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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Clive se met à lire.

 

Elle les a trouvés et je les ai lus. Mais la trahison sous un angle gay, ce n’était pas une bonne idée. Il me regardait de nouveau, l’autre, le danseur au beau visage. Il était dans la rue après l’expo naze et il m’écoutait parler en restant sur ses gardes et il avait ce mélange de retenue et d’amusement qui m’était allé droit au cœur. Il ne savait rien encore. Tout pouvait arriver…

Je suis revenu à la littérature générale, avec des thèmes élargis et, en quelques moi, je suis devenu un lecteur correct. Je m’étais ingénié à tout oublier de mes années de lycée où j’étais loin d’être ignare et de refuser de lire. C’était juste cela, suivant Kirsten. Elle avait un peu raison.

Bon, fort de Philip Roth, d’Updike, de John Irving, de Paul Auster, j’ai enchaîné sur les femmes « brillantes » dont mon amie me conseillait les écrits : Joyce Caroll Oates entre autre. Et bien sûr, je n’égrène pas la liste. Elle, elle lisait depuis des années et des années et elle en avait fait sa profession. Moi, tout d’un coup, j’acceptais…

Elle ne faisait aucun commentaire négatif mais m’encourageait. Notre connivence a commencé comme ça, puis elle s’est poursuivie.

Un jour, elle m’a surpris en me disant qu’elle m’avait toujours considéré comme quelqu’un de bien et que le fait que nous ne nous soyons pas vus des années durant lui avait paru tout à fait judicieux. Après tout, elle n’était qu’une jeune fille de dix-huit ans éprise d’un garçon de son âge qui ne lui mentait pas sur ses tendances. Il était droit avec elle, ce jeune homme-la. Une fois sa déception surmontée, elle avait pu se tourner vers un autre jeune homme avec qui l’amour était possible. Elle ne regrettait rien. Du reste, Brad était quelqu’un de très compréhensif. Ils s’appelaient souvent et il quand quittait le Texas pour venir voir ses enfants, il venait lui dire un petit bonjour. Il dormait sur le canapé.

La sexualité pour elle était liée à la maternité. Elle avait trouvé très beau de faire, des années durant, l’amour avec un homme qui lui avait donné un garçon et une fille adorables mais maintenant qu’elle était seule, elle ne ressentait aucun manque de ce côté-là. Elle se posait bien sûr la question d’un nouvel amour mais elle ressentait une grande plénitude et n’était pas aux aguets, ce qui, selon elle, était son atout le plus fort. Elle croyait en Dieu depuis toujours et avait acquis la certitude qu’Il nous veut heureux, là où nous en sommes dans notre vie. Et elle, elle était à sa place, à cet instant et à cet endroit.

Fort bien…

Heureusement pour elle plutôt que pour moi, il y a des questions qu’elle ne posait pas ou évitait de retourner. Sous mon optimisme de surface, elle flairait de temps en temps ma mélancolie mais elle ne cherchait pas à en savoir trop. Mon mariage avait sauté à cause de ce goût que j’avais pour les hommes jeunes. Kristin, sentant que je l’aimais moins, n’avait plus supporté mon manège. Elle s'en tirait plutôt bien. Elle avait son travail et elle voyait un homme à ce que j'avais compris. Je l'avais délaissée ; s'il s'occupait bien d'elle, j’étais content. Quant à ma fille, elle continuait une formation assez infernale dans une école de danse haut de gamme mais aurait bientôt terminé. Elle allait présenter des concours et travailler pour une compagnie de danse. Bientôt, elle saurait ce qu'elle valait.

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16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Barney, son talent et sa maladie évoqués par Kirsten.

Ce qui plaisait à Kirsten, c’était que l’idée qu’elle se faisait de moi n’était pas remise en cause par mon attitude présente. Je ne me sentais pas « plus libre » car délivré d’un mariage et je n’en profitais pas pour avoir toutes sortes d’aventures et afficher une « sexualité débridée ». Non, j’étais moi-même, selon ses dires. Dieu était à l’œuvre. Pourtant, moi, je ne voyais pas les choses comme ça. Vu ce que m’avait fait subir mes parents, je ne risquais pas de la mettre au centre de mon existence, la très sainte Trinité. Qu’ils vivent leur vie sans moi, le Père, le Fils et l’Esprit-Saint…Non de non !

Bon, elle restait confiante et elle est restée. Pourtant, il y a eu des signes avant-coureurs d’un changement. Ils sont arrivés plus vite que prévu…Un jour, je l’ai trouvé arrangeant sa vitrine. Elle n’y disposait que des ouvrages sur l’opéra et m’a expliqué qu’il y aurait bientôt une table ronde sur ce sujet. Au Metropolitan, était programmé une Tosca à priori somptueuse et elle avait trouvé pour venir parler ce cette œuvre de Puccini un bon interlocuteur.

En me penchant sur les livres qu’elle mettait en valeur sur différents présentoirs, mon regard a été accroché par un nom : celui de Julian Barney. J’ai demandé à voir l’ouvrage en question. Il l’avait bel et bien écrit. Il s’agissait d’une présentation d’œuvres différentes qui, au fil des années, avaient permis à l’opéra de New York de conserver sa réputation mondiale. « L’auteur » avait fait commencer son investigation à la fin de la seconde guerre mondiale pour l’arrêter à l’époque actuelle et il avait dû être à la fois sélectif et exhaustif, ne mettant en avant que les mises en scène et les interprétations les plus magnifiques.

Je me suis assis et j’ai feuilleté ce livre comme on le ferait d’un album précieux, m’arrêtant pour profiter de la très riche iconographie présente tout autant que de certains passages qui m’ont semblé très bien écrits. Mon cœur s’est mis à battre très violemment et quand j’ai regardé sur la quatrième de couverture la photo de l’auteur, j’ai pâli. Il était tel quand lui-même, Barney mais aminci et marqué, je l’ai immédiatement compris, par des épreuves qui lui avaient demandé beaucoup d’énergie.

-Tu as entendu parler de lui ?

-Euh, non.

-On ne le dirait pas. Tu as l’air tout chose.

Pourquoi lui mentir ?

-Si, je sais qui c’est.

Elle n’était pas vindicative, Kirsten, juste curieuse.

-Ah bon ?

-Oui, dans le temps, il a fait les décors d’une Traviata et j’y suis allé.

-Sa dernière version, il y presque trois ans maintenant ?

-C’est ça.

-Mais quel cachottier ! Tu ne m’as rien dit. Tu vois, l’opéra t’intéresse.

-Là, ça m’avait plu.

Elle a voulu m’offrir le livre et j’ai dit non un peu trop vite. Il y avait quelque chose, là…J’ai essayé de la divertir.

-Tu le fais venir ici ?

-Mais non, voyons, c’est une vraie référence ! Un décorateur de sa stature dans une petite librairie comme ça…C’est peu envisageable. Quelqu’un vient, qui travaille pour lui, enfin depuis qu’il a pu reprendre son travail.

-Comment ça ?

-Oui, il a eu un cancer. Pendant un an, ça a été très délicat pour lui, à ce que je sais. Ensuite, il a eu une longue convalescence. Mais il a une âme d’artiste. Il a en fait donné toutes les indications possibles à la costumière qui a travaillé sur cette version de Tosca, sachant qu’en fin de compte, elle présente son travail. Moi, je reçois cette dame, qui, après mille et une demandes polies, a fini par accepter. Elle n’a pas l’aura du maître mais tu comprends combien cela sera magique…

-Et lui, il a recommencé à travailler.

-Au Met, tu veux dire. Oui, depuis quelques mois. Un homme d’une telle valeur !

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Kirsten et le livre de Julian Barney.

 

Quand même, j’ai embarqué le livre et l’ai lu en entier. C’était superbe. Il m’était impossible de pérorer ou de tenir le moindre propos moqueur sur lui. Je suis revenu à sa photo. Il portait encore beau mais les paroles de Kirsten volaient dans ma tête : malade, cancer, difficultés, déléguer, revenir enfin, vrai artiste, humilité, valeur…

Je me suis pris à avoir mal pour lui. Cette gifle donnée à l’être aimé…Il avait dû être quitté très rapidement. Et lui, il avait trinqué.

Bonjour, je suis ton cancer, je peux m’installer, faire comme chez moi ? Du reste, j’y suis chez moi alors ne me la fais pas avec tes médecins, des couloirs d’hôpital, ta chimio, ta salle d’opération ! Allez Barney, six mois ou un an…T’as bien vécu. Tu peux me laisser faire puisque de toute façon, il s’est barré celui que tu aimes. Ah, ah, ah ! Fallait prendre garde à toi ! A toi et à lui parce que lui, ce n’était pas un cadeau. Ou plutôt si, c’en était un ! Et tu sais quoi ? Il était empoisonné…

Tout de même, il s’en était tiré. Je me suis surpris à penser que dans le cas contraire, j’aurais été sacrément affecté. Bon, au moins…Peut être quand même que quelqu’un l’avait aidé dans cette épreuve. J’avais cru comprendre que sa famille était difficile. Il avait dû quand même avoir des amants un peu plus malléables que ce danseur, des gens de son milieu, et parmi eux, quelqu’un qui était capable de passer outre sa rancœur…Fallait vraiment espérer parce qu’une saloperie comme ça, tout seul…

Quand j’ai rendu le livre à Kirsten, elle m’a dit que la causerie avait été très belle. L’assistante de Barney avait présenté tout le travail de fond qui prélude à la mise en scène d’un opéra. Dans son cas, il s’agissait des costumes. Pour bien présenter les étapes d’un tel travail, elle avait apporté les croquis faits par le maître et comme il y avait du monde à cette soirée, on les avait pris en photo et projetés. Sous la plume du décorateur, naissaient et mourraient robes du soir et tenues de jour, vêtements de nuit et déshabillés élégants avant que ne s’imposent les vrais vêtements, ceux qui devaient absolument aller avec la personne et le rôle.

Tout le monde avait été impressionné. L’assistante ne s’était jamais mise en avant car elle n’était qu’une porte–parole mais à l’évidence, elle avait ébloui tout le monde. Ça avait été encore plus fort quand elle avait sorti des cartons des costumes de scène entièrement réalisés mais jugés non recevables. Ils avaient été placés sur des mannequins et elle avait de nouveau parlé des étapes de la création de telles pièces. Elle connaissait, comme lui bien sûr, la nature des tissus à utiliser, leur texture, les mariages à faire et ceux qui étaient à éviter. Elle citait toutes les contraintes qui devaient être respectées pour que, portés par les chanteurs de premier plan ou les autres, ces vêtements remplissent leur rôle.

Naturellement, tout le monde s’était demandé pour quelles raisons, ces robes et ces manteaux superbes n’avaient pas été retenus. Elle avait alors montré les photos des pièces qui avaient, en fin de compte, emporté l’adhésion de tous et là, ça avait été l’extase.

Je ne pouvais les voir car elle était repartie avec l’ensemble par contre, si je le souhaitais, je pouvais visionner le montage qu’elle avait réalisé et voir les costumes rejetés. Ils étaient au nombre de quatre. Je suis monté à l’étage et j’ai respecté sa demande concernant le montage. Il était très adroit. Puis, j’ai observé les photos de divers opéras au mur ainsi que les articles de presse agrandis ainsi que les affiches et les portraits des auteurs dont elle vendait les livres. Tout avait une valeur mais ces créations que je voyais là, sur des portants, battaient tous les records. La beauté était là, confondante et totale.

J’aurais voulu que mon cœur s’arrête de battre.

Ne me voyant pas redescendre, Kirsten est brièvement venue me rejoindre. J’ai été concis.

-Lui, Julian Barney, je l’ai vu à New York à plusieurs reprises. Nous avons conclu un marché. L’enjeu était un danseur, un homme encore très jeune et beau comme le jour. Si tu acceptes de m’entendre et de savoir que je ne ressemble pas à tes souvenirs de jeunesse…

Elle a dit qu’elle était d’accord.

Elle avait raison de l’être.

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Kirsten et Clive. Confidences douloureuses.

5. Entretien avec Kirsten.

Clive, qui a retrouvé à Newark son ami Kirsten, lui fait soudain d'étranges confidences. Son histoire avec Barney et le danseur est dite.

Elle m’a invité à dîner. Nous étions seuls cette fois. Elle avait fait de la viande rouge, car je l’adore et avec cela, des pommes de terre au four et des légumes craquants. Il y avait du vin et même si elle en buvait peu, elle avait posé une bouteille sur la table pour moi parce que c’était plus stylé que la bière pour un repas. J’ai attendu, pour parler, que nous nous soyons installés face à face dans des fauteuils. Son appartement respirait la propreté et la paix. Elle était vraiment quelqu’un de sain. Elle m’avait servi un café long, sachant que je supportais bien d’en boire le soir et elle a pris pour elle-même une infusion aux odeurs parfumées qui évoquaient, à ses dire, le sud de la France.

J’ai parlé.

Elle ne m’a jamais coupé la parole.

Je croyais la regarder mais je ne le faisais pas vraiment car à la fin de ma longue prise de parole, j’ai vu qu’elle retenait ses larmes.

Elle avait fini sa tisane et elle regardait ses mains très blanches posées sur ses genoux, maintenant que j’avais pris conscience de son émotion.

-As-tu conscience de la cruauté dont vous avez usé avec ce jeune homme ?

-Le décorateur était cruel…

-Et toi, non ? Tout de même, il y a pari et pari.  Enfin, Clive…

-Il ne s’est jamais dérobé. Lui, le jeune danseur !

-Pourquoi l’aurait-il fait au départ ? C’était des moments volés à un présent difficile pour lui.

-Il lui en faisait voir de toutes les couleurs à …à lui…

-Ce devait être réciproque. Les Heureux et les Damnés…Les cercles de la passion si souvent décrits…Tu n’avais pas à t’en mêler.

-Cette annonce…J’ai réussi à attirer l’attention de qui l’avait rédigée.

-Et ça t’a suffi?

-Je suis un peu tordu. Oui.

-Admettons.  Donc, il t’a montré une photo de lui ?

-Non, il m’a dit d’aller le voir danser. Il m’a procuré une place. C’était plus efficace…

-Oui, c’était très astucieux.

-Barney s’est montré très habile. Je ne pouvais pas vérifier si ce qu’il me disait était vrai ou faux mais j’ai gagné de temps. Ce jeune homme était une proie si belle ; c’était si bon de jouer encore et encore avec elle. Le fait qu’il ne sache rien, qu’il vienne me voir en toute naïveté…

-Donc tu n’as rien dit…

-Non.

-L’argent, c’était vraiment un mobile ?

-Je dois reconnaître qu’il est tombé à point nommé.

-Y compris de sa part à lui, lui que tu avais si mal traité…

-Oui.

-L’argent l’emportait sur le sexe ?

-Non. Ce qui me reste, c’est le sexe : le dominer comme ça, m’emparer de lui, lui faire faire tous ces parcours de plaisir…

-Quelle relation véritable avais-tu avec lui ?

-Celle-là.

-Mais les endroits où tu le voyais étaient si anonymes ! Il s’agissait d’un hôtel où on pouvait louer une chambre à l’heure. On n’y vérifie pas vraiment l’identité de ceux qui y viennent du moment qu’ils paient d’avance ; et ensuite d’un appartement au propriétaire fictif dont le nom n’était pas sur la boite aux lettres. C’est comme si vous n’existiez pas !

-Les lieux ne comptent pas.

-Ni le nom des gens ? Ou leurs surnoms ?

-Quoi?

-Pour lui, tu étais un Clive Dorwell à la conjugalité un peu hasardeuse mais tu étais un homme simple et droit. Ton nom n’avait aucune relation avec celui de Barney et il n’a sans doute jamais imaginé que ça puisse être le cas. Pour cet homme avec qui il avait une relation compliquée, tu n’étais personne. Or, vous lui avez montré qu’il se trompait. Tu voulais être le champion d’un « Offensé » et tu t’es transformé en « Offenseur ».

-C’était un jeu…

-Dans lequel tu es devenu « Clive le Vengeur » avec tout ce que ça comportait : le mensonge, le rejet de ce que tu es au fond de toi-même et la domination sexuelle…

Je me suis tu. Erik venait de m’apparaître comme il était la dernière fois : appuyé contre un mur, le regard perdu, dur et froid.

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Kirsten et Clive. Parler pour se libérer.

 

 

Kirsten, devinant que la discussion allait durer, est allée me chercher un verre de vin supplémentaire et elle, elle s’est mise à boire de l’eau. Puis, elle a repris.

-Tu sais, j’ai deux enfants. Mon fils aîné à vingt-deux ans et ma fille vingt. Si, par hasard, nous apprenions, mon ex-mari et moi, que l’un des deux est attiré par quelqu’un de son sexe, je ne te cache pas que la pilule aurait du mal à passer. Je l’accepterais néanmoins avec une appréhension : que le choix fait par mon fils par exemple ne le mette pas en face d’un adulte manipulateur mais d’un compagnon sain et de son âge.

-Je peux comprendre. J’ai été odieux, horrible, je le reconnais. Mais il avait un plan, lui, l’homme d’argent. C’était sûr et ce devait être terrible …

-Il en avait un, tu es sûr ? A ce que je comprends, rien n’était programmé. Cet homme malheureux à voulu vérifier une hypothèse. Ce jeune homme avec qui il s’était réconcilié devait accepter en douceur une version des faits qui ne soit pas trop blessante. Tu étais une aventure. Il n’avait pas à te revoir, en tout cas pas comme ça. Seulement, il lui a fait faux bond d’emblée…Il est donc resté un homme bafoué. S’en rendant compte, il a voulu vérifier une piste et en effet, vous étiez là. A partir de cet instant, tout a dû être terriblement tendu…

-Non, il avait un plan. Il aurait continué de le manipuler…Je n’aurais pas été écarté. C’est pour ça que je me suis taillé…

-Un plan mais quel plan !  Quant à toi, « tu t’es taillé » pour reprendre tes termes parce que tu n’avais plus d’argument. Il te rendait fou ce jeune homme mais tu étais coincé. Tu l’as provoqué jusqu’au dernier moment ! Imagine qu’il ait été plus faible de caractère ! Vous l’auriez avalé tout cru…

-Tu lis trop de contes de fées !

-Mais non ! Du reste, il n’a pas fait preuve d’une grande mansuétude en piégeant ainsi son compagnon.

-Mais de là à lui asséner un tel coup !

-Oh mais tu es naïve ! Il lui avait tout le temps menti !

-Et toi-aussi ! Tu as perdu toute crédibilité. Il n’a pu que te détester ! Je plains ce jeune homme, tu sais !

-Barney est haïssable.

-Et toi, méprisable ? On lance un concours ?

-Non.

-En tout cas, tu as choisi de t’en aller…Excuse-moi mais c’était facile.

-Il fallait que je lui demande pardon ? Quel pardon ce jeune homme pouvait-il m’accorder ? Aucun

-Si tu lui avais dit que tu t’étais livré à la prestation la plus vile de ta vie et que jamais, jamais plus tu ne tomberais dans de tels travers, ça l’aurait sans doute atteint. Sur le moment, je reconnais que c’était difficile de lui parler, impossible même mais tu aurais pu lui écrire. Tu t’es vengé de toi-même…

-De moi-même ?

-Oui, de tes origines, de tes études avortées, de ta profession qui, contrairement à ce que tu devais affirmer, n’était pas valorisante pour toi. Tu t’es vengé de tromper ta femme avec des petits mecs et de n’avoir jamais accès à quelqu’un de brillant. Tu as pris ça pour une affirmation de toi-même, le fait qu’on te livre ainsi un être qui avait un don aussi manifeste et une beauté radieuse…Mais tu l’as avili pour te venger de tes origines, de ta petite vie…

Elle avait un ton un sec qui m’a glacé.

-Mais, je ne te permets pas !

-Ça ne m’empêchera pas de poursuivre. Ce que je dis est vrai.  Clive, c’est mal, vraiment mal.

-D’autant que je n’ai pas été puni ?

-Et qu’il l’a été, lui, ton rival, car il est tombé malade ? Certainement, il y a un lien entre le départ de ce jeune homme et sa maladie…Mais ce départ ? Il n’est plus au New York City ballet, n’est-ce pas ?

-Je…Je ne sais pas.

-Dis-moi, son nom, je vais vérifier.

-Erik Anderson.

Elle est allée allumer son ordinateur puis est revenue.

-Non, il a quitté la troupe et de toute évidence New York.

-Tu sais ça comment ?

Elle a ouvert de grands yeux.

-Facebook ? Entendu parler ?

-Il a une page Facebook ?

-Très sage et récente. Il est signalé en Allemagne.

-Il y a…il y a…des photos de…

-Lui, oui. Beauté racée. Va voir…

-Non, je me souviens…

Elle a soupiré puis m’a regardé avec curiosité et sympathie, comprenant que malgré tout ce que j’avais pu lui faire, ce danseur, je continuais de l’aimer.

-Tu regrettes, n’est-ce pas ?

-Oui, tout.

-Qu’est-ce qui est le plus lourd ?

-L’expo au début et les conneries que je lui ai dites. Ma fausse gentillesse. Son visage la première fois, c’était…tellement de lumière…

-Et qu’est-ce qui est le plus léger ?

-Son abandon après les…rapports physiques…Ces gestes tellement gracieux, ses sourires, sa façon de soupirer d’aise, ses paroles aussi…

-Il t’a parlé d’amour ?

-Non

-Même concernant l’autre ?

-Il a dit que l’autre l’intéressait mais qu’il était compliqué. Il ne m’a pas dit qu’il l’aimait. Et bien sûr, il ne m’a pas fait de déclaration à moi non plus.

 

 

 

 

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16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Clive et Kirsten. Dire Erik et le piège.

 

Elle m’a jeté un long regard avisé.

-Mais il m’a demandé d’abord de ne pas tomber amoureux de lui et j'ai dit qu'il n'en était pas question. Seulement, il m'est arrivé le contraire. Je le lui ai dit plus ou moins et de toute façon, il s'en est rendu compte. Il ne voulait pas.

-Il ne savait pas où il en était. Trop de sollicitations…

-Je crois…oui…

-Tu as revu Barney ?

-Jamais.

-Tu aimerais le revoir ?

-Non.

-Et lui, le jeune danseur ?

-Oui mais c’est juste comme ça, dans mes rêves.

-Parce qu’il te mépriserait ?

Je n’ai pas répondu parce que brutalement, je me suis mis à pleurer. C’était discret d’abord mais rapidement, j’ai sangloté. Tout me revenait de ces jeux cruels.

Elle m’a regardé avec une vraie compassion et m’a laissé me délivrer de tout ce poids que je portais.

-Oh, Clive ! Tu n’as pas été puni ? Vraiment pas ? Tu as dû en passer des nuits bizarres à éviter de penser et tu t’astreins à rester seul…

-Toi-aussi, tu l’es !

-Mais ce n’est pas la même chose ! Tu es suffisamment intelligent pour l’avoir compris…

Puis, elle m’a fait signe de la suivre et nous sommes assis devant son ordinateur :

La page publique d’Erik le présentait brièvement. Les photos étaient très belles et soigneusement choisies pour être montrées à tous. Il y était juste mentionné qu’il travaillait pour le Ballet de Hambourg. Il y avait quelques commentaires en danois et en allemand, comme s’il en avait fini avec la langue anglaise, et pour le reste, fort peu de détails.

Elle a ensuite tapé son nom en le faisant suivre du mot « danseur » et je l’ai vu apparaître sur différentes scènes et dans différents ballets, toujours magnifique et toujours lumineux…

-Il se promène depuis deux ans, regarde les dates…

-Oui

-Tu n’as jamais regardé ce qui était dit de lui sur internet ?

-Ça m’est arrivé mais je…

-Tu as le sentiment qu’on parle de quelqu’un de complètement différent…En fait, non, c’est le même. Il aimante le public, ça se voit sur les images. A tête reposée, tu les regarderas ainsi que les vidéos…Il y a même quelques interviews de lui, j’ai vu ça rapidement.

-Pourquoi je devrais les regarder ?

-Pour te dire que c’est fini, que tu as vécu avec lui quelque chose de malencontreux mais que plus jamais tu ne penses à lui en termes malsains, pour comprendre à quel point tu l’admires et le respectes.

-Tout ceci pour ?

-Guérir de Clive le Vengeur…

-Je ne peux pas l’abandonner, celui-là…

-Et pourquoi ?

-Je perds le désir…Erik, c’était le désir…Je me sentais sans cesse affamé…

-Désirer? Clive, tu n’as rien à t’interdire en ce domaine. Enfin, tu peux faire une rencontre. Je parle d'une femme, bien sûr.

-Non, je veux tout sublimer ! Non, non. Laisse-moi être toujours au fond de moi ce Clive fou de désir et d’amour pour que j’arrive à me dire un jour que…

-Que?

-Je le venge, lui!

-Là, tu es dans tes rêves ! Peut-être te faut-il les quitter…

-Clive le Rêveur, ça ne va pas non plus ? Tu sais, je lui demande pardon, je lui demande pardon…Et encore et encore…

Cette fois, elle m’a souri avec une bienveillance renouvelée. Elle ne comprenait pas grand chose à cette passion que j'avais eue  mais elle était si à l'écoute que, si j’avais cru à un moment de notre conversation qu’il serait  difficile de rester en relation avec elle tant elle était à côté de la plaque, je devais m'avouer qu’il n’en serait rien…

Malheureusement pour elle, tout le monde n’a pas la même définition de ses besoins fondamentaux et pour ce qui est de la morale, il y a des clans, des chapelles. Disons qu’elle, c’était le genre à se dire : « Bah, la page est tournée. Certainement, je n’aurais pas voulu que mon couple s’essouffle et vole en éclats comme ça mais nos enfants nous restent attachés et chacun de nous est en bonne santé. Restons positive d’autant que le Seigneur est avec moi et me guide ! ».

C’était quoi, ça, le psaume 22 ! Ah oui ! Le Seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien…

Mes vieux connaissaient ça par cœur… C’est une façon d’être que je respecte mais moi, je suis bien différent d’elle…

 

 

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 3. Clive et son plan secret.

 

J’ai senti assez rapidement, que ma période solitaire pouvait prendre fin. En bon opportuniste, je me suis petit à petit rapproché de Kathleen, la serveuse et elle a compris ce qui devait l’être. Bon, ce n’est pas le grand amour de mon côté mais je dois dire qu’elle est sensée, travailleuse et qu’elle a toujours bon moral. Je l’ai donc prise comme elle était, en faisant évidemment de prudentes omissions sur ma bisexualité. Portant, si être avec une personne de sexe féminin me donne un sentiment de sécurité rien ne me galvanise plus que de plaire à un homme jeune. Mais bon, elle était autrement plus fermée que Kristin sur le sujet…

J’ai préservé mon territoire en ne cédant pas à son immédiate envie de « se mettre avec moi » et on a gardé nos deux logements tout en passant beaucoup de temps ensemble. Elle argumentait bien sûr : pourquoi fallait-il qu’elle paie un loyer alors qu’on s’en sortirait bien mieux à deux ? Nan, c’était trop tôt.

Forte d’elle, j’ai compris que Kirsten était contente. Voilà, j’écoutais ses bons conseils. Les voix de la Sagesse…Elle ignorait que j’élaborais un plan avec la même patience et la même perfidie qu’une araignée sa toile. Les beaux costumes de Barney, c’était le point de départ. Après tout, j’allais vite en besogne en affirmant que, non, je ne le reverrais jamais. Je devais faire preuve de plus de mansuétude. Dixit ma chère libraire…J’ai donc écrit au Metropolitan, sachant que ma lettre lui parviendrait. Je n’avais pas le choix n’ayant toujours pas son adresse ni son téléphone fixe. Il y a belle lurette qu’il avait changé de portable…

J’avais méjugé l’homme intime, je m’étais servi de lui comme lui de moi. Mais là, je parlais à l’homme public, au créateur…J’avais pu juger par moi-même de la valeur de son travail sans en retenir la teneur profonde, parce qu’à l’opéra j’étais en service commandé et que j’avais une dent contre lui. Mon erreur m’apparaissait désormais flagrante. Ce livre de lui, que je venais de lire et cette modeste présentation de son travail dans une librairie de Newark faisaient de moi un observateur différent. J’étais admiratif et respectueux. Je lui demandais donc de ne pas garder de moi des souvenirs vils mais de comprendre que, le temps pensant bien des blessures, j’étais désormais à même de l’admirer. Je ne manquerais pas, d’ailleurs, de lire les autres ouvrages qu’il avait écrits sur l’opéra et la musique et, dès que possible, je verrais à l’opéra de New York, comment ils vêtaient les chanteurs du nouvel opéra pour lequel il travaillerait et dans quels décors il les ferait évoluer…

Ce n’était pas une lettre mensongère, loin de là mais elle n’était pas sans calcul. Il a mis un mois pour me répondre et entre temps, j’ai fait des lectures. Il utilisait toujours des enveloppes blanches doublées de rouge et sans doute un de ces gros stylos phalliques qui lui faisait une écriture penchée.

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 4. Clive et ses errances. Rêve et réalité.

 

1. Ne rien lâcher.

Parce que le danseur Erik Anderson, qui pourtant ne vit plus à new York, pourrait s'y trouver, Clive ne cesse d'arpenter Manhattan dans l'espoir d'une rencontre.

Bientôt, j’ai repris mes tours à pied dans Manhattan. Les fêtes sont arrivées et avec Kathleen, on a dîné dans des endroits chics. Elle n’était vraiment pas compliquée, elle. Sexuellement, ce n’était vraiment pas une gourmande, encore moins une vorace. Je ne sais ce qui s’était passé pour elle, elle ne m’en a jamais parlé mais le fait est qu’elle me demandait de moins en moins de lui faire l’amour. On aurait dit qu’il lui suffisait de recevoir des cadeaux pour être comblée. Je lui achetais des robes bling bling car lui plaisait et avec cela, des parfums français très épicés. Et elle aimait les grands bouquets de fleurs multicolores, alors, pour oui pour un non, je lui en rapportais à la maison. Je dis « la maison » car j’étais toujours fourrée chez elle. Je reconnais qu’une femme comme ça, c’est bizarre. Que je ne la touche pas beaucoup, elle trouvait ça très bien et si je ne l’avais plus abordée du tout, elle ne serait pas plainte. Moi, je ne voulais pas tout abandonner. On ne sait jamais ! Je voyais bien quand même que me faire dire oui pour une virée à Las Vegas, c’était pour elle très motivant. Mais attention, hein, n’allez pas croire qu’avec tout ce que je raconte, je ne sais pas faire jouir une femme ! Kathleen, avec moi, elle en avait eu des orgasmes !

Bon, sûr que ça m’arrangeait bien. Kristin, elle, ne serait jamais devenue si peu motivée ; la sexualité était une dimension importante de la vie pour elle et je devinais bien qu’avec son nouveau compagnon, elle s’épanouissait de ce côté-là. La prude Kathleen, à une époque où son mari texan et elle se livraient encore à des boum-boum très bibliques, ne s’était peut-être pas doutée que son manque d’enthousiasme et ses peurs qu’elle trimballait avaient eu un effet anesthésiant sur un homme encore qui avait, je l’espère pour lui, trouvé plus de compréhension dans son second mariage.

Que Kathleen se restreigne comme ça, ça m’avait étonné mais on s’entendait bien. Que je disparaisse un jour ou deux pour déambuler dans Manhattan, elle s’en fichait. Si je lui disais que New York recelait des trésors architecturaux et que, tant qu’à marcher, je préférais autant le faire en découvrant ou redécouvrant des merveilles, elle allait dans mon sens. Pas l’ombre d’une question montrant qu’elle avait des doutes…Je m’en allais, elle était contente ; je revenais, elle était radieuse. Elle était pomponnée, parfumée. Elle avait fait la cuisine. Ses tartes aux pécans étaient délicieuses…

Un qui n’était pas dupe, c’était Barney. Après sa belle conférence, je ne l’ai lâché pas sur internet et lui a fait de même. Il voulait savoir quel virage j’avais opéré. Je lui ai dit que j’avais des objectifs clairs. On venait chez moi pour consommer puis on assistait à un spectacle. Si on faisait les deux en même temps, on ne retenait rien car le spectacle n’était pas un accompagnement. Cette erreur-là, je l’avais commise au début mais j’avais compris. Et puis,  je tenais à donner sa chance à des étudiants d’école d’art dramatique, de danse ou de chant qui devaient financer leurs études, ça me semblait important. Ces jeunes-là, personne ne serait venu les voir si je les avais programmés. Je leur demandais donc, deux fois par semaine, d’assurer le service en chantant, dansant où se renvoyant un texte. J’étais sûr que ça marcherait. On les écouterait, on les regarderait. Bon et au moins, ils seraient plus payés que de simples serveurs. Après, si je pouvais leur faire monter un spectacle ensemble, pour mon restaurant, ben, je le ferais et ce serait super ! Il a trouvé ça très bien. Une nouvelle année s’ouvrait. Il me la souhaitait bonne et heureuse. J’ai dit que moi, pareillement. Mais on est resté prudent. La page de présentation des Grands Ballets canadiens de Montréal, il la regardait aussi souvent que moi. Dans la liste des danseurs, le nom d’Erik Anderson arrivait avec celui des autres danseurs étoiles. Il y avait des photos aussi, d’eux et donc de lui. Bon, c’était clair ce qu’on voulait Barney et moi mais on ne pouvait pas se le dire.

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 4. Clive fantasme ses retrouvailles avec Barney et Erik.

 

Fidèle à ma façon de mettre en scène des fantasmes très parlants, voilà ce que j’ai imaginé :

Julian aurait réservé une des suites Central Park du Four Seasons et il n’en aurait pas démordu, écartant ma proposition d’hôtel tapageur avec vue sur Times Square. On aurait vu à l’infini des néons et des publicités murales, immenses et changeantes, des happenings, des gens qui déambulaient un hotdog à la main et on aurait été totalement anodins, tous les trois, face à ces foules rieuses sans cesse renouvelées et sans cesse en quête d’artifices…Mais non, il aurait de nouveau choisi cet hôtel chic où je l’imaginais déjà m’offrant un verre de vin à vingt-quatre dollars que l’on boirait « entre mecs matures » avant de rejoindre notre délicieuse proie. La suite serait au vingt-neuvième étage et de là, la vue sur le parc serait somptueuse. Il y aurait juste à regretter qu’étant en mars, la timidité du printemps ne permette pas à la végétation de donner libre cours à un vrai festival de couleurs mais, ce serait très beau. De toute façon, je ne perdrais pas au change en me rapprochant d’une autre fenêtre, orientée non plus au nord mais à l’ouest car elle permettait de suivre le cours de l’Hudson. Au loin, on apercevrait l’océan Atlantique. Et puis, j’aimerais l’aspect à la fois luxueux et chaleureux du salon. Du bois clair, des couleurs vives et chaleureuses, des meubles d’un goût très sûr et des objets de décorations choisis avec soin. Rien ne serait lourd dans ce bel espace aux proportions soigneusement calculées où la lumière entrait à flots.

Evidemment, en me recevant dans un univers aussi apprêté, il serait sûr d’emporter la mise. Erik, isolé dans la chambre, il nous attendrait. On commencerait, tout en devisant, à mettre en condition notre jeune partenaire qu’on finirait, de toute façon, par déshabiller avant de le faire nous-mêmes. Et bien sûr, allongés à ses côtés sur un lit King size, on le préparerait à l’amour…

Je me représentais très cela, moi et quand même, ça m’excitait. Alors, j’imagine que Julian B., lui, il devait la fantasmer sans cesse cette scène du bel hôtel. Dans une vaste chambre envahie par une lumière un peu froide, on en apprendrait un peu plus sur la vie…

Bien entendu, on aurait nos angoisses de mec, la peur s’insinuerait en nous. Ah, toujours la performance et la hauteur ! Les hommes enragent avec cela ! Je ne tarderais pas à découvrir bien sûr que mes craintes étaient sans fondement et, retrouvant ma gouaille naturelle, je fignolerais le monologue intérieur qui suit :

« Bon, autant le dire, la nature m’a mieux doté que Barney et là, je n’y suis pour rien. Disons que je suis plus fortement membré et qu’en termes de centimètres, j’ai un léger avantage. Lui, attention, il n’est pas du tout mal loti mais c’est quand même moins bien. Bien sûr, il aura sa façon de te toucher Erik, de te caresser et de s’installer en toi mais quand même …Tu verras la différence, mon beau prince ! Je ne dis pas que cet homme ne peut te satisfaire mais tu es jeune et ardent !  Il a tout de même des failles dans sa virilité, liées sûrement au fait que la maladie l’a frappée. Pour y arriver, il prend des médicaments ! M’est avis qu’il est loin le temps où il larguait sa psy quinquagénaire raide dingue de lui pour un psy plus jeune et résolument hétéro, histoire de voir comment il allait le retourner. Ce n’est plus ça, son cheval de bataille, non, maintenant, c’est la virilité ! A lui, le praticien qui lui prescrit des pilules bienfaisantes ! A lui les achats de cet acabit sur internet. En attendant l’implant !  Enfin, excuse-moi d’être aussi direct, Erik, mais au lit, je suis le meilleur !»

Naturellement, pour ne pas bloquer le distingué décorateur, je tairais mes pensées moqueuses et ignorerais, dans le feu de l’action, les quelques regards obliques qu’il me lancerait. Il ne pourrait s’empêcher de prendre discrètement des mesures et ça lui ferait quelque chose…Pour ce qui concerne les baisers, on serait à égalité et pour exciter au plus haut point notre jeune amant commun et le faire attendre, également. Mais il y aurait le passage à l’acte et là, j’aurais l’avantage…

16 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 4. Barney et Clive se retrouvent. Erik recréé.

Soigneusement préparé, je l’allongerais sur le ventre, mon Erik, et, sur ce grand lit propice à tous les dérèglements, je poserai, avant de le prendre, une main sur son épaule et une autre sur ses reins, pour être sûr qu’il soit incapable de faire un mouvement de retrait. Après quoi, je m’enfoncerais en lui et le gémissement qu’il pousserait en dirait long sur son contentement. Je commencerais à aller et venir en lui posément, en jouant sur une pénétration de plus en plus persuasive et bienfaisante.

Rapidement, je devrais me faire une raison et respecter l’alternance qui s’imposait. Il me succéderait donc, l’incomparable décorateur…Je resterais rieur un moment avant de m’avouer vaincu : il ne s’y prenait pas si mal que cela, celui qu’à l’instant je tournais en ridicule dans ma tête…

Bon, voilà…

En réalité, Julian, lui, il ne fantasmait pas comme moi. C’est à ça qu’il pensait au plus profond de lui, cet homme quitté et en ce sens, il restait dans le domaine de la danse. Il pensait à Jeux, ce ballet oublié de Nijinsky où un jeune joueur de tennis rejoint dans l’intimité nocturne d’un parc anglais, deux jeunes filles plutôt émancipées. La transposition faite, on courtiserait Erik avant de lui faire l’amour à tour de rôle. Je ne sais pas, peut-être qu’on lui demanderait de s’habiller en blanc comme les tennismen d’avant la première guerre. Ensuite, on se séparerait comme le font les protagonistes du ballet puis on s’aimanterait de nouveau. Il en va bien ainsi dans la chorégraphie du jeune Russe puisque la même balle de tennis qui a rapproché trois jeunes êtres, réapparait au centre d’un cercle, appelant à des retrouvailles…

Il restait évasif dans ses messages, alors, je l’ai provoqué. On pouvait prendre un verre. On s’est retrouvés dans un bar très chic, comme aux premiers temps.

- Il est au Canada.

- Je sais, Clive.

Je pensais qu’il allait enchaîner sur un contact qu’il aurait repris avec lui mais il a embrayé sur un hommage à Balanchine qui lui avait singulièrement déplu au New York City ballet. Le danseur étoile qui était mis en avant n’égalait pas Erik ! J’ai soupiré.

-Dites ! Vous pourriez être plus concret ?

Il m’a regardé. Dans son visage noble, se lisaient le sérieux et l’opiniâtreté de l’amour qui ne faiblit jamais sur ces traits. Cette bouche un peu dure, ce front haut, ces sourcils un peu trop drus, ces yeux à l’éclat brun-doré disaient la force d’un sentiment que rien ne peut contrecarrer. Il continuait de souffrir et il le faisait avec dignité.

-Concret ? Oui, je vais l’être. Je suis resté sans nouvelles pendant longtemps puis il m’en a données. Je ne peux pas dire qu’il soit très expansif mais il me tient au courant de ses projets. Il a une carrière solide, du reste, il va à droite et à gauche…A New York, quelquefois…

De nouveau, il a fait silence et de nouveau, j’ai eu une image de lui. Il m’avait donné rendez-vous dans ce premier hôtel luxueux en évoquant Chanel et il y était toujours, figé dans ma mémoire, superbement vêtu, se tenant droit, l’œil aiguisé, me mettant en main ce marché de dupes. Il aurait pu réussir dans son projet mais il y avait eu mon insistance finale, l’orgueil d’Erik et cette gifle malencontreuse…Quand même, c’était raide.

-Et vous, Clive, des nouvelles ?

-Non.

-Oh !

-Je marche dans New York.

-Pourquoi ? Vous pensez qu’il pourrait s’y trouver ?

-Oui.

-Et vous lui parleriez ?

-S’il l’acceptait. Et à condition que je tombe sur lui !

-Ah ! La situation a changé. Je ne suis plus un passeur qui vous conduit vers lui. Vous le cherchez tout seul !

-Oui. Remarquez, ça vous froisse peut-être.

 

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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