez.
-Il est très bien formé et c’est un danseur d’exception, comme vous l’avez remarqué. Il est très applaudi, ici et il l’a été ailleurs. Pour lui, un homme qui s’intéresse aux arts est digne d’intérêt, quel que soit son origine et son savoir. Il apprécie que quelqu’un soit cultivé mais il comprend qu’on puisse avoir des manques que compensent un sens artistique fort, une sensibilité…En ce sens, vous pouvez faire en sorte qu’il s’intéresse à vous. Vous jouez à être stupide mais vous êtes loin de l’être….
-Merci.
-Vous ne le toucherez que si vous prenez le biais de l’art et si possible, de la danse. Vous vous côtoierez et si vous vous y prenez bien, il vous fera lui-même des propositions claires.
-Si vous le dites…
Il avait décidé de dîner, ce qui signifiait que je dînais aussi. Le serveur nous avait remis les menus. Chaque plat, si modeste fut-il, avait un prix astronomique pour moi. Comment « Erik le simple » s’était-il accommodé d’un snob pareil ?
-Conseillez-moi, monsieur Barney.
-Avec plaisir. Les viandes sont exquises. Prenez le tournedos.
-Je prends le tournedos.
A nouveau, son regard était sur moi. Il n’était pas dur cette fois mais appréciateur. Il m’évaluait et ça collait avec ce qu’il voulait. J’ai attaqué.
-Vous semblez dire que j’aurai bientôt une liaison avec ce danseur mais qui vous dit qu’il n’en a pas déjà une.
-Il n’en a pas.
-De régulière peut-être mais il y a les bars, les cafés…Je ne sais pas. Ça peut être épisodique.
-Il ne vit rien de tel en ce moment.
-Vous le faites suivre ou quoi ?
-Non. Il travaille énormément d’une part et il est très attentif à sa réputation de l’autre. Il est suffisamment intelligent pour ne pas répéter certaines erreurs. Ça pourrait nuire à sa carrière d’être trop dissolu et de le mettre en avant.
-Donc, il n’a aucune vie sexuelle. Un ermite, en somme. C’est dommage…
-N’est-ce pas!
-Je vais devoir lui faire rattraper le temps perdu, c’est bien cela ?
-Oui, je le crois.
Il a passé commande et a repris du vin. Manifestement, il ne m’en offrait plus. T’as raison. Je pourrais devenir grivois…Par exemple, évoquer le costume moulant de ton chéri dans le Spectre la rose…Il a continué sur les angles d’attaque. Ce n’était pas idiot du tout car ce danseur devenait vivant pour moi. L’ennui, c’est qu’il avait l’air d’être quelqu’un de bien. Professionnellement, humainement, affectivement. C’était son droit d’avoir rejeté un amant avec qui il ne s’entendait plus…J’ai fait des remarques en ce sens et là, Barney me l’a joué fine.
-Je me venge de quelqu’un qui mérite que je le fasse.
-Vous décrivez un artiste très au fait de son art et vous dites qu’il est très sage.
-Le lien que j’ai avec Erik est très fort pour lui comme pour moi. Il le sait même si, actuellement, il se persuade du contraire. Il m’a traité durement. Il m’a mis à mal et il est naturel que, refusant des façons plus attendues, d’aborder le sujet, il s’expose à une vengeance dure mais salutaire. En outre, personne ne mourra. Vous en tirerez fierté et plaisir. Je me sentirai soulagé …
-Et lui, si je puis me permettre ?-Il comprendra. Je vous assure qu’il comprendra.
-Je me demande bien quoi…
-Je n’ai rien de plus à ajouter.
Les plats sont arrivés. Rien à dire : la vraie classe ! C’était goûteux et tout. Pour le coup, il a commandé une bouteille entière de vin français à un prix…Bref, tout me rappeler que lui et moi, on n’était né de la même mère…Sûr que la sienne, elle ne devait pas trop se farcir de feuilletons télé et d’émissions où on caressait le rêve de gagner des millions. Bref, on a mangé. Moi, tout. Lui, il en a laissé. Il y avait des desserts après. Ce que je voyais passer sur de belles petites assiettes, là, ça me paraissait vraiment sympathique mais lui, grand seigneur, non ça allait, il était repu. Et merde ! Quand même, il m’a dit que je pouvais me laisser tenter. J’ai préféré me passer de crème au beurre et tout ce tintouin avec des noms français pour ne pas subir son regard assassin à chaque bouchée que j’aurais avalée mais j’ai repris du vin. Fallait occuper le terrain : il ne parlait plus beaucoup. J’ai fini par dire :
-Ça ne sera pas avant les fêtes ?
-Non, je ne pense pas. Ce serait difficile pour chacun d’entre nous, n’est-ce pas ?
-Sûr. Mes vieux arrivent de Newark….
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