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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Présentation.

 

 

A Londres, Paul a d'abord connu des temps heureux ; mais être un rescapé ne va pas sans problème. Paul, en tant que symbole de la résistance dans son pays, a été soustrait à des fascistes qui l'avaient rééduqué et voulaient se servir de lui. Soigné en Suède, il est arrivé à Londres où il semble bien que le passé le ratrappe. Des clônes de cet Instructeur qui lui a fait tant de mal, tournent autour de lui, s'en prennent à Daphne, la jeune femme dont il est amoureux et à Eva, la traductrice acec laquelle il travaille et a une liaison très charnelle. Décontenancé mais encore très combattif, Paul songe à se réfugier à Bath, dans une clinique où il refera ses forces. Il sera prêt alors à affronter celui qui l'attend...

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27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Quitter Londres. Affronter.

1200px-Claude_Monet,_The_Gare_St-Lazare,_1877

 

1. De Londres à Bath. Bander ses forces.

Paul Kavan choisit de se mettre à l'écart. Il doit écrire son livre sur la chute d'une dictature d'une part et de l'autre, il ne veut pas que ses proches soient inquiétées par des forces du Mal désormais virulentes. En même temps, il sait que l'Instructeur Winger se manifeste à lui sous diverses formes et qu'il faudra qu'il s'oppose à lui définitivement.

 Au matin de son départ, alors qu'il attendait son taxi pour aller à la gare, il eut une vision claire du bel instructeur. Ils roulaient vers Dannick. Bientôt, ils y mèneraient une autre vie.

-Il m'a rivé à lui. Il m’observe. Je me bats. Il pare tous les coups et il attaque.

Dans la voiture blindée, Winger tournait son visage vers le sien et souriait.

-Ah, tu t'es réveillé !

-Oui, Instructeur.

Comment fallait-il faire pour qu'il n'ait plus aucun pouvoir ? C'était le dilemme de Paul.

Le voyage fut tranquille et, à Bath, Paul alla directement à son hôtel et s'y prélassa avant d'aller se promener. C'était une ravissante ville du comté de Somerset qui se targuait de disposer de thermes romains et d'une architecture de l'époque géorgienne de toute beauté. Distante de Londres de cent quatre-vingt kilomètres, elle lui permettrait de rejoindre rapidement la capitale, si toutefois il trouvait une issue. Il aimait encore Daphne et souhaitait renouer avec elle mais pour l'heure, c'était Lisbeth qui annonçait son arrivée.

-L'Henrietta House Hotel. Parfait pour moi !

Sa femme avait beau l'avoir souvent exaspéré, il était soulagé qu'elle vienne. Elle avait raison : elle comprenait qu'il était en danger et s'en souciait.  En l'ayant à ses côtés, il serait plus fort. Du reste, il guetta son arrivée.

-Comparons nos chambres !

-Si tu veux, Paul !

Ils passèrent d'un hôtel à l'autre.

-La tienne est plus belle !

Lisbeth riait mais elle était au fait de la situation.

-Nous avons bien fait de venir. Si quoi que ce soit se produit, je prendrai une chambre dans le même hôtel que toi.

-C'est généreux.

Elle l'étonnait. Elle avait été tempétueuse, jalouse, pleine d'aigreur et elle avait totalement changé.

-Il t'embête, hein ?

-Celui dont je ne parle pas ?

-Oui. Eva, Daphne. Tes livres, ta vie...

-Toi-aussi, tu pourrais toi-aussi avoir peur de lui...

-Moi, ici, je suis passe muraille. Pourquoi s'en prendre à moi ? Et Dieu pourvoit, tu connais mes théories. A toute personne attaquée par les forces du Mal, il faut un allié qui aime prier.

Paul ne put que sourire mais il le fit sans moquerie. L'aide de Lisbeth serait précieuse.

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Lettres inattendues.

 

SOLDAT MORT

Pourtant, le lendemain, on lui remit à la réception de son hôtel, un volumineux courrier.  Comme à l'habitude, il n'avait pas été posté mais déposé. Paul y trouva des photos : sur l'une d'elle, l'instructeur gisait mort, une balle dans la tête. Sur une autre, il était à cheval dans le château du Kent où le père de Daphne avait fait venir des cavaliers. Il était aussi dans un café d'où il observait Paul qui rentrait chez lui puis il montait une voiture et le suivait. Il était très près d'Eva qui s'achetait des vêtements dans une boutique de luxe et ne faisait pas attention à lui, et il déambulait à l'étage dans la belle librairie de Daphne où il achetait des livres.

-J'ai eu du courrier, dit-il à Lisbeth.

Il la vit pâlir tandis que l'une après l'autre, elle regardait les photos.

-Bon, ce sont des attaques en règle. Inutile de chercher l'expéditeur.

-Qu'est-ce que je fais ?

-Garde la photo de lui mort.

-Pourquoi.

-Justement : parce qu'il est mort !

-Et les autres.

-Déchire-les.

Il le fit. Malgré ce premier incident, ils partirent découvrir la ville et le lendemain, ils poursuivirent leurs errances. Chemin faisant, elle lui dit pourquoi elle avait quitté l’Écosse et souhaiter faire de même pour l'Angleterre.

-J'espère comme toi retrouver mon pays et pour cette raison, je ne veux pas me mentir. Me fixer près d’Édimbourg, je n'aurais pas pu. Il faut être né là-bas. Et, pour dire les choses plus simplement, j'aspire à un autre type de vie. A Londres, je m'occupe de réfugies qui ont une vie difficile. Mais c'est en Ambranie que je veux faire cela.  Et toi ?

-J'ai une vision plus confuse d'une nouvelle vie là-bas.

-Tu verras, ça s'éclaircira. A propos, tu as transmis au docteur Shieffied, que tu vas rencontrer, le compte rendu de tes opérations chirurgicales ?

-Oui, il les a.

Paul pensa à la Suède. Il voulait revoir Monica Josephon, le médecin plein de douceur qui lui avait parlé d'abord et Lynn, la jolie aide-soignante qui lui avait lu avec tant de cœur Le Merveilleux voyage de de Nils Holgersson à travers la Suède ?  Il n'avait jamais eu de tels sauf conduits !

Comme il fallait attendre encore pour le rendez-vous, ils profitèrent des beautés environnantes et allèrent au spectacle. C'était le printemps : il y avait beaucoup à faire. Lisbeth et lui se détendirent. Prenant sur lui, il ouvrait peu son ordinateur et avait un usage modéré de son téléphone mais il voulait savoir où en était Daphne. Elle se sentait mieux. Elle avait toujours son garde du corps mais la situation n'avait plus rien d'inquiétant. Elle hésitait donc à le conserver. Elle était plus confiante et mais ne parlait pas de le revoir. Le cœur de Paul se serra.

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Paul et le docteur Shieffield. Evoquer sa prise de conscience.

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J'ai juste eu le temps de récupérer une partie de notre argent. J'avais dit non, ils ont gelé nos avoirs et pour ce qui est de nos biens immobiliers, ils ont préparé des ordres d'expropriation. J'ai beau être distrait parfois, j'ai trouvé très vite à qui m'adresser et c'est parti comme ça...Au début, je n'avais pas compris, imaginez-vous que j'avais une valise ! Assez rapidement j'ai fait la différence entre un représentant de commerce et un fugitif qui entend de ne pas se taire...

-Et donc ?

-Il a fallu du temps. Au début, je voulais écrire. Mes pamphlets circuleraient...Mais c'est compliqué, il faut des imprimeries clandestines et la police de Dormann a développé d'intelligentes stratégies pour débusquer les imprimeurs et détruire leurs outils et leur production...Alors, avec d'autres, j'ai eu l'idée de la radio. Il a fallu trouver plusieurs lieux, installer le matériel et trouver comment émettre. Je n'avais plus de valise, croyez-moi, mais un sac de voyage. Je dormais rarement deux nuits au même endroit et j'avais faim quelquefois mais il fallait le faire...

-Vous étiez en contact avec votre femme ?

-Non ! Elle s'est beaucoup investie elle-aussi mais elle était peut-être plus vulnérable que moi, non par sa personnalité, mais par son entourage plus mouvant. Elle a senti qu'on allait la livrer, alors elle a fait cavalier seul. Des religieuses l'ont aidée et elle est restée cachée longtemps dans un monastère avant qu'elles l'aident à passer la frontière. Moi, j'ai tenu aussi longtemps que j'ai pu. Il fallait que la résistance reste vive, que la peur ne l'emporte pas. Les mots que j'employais étaient faits pour galvaniser...Ceux qui étaient autour de moi savaient que d'un moment à l'autre, tout pouvait basculer et beaucoup se sont fait arrêter. Du reste moi-aussi...

-Mais au bout de quatre ans !

-Oui, vous imaginez ! Lisbeth affirme que j'ai été protégée. Là-aussi, ce que je vais dire n'est pas facile à admettre en Angleterre, mais mon épouse a toujours eu un côté mystique. Elle croit en Dieu et en ses saints et ne voit pas de contradiction entre ce qu'elle peut faire de sa vie affective par exemple et ses aspirations spirituelles. Le Bien et le Mal coexistent pour elle et si l'on veut que l'un triomphe, il faut affronter l'autre. Ne croyez pas que je prenne les propos de mon épouse à la légère sous couvert que mon philosophe de père lisait Platon et Épictète...Plus le temps passe et plus je comprends sa représentation du monde.

-Le Bien était que vous ayez pu rester trois ans dans la clandestinité à faire de la radio pour délivrer des messages antifascistes et le Mal qu'ont vous ait arrêté, jugé et envoyé à Étoile ?

-On peut le voir comme ça.

-Mais dans cette redoutable prison, vous êtes resté en vie...

-Oui, ils avaient cette option pour moi. Faire de moi un modèle de rééducation à tous niveaux. Politique et social aussi. Le parfait citoyen qui a compris où était la vérité, suit son guide et aide à éliminer les autres. Ceci dit, tous les élus parvenaient au terme de ce vaste programme ?

-Certains. Un faible pourcentage.

-Et votre vie privée ? Le régime comptait vous octroyer une nouvelle épouse ?

-Après le divorce d'avec Lisbeth ? Officiellement oui.

Paul s'était arrêté et cette fois semblait troublé. Son visage se crispait. Il y avait un nœud là, quelque chose de fondamental dont il fallait le faire parler...

-Il y avait un autre scénario ?

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Paul et le docteur Shieffield. La force du rééducateur.

 

De nouveau, Paul hésitait. Shieffield le voyait crisper ses mains sur les bras du fauteuil...

-A Étoile, ceux qui ont la chance d'être rééduqués et non de ne pas mourir plus ou moins rapidement sont peu nombreux et très sélectionnés. Chacun reçoit un instructeur est c'est sur lui que reposent les orientations à venir...

-Oui, dans votre cas, c'était Markus Winger...

-En effet. Un an s'écoule ou quelquefois plus. La transformation qui s'opère en vous est régie par trois phases. L'instructeur les contrôle et plus le temps passe, plus il vous fascine.

De nouveau, il peinait. Le soir tombait et dans la lumière diffuse, le visage de Paul paraissait tourmenté. Néanmoins, le médecin n'eut pas besoin de l'encourager à poursuivre.

-Il devient impossible de fonctionner sans lui. Il est un modèle, un but à atteindre et vous...désirez...une fusion...une sorte d'union... à tous niveaux : physique, morale, émotionnelle...

-Chaque détenu privilégié vit-il cela ?

Paul s'attendait à cette question et il ne put que soupirer de nouveau tant il se sentait embarrassé.

-Je n'ai jamais rencontré ceux qui étaient rééduqués en même temps que moi et j'ai peut-être croisé leurs instructeurs sans le savoir. Non, pour vous répondre, je pense que chaque cas est différent car les points qui permettent de retourner la personne change d'un individu à un autre. Ceci dit, la fascination joue un grand rôle et elle est mise en place dans tous les cas. Pour ce qui me concerne, Markus pensait que...je...qu'il...enfin que nous serions liés une fois ma libération prononcée et mon transfert à Dannick organisé.

-Liés ?

-Des liens purs, une vraie affection.

Shieffield marqua un temps d'arrêt et resta plongé dans le silence puis il reprit :

-Vous voulez dire que vous auriez formé un couple ?

-Nous aurions scellé une sorte d'alliance.

-Chaste ?

-Non. Mais vous savez comme moi que tout ceci est illusoire. Il pouvait me tuer quand il voulait. L’instructeur était jeune, athlétique, blond et très beau. Il faisait ce pour quoi on l'avait programmé.

-Et il est brutalement mort, ce qui vous a privé de l'objet de votre désir ainsi que de la concrétisation de cette union...

-Il avait quelque chose de princier. Oui, sa mort m'a beaucoup choqué. Mais bien sûr, maintenant que j'ai recouvré mes esprits, je trouve cette alliance hallucinante. L'Instructeur et l'ex-détenu modèle...

-Ce n'est pas recevable...

-Non.

-Si c'est le cas, l'attirance que vous avez eue pour l'instructeur Winger n'est plus que de l'ordre du souvenir et des regrets.

Paul s'était repris et il lança un coup d’œil appréciateur au sagace médecin.

-Parce que j'aurais repris mon ancien système de valeurs qui exclut forcément l'horreur de ce genre de manipulation ?  Bien sûr que je trouve cela délirant mais le Mal a toujours un sens et le désir aussi...

-Et parce que le Mal a un sens, votre désir de lui reste très vivace ?

-Oui. Markus avait la pureté des fanatiques, vous voyez, de celle qui vous donne le vertige mais c'était en prison où les instructeurs ont droit de vie et de mort sur ceux qui leur sont confiés. Là, il se dédouble et frappe autour de moi. Je méprise ces deux ersatz et je ne sais quel jeu ils jouent, mais ils me rivent à l'instructeur Winger.

-Il n'a frappé que deux femmes.

-Vous savez bien que non. Il a forcément commis d'autres méfaits. En cavale, j'ai appris à tirer. J’ai repris des cours. Et bien sûr, j'ai une arme. Je vous ai dit que ma femme était une mystique et c'est vrai. Je suis en train d'en devenir un à ma manière, moi-aussi. Seulement lutter contre le mal avec sa force spirituelle peut ne pas suffire...

-Qui va donner rendez-vous à l'autre ?

-Lui sans doute. Ou moi...

Le lendemain de ce jour, il croisa Sheffield et lui dit qu'il allait s'absenter.

-Londres quelques jours, un bel hôtel près de Hyde Park.

-Ce ne sera pas une villégiature, n'est-ce pas ?

-Non.

-C'est le moment juste ?

-Il ne pourrait pas l'être davantage.

-Il n'y a plus d'obstacle ?

-Non.

Le médecin le salua.

-Monsieur Kavan, vous avez mon admiration.

-Moi aussi, docteur.

-Ce n'est pas une psychothérapie dans les règles...

-Vous m'aidez, docteur Sheffield.

-Je le saurai quand je vous reverrai.

 

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27 décembre 2024

Battles. Partie 3. De Bath à Londres. Paul en campagne.

 

 

Paul avait réservé un hôtel en plein centre de la capitale et s'y rendit en voiture. Il emportait son portable avec lui mais envoyé une sauvegarde de son texte à Lisbeth, ainsi que tous ses plans d'écriture pour la suite du roman. Il avait également pris son téléphone portable qu'il ferma.

 Et avant de partir, il plaça dans une enveloppe blanche doublée de rouge le message suivant :

«Il ne pourrait pas lui échapper et du reste après une nuit passée avec lui, il le  suivrait là où il voudrait bien l'emmener. L'instructeur aurait une belle voiture rouge qu’il troquerait contre une autre. Il conduirait vite et ne se donnerait même pas la peine de droguer Paul ou de l'installer à l'arrière, yeux bandés, non, il le laisserait à côté de lui, fixant la route.  Ils arriveraient dans une maison près d'un lac après avoir longtemps roulé vers le nord et ils y resteraient à priori plusieurs jours. Paul serait abasourdi car cette maison, qui paraissait fermée, contiendrait de la nourriture et des vêtements pour se changer. Les lits seraient faits et bien que le printemps commençât à paraître, le chauffage fonctionnerait. L'instructeur semblerait tenir pour acquis que Paul ne lui ferait pas faux bon. Il laisserait traîner les clés de la voiture ainsi que celles de la maison et ne lui demanderait pas de lui confier son arme. Il aurait lui-même posé son revolver sur la table de nuit dans la chambre qu'ils occuperaient et ne manifesterait aucune inquiétude. Il en irait longtemps, de cache en cache, jusqu'à ce qu'il décide de l'abattre. Il faudrait du temps pour retrouver son corps, son roman inachevé ne paraîtrait pas et même si Dormann mourait et que son dauphin était renversé par une insurrection populaire qui porterait un démocrate au pouvoir, son aura dans son pays serait faible. Qui se souviendrait de Paul Kavan qui, un temps, s'était appelé Battles ?  Quant à lui, l'instructeur qui avait une première fois failli à sa mission, il aurait mené la seconde à bien en envoyant en enfer celui qu'il n'avait pu transformer...Et il n'aurait pas à mourir, juste à reprendre la pose qui était la sienne quand la balle mortelle l'avait atteint. »

C'était un texte plein de vérité, que lui, Markus Winger faisait pleinement sien. Un autre scénario s'écrivait dont il voulait tout ignorer. Qui savait écrire à part lui ? »

La réponse apparut rapidement. Une enveloppe doublée de rouge dans sa valise. Elle n'y était pas quand il l'avait fermée.

Bien vu ? Non, trop poétique.

Maintenant, c'est à toi, Paul.

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Londres. Hôtel chic. Dans l'attente de Markus Winger.

 

 

4. Rendez-vous immanquable.

 Le trajet n'était pas si long, Paul respecta l'horaire qu'il s'était fixé et prit possession d'une chambre élégante avec vue sur Hyde Park. A son arrivée, il rangea ses effets personnels : vêtements, livres...puis se fit couler un bain. Il en vérifia la température et s'y enfonça avec conviction. Un peu plus tard, il partit déambuler dans le quartier et s'acheta un complet de bonne qualité ainsi qu'un pull en cashmere. Le soir venant, il traîna dans un pub. De retour, il se mit à écrire sans rencontrer d'obstacle. Le lendemain, il passa une journée solitaire, allant au cinéma puis dans quelques librairies. Il dîna dans un restaurant à proximité de l'hôtel et rentra seul et à pas lents. Il n'y avait plus guère de temps à attendre. Celui qui le guettait était là. Avant de s'endormir, Paul glissa son revolver sous son oreiller, près de lui et à plusieurs reprises, il s’éveilla et alla inspecter sa chambre. Tout y était calme ainsi que dans le couloir. Au matin, il suivit le rituel habituel et après son petit déjeuner, décida d'aller marcher dans le parc. La nature s'ouvrait au printemps et il en fut heureux, mesurant le temps qui s'était écoulé depuis son arrivée à Bath. Il y avait vu l'arrivée de l'hiver et passé de très furtives fêtes de fin d'année avant de se lancer dans ce projet de longue haleine qu'était ce roman et maintenant les timides fleurs de ce printemps frais et humide venaient le saluer.  Il en était heureux. Il marchait d'un pas vif et écrivait dans sa tête une autre version du transfert de son héros vers la capitale, après sa rééducation. Le brusque arrêt du convoi et l'embuscade qui permettait de le rendre libre étaient mieux décrites ainsi : il faudrait qu'il y veille. Il arrivait au bout de ces zones d'ombre qu'avaient représentées les diverses mises en scène de la prison. Le reste, à savoir, la rédemption de Nader Stanzy et sa nouvelle vie dans un régime qui avait mis fin à une sordide dictature, serait plus simple à réécrire car fictionnel...

 

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Merskin et Wisam.

 

Ragaillardi à cette idée, Paul prolongea sa promenade et traîna dans le quartier avant de retourner tranquillement à son hôtel. Il était dans le hall quand il sut que tout se nouait. Il avait laissé sa clé à la réception mais celle-ci étant encombrée, il se devait attendre. Il se retrouva donc face à un des nombreux et grands miroirs qui ornaient les murs et ne put qu'y chercher son image. Elle lui parut avenante : il était à son avantage. L'instant d'après, une autre silhouette s'y inscrivit.  C'était celle d'un grand jeune blond et athlétique qui était vêtu d'un long manteau de cuir noir. Il le fixait sans sourire. Paul retint sa respiration. Cette fois, il y était...

Se retournant, il s'avança vers celui qui ne le quittait pas du regard.

-Merskin Gruwa ?

-Qui est-ce ?

La voix était bien la même, froide, un peu métallique.

-Vous, je pense. Où est Wisam, votre ami ?

Le jeune homme eut un soupir irrité :

-Merskin ? Wisam ? Mais qu'est-ce que tu me chantes ! Allons dans ta chambre.

-Je dois récupérer la clé.

-Va.

Il s'écarta puis revint et ils se dirigèrent vers l'ascenseur.

-Vous avez trouvé facilement ?

-Oui. Finis tes phrases, Paul, ne me mécontente pas d'emblée...

-C'était assez simple, Instructeur ?

-Un jeu d'enfant...A propos, joli ton texte.

-Vous avez apprécié ?

-Oui...

Ils se turent et montèrent dans l’ascenseur où ils n'étaient que deux. Winger offrait un profil pur. Sa beauté était totale. Paul capta ses odeurs corporelles et en fut troublé.

Quand ils se retrouvèrent dans le couloir, l'instructeur fut bavard :

-Tu es très bien vêtu, tu as belle allure. Ça t’est plus facile qu'à Étoile, remarque...

-Oui, Instructeur. Vous êtes, vous-même, à votre avantage.

-Quelle belle remarque !

Paul ouvrit la porte de sa chambre et s'effaça :

-Je vous en prie.

La chambre était dans un ordre parfait : tentures orangées, meubles de prix, fleurs dans des vases et grand lit. Tout était méticuleusement rangé. Le jeune homme émit un sifflement admiratif :

-Superbe cette chambre et confortable !

-Oui, c'est un hôtel élégant.

-Tu  dois payer un bon prix pour te loger ici !

-Oui, Instructeur.

 Avant de s'approcher du bureau et d'allumer l'ordinateur de Paul, le jeune homme fit le tour de la pièce, ouvrit les armoires et les tiroirs et alla même dans la salle de bain et sur le balcon. Paul se put s'empêcher de l'observer le profil : il était toujours aussi blond et aussi beau.

-Vous êtes donc venu, Instructeur.

Celui lui décocha un regard amusé mais venimeux :

-Tu ne m'appelles pas peut-être ?

-Si. Mais vous-aussi.

-Ah tu penses ? Ton ordinateur portable, il y a un mot de passe ?

-Non, Instructeur.

 -Si peu méfiant...Où est ton texte ? Ah, celui-là : Nader, projet. Tu vas le publier sous ce titre ?

-Non, Instructeur.

-Ah ? Quel sera le vrai titre, alors ?

-Je ne sais pas.

-Menteur. Bon, c'est au point ?

-Instructeur, le texte n'est pas terminé et c'est un premier jet. Beaucoup de reprises à faire. Là, le personnage principal arrive à Étoile...

-Et il me va me rencontrer !

-Oui, Instructeur...

-Tu vas, j'imagine, te surpasser pour montrer à quel point j'ai pu être méchant...

-Vous étiez très doué pour les interrogatoires, Instructeur...

-Je pense bien !

Le dossier s'ouvrait mais le jeune homme ne semblait pas pressé de le consulter.

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Eva tuée.

 

-De qui m'as-tu parlé tout à l'heure ?

-De Merskin Gruwa et de Wisam Krugern.

-De qui s'agit-il?

-Deux types un peu dingues qui nuisent à mon entourage et cherchent à m'empêcher de vivre.  Ils sont probablement membres d'un parti néo fasciste.

-Oh !

De nouveau, il souriait mais ses yeux restaient durs. Il avait enlevé son manteau en entrant et portait un pull gris près du corps et un pantalon qui ressemblait à un pantalon de cheval. Il avait des bottes, aussi. C'était à quelques variantes près les vêtements qu'il portait quand Paul l'avait vu pour la première fois...

Il est armé, pensa Paul, oui, il l'est. Une arme très performante qu'il a acquise ici ou qu’il avait déjà. Sait-il que je le suis, moi-aussi ? Il ne l'ignore pas s'en moque. C'est un tueur entraîné.

-Eh bien ?

-Tu as touché à Daphne Brixton.

-Moi, non. C'est quoi ce tutoiement ?

-Tu as tué Eva.

-Pan pan ? De qui parles-tu ?

Winger s'était placé au milieu de la pièce, dos à la fenêtre. Il était aux aguets, observant toutes les réactions de Paul qui s'appuyait contre le mur à côté de la porte de la salle de bain.

-Daphné, le viol.

-Tu t'attendais à quoi ? Tu lui as dit de faire attention, elle savait qu'on tournait autour d'elle mais qu'est-ce qu'elle a fait, elle ? Elle a pris un crétin en guise de garde du corps et changé les serrures !  Et elle a fait dormir un couple d'abrutis chez elle !

-Je l'aimais.

-Raison de plus. Maintenant vouvoie moi et termine tes phrases. Quoi, Paul ? Elle s'en remettra ou c'est peut-être déjà fait.

-Je ne pense pas.

-Bah, les femmes ! En tout cas, elle ne t'aime plus. C’est toi le responsable de tout cela ! Et puis sa famille apprécie l’ordre quand il est dictatorial. Tu ne le savais pas ?

Paul évita de répondre. Winger le toisait et semblait très à l’aise.

-Bon, on passe à l'autre ?

-Oui.

-Oui, Instructeur.

-Oui, Instructeur.

-Brave Paul ! Donc, elle s'appelait comment déjà ?

-Eva.

Winger eut un sourire cruel. Paul poursuivit.

-Eva a été dominée, battue et frappée à mort. C'était une traductrice réputée.

-Elle traduisait quoi ? Je ne lis que des manuels militaires.

-Vous l'avez regardé agoniser.

-Moi ?

Cette fois, l'instructeur montra un visage dur.

-Oui, c'est exact. Encore que ...Attends ! Tu n’as pas dit que c’était les deux autres qui avaient fait ça, comme pour l’aristo filiforme ?

-Ils sont vous.

-Bon. En ce cas, ils ont violé l’une et tabassé l’autre.

-C’est vous.

L’instructeur lança à Paul un regard plein de morgue.

-On arrête de jouer au plus fin, tu veux bien? C'est moi, oui.

Puis, il s'assit dans un fauteuil où il s'étira. Paul resta impavide. 

-J'ai soif, donne-moi à boire.

-Le choix est limité.

-Comment ?

-Instructeur, il y a du café ou le minibar : eau, vin, bière, spiritueux.

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Retrouvailles avec l'Instructeur Winger. Déjà Mort? Prêt à mourir?

 

 

-Fais-moi un café.

-Oui, Instructeur.

-Et prends- en un aussi. C'est un ordre.

Paul fit bouillir de l'eau et ouvrit les dosettes de café. Il prépara les boissons et les apporta sur un plateau, ce qui amusa Winger.

-Alors, mon beau Paul ! Tu sais que tu m'amuses. Cette anglaise arrive, tu lui contes fleurette et tu la sautes, jusque-là, tout va bien. Une grosse traductrice arrive et induit avec toi des jeux de domination qui sont loin de te laisser indifférent...Tu te rends compte que ta belle anglaise pleine aux as ne va peut-être pas apprécier tes facéties et tu avoues à demi. Elle te laisse en plan et toi, tu congédies l'autre. Après quoi, drapé dans ta dignité, tu t'écartes de l'une et de l'autre et devises avec ta femme. Question simple : tu les as aidées ? Tu savais qui les attaquait, non ?

Paul pâlit et baissa la tête. Winger, sûr de lui, continua :

-Plus simple d'aller à Bath parler à un psychiatre ? Quelle merveilleuse couverture !

-C'est votre lecture.

-Absolument. Bois ton café, il refroidit. On prendra de l'alcool tout à l'heure.

-Vous êtes en service.

-Toi aussi mais ça ne fait rien. Paul, tu plais à ton instructeur. Au fait où est-il ?

-Quoi ?

Partant d'un rire bref, Winger fila dans la salle de bain d'où il revint avec un sachet noir.

-Tu l'as apporté avec toi !

-Quoi ?

-Mais le cadeau que je t'ai fait passer...

Et, se dirigeant vers la valise de Paul, il fouilla. Puis, il sortit de son enveloppe sombre un objet sexuel en forme de phallus.

-Tu te souviens ?

-Ce n'était pas dans mes bagages.

-C'est tout comme. Il te revient !

-Non, Instructeur.

-Tu es comme moi.

-Non ! 

-D'accord. Toi, tu es gentil ! Ces bonnes femmes !  L'une violée, l'autre tuée. Quelle désolation ! Ce n'est pas bien ce qu'on leur a fait...Dis-moi, toi qui es si plein de sagesse: en Ambranie parce qu'ils ont écouté des gens comme toi, combien sont morts de faim ou d'épuisement ? Combien ont été fusillés ? Combien ont servi d’otages ? Tu étais à Étoile, non ?  On y exécutait des détenus tous les jours. Une femme, quand tu fuyais, t'a hébergé une nuit et a été arrêtée ensuite : on l'a étranglée avec une corde à violon pendant que toi tu étais reçu ailleurs. Le seul héroïsme de ceux qui ont trouvé la mort à cause de toi est de t'avoir rencontré ! Ils l'ont payé de leur vie. Et toi, n’as-tu jamais pensé à eux seulement ? Non, jamais. Paul, tu es aussi immonde que moi.

-Non. Je refuse ces paradoxes. Je sais ce qui se passait à Étoile.

-Tiens.

Winger tenait le phallus noir à la main. A demi souriant, il le tendait à Paul.

Avec horreur, Paul s'écarta de ce brillant tentateur et alla regarder par la fenêtre.  Winger le suivit et se plaqua contre lui.

-Tu n'as pas enlevé ton veston car tu ne veux pas que je comprenne que tu as une arme. Mais je la sens. Paul...Tu n’y arriveras pas. Toi- aussi tu aimes le pouvoir.

Il fallait réagir. Il s’écarta vivement. En Ambranie, l’Instructeur avait été abattu, il en était certain depuis longtemps. Celui qui était là était un fantasme, un tentateur.

-Vous êtes mort, là-bas.

Cette phrase frappa l'Instructeur de plein fouet.

-Moi ? Sur le papier, oui, mais sinon ? Rien n’est figé ; dans un instant, ce peut être toi.

-Ce n'est pas certain.

-Car tu vas tirer ? Non mais, regarde-toi ! Nos liens sont indissolubles. Tu le sais.

L'instructeur était catégorique et il continuait de dominer.

-On passe à l’alcool.

-Non !

-Mais si ! Je suis là et je suis fort !  Que resterait-il de son combat si celui auquel tu t'opposes depuis si longtemps devenait insipide ? Cette embuscade ! Ils tiraient bien, je dois le reconnaître. Mais tu n'étais pas conscient, non ? Tu n'as strictement rien vu. Quand tu es sorti de ta léthargie, tu étais déjà avec cette bande de tueurs et ensuite, tu as cru ce qu'on t'a dit. On m'avait éliminé, moi, le symbole de l'horreur ! Mais même si les partisans t'ont exfiltré, je suis là, moi, ton Instructeur. J'ai traversé le temps.

Paul frémit. Winger s’était de nouveau rapproché ; ils se faisaient face et leurs visages étaient proches l'un de l'autre.

-Je n’aime pas le whisky mais il y a de la vodka. Hein ? Il y en a...

-Je ne crois pas.

-Moi, je crois.

Il disait vrai car Paul trouva une bouteille entière dans le réfrigérateur.

-Avec glace.

-Oui.

-Oui, Instructeur.

Paul soupira. 

-Cette bouteille n'était pas là.

-Qu'importe ! J'ai soif ! 

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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