Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

Publicité
17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Discussion entre Barney et Clive.

 

 

5. Mises en garde.

En agissant comme il le ait, Clive désobéit à Barney et contrarie ses plans.

J’ai failli trouver étrange qu’il ne m’invite plus dans ces super trucs où les snobs se réjouissent chaque seconde davantage de vivre dans le luxe mais bon…

Comme j’en étais à presque le regretter, il a laissé tomber les textos pour embrayer sur le téléphone.

-Alors ?

-Tout se passe bien chez Lopez.

-Ah oui, bien sûr ! Donnez-moi des détails.

-Des… quoi ? Vous rigolez ?

-Pas du tout.

-Vous savez tout de la sexualité de votre chéri, vous me l’avez dit et vous avez fait des trucs salés avec lui…

-Je vous parle de ce qu’il fait, lui, avec vous…

-Ah, ce coup-ci, ça ne vous semblera pas « excessif » que je mette la sexualité en avant ? Je croyais qu’il ne fallait pas que je parle de ça pour me vanter et cacher autre chose. Je me suis trompé, on dirait.

-C’est exact. Alors, où en êtes-vous ?

-Ben, c’est intense…

-Précisez…

J’ai dit non, pis j’ai fait le contraire. Comment que je te tournais et te retournais, mon joli-joli, comment qu’on allait dans la douche ou dans le placard, comment que je sortais des glaçons du frigo pour te les enfoncer dans son conduit avant d’y mettre la partie de ma personne qui lui apportait le plus de plaisir et comment que ça durait longtemps. Il a voulu savoir pour lui, ses initiatives, ses moments d’intensité. J’ai dit ses mains et sa langue et ses petits hauts le cœur quand il avalait. J’ai dit qu’il avait le teint plus clair, qu’on voyait qu’être rempli comme ça, ça lui faisait sacrément du bien. Pas dérangé du tout, Barney m’a complimenté sur ma virilité et suggéré que j’avais les bonnes mensurations…

-Ah ben, vous êtes moqueur…Comme c’est surprenant de votre part !

-Je ne fais que tirer des conclusions sur ce que vous me dites. A ce que je sais, depuis des semaines et des semaines, vous copulez beaucoup et ça ne faiblit pas. Vous avez donc tout ce qu’il faut.

-Allez-y, vous ne gênez pas. Foutez-vous de moi !

-Je vous écoute d’abord. Rajoutez-en, Clive, rajoutez-en…

Là, ça m’a déplu. J’ai attaqué.

-Il aime la queue avec moi, ton petit mignon et ça te fout la honte, hein ? Pas marrant à ressentir d’autant qu’il ne revient pas vers toi…

Bon, j’aurais dû le savoir. La réponse a été cinglante.

-Attention, Clive.

-Fallait que je me lâche…

-Vous risquez de le regretter. Retirez ce que vous venez de me dire et adressez-vous à moi correctement. Oubliez-vous le pouvoir que j’ai ?

-Quel pouvoir ?

-Oh, Clive ! J’envoie un message à Erik en lui disant que je sais qui il voit et je déballe sur vous suffisamment d’insanités pour qu’il évite de vous voir. Il se tiendra à ce que je lui dis. Vous retirez ?

-Je …Oui…D’accord. Je fais ça.

-Alors excusez-vous. Vous ne voudriez pas que votre femme ou votre fille soit soudain au courant de ce que vous leur cachez ? Et vos voisins non plus…

-Non. Je vous présente mes excuses.

-Je les accepte, Clive. Bon, reprenez sur lui. Allez, soyez talentueux…J’attends de nouveaux détails.

Mais là, j’ai senti que je ne devais plus lui donner d’éléments. Il en profiterait toujours et au bout du compte, je m’emporterais, je lui dirais des conneries et il me moucherait.

-Ecoutez, Erik, dans l’intimité, c’est quelqu’un de beau. Ce que je viens de vous balancer, ça me fait du bien de vous l’avoir dit mais je regrette d’avoir parlé de lui de façon triviale. De toute façon, je ne sais pas décrire ce qui se passe entre vous.

-J’ai trouvé que si. Pourquoi serait-il vulgaire et faux de dire que votre queue lui convient puisque c’est vrai ? En outre, sur d’autres plans, vous lui convenez aussi. Je ne suis pas idiot. L’intimité forte qu’il a avec vous est difficile à accepter pour moi. Je suis conscient de mes limites…

-Vous ? Impossible, ça !

-Pourquoi ?

-Vous êtes bien trop imbu de vous-même…

-Eh bien non, pas en ce domaine. D’une certaine façon, il vous adore. Vous le rassurez, vous lui faites du bien. Et vous êtes mieux que moi au lit, pour ce qui le concerne. C’est une certitude, ça.

-Euh, je préfère rester prudent.

-Dans vos propos ?

-En général, on va dire.

-En même temps, Clive, je comprends vos fanfaronnades et vos réticences. Votre position est difficile. Ce que je vous ai demandé, ce que vous ressentez et le temps qui joue contre vous…

-Arrêtez, vous allez repartir sur un discours qui ne s’arrête jamais, type Georges Balanchine.

-Bien compris, Clive.

Toujours aussi malin, il a changé de cap, reprenant un ton de voix élégant et poli.

-Bientôt, vous recevrez de l’argent.

-Quoi ?

-On va vers la fin de votre mission. Je vous dédommagerai. Vous pourrez ainsi, prendre de plus longues vacances, vous acheter une belle voiture ou une grosse moto… réaliser quelques- uns de vos rêves.

-Riccardo Lopez revient du Mexique ?

-Aux dernières nouvelles, oui. Sa pauvre mère va mieux.

-En cas, ça change la donne pour le lieu de rendez-vous ? Erik, je peux le voir ailleurs…

-Je n’en suis pas sûr, Clive…

J’ai eu une drôle d’impression d’autant qu’entre les textos et les coups de fil, il savait qu’on se voyait régulièrement, Erik et moi. Ce qu’il venait de dire, ça ma glaçait. Pas de troisième adresse ? Il comptait entrer dans la danse en nous recevant quelque part ? Je ne sais pas, mais ça sentait vraiment le coup fourré.

-Bon, vous me direz comment vous vous organisez…

-Comment je m’organise ? Vous me rendez perplexe…

-Ben oui. Pour le retour de Lopez, enfin, ce qu’on fait…

-Très bientôt, Clive, vous aurez tous les éléments en main…

-Et ce sera plus clair, alors…

-Oui.

-Erik m’a dit de venir à son prochain spectacle.

-Ah ! Il a réussi à imposer Jeux ! J’en suis ravi pour lui car ça n’a pas été simple. Il va être merveilleux. Et puis, il est aussi au centre d’un montage sur Fokine : vous le verrez en Arlequin, en esclave d’or…Non, vraiment, je vous assure, il s’est battu pour que naisse ce spectacle. Il y a bien Martins, le directeur artistique, qui est danois lui-aussi, mais il n’est pas seul…Je suis très fier de ce qu’il tente !

 

 

Publicité
17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Erik et Clive. Ecoute et tendresse.

 

Relax, il avait l’air de l’être et il rigolait de plus en plus quand il me voyait. Il me parlait français et évoquait sa mère et puis danois et il imitait son père. Pour son père, je sentais que ça coinçait un peu. Il lui en voulait de ne pas suivre sa carrière, de ne pas prendre des avions pour venir l’applaudir…Sa mère, au contraire, c’était l’adoration. Elle, était déjà venue le voir à New York (Barney l’avait invité à bouffer au Four Seasons, j’en aurais donné ma main à couper, et il avait sorti pour l’occasion son français approximatif et lui, mon danseur joli-joli, il avait ri de ses tentatives…) et tout s’était très bien passé.

Quand même son père, il n’avait jamais rechigné à payer les cours de ce fils surprenant et ses stages. Je lui ai fait remarquer, à Erik. Peut-être qu’il avait le droit d’être un peu décontenancé…Ce n’était pas toujours facile. Moi quand, ado, je sortais sans arrêt en douce et que mes parents « super ouverts » en avaient eu l’intuition, ça leur en avait foutu un coup. L’éducation rigoriste que j’étais supposé recevoir, elle en prenait un coup. Ben, pour son père, c’était peut-être un genre comme ça. C’était un mec qui venait d’un milieu très simple ; alors un fils danseur classique (et d’une), très doué et promis à une carrière internationale (et de deux) et bisexuel (et de trois), ne fallait pas non plus…

Il a acquiescé, mon superbe danseur, pis comme je voyais que ça le chavirait un peu, j’ai arrêté tout de suite.

Je l’ai pris dans mes bras et pour atténuer ce que je lui avais dit ce jour-là, je lui ai parlé de son teint. Oui, son teint clair. Le changement était très perceptible : il était beaucoup lumineux. C’était mon foutre et ses propriétés spécifiques…Comme il en avalait régulièrement, il en voyait les bienfaits…

Il a pouffé de rire.

Quand on est arrivé en décembre, il m’avait dit plein de trucs. Je pouvais reconstituer sa carrière ! Il se souciait de Carolyn qui bouffait des ronds de chapeau dans son école de danse au niveau élevé. De temps en temps, il l’appelait. Il ne fallait pas qu’elle lâche. La danse classique, ça ne fait pas de cadeau. Il était bien placé pour le dire.

Entre deux séances de voltige aérienne dans des draps aux couleurs désormais normales (j’avais fini par aller en acheter), il m’a parlé du spectacle dans lequel il allait paraître. C’était un hommage au ballet russe et il y danserait, Le Spectre de la rose, l’Après-midi d’un faune et Jeux. Pour ce dernier ballet, il avait dû insister mais insister…On considérait que Nijinsky l’avait chorégraphié trop vite, ce qui, de son point de vue, était une aberration. En tout cas, il était fier de le danser. Il y aurait, pour finir la soirée, un ballet de Fokine où ce même Nijinsky, cette fois danseur, avait, en son temps, particulièrement brillé mais j’en ai tout de suite oublié le nom.

Il travaillait comme un dingue et ce spectacle le rendait fébrile. Tout y serait magnifique. Bien sûr, je viendrais.

Et Barney aussi…Il avait peut-être fait les décors et les costumes va savoir. Et pour les costumes, il avait en personne supervisé les essayages du beau danseur qui avait les premiers rôles…Quand même, fallait vérifier que le maillot moulant du jeune spectre tout rose et enturbanné serrait pas trop à l’entrejambe…Hélas, si, ne bouge pas Erik, j’arrange ça tout de suite…je lâche une couture…Tu te sens mieux chéri ? Je reste à genoux ou je me relève…

Oui, j’irais le voir mais il ne fallait pas qu’il donne aussi des billets pour ma femme et ma fille. De telles libéralités leur paraitraient bizarres. Juste comme je lui rappelais un peu l’existence de ce décorateur pour savoir où ça en était et qu’il demeurait évasif, le voilà qui a réoccupé le devant de la scène, l’incomparable Julian B.

Lui et moi, on « textotait » depuis quelques temps, pardon, on s’envoyait des texto…. Ben oui, les temps changent…Il vérifiait que ça suivait son cours et se montrait ravi de la façon dont Erik me faisait confiance. Ça roulait, en somme, mais jusqu’à quand ?

 

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Erik défait.

Il s’est arrêté et j’ai compris qu’il était totalement sincère. A nouveau, j’ai vu l’homme qu’il pouvait être quand il s’occupait d’autre chose que de tisser des toiles d’araignées. Comme interlocuteur, il devait être fascinant et je n’avais aucun mal à croire qu’on s’arrache son travail. C’était juste que j’aurais dû le rencontrer dans un autre contexte ou pas du tout. En fait, pas du tout, ça aurait été mieux.

J’ai senti fondre sur Erik et moi une tempête sans nom et pour la première fois, j’ai annulé un rendez-vous avec lui. Inconscient de ce qui se tramait, Erik a fait mine de prendre la chose avec légèreté mais il n’a pas tardé à m’appeler. Il n’était vraiment pas bien. Il voulait me parler. J’ai creusé un peu pour savoir et j’ai pigé qu’il y avait un truc dans son passé qui le harcelait. Ça lui était égal que ce soit à un autre moment et pas dans cet appartement qui nous servait de refuge. J’ai hésité puis, en fin de compte, j’ai dit que je le verrais au même endroit que d’habitude mais en fin de journée puisque ça semblait l’arranger. Il m’a fixé une date et une heure et il est venu. Il avait l’air triste et craintif. Je ne l’ai pas interrompu et je ne l’ai pas touché. Là aussi, je dois bien l’avouer, c’était surprenant.

-Quand j’ai eu dix-huit ans, j’ai rencontré un musicien. Il s’agissait d’un pianiste de grande réputation dont la carrière avait été prestigieuse jusqu’à ce qu’un accident de la route n’y mette fin. Il pouvait toujours se servir de ses mains mais pour ce qui concernait le piano, il n’y avait pas d’illusion à se faire. Ce toucher brillant qui avait fait sa réputation, il ne l’aurait plus jamais. C’en était fini de ses rendez-vous autour du globe pour des concerts qui faisaient date. Évidemment, il a eu du mal à surmonter le choc mais il y est parvenu. Il a mis sur pied une fondation à son nom pour venir en aide à des artistes de tous bords qui souhaitaient soit voir encourager leurs débuts, soit faire une halte pour être au calme et créer. Il venait d’une famille riche et sa carrière internationale lui avait fait gagner pas mal d’argent. Il a établi sa fondation dans un très beau château au nord du Danemark et tout de suite, il a tapé très fort. Il a attiré l’attention des médias et celle des sponsors. Je l’ai rencontré et l’ai admiré. Il m’a donné le sentiment de vouloir beaucoup me parler et de s’intéresser à moi et, je suis vraiment sincère, je n’ai rien vu arriver.

Il avait l’air d’avoir des difficultés à parler et je suis allé lui chercher un verre d’eau. Il l’a bu à lentes gorgées.

-Il s’est déclaré brutalement et ça m’a paru tellement inattendu que j’en ai ri. Mais lui, il a été catégorique. Il éprouvait une passion pour moi. Jamais, il n’en avait éprouvé une telle ferveur et une telle adoration. Il avait pourtant été marié deux fois, il avait des enfants, il avait aimé deux jeunes hommes qui, comme lui, faisaient de la musique mais jamais, jamais, il n’avait buté sur une telle évidence de l’amour. Ça le consumait ; ça le rendait fou. Il avait cinquante et un ans. Ça me paraissait très vieux. Physiquement, j’étais incapable de le toucher et j’ai toujours refusé de le faire. Il m’a écrit beaucoup de lettres enflammées. Au fil du temps, elles sont devenues délirantes. Puis, il m’a posé un ultimatum. Tu sais, je ne réalisais pas vraiment. Ça m’effrayait tout cela. Mais il a fallu que je lui parle et je lui ai dit que j’étais incapable de lui répondre. Un temps, il n’a plus rien dit et j’ai pensé qu’il revenait à la raison. Puis, une nuit, il m’a appelé chez moi. J’avais dix-neuf ans désormais et je vivais seul pour la première fois de ma vie. Il a insisté pour me voir, pour m’aimer. Sinon, il mourrait. Il était trois heures du matin. Je ne comprenais pas bien. Était-il sincère ? Pas sincère ? Seulement, avant de raccrocher, il a pointé le fait que je disais non et que ce serait lourd de conséquence. Je n’ai pas ouvert la porte et j’ai débranché mon téléphone. J’ai dit non une fois de plus. Il s’est pendu.

Il est resté assis sur son fauteuil, le dos droit et le visage baissé. J’ai fait ce qu’il me semblait juste de faire. Je l’ai fait se lever. On s’est allongé l’un contre l’autre sur l’affreux canapé du salon et je l’ai gardé contre moi.

Barney avait dit qu’Erik avait été dressé à séduire et à rendre amoureux. Il y avait sans doute beaucoup de vrai dans ce qu’il avançait mais là, quand même, quelqu’un était mort. C’était autrement plus grave… Je n’avais aucun élément me permettant d’infléchir ou de confirmer la version des faits que présentait ce jeune homme accablé. Je m’en suis tenu à la simplicité. J’ai gardé le silence en lui communiquant ma force intérieure.

Quand il est parti, il avait l’air d’aller un peu mieux et il me restait entre les doigts un de ses cheveux d’or pâle.

J’ai essayé de penser à quelque chose de trivial, le concernant mais rien n’a fonctionné. Il restait la pureté.

 

 

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3.

 

 

TROISIEME

PARTIE

 

CHUTE

 

 

 

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Chez Lopez. Violence et rupture.

 

Erik, par contre, ne m’a pas loupé :

-Alors, c’est vrai ! Tu t’es laissé utiliser pour de l’argent ?

Il m’attaquait dans le dos, le bel Erik.

-Et pourquoi je ne l’aurais pas fait ? C’était un pari avec un gain possible. Je ne savais pas qui tu étais ; c’était excitant. Ensuite, j’ai pensé à Carolyn, ma fille. Elle est dans une bonne école de danse grâce à toi, grâce à lui.

-Pourquoi refuser un dernier paiement ?

-Faut faire attention à ce qu’on dit !

Il venait de se placer devant moi.

-Ah et pourquoi ?

-Tu reconnais toi-même qu’il a une excellente position sociale. Son argent t’intéresse aussi…

-C’est vrai. Je ne suis pas un ange, tu vois ! D’ailleurs, il a bien dû te le dire, que j’étais difficile, emporté et que je lui en faisais baver…

-Il est en face de toi. Demande-lui.

-Je suis cruel. C’est toi qui ne vois rien !

-Mais oui, tu peux l’être, mon si bel Erik ! Mais en même temps, tu es bien l’ange que nous attendons : si parfait, si inaccessible sur scène et quand tu sur terre avec nous, si sensuel et si parfaitement humain ! Et tu es fort ! Regarde-toi, si beau, si fier, à peine atteint par toutes ces saletés…

Erik a paru impressionné par ce que je venais de dire. Je marquais un point.

-Et toi, Julian ?

-Tu me demandes ce que je pense ? Il semble bien que tu m’aies poussé suffisamment à bout pour que j’en arrive à cette extrémité.

-Aucune proposition de ta part, alors ?

-De quelle proposition veux-tu parler ?

-Clive ?

Le danseur, il lançait des regards durs à son amant mais celui-ci ne perdait pas de sa superbe. Ils se toisaient. Je ne voulais pas être en reste et j’ai aboyé :

  • Je fais une proposition ?

  • Oui, Clive.

Erik attendait.

-Bon, je prends mes cliques et mes claques et là, c’est comme si tu me crachais à la figure. Ceci dit, je le mérite.

-Oui, c’est juste. C’est tout ?

-Non, il y a une seconde proposition : je garde espoir parce que ton « compagnon » est en train de faire des tas de calculs dans sa tête. Et toi-aussi, peut être que t’en fais…

-Tu penses à quoi, me concernant ?

-A ce que tu me pourrais dire sur des vérités que tu as arrangées à ta façon, des paroles qu’en fait tu n’as pas prononcées, des actes que tu n’as pas commis…Peut-être que ton musicien n’est pas mort à cause de toi. Peut-être que tu voulais des aventures et que ton ami ici présent a seulement voulu t’empêcher de tomber sur des mecs louches en en choisissant de plus sains. Peut-être que cette ballerine qui t’intéressait t’a planté là parce qu’elle se sentait trop peu intéressé par les femmes…Il y a tant de façon de dire une chose et son contraire…Ton ami est peut-être très dominateur sauf s’il cache son côté maso. En tout cas, tu mords vite…

-Et où est l’ange que tu décris ?

-Il attend son heure.

Erik n’a pu s’empêcher de sourire.

- Donc, Julian a des idées en tête ? Lesquelles ?

J’ai fait un geste évasif de la main et j’ai soupiré. L’autre, le gros snob, il a vu que je perdais du terrain et il en a profité.

-Erik, monsieur Dorwell n’est peut-être pas à même d’être très clair aujourd’hui…

-Ah et il aura retrouvé ses esprits demain ? On déjeune ensemble et on met les choses à plat ? Tu dérailles, Julian. Il va dégager.

-Tu as raison, je pense.

Je me suis repris et tendu comme un arc, j’ai fait face.

-S’en aller ? Ah non, pas encore. Elle est tordue cette situation mais c’est sans compter…

Erik dressait l’oreille. Il ne voulait pas perdre une miette de ce que j’allais dire.

-Sans compter, Clive ?

-Je vais essayer d’expliquer ce que ton ami, monsieur Barney, a en tête et j’espère ne pas trahir sa pensée. Que tu as deux chasseurs aguerris face à toi. Il y aurait un autre plan possible, tu sais…, Je parle de ce qui peut se produire ici et maintenant….

-Et c’est quoi, selon toi ?

-Euh, je ne suis pas sûr que ma réponse…

Il me scrutait. Je ne l’avais jamais vu en colère comme ça. Il était vraiment superbe, bien raidi, les poings serrés…

-Donne-là.

-Bon, ben d’accord. Je dirais que le plan que ton compagnon avait en tête peut être mis à exécution. Ce ne devait pas exactement se dérouler sous cette forme mais pourquoi pas ?

Il attendait, glacial.

-Voilà, donc je suggère une partie carrée dans la chambre. Un homme chic, un jeune artiste, un mec de base, la quarantaine. Je ne détaille pas le programme…En tout cas, tu serais bien traité…

-Oh vraiment ?

-Je t’assure !

-Et tu ferais ça gratuitement ?

-Sûr !

-Tu es généreux ! Et toi, Julian, tu en penses quoi ? Ne me dis pas que tu es sans opinion…

J’ai regardé Barney qui restait sur son quant à soi mais dont le regard était plein de dureté. J’étais sûr qu’il n’était pas contre mais il ne savait pas encore comment ça allait tourner…C’est qu’il était sacrément résistant, le danseur classique…

J’ai attendu, histoire de ne pas le brusquer et mon regard est allé de l’un à l’autre. Le souci, c’est que je n’ai rien vu venir parce que, justement, je sollicitais de nouveau Julian B. pour qu’il sorte de son mutisme et m’appuie.

-Bon alors ? Personne ne se décide ?

-Si, je pense que…

Je n’ai pas fini ma phrase. Erik est devenu écarlate. Soudainement, il m’a balancé un coup dans la figure, si violent qu’il m’a ouvert la lèvre. La blessure était superficielle mais il m’avait eu par surprise. J’ai reculé et étouffé un gémissement. Voyant que le sang coulait et que je l’essuyais du revers de la main, Barney a hurlé :

-Tu arrêtes ça, Erik !

-Ah bon, pourquoi ? C’est quoi ta réponse à toi ? La même que la sienne ? Vous n’allez pas tarder à vous échauffer ?

Le décorateur, ça l’a vraiment défrisé que son chéri le provoque comme ça. Il s’est approché vivement et il te l’a torgnolé, son danseur, que l’autre, il a dû se sentir tout hagard et ébloui en même temps, comme quand la nuit, il allait en cachette voir ce qu’il y avait sous le sapin de Noël et que son père le prenait sur le fait et l’engueulait avant de lui foutre une tarte.

Bon, au moins, Barney, c’était un dominateur par moments. Il n’aurait pas réagi si vite, sinon. Au moins, une certitude. L’autre, le beau jeune homme, il avait de la haine dans son regard et il a reculé pour s’appuyer contre le mur. Personne n’a rien dit jusqu’à ce qu’il prenne de nouveau la parole.

-Tu es content de ce que tu as fait ?

Julian B. paniquait :

-Erik, je me suis emporté mais tu pousses à bout !

-Toi, tu recules ! Et si tu ne le fais pas, c’est moi qui te frappe !

Le décorateur, il commençait à mesurer l’ampleur des dégâts dont il était le seul responsable. Parce que claquer les fesses de son joli amant pendant des rapports sexuels épicés, c’était une chose mais le gifler comme ça devant témoin, ça avait une tout autre portée. En quelques secondes, il a pris la mesure du désastre. Jamais le danseur ne lui pardonnerait ça. Du reste, Erik, hors de lui, nous toisait :

-Vous êtes aussi vils l’un que l’autre. Sortez de ma vie !

Ma lèvre ne me faisait pas si mal que cela, c’est pourquoi j’ai parlé pour la dernière fois avant de partir.

-Bon, je vais te dire que je suis content car je ne le suis pas mais on va passer par-dessus tout ça, si tu veux bien. Je vais commencer par une boutade même si l’ambiance, elle n’y prête pas trop. Tu dois me promettre un truc : désabonne-toi, si ce n’est déjà fait, des revues d’art avant-gardistes qui te font perdre ton temps dans des expos nazes où tu cours le risque de tomber sur des mecs faussement sympas…Et pour le reste, voilà ce que je dis : ce que tu fais, ton art, c’est beau et la façon dont tu en parles et ces échanges avec ceux qui aiment la danse…Garde-ça. Et puis, garde tout ce qui t’est cher : ceux qui t’aiment dans ta famille, tes bons amis, les artistes que t’apportent beaucoup et ne lâche jamais tes projets les plus fous…Le reste, si j’ai un conseil à te donner, économise-toi. Fais-toi rare…

Comme il ne disait rien et gardait son visage fermé, j’ai terminé.

-Quand on est jeune comme ça, la sexualité, c’est fort, ça vous mène. On ne sait pas comment la contrôler et pour l’amour, c’est assez pareil. Dans ton cas, c’est d’autant plus dur que tu attires beaucoup… Ne pense plus à ce qu’il y a eu. Pense plus en termes de culpabilité ou de réparation et encore moins en termes de protection ou d’allégeance. Ne t’appesantis plus sur quelqu’un comme lui et plus et encore moins sur quelqu’un comme moi ! Lui, je ne sais pas trop qui il est, mais moi, tu l'as bien vu, je suis un naze. Toi, t’es un faune, t’es l’esprit d’une rose, t’es un Arlequin ! Et t’es aussi un prince, plein de princes ! T’es fort, t’es jeune, tu as le pouvoir d’éblouir les spectateurs, de les faire non seulement rêver mais de les aider à se balader dans les belles allées de l’art et de la création. Alors, fais les bons choix et vas-y !

Il n’a rien répondu. Il avait toujours le regard dur. Mais comme je mettais un peu de temps à sortir de la pièce, il a quand même condescendu à m’adresser la parole :

-Clive, il y a vraiment des moments où tu ne vaux pas grand-chose. Dégage.

J’ai bien failli obéir à la demande du joli prince bafoué, à savoir fermer ma gueule mais j'ai changé d’avis.

-Pour ce qui est de sortir de ta vie, n'aie aucune inquiétude, je vais disparaître ; mais sache que je regrette, je regrette vraiment. La suite de ma vie, ça ne sera pas comme ça. Tu n’en sauras rien et ton grand ami non plus, mais de cela, je suis sûr.

A Barney, j’ai balancé :

-Il est fini mon rôle. La beigne reçue, j’assume. Ce n’est rien. Après tout, des mois durant, j’ai vécu une aventure très surprenante… Par contre, comme vous venez d’agir là avec lui…Je ne sais pas… Je pensais que vous faisiez dans le self contrôle. Enfin, bon courage ou peut-être sincères condoléances…

Et comme il allait ouvrir son bec, l’autre grand pingouin tout de noir et blanc vêtu, j’ai lâché :

-Et merci pour tout.

J’ai fermé la porte. Pis c’était fini et j’étais dans la rue…En fait comme ça, j’ai pensé que tout était très bien. C’étaient des gens de théâtre, des artistes, eux, et moi, non…

Ils restaient sur scène et moi, je la quittais. De toute façon, ça virait trop au drame. J’avais merdé mais pas Erik. Lui, loin de nous, il s’en tirerait bien !

Ben, tant pis.

 

Publicité
16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Ruptures et changement de vie.

3. Rupture, divorce et vie nouvelle.

La conséquence immédiate de ma folie, ça a été le divorce. Ce n'était plus possible pour Kristin. Mon désespoir, je ne le cachais même pas et ça l'a horrifiée. Jusque-là, elle avait cru à une violente crise conjugale mais quand elle a eu découvert la passion que j'éprouvais pour un homme plus jeune que moi, franchement ça l'a laminée. Et on en est arrivé à cette issue fatale : négocier notre séparation. Période abrupte. Elle avait cru me changer et quand on croit ça et qu’on aime, ça peut être terrible. Tout de même, je dois quand même dire à ma décharge que mes délires avaient été tardifs. Des années durant, je lui avais, malgré quelques à-côtés, été fidèle.

Il y a eu une autre conséquence, à long terme celle-ci. Les assurances, ça avait assez duré, même si on m'avait réussi à me persuader que j'étais franchement doué pour les négociations...Non, je me suis revu jeune homme et j'ai retrouvé cette envie que j'avais eue d'être proche des artistes. Je n'en étais pas un mais j'ai concocté un projet qui m'a permis d'en faire travailler certains : oh, pas des plus connus ni des plus solides, mais tout de même. Un an après avoir quitté ma boite, j’ai repéré à Newark, un café-restaurant qui périclitait près de l’aéroport et je l’ai racheté. Mon idée, c’était de l’ouvrir le soir avec, trois fois par semaine, des spectacles : de la musique ou de la danse ou encore des sketches comiques. Les gens viendraient pour manger des choses simples et pour se divertir. Mais attention, je voulais que ce soit de qualité. Je n’engagerais pas le premier guitariste venu ! L’autre idée, c’était les auréoles de lumière autour des artistes. Les éclairages en somme. Je veillerais à ce que soit très bien fait…

Pour racheter ce commerce, il me fallait de l'argent. Curieusement et malgré le divorce, j'ai découvert que je m'étais très bien débrouillé. Au fil du temps, j'avais mis de l’argent de côté : pour les placements, je savais y faire. Et puis, Barney, à qui j’avais renvoyé son dernier chèque, me l’a fait de nouveau parvenir. C’était une assez jolie somme et, ça m’a étonné qu’il me congratule ainsi alors que l’objet de son amour lui avait cette fois définitivement échappé. Et plus curieux encore, j’ai reçu de l’argent d’Erik. Bon, je vous vois venir. « Mais Clive, tu les as gardées ces sommes ? C'était de l'argent sale ! Et puis qu’est-ce que ça voulait dire que ce jeune homme que tu n'avais pas bien traité t'ait arrosé, lui-aussi ? Peut-être qu’en fin de compte, je les avais aidé à se séparer vraiment ! Sinon, leur couple infernal aurait fini par faire les gros titres ! « Un danseur classique étrangle son amant avec son collant de danse ! » Oui, bon, je sais, ce n’est pas crédible. Toujours est-il que ces deux sommes se sont ajoutées aux autres. Bref, j'ai eu une bonne mise de base et j'ai complété par un emprunt.

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Se réinventer.

 

Quoi ? Je ne me suis pas assez expliqué sur l'argent qui venait d'Erik ? J’ai été stupéfait qu'il m'en fasse parvenir et franchement j'aurais mille fois préféré qu'il revienne sur sa décision ; comme ça, on aurait recommencé à copuler lui et moi et je l'aurais fait jouir de nouveau. Stupide, hein, ce genre de réflexion : niveau zéro. Vous avez raison car ce n'est pas dans ce registre que je plaçais ma relation avec lui. La passion que j’éprouvais me terrorisait car elle ne me laissait pas de répit. Je pensais à son beau corps bien sûr et à ses sourires radieux mais c'était surtout sa personnalité qui me manquait et son incroyable rayonnement sur scène. C'est pourquoi, le chèque est resté des semaines entières dans son enveloppe. Il n’était accompagné d’aucun message. Au bout du compte, j’ai eu l’intuition qu’il fallait l’encaisser. Comme quoi…

Après la clôture brutale de notre relation et le délitement de mon mariage, j’ai compris que changer de vie était impératif. J’ai retrouvé la photo que j’avais envoyée au décorateur si mondain pour être sélectionné à l’époque de son annonce. J’en ai fait une copie et je l’ai trimballé partout avec moi. C’est ce Clive plein de promesses que je voulais faire revivre. Il ne se laisserait pas aller physiquement parce que rien ne tournait rond et il aurait de beaux projets ; et puis, il ne négligerait pas qui il avait blessé. J'ai repris la course à pied et fait de la musculation en salle et j'ai dédommagé mon ex-femme autant que j'ai pu. Et puis, je me suis concentré sur le commerce que j'allais ouvrir et j'ai pris conseil à droite et à gauche. Il restait mon penchant plus que risqué sur les jeunes corps masculins et là, j'ai revu ma copie. Rien, plus rien et ceci pour un bout de temps. Bien sûr, dans ce renoncement, il y avait une fidélité au corps d'Erik mais pas seulement. Je ne sais pas ce que ma fille avait compris mais à mon avis, elle en savait un peu trop. Je ne voulais pas en rajouter, déjà que Kristin avait morflé...

Donc, voilà, je laissais apparaître le nouveau Clive, celui qui comprenait qu'avoir abandonné ses rêves d’adolescent avait été catastrophique. Ce n'était pas la fac pas terrible qui était en cause mais cette formation de technicien que j'avais laissé en plan pour me transformer en agent d'assurances, autant dire en bonimenteur de foire. Cette fois, je ne renoncerais pas aux chanteurs, aux musiciens et, de façon plus générale, au monde des arts sous couvert que je manquais d'argent.

J’ai donc acheté un local, fait faire les travaux, fait moi-même trois mille choses et engagé du monde : un cuistot, des employés de cuisine, des serveurs, un barman…C'était bien placé, dans une rue passante de Newark et mes vieux ont sauté de joie. Ah ben tiens, j'avais donc de quoi faire naître tout ça ! De l'argent et de l'énergie. Ils ne me pardonnaient pas mon divorce (après avoir difficilement accepté mon mariage) mais ça, ça leur en bouchait un coin.

Erik, j’aurais bien voulu qu’il sache ce que j'étais en train de créer mais devant l’ampleur des dégâts, je n’ai pas insisté. A force de me vider la tête en faisant du sport et de me stimuler les méninges en créant un café-restaurant attractif, je me reconstruisais c'est certain, sauf que lui, le beau danseur, je continuais de l'aimer passionnément. Seulement, ça ne me conduisait nulle part. Je ne cherchais même pas à savoir ce qu'il faisait, ni même Barney. Comme quoi, c'était lent.

Par contre, j'ai eu une bonne idée. La copie de la photo, je l’ai envoyée à l’amicale des anciens élèves de mon lycée, histoire de retrouver Kirsten Brewning, la jeune fille qui m’avait fait découvrir le Lac des cygnes…J'ai eu l'intuition que seule une personne comme elle pourrait m'apaiser et ceci même si je lui en disais fort peu. Adolescente, elle avait une formidable capacité d'attention et m'avait témoigné beaucoup d'empathie ; enfin, euphémisme. Elle avait été amoureuse de moi quand je n'étais pas encore tordu, que j'étais plein d'espoir et de naïveté et que je ne mentais pas. J'ai vraiment espéré que cette photo la rejoigne et incroyable mais vrai, ça a été le cas. Kirsten m’a répondu. Pas tout de suite mais quand même. Elle s’était mariée toute jeune avec un mec qui l’avait emmenée au Texas et ils avaient passé dix-huit ans à Houston. Elle était fraîchement divorcée et elle-aussi était revenue à Newark. Elle y avait ouvert une petite librairie qui tournait correctement. Elle avait eu deux enfants qui faisaient des études dans de petites universités voisines. Elle restait en bons termes avec son ex-mari. Cette photo ancienne, elle l’adorait car elle la renvoyait à une époque différente de sa vie, une époque où elle était jeune et pleine d’allant. J'avais son adresse, son numéro de téléphone et une photo récente. On la retrouvait bien : elle était restée bienveillante. De son visage, qui n'était pas vraiment beau, se dégageaient bonté et bon sens. Je savais que je la reverrais. Dans sa lettre, comme si elle avait compris que cet homme était resté dans ma mémoire, elle m'a donné les coordonnées de Beardsley Il était resté dans les parages. Je l'ai contacté lui-aussi mais sa grande sœur m'a répondu. Il avait contracté je ne sais quelle maladie orpheline et le pauvre, il était « aux bons soins » de sa frangine. Estimant que lui, il devait avoir désormais aux alentours de soixante-dix ans, je me demandais quel âge elle pouvait avoir, sa garde-malade. Et, en fin de compte, je n’ai osé les déranger ni l’un ni l’autre.

Mon café a ouvert et je l'ai très intelligemment appelé Newark Follies. J'aurais pu chercher davantage mais ça m'a semblé bien coller à ce que je voulais. Dès le départ, j’avais bien compris ce qu’il fallait faire pour que ça roule. Il parait que la clé de réussite, pour une entreprise qui tient la route, c’est le concept de départ. Je souscris assez à cette idée parce que si on se trompe d'emblée, c'est difficile par la suite. L’idée, c’était de commencer par une base fixe : des gens au standing moyen qui avaient envie d’un cadre agréable où ils pourraient faire ce qu’ils faisaient toujours : écouter de la bonne musique tout en descendant des bières. Et puis, lentement et sûrement, il fallait les amener à écouter un groupe ou une chanteuse qu’ils auraient au départ rejeté en bloc ou encore à aller regarder dans la salle les dessins ou les peintures d’un jeune créateur ou d’une jeune créatrice dont ils se disaient qu’en fin de compte, ils avaient des choses à leur dire. Si on ajoutait à cela, qu’ils finissaient, à force de suggestions adroites, par manger une cuisine qui ne leur était pas familière et par lâcher leurs bières habituelles pour un cocktail de mon inspiration ou un verre de vin français, le virage s’accentuait.

 

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Chercher la victoire...

 

En fin de compte, grâce à mes coups de pub (payants) et aux bouches à oreille (gratuit), j'ai vite refusé du monde le week-end et j’étais cité comme un bon plan dans divers guides. Je suis assez vite arrivé à ce que je voulais : créer un lieu de rendez-vous différent des autres, inventif, chaleureux et créatif. Mes anciens collègues de boulot, du moins certains d'entre eux, et même mon dernier boss sont venus. Et mes vieux bien sûr, qui ont regardé la carte des boissons dans tous les sens avant de s'attaquer à celle des plats. Et puis Kristin est venue jeter un œil. Je dois reconnaître qu’elle avait de la classe. On avait divorcé rapidement et sans casse, ce qui ne signifie pas qu’elle était naïve. Elle savait compter et j’avais été réglo. Elle m’a félicité. Bien sûr, elle morflait quand même mais elle avait le cœur à me revoir. Ce qui l’a vraiment surprise, c’est quand elle s’est rendu compte que je menais ma barque tout seul. Sûr, j’avais un comptable en béton et une serveuse en chef qui était une machine de guerre mais elle avait pensé à autre chose. Elle croyait que le petit jeune qui m’avait arraché à elle avait laissé des traces. Je l'avais déjà remplacé et le nouveau-venu plastronnait. Voir que personne ne jouait ce rôle-là, auprès de moi, ça l’a en quelque sorte apaisée. Elle était laissée mais pas supplantée…Bon, c’est la psychologie féminine.

Il restait Carolyn. Elle en avait pris un coup elle-aussi et elle essayait de me voir avec d’autres yeux. Son père qui levait de jeunes mecs…Évidemment…Elle aussi, je crois que le fait de me découvrir au four et au moulin entouré d’un paquet de gens mais seul affectivement, ça lui a fait du bien. Pour elle–aussi, c’était mieux que de lui asséner un jeune et fringant compagnon.

-Bud est un barman magique et tous les deux, on fait la paire…

-Je te présente Andy…

-Bob a cinq ans de moins que moi, pardon, dix mais…

Euh, non. Pour elle, tout du moins…

Donc, disons que pour moi, c’est une belle période qui s'est annoncé. J'ai commencé à me sentir propre. Je continuais de n'avoir aucune aventure car il n'y avait que le taf. Quant aux sollicitations discrètes que m’adressait Kathleen, une de mes serveuses, je faisais comme si je ne me rendais pas compte. C’était une femme très bien, mère d’un petit garçon de douze ans qui vivait plutôt avec son père, et je préférais jouer à l’aveugle, ne voulant pas heurter une employée d'aussi efficace.

Bon, tout ça pour dire que mes tractations avec Barney et mes divagations hautement sexuelles avec ce danseur au corps d’éphèbe, ça a commencé à devenir plus diffus sans que je m’en plaigne. Cette affaire-là, ça m’avait flanqué un sacré blues les premiers temps. Heureusement que je m’étais accroché à ce projet. Sinon, il m’aurait poursuivi, le regard chargé de reproches qu’il m’avait lancé avant de me balancer une gifle, le chéri à Barney…Parce qu’il avait eu beau faire son fier et rester digne, il s’était quand même pris une sacrée humiliation dans la figure. On l’avait manipulé, l’un et l’autre, l’homme de la haute et moi…Mais, je n’en rêvais plus la nuit, des soupirs et des sourires du beau jeune homme et de son déchirement final, c’était déjà ça. Au début, je ne m’étais pas demandé pourquoi je dormais seul. Il le fallait. Je continuais de crier de temps à autre ou à, dans un état de semi-éveil, à me livrer à des monologues nocturnes incontrôlés. Donc, c'était bien comme ça.

Le temps filait, c’est sûr et j’étais moins obsessionnel mais croire à une victoire facile, hein…Ben non !

 

 

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Renouer avec Kirsten Brewing.

4. Kirsten, l'amie de jeunesse. Echanges et confidences.

Retrouver Kirsten, c'est retrouver le lycée et la jeunesse; la culture aussi.

Kirsten Brewning, elle est venue plusieurs fois dîner ou prendre un verre avec des amies à elle. Elles étaient bien polies tous les trois ou toutes les quatre, des convives comme on a envie d’en recevoir. Elle, Kirsten, elle a commencé à me filer des indications sur des recettes « européennes » que je pourrais adapter pour mon restaurant et d’autres sur des cocktails plus originaux et légers que je proposais au bar, à l’habitude. Je ne devais pas oublier que ma clientèle s’était beaucoup diversifiée et qu’elle incluait un certain nombre de cadres : ceux de l’aéroport et de diverses entreprises voisines…Au début, elles m’ont fait rigoler, ces suggestions mais elle m’a pris au mot et invité à dîner chez elle. J’y ai retrouvé ces copines, toutes plus drôles les unes que les autres et j’ai été surpris. Ouah, le bœuf comme ça, avec des légumes, ça pouvait plaire et le bordeaux rouge français qu’elle m’avait servi, aussi…

Chez elle, c’était très joli. Des murs tendus de blanc, de jolis tableaux aux murs avec une insistance pour les nature-mortes avec des fruits ou des fleurs et de beaux objets : statuettes, bibelots exotiques. Aucune surcharge et toujours du meilleur goût. Il y avait des livres jusque dans sa chambre et tous étaient soigneusement rangés sur les étagères de bibliothèques aux lignes sobres. Elle écoutait manifestement beaucoup de musique, notamment de l’opéra, j’ai pu le constater en jetant un œil sur l’alignement de CD dont elle semblait faire une immodeste consommation. Pendant le dîner, j’ai senti que ses amies et elle essayaient de ne pas trop aborder certains sujets comme, par exemple, la littérature américaine ou les voix montantes de l’art lyrique. Je n’étais pas aussi cultivé qu’elle, loin s’en faut, mais elles étaient très éduquées et surtout bienveillantes. L’idée de m’en mettre plein la vue les mettait d’emblée mal à l’aise. Ce n’était pas le genre. La conversation a glissé sur les groupes que je pourrais engager pour se produire dans mon restaurant et aussi sur les expositions que je pourrais organiser. Elles avaient des idées là-dessus. J’ai retenu leurs suggestions.

Évidemment, ce soir-là, on a évoqué notre jeunesse et ce lointain Lac des cygnes…Elle comme moi avons fait de notre mieux : c’était le bon vieux temps. Elle avait l’air d’avoir complètement minimisé le fait que je lui avais tourné le dos des années durant. C’était juste la vie qui nous avait séparés…

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Clive et Kirsten. Conseils de lectures.

 

J’aurais pu en rester là et me contenter d’être aimable avec elle quand elle venait au restaurant avec l’une ou l’autre de ses amies mais je l’avais trouvée charmante et j’ai voulu voir sa librairie. Elle l’avait vraiment bien arrangée et elle y attirait du monde. L’endroit, très clair et lumineux, avec ses murs jaune pâle et ses étagères blanches, m’a plu tout de suite. Il y avait deux ou trois endroits pour s’asseoir et lire et un petit escalier en fer tout tournoyant qui menait à une petite salle à l’étage. Là, elle m’a dit qu’elle organisait des causeries et des lectures. De fait, la salle n’était pas tout le temps ouvert. Il y avait des fleurs fraîches dans un gros vase rond sur une petite table près de la caisse où étaient également posées les dernières parutions qu’il lui semblait importantes de mettre en avant et une avalanche de mini-cactus dans la vitrine, à côté de portrait d’écrivains, d’affiches pour des livres à repérer et d’une chaise de jardin sur laquelle elle avait posé une grande ardoise indiquant les heures d’ouvertures de son magasin. Son idée, c’était d’acheter la boutique attenante et d’y faire une salle « à lire » avec des thés variés, de bonnes pâtisseries et un joli mobilier en bois…Pour l’instant, elle n’avait pas les fonds mais elle ne lâchait pas l’idée.

Bien sûr, la première fois, comme ça, je ne lui ai acheté qu’un roman policier que j’ai foutu dans un coin. Depuis longtemps, qu’est-ce que je lisais ? Rien. Mes dernières découvertes avaient été utiles. Elles m'avaient servi à avoir l’air un peu moins naze devant…devant eux…les deux nantis, là…Mais, je voulais ne pas me rappeler de ça.

Comme j’y retournais à la librairie, j’ai dit à Kristen de m’aider à me cultiver un peu…Toujours pleine de tact, elle a fait mine de chercher tandis que je me ruais au rayon enfant. Elle a eu un sourire indulgent et a remis en place un livre de comptines que je brandissais. Elle m’a guidé vers un autre rayon.

-Le monde selon Garp ou Hotel New Hampshire…Tiens, prends le second…

-C’est énorme. Tu me donnes à lire un vrai pavé !

-Oui et non. Si tu arrêtes de jouer au jeu auquel tu joues tout le temps, tu peux le lire…Irving est un vrai monument, tu sais…

-Fais-moi le résumé…

-Ne compte pas sur moi.

-D’accord, vends-moi les deux.

-Donne-moi un thème qui te tient à cœur, comme ça, sans réfléchir…

-Ben, les amours gays…

Elle m’a drôlement regardé. Elle savait que j’avais été marié et elle pensait que j’avais distancé « mes fâcheuses orientations ». Ce n’était pas le cas, alors ?

-Bon, je te trouverai ce qu’il faut mais attention, ce sera bien écrit…Je suis une libraire, je te le rappelle.

-Ah mais bien sûr !

-Tu es blagueur, hein ? Tu l’étais déjà, remarque. Bon et l’autre thème ?

-La trahison

-A quel niveau ? Dans quel registre ? Privé ou public ? En lien avec l’histoire ?

-Quand tu mens tout le temps…

-C’est vague. Il peut y avoir bien des contextes. De Sang-froid, Truman Capote…

-Je ne sais pas qui c’est…

-Clive ! C’est faux…

-En fait, je voudrais des livres qui mélangent les deux thèmes.

 

 

 

 

Publicité
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>
LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
Publicité
Archives
Publicité
Publicité