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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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15 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. SEREINE.

 

JE LIS

Le mois qui a suivi, cependant, les mêmes phénomènes se sont répétés et Pauline, d’abord tenté par l’aveuglement, a accepté la vérité. Si ce n’est dans la lointaine période de ses quinze ou seize ans, jamais elle n’est restée aussi longtemps sans que ne la visitent ces « règles » tantôt douloureuses tantôt discrètes qui ont façonné sa vie de femme. Mais elle a quitté cet âge encore incertain et un tel retard dans la régularité de ces cycles ne peut que la confondre. On n’est pas en été, dans un pays chaud, où son corps ne réagit plus comme à l’accoutumée. On n’est pas dans une maison pleine de disputes où le départ impromptu d’un père entraine en elle comme un recul et une dissolution de la féminité, le sang n’étant plus qu’une évocation. On n’est pas non plus face à un compagnon ironique qui estime qu’au bout du compte une femme comme elle porte le plaisir mais pas la vie, ce qui est, quoi qu’elle dise, préjudiciable. En fait, on n’est nulle part et cette terre inconnue est belle car nue et aride d’apparence, elle regorge de vie. On y erre un peu, en s’interrogeant, puis, on se surprend à être heureuse puisque le bonheur vient souvent de la surprise et du dénuement.

 Ainsi, cela est vrai : elle est « en attente » et ce qu’elle attend est inestimable encore que mystérieux. Elle pense à l’italien : « essere in attesa » et à l’espagnol : « dar la luz ». Comment ces deux langues ont- elles pu dire l’étonnement et la belle nouveauté d’un tel événement tandis que le français dit « être enceinte » et « accoucher ». Elle sait bien sûr que l’italien dit « la gravidanza » pour parler de la grossesse et c’est vrai qu’au fil du temps, la pesanteur vient.

Mais elle l’accepte. De toute façon, François, son nouveau compagnon est loin, très loin du sceptique Thierry de ses jeunes années. Pour lui, les choses vont d’elles-mêmes et les entraves n’ont rien qui ne puisse être défait. Un corps réticent peut devenir accueillant et si, toutefois, pour d’obscures raisons, il reste hostile, on peut toujours le guérir par des moyens plus ou moins nouveaux : l’adoption ou la procréation assistée.

 

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15 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. SEREINE.

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Après de longues hésitations, Pauline accepte d'attendre un enfant. Sensations et pensées multiples

Longtemps interdite devant les arguments de son amant, Pauline comprend que si en elle le mental est resté sur ses gardes, le corps, lui, dans sa matérialité, a accepté l’intrusion de la vie. Les premières semaines de sa grossesse, elle sourit beaucoup, rit même aux éclats et ceci, avant même d’avoir vu un gynécologue et quand elle rencontre l’un d’entre eux, elle fait preuve d’une totale assurance alors que, souvent, face à une première échographie, futurs pères et mères sont fragiles. Non, elle sait. Pas besoin de river son regard sur un écran et de guetter, au centre d’une nébuleuse grisée, les tressautements de ce petit point mystérieux qui est déjà un enfant. Il est là, il va rester, il sera magnifique et cela suffit. Quand le médecin demande à l’un et à l’autre s’ils veulent savoir le sexe du bébé, ils refusent. Lui, car il a toujours cru qu’un corps de femme peut féconder et que le don est déjà extraordinaire ; elle, car elle ne veut rien influencer.

Les mois qui passent. Le ventre qui s’amplifie. Les seins qui deviennent pesants et lourds, comme tendus sans jamais trouver d’apaisement.

Le visage de François, entre nonchalance et intérêt, son regard tout de même grave posé sur elle et ses paroles apaisantes, comme un baume aux herbes sauvages, une potion de lys et de roses aux vertus salvatrices. Du moins, si elle prend le parti du rêve et de la liberté : ce qu’elle fait !

Elle, toujours contente malgré les bouleversements, se souvenant de ce qu’en italien ou espagnol, on sait, de son « état ».

Bientôt, les sensations concrètes d’une vie dans son ventre et bientôt le sentiment que ses seins ont un rôle prépondérant car nourricier. Ah non, plus une histoire de sexe du tout ! Une sécurité à établir puisqu’au dehors de cette cachette ou « il est », le bébé à venir et quel que soit son sexe, devra trouver asile, le premier devoir étant de le nourrir. Douce, douce perspective. Au sortir de cette apesanteur dont l’image plus que le souvenir laisse une empreinte dans chaque être, il y a, une fois le cordon coupé, les seins, comme havre naturel. De cela, Pauline est sûre…

15 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. SEREINE.

FEMME ET BEBE

Pauline, après la naissance de son premier enfant, est heureuse.

L’accouchement venu, elle mesure son erreur d’emblée car son nouveau-né, met du temps à trouver le chemin de ses seins, ce qui la surprend car ils sont devenus volumineux et beaux. Elle pleure quand ce tout petit enfant semble se perdre entre ces deux hémisphères et se montre rassurée quand le sein droit est choisi comme refuge. Tandis que tête un « Julien » nouvellement désigné, elle mesure son rôle et sa fragilité, s’étonne que cela soit à la fois douloureux et bon, que l’enfant soit vaillant et s’endorme avec bonheur quand il est repu.

Les seins, une fois le ventre vidé de ses éléments de vie, deviennent le centre de son existence. Au repos, ils sont vite gonflés et lourds et demandent une libération. D’eux-mêmes, ils suintent et quelquefois, elle les presse pour en faire sortir le lait de la vie, substance trouble et dense au goût changeant qui se livre vite et fait sentir son caractère précieux. Fascinée par l’onctuosité du lait qui suint, d’elle, Pauline le réserve à celui qu’elle nourrit. Et cela donne d’étonnants moments :

-L’enfant se nourrit avidement puis dort.

-L’enfant joue plutôt qu’il ne mange.

-L’enfant se réveille brutalement et demande le sein.

-L’enfant joue avec les seins de sa mère, les touchant maladroitement de ses petites mains fermées ou de ses petits doigts.

Pauline est radieuse malgré les réveils nocturnes, les maladresses et la fatigue qui sourd, quelquefois.

Dans un miroir, elle n’ose longtemps se regarder car sa silhouette déjà ronde s’est encore modifiée : le ventre n’a pas encore repris sa tenue et la poitrine est hypertrophiée. Rien de beau.

Un jour pourtant, elle ose. Juste le ventre. Juste les seins.

Rien n’est laid.

Au contraire, tout resplendit. Alors, elle est contente. De ses seins surtout car dans leur opulence, ils sont un bienfait. Lourds, nervurés de veinules bleutées, les aréoles d’un brun soutenu, ils portent la vie avec excès : mais l’excès provoque et tient en haleine. Ils permettent à un tout petit enfant d’être là, à un compagnon de sourire et à elle d’éclater d’un grand rire intérieur. Celui qui conduit à la vraie joie.

 

8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. Textes érotiques.

France Elle 

JEROME ROYER

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMERES.

 

Ecrits érotiques.

 

 

8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. Quelques mots...

seins des femmes

 

Les seins des femmes, à des âges variés.

Toujours, ils demeurent beaux.

Les seins sont l'objet de ces textes qui explorent des

féminités variées mais jamais détruites.

 

  

écrits de France Elle

 

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8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ACCUEILLANTE.

 

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 ACCUEILLANTE.

 

Anna, élevée dans une famille d'officier aux règles strictes, cultive sa différence et devient actrice.

 

8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ACCUEILLANTE. Fille d'officier.

NAVALE

Fille d’officier et dernière née d’une famille de cinq enfants, Anna  arrive tardivement dans la vie de ses parents. Quatre garçons sont nés avant elle dont un, qui veut faire navale, comme son père.

De son père, Rémi, Anna perçoit très vite le caractère pudique et renfermé. Ravi d’avoir sur le tard un bébé qui n’est pas un garçon, il ne montre que peu sa joie. Simple et directe, Sophie, la mère, la manifeste beaucoup au début, puis, accoutumée à la gouverne d’un époux qu’elle admire et auquel la vie une relation amoureuse basée sur la vénération, elle plie et se montre circonspecte.

L’enfance passe. Thibault et Antoine, les deux premiers nés, brillent dans les matières scientifiques et se consacrent essentiellement à leurs études présentes et à venir. Martin et Nicolas, les deux cadets ont des dispositions intellectuelles moins évidentes mais ils tiennent de leur père le goût de l’effort et l’obligation de « tenir un rang », à savoir de s’insérer socialement grâce à une profession qui, si elle ne fait pas d’eux des leaders, leur permet d’être respectables.

Elle, Anna, se montre vite différente mais son extrême jeunesse aidant, on le lui pardonne car elle a encore toute les rondeurs de l’enfance quand le dernier de ses frères a onze ans. Elle s’applique à l’école car il le faut bien mais dès l’abord, elle veut danser, chanter, partir loin à cheval et recueillir des animaux qu’elle soignera et à qui elle promettra de s’occuper toujours. Quand les journées sont trop longues, elle n’écoute plus et les maîtresses d’école, l’une après l’autre et quel que soit l’endroit –puisque, par vocation, le chef de famille est appelé à muter- égrènent leurs griefs : gentillesse permanente mais nonchalance et démotivation.

Bientôt, il faut préciser son avenir. Thibault veut faire Navale, comme son père et passer son temps libre, comme lui, à lire Montaigne et Chateaubriand. Antoine présente un bac scientifique et vise une École des Mines. Martin excelle en anglais et souhaite l’enseignant tout en affirmant vouloir passer, en plus de son concours d’enseignement, une thèse. Nicolas, enfin, se passionne pour l’informatique, secteur en plein développement où, lui semble- t’il, il peut trouver un bon ancrage et une possibilité de promotion professionnelle.

Anna, elle, ne sait pas. 

 

8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ACCUEILLANTE. Une enfant différente.

PETITE FILLE

Issue d'une famille de militaire très guindée, Anna semble différente de ses frères...

Le temps passe. Thibault veut faire Navale, comme son père et passer son temps libre, comme lui, à lire Montaigne et Chateaubriand. Antoine présente un bac scientifique et vise une École des Mines. Martin excelle en anglais et souhaite l’enseignant tout en affirmant vouloir passer, en plus de son concours d’enseignement, une thèse. Nicolas, enfin, se passionne pour l’informatique, secteur en plein développement où, lui semble- t’il, il peut trouver un bon ancrage et une possibilité de promotion professionnelle.

Loin derrière eux, Anna, dans une chambre encombrée de peluches et de poupées dont elle refuse de se séparer, caresse les deux chats qu’elle a adoptés et surveille sa tortue. Elle chante des rengaines à la mode, connaît le nom de toutes les émissions de variété où passent ses chanteurs préférés et se fait inviter par les mères de ses amies pour pouvoir les regarder car, à son domicile, Rémi, s’il est là, s’insurge immédiatement et ferme le téléviseur avec autorité.

Dix ans, elle chante encore beaucoup.

Douze ans, elle écrit des poèmes et commence à se maquiller.

Quatorze ans, elle réussit de justesse son premier examen. Rémi se fâche. Anna aussi. C’est la première fois. Et pas la dernière.

Anna va au lycée où elle cesse de travailler.

 

8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ACCUEILLANTE. Anna, la lente...

 

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Atypique dans une famille très stricte où tout le monde fait des études, Anna revendique la lenteur...

Anna n’a pas son bac.

Elle est sommée de redoubler dans le même lycée où d’accepter un internat guindé si elle ne donne pas de signes de motivation. Consciente de sa différence sans savoir exactement comment l’affirmer, la jeune fille refuse l’une et l’autre des propositions paternelles et rejette l’arbitrage maternel, qu’elle a, jusque là, toujours accepté. De fait, on lui signifie qu’elle doit se débrouiller, escomptant qu’un temps de réflexion joint à la découverte du dur milieu professionnel des non diplômés sauront la faire revenir à de judicieuses perspectives d’études.

Elle a dix huit ans. Elle est longiligne, comme elle l’a toujours été. Elle secoue la tête pour ébouriffer ses cheveux bruns, souvent coiffés au carré, mais qu’elle souhaite laisser pousser pour changer d’apparence et plus féminine. Souvent, elle se maquille – les yeux surtout qu’elle charbonne beaucoup- et peint ses ongles en rouge ou violet. Elle porte des jeans mais les agrémente désormais de longues tuniques de dentelle, qu’elle ceinture et orne de ribambelles de colliers. Elle tente de délaisser les baskets et les tennis pour de jolies sandales mais les emplois qu’elle trouve la dissuadent vite de troquer l’utile pour l’agréable.

Pendant presque deux ans, elle vend des sandwiches, puis des pizzas, puis des gâteaux ; ensuite, elle fait des chambres et trouve pour finir un travail de serveuse dans un café.

Rémi exige et elle ne sait que lui répondre car elle se sent aussi mal à l’aise que l’étaient les chats recueillis de son enfance et comme eux conscients qu’il faut payer un prix pour être libres, le quotidien d’un être bien nourri, bien traité et soigné s’accordant parfois mal avec celle-ci. Alors, elle décline et dit que tout va bien.



8 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ACCUEILLANTE.

 

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Anna, tournant le dos à son éducation guindée, devient femme de chambre dans un hôtel à Cannes. Déception familiale mais secret bonheur de la jeune fille.

Sophie, les larmes aux yeux, lui rend souvent visite et ne se remet du spectacle de cette fille non prodigue qui ne voit pas de problème à servir des cafés et à lessiver une salle tard le soir quand tous ses frères font des études longues. Anna a réponse à tout : elle partage une chambre avec une copine et n’a donc pas grande dépense. Elle mange en suffisance sans faire beaucoup de frais. Une personne débrouillarde trouve à s’habiller sans se ruiner. Quant à ses excès supposés, ils sont modeste. Elle ne boit que rarement, elle ne trouve pas que  beaucoup fumer est  passionnant. Sa vie sexuelle ?  Oui, elle en a une mais elle est majeure et sait prendre rendez vous avec un médecin pour se faire prescrire le nécessaire. Elle n’a plus de chat mais un poisson rouge appelé Noé et pour ce qui est de chanter, elle a gardé ses bonnes habitudes. Ah, et il reste le problème des déplacements : là, bien sûr, c’est un peu plus compliqué mais elle est débrouillarde. Quand elle aura assez d’argent de côté, elle se paiera le permis et après, elle verra.

Devant cet aplomb, Sophie se rassure et semble-t’ il s’insurge secrètement contre le monolithisme d’un époux qu’elle n’a jamais contredit. Bientôt, de l’argent vient pour un permis puis pour une voiture d’occasion, dons que la jeune fille accepte avec un demi-sourire, tout en s’efforçant, malgré tout, de manifester son contentement.

A cette période Rémi et Sophie pensent encore que les vagabondages de leur étrange fille vont s’interrompre mais ils se leurrent.  Dans le temps même où elle apprend que son frère aîné intègre Navale à Brest et que le suivant brille en classe préparatoire option mathématiques, Anna avoue avoir réussi son examen de conduite du premier coup et s’être achetée une voiture d' occasion robuste et amusante. Cela lui suffit. Au volant de sa Fiat défraîchie, elle est aux anges, car elle est toujours ponctuelle au travail et peut, le soir, sortir davantage.

Et avec cela, elle n’arrête toujours pas de chanter.

Sa mère, elle le ressent, s’inquiète pour elle et son père, lui, s’insurge toujours comme cette  enfant inique qui se dérobe à toute normalisation. Anna, bien que bienveillante, suit un chemin dont elle ne connaît pas l’issue mais qu’elle se doit de suivre sans qu’elle sache pourquoi. Des propositions sous-jacentes de retour, elle ne tient pas compte et étant redevenue femme de chambre dans un bel hôtel de la Côte d’Azur, elle se surprend encore une fois, à soupeser les draps dont elle aime l’odeur de frais, rendre impeccable de merveilleuses salles de bain et aérer des chambres vastes et élégantes où dorment des gens argentés dont elle ne sera jamais rien.

Le chariot qu’elle pousse, plein de serviettes, de draps, de rouleaux de papier hygiénique et de miniatures de shampoing et de gel pour le corps est l’antithèse de son enfance où rien ne relevait du hasard. Ici, tout est possible puisque rares sont les personnes qui occupent longtemps les chambres. Ainsi, tout est souvent nouveau et elle adore cela.

 

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