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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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26 décembre 2024

Battles : partie 3. Je ne reculerai pas.

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Winger eut un rire cristallin et rajouta de l’alcool dans le verre de Paul quand celui-ci les eût servis. Puis, il commenta.

-Tu dois être vraiment content parce que quand même, tu as vraiment craint de m'avoir perdu !

-J'avais été rééduqué. Ma confiance en vous était immense. Je ne pouvais croire à votre mort...Mais vous êtes là

Et comme Paul demeurait silencieux il ajouta perfidement :

-Ce qui me donne raison...Je t'avais promis un bel avenir !

-J'en ai un : mon livre, la chute de la dictature. Mon retour en Ambranie.

-Où tu comptes avoir un poste au gouvernement ?

-Je ne sais pas si…

-Oh mais si, tu le sais. Tu en rêves ! L’ardent défenseur de la démocratie ambranienne devient ministre de la culture ! Fanfare, médailles, discours ; jolies femmes que tu baises discrètement.

-Je servirai la démocratie.

-Tu me fais vraiment sourire. Bon, on va commencer...Tu en meurs d'envie de toute façon. Depuis que tu es en Angleterre, tu peux me dire combien de jours se sont écoulés sans que tu penses à moi ? Un tout petit nombre, n'est-ce pas ! Regarde-toi : portant un beau complet neuf, rasé de près, bien coiffé. A quoi ressembles-tu ? A un homme qui attend une femme pour coucher avec elle ? Tu aurais peut-être cet apprêt mais pas cette certitude...C'est moi que tu attends car c'est moi que tu veux. A Étoile, quand je t'ai vu, j'ai vite compris comment te river à moi. C'est viscéral, tu n'y peux rien...Et tu veux que je te dise ce qui est le pire ? Ces partisans qui t'ont enlevé t'ont théoriquement rendu service car tu peux maintenant dénoncer les exactions commises dans ton pays ! Sauf que toi tu regrettes au fond de toi qu'ils soient intervenus. Parce qu'en moi, tu as la seule personne qui te possède complètement car elle sait tout de toi. Elle sait par exemple que le fait que tu aies choisi de résister a davantage été le fruit du hasard que d’une mûre réflexion. Il aurait suffi que tu écoutes davantage tes deux frères militaires, que tu n’épouses pas cette gouine idéaliste et que tu laisses aller. Tu aimes la force, l’autorité et les symboles virils. Tu te souviens, quand je t’ai fait retravailler tes discours ! C’était limpide. Il y a un fasciste en toi. Sinon, pourquoi m’aurais-tu fait revenir…

-Kalantica va sortir.

-Finis ton verre et ressers moi.

Paul le fit. Winger était étourdissant.

-Tu ne veux pas que je sois mort. Ton livre ne vaut rien à partir du moment où tu as cette nostalgie ! Assure ton enterrement littéraire et idéologique ! Écris ce qui doit l'être : ce fasciste exemplaire, pourquoi l'a-t'on exécuté ? Je l'aimais !

Paul pensa qu'il était à terre. Tant de lumière soudain, d'un éclat insoutenable...Markus, qui s’était levé et s’était approché de la fenêtre, avait les cheveux courts, les épaules solides et une nuque presque gracile, extrêmement émouvante. Il fallait tout de même le mettre en joug.

-Tire.

-Je ne vous abattrai pas dans le dos.

-Ah, c’est bon pour les fascistes, ça…Tu veux venger ton aristocrate aux jolis seins et cette grosse pute à qui on a pris tout son argent ?

L’instructeur s’était retourné.

-Allez tire !

Paul visa mal. Une balle partit qui frôla l'épaule de Winger et une autre qui partit dans le vide.

Winger riait.

-Non mais ce n'est pas vrai !

-Laisse ça. Viens, Paul, viens complaire à ton instructeur.

Paul qui avait baissé son arme ne se résolvait à l’échec. Il mit de nouveau l’Instructeur en joug mais au moment où il tirait, il se rendit compte que celui-ci avait un révolver en main. Il venait d’apparaître. Une balle siffla à son oreille et une autre passa près de sa main, le désarmant.

Il gagnait du terrain, si parfait dans son incarnation du mal qu'il était douloureux de soutenir son regard.

-Tu sais, il y a une possibilité intermédiaire. Tu te désapes et on le découvre ensemble, le vrai sens de la vie...Tu ne cesses de m'en faire la demande dans ton for intérieur ! Ma réponse est claire et pour toi, elle est parfaite. On va au lit ?

-Non.

-Alors, tire !

Cette fois, une balle blessa légèrement l'instructeur à l'épaule. Il fit mine d'avoir très mal et Paul, stupéfait, baissa sa garde. Winger se précipita sur lui, le désarma et le fit tomber à terre. Il avait lui-même sorti son arme et visait la tête.

-Mal joué, détenu. Je suis un soldat, tu ne le sais pas ?

 

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26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Mais tu existes à peine !

 

Paul poussa un hurlement. Cette créature fantomatique était le diable. Elle avait ramassé son révolver et s’était approché de lui. Il sentait contre sa tempe, le métal froid du pistolet automatique de son ennemi.

-Tu es là où tu dois être. Avec moi. Proche de moi mais inférieur. Je t'ai appris à ne rêver que de cela. Tu as oublié ? J'ai su avec toi, très vite, j'ai toujours su...-Tu as toujours su que je reviendrais quand tes appels seraient suffisamment puissants. Tu m'aimes, je le sais. Deux possibilités, deux. Je te dis lesquelles ?

-Vous allez me tuer.

-Quel imbécile ! Ton livre paraît, tu files en Ambranie et là, tu renies tout ce que tu as dit et écrit. Tu disparais très vite, dans un des camps de formation que nous avons et de là, tu deviens comme moi.

-Non, tirez. Je ne ferai pas cela. Je ne trahirai pas.

-Mais tu ne serais pas un traitre.

-Et naturellement, vous êtes sûr de vous ! Vous « savez » !

-Vous avez toujours « tout » su pour moi, Instructeur, c'est bien là le problème...

-Parce que ça marche comme ça détenu DS.Cinquante quatre vingt trois. Deux cent sept neuf. Qu'est-ce que tu crois être aujourd'hui sinon la continuation de ce matricule ?

Winger s’écarta mais garda son arme à la main. Il ricanait. Paul, lui, faisait face.

 -Mon livre sera publié quoi qu'il arrive et j’aurai parlé. Si vos sbires m’attaquent ou si vous-même le faites, je me hisserai à la position de héros. Vous voulez faire de moi le martyre d'une cause qui vous est essentielle ? Qui aura raison ? Moi.

-Fort bien.

Winger était reparti chercher les verres.

-On finit la bouteille ?

-Non…

-Oh, mais si.

Tout changeait. Une sorte de torpeur s’emparait de Paul et Markus lui-même, semblait plus détendu. Il venait d’ôter le pullover qu’il portait et restait en t-shirt militaire.

-Tu te souviens, la dernière nuit, quand on transitait ?

-Non !

Cette fois, l’Instructeur se mettait torse nu.

-Moi très bien. Je t’ai fait un peu mal. Je t’ai surpris, c’est vrai.

-C’était avilissant.

-Tu mens ; tu as aimé. Déshabille-toi, Paul.

-Et si je ne le fais pas ?

Winger ricana une fois de plus et reprit son automatique.

-Allez, fais-le.

-Je n’ai pas peur de la mort.

-Mais si…Paul, s’il te plaît.

Il céda et lentement, se dévêtit. L’instructeur se mit nu, lui-aussi.

-On va au lit, Paul !

Ils s’allongèrent l’un à côté de l’autre. Le corps de l’instructeur était incandescent. Paul sentait qu’il tombait dans une spirale du Mal.

-Qu'est-ce que tu crois ? On est des centaines et des centaines à la surface de la terre. On a tous les pouvoirs ! Tu as toujours été pathétique, avec tes croyances puériles sur la démocratie et la liberté ! Heureusement, il avait cette dévotion que tu avais pour moi ! Pardon, que tu as toujours ! Et maintenant !

Winger commençait à se coucher sur Paul quand on frappa brusquement à la porte et on appela.

-Monsieur Kavan, c'est le service d'étage.

Interdits, aucun des deux hommes ne réagit. La voix se fit insistante.

-Monsieur Kavan, êtes-vous là ?

Avant même que Paul ne réponde, on mit une clé dans une serrure et on s'annonça. C'était une voix féminine. En un rien de temps, l'instructeur fila dans la salle de bain tandis que Paul se précipitait sur ses vêtements.

-Attendez !

Il se trouva bientôt nez à nez avec une jeune fille qui rougit violemment.

-Mais il y a quelqu'un ! Vous avez demandé des serviettes supplémentaires. Je pensais les déposer sur votre lit. 

-Je n'ai rien demandé.

-Ah mais si ! Il y a eu un appel tout à l’heure. Je vous pensais absent.

-Ce n'est pas grave.

Elle partit.  Paul pensait que tout allait recommencer quand il trouva le révolver de Winger, qu’une couverture avait dissimulé. Il s’en saisit. Il ne pouvait plus faillir cette fois. Du reste, Markus réapparaissait, offrant toujours une nudité athlétique aux proportions parfaites. Sans attendre qu’il parle, Paul tira et l’atteignit à l’épaule puis au ventre. L’instructeur eut le temps de gémir et de s’arrêter. Du sang commençait à couler.

Soudain, la pièce parut s'emplir d'un étrange brouillard et il lui sembla que tout devenait insonore.

-Paul ! Mais Paul !

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Seconde mort de l'Instructeur Winger.

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L’apparence très matérielle du soldat parut soudain se fragiliser. Des lambeaux de lui subsistèrent comme s'il n'existait plus tout entier. Avec force, Paul cria :

-Tu existes à peine !

Et l'image du jeune soldat se délava plus encore. Cela rassura celui qui avait été Battles.

-Il va y avoir un coup d'état en Ambranie...Dormann va tomber. La démocratie va revenir.

Une voix lointaine lui répondit :

-Que valent les écrits d'un antifasciste fêté et applaudi quand il en vient à ressusciter son tortionnaire ? Tu n'as eu de cesse de combattre un régime que tu as honni mais tu m'as laissé t'envoyer des émissaires avant de venir jusqu'ici ! C'est ça, ta liberté ? Le nouveau président se fera tuer lors d'un bain de foule et sous couvert de remettre de l'ordre, l'armée fera le ménage et virera l'intérimaire qu'on aura mis à sa place ! Tu ne veux vraiment rien savoir, toi !

-Instructeur !

La pièce était toujours brumeuse. Malgré tout, Paul s'accrochait à son revolver et dans un entrelacs de lumière, Winger réapparut, toute sa force retrouvée... Il fallut tirer encore. Le cœur fut atteint. Cette fois, l'instructeur tomba brusquement à terre.  Il resta étendu les bras en croix et les jambes écartées tandis que Paul, toujours armé, s'approchait de lui. Il restait magnifique alors même que le sang commençait ruisselait sur son beau corps, inversant toute valeur. Un superbe gisant...Que comprendrait-il à cette mort, celui qui avait su la donner à d'autres qui ne savaient pas se défendre ou étaient aux abois ? Rien sans doute sinon qu'il butait sur une fin cette fois inéluctable. Rageur, Paul le contempla avec dureté :

-Vous mourez Instructeur.

-Toi aussi, plus tard, tu vas mourir de ton idéalisme...

-Je crois que ce sera après toi...Du reste, tu es venu... tu savais...

Le beau visage se crispa et la voix aussi changea, plus rauque :

-Je savais quoi ?

-Que ce serait ta seconde mort. Un guerrier comme toi qui se laisse prendre !  Où est ton arme ?

-Mon arme ?

-Elle est avec moi. Vous me l’avez donnée !

-Ah…

De façon surprenante, Paul n'entendait aucune galopade dans les couloirs et personne ne frappait à la porte. Pourtant, dans un établissement de ce genre, il y a toujours beaucoup de vigilance de la part du personnel.

Winger le regarda encore puis mourut. Ses yeux, grand-ouverts, se figèrent et il y régna un bleu glacial. Et il n'y eut plus alors que le silence.

Paul attendit dans la chambre qu'on frappe à la porte et qu'on lui crie d'ouvrir mais de nouveau, il fut surpris. Tout restait parfaitement silencieux. Il finit par remettre son manteau et par descendre dans le hall de l'hôtel où il était sûr qu'on l'arrêterait mais on ne fit que le saluer poliment. Il erra dans les rues, un peu hasard et laissa filer deux heures. C'était suffisant pour avoir trouvé le corps, qui avait dû perdre beaucoup de sang. Toutefois, à son retour, Paul fut stupéfait. Il imaginait les abords de l'hôtel envahis par des voitures de police et une escouade de policiers prêts à l'arrêter. Il avait laissé le revolver prêt du cadavre et tout indiquait qu'il était le meurtrier...Toutefois, il ne vint aucun changement alentour et il put traverser le hall et prendre l'ascenseur sans que quiconque ne s'interpose. Sa chambre n'avait pas été ouverte et comme il y entrait, la jeune employée maladroite lui sourit.

-C'était bien une erreur !

Il la salua. Le lit était fait, son ordinateur fermé et aucun manteau de cuir noir n'était posé sur un fauteuil. Dans la salle de bain, tout était intact. Le pathétique objet sexuel qu'avait brandi l'instructeur avait disparu lui-aussi et il n'y avait pas de cadavre.

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Clair obscur.

 

5. Eva, Kalantica et préparatifs de départ.

Paul séjourne toujours à Bath et consulte le docteur Shieffield, qui est psychiatre. Celui-ci le sonde toujours sur sa relation à son défunt instructeur en prison. Pour Paul, celui-ci n'est pas vraiment mort. Il frappe encore. Eva, la traductrice et amante de Paul, meurt sordidement; mais le grand roman de Paul sur l'echec de toute dictature, paraît. Il s'agit de "Kalantica."

 Paul retourna à Bath. A la clinique, il vit Sheffield.

-Je vous ai dit aller quelques jours à Londres pour en finir avec lui.

-C'est exact.

-Il s'est présenté à moi, m'a tourné en dérision, m'a tenté aussi et j'ai tiré. Il manque quelques balles dans mon revolver. Il n'a pas été très long à quitter ce monde. Il a eu l'air surpris jusqu'à la fin.

-A l'hôtel ? C'est là qu'il s'est montré ?

-Dans la chambre que j'avais retenue, oui...

-Et vous êtes là, si libre ?

-On est venu au début mais ensuite, non. Je n'ai pas dû faire beaucoup de bruit...

-Tout de même ! Le corps n'a pas été découvert ?

-Il a disparu. Je veux dire, après le meurtre, je suis sorti prendre l'air. A mon retour, la chambre était intacte. Il savait que j'allais tirer. Il a laissé faire.

-Pourquoi ?

-La force peut naître de la faiblesse et les mots peuvent beaucoup...Celui que j'ai vu était vraiment celui de la prison, glaçant, impérieux, du moins au début. Il fallait que je le tue car dans mon roman, c'est un personnage fort.

-On dirait que ça vous a semblé facile...

-En effet. Il ne pouvait que demander à disparaître pour pouvoir sans doute être mythifié ensuite....

-Admettons, Paul mais tout de même ! Vous me l'avez présenté comme le prototype du fasciste. Et c'était facile...

-Il n'était plus si cohérent. Moins insinuant, moins puissant...Du reste, il s'est laissé surprendre. Et puis, à un moment, la pièce était pleine de brouillard. Je sais, cela peut paraître bizarre...

-Ce qui est important, c'est de savoir si vous, vous trouvez cela bizarre.

-Oui. J'avais le dessus. C'était comme s'il n'avait plus la même vitalité, comme s'il se caricaturait lui-même aussi...

-Et c'est tout.

-Non. Le corps a disparu, le revolver aussi. Ce fasciste, moi, j'ai été capable de tuer ! Je ne pensais pas avoir un pouvoir de mort sur quiconque mais je l'ai eu sur lui. Sa peau blanche qui luisait et cet objet...

-Un objet ?

-Oui, un objet sexuel, un phallus de petite dimension...Je vous l'avais montré. Il l'avait avec lui ce jour-là.

-Le signe du rapport sexuel que vous alliez avoir ...Son unique arme...

-Non, il avait un revolver.

-Vous ne m'avez pas vraiment répondu, là...

-Non.

Paul se tut et regarda Shieffield Celui-ci était plongé dans ses pensées...

Sa formation de psychiatre lui avait appris à accepter le matériau brut que lui livrait un patient pour ensuite le retravailler avec lui. Ici, Paul parlait d'un mort qui devait être tué une seconde fois, d'un redoutable tueur qui commettait des bévues surprenantes et d'un meurtre qui n'attirait pas l'attention alors qu'il se déroulait dans un lieu public. Et c'était sans parler d'un cadavre qui se volatilisait, de documents secrets qui entraient brusquement en sa possession et de deux émanations du même personnage crucial qui se volatilisaient.

Paul racontait avec force et ne se coupait jamais. Il revenait de lui-même sur un point qui lui semblait confus et mêlait, sans y voir de contradiction, les événements naturels et surnaturels. C'était cette cohérence et cette force qui impressionnaient le psychiatre et lui faisait défendre la position de son patient. Le meurtre de l'instructeur ne pouvait être que symbolique et le lien de celui-ci avec les deux disparus du Kent flagrant pour l'unique Paul. Ces documents exceptionnels qu'il mettait en avant devaient provenir d'une autre source. Quant à ces femmes avec qui il avait eu des liaisons, il n'avouait son ambivalence avec elle que pour charger davantage l'instructeur.

 

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Le dossier Kavan.

 

A Bath, alors qu'il séjourne dans la clinique du docteur ShIeffield, Paul trouve dans sa chambre un dossier qui ne devrait pas s'y trouver: c'est celui que l'instructeur Winger, qui l'a cruellement rééduqué en Ambranie, a reçu à la prison Etoile le concernant. Ce dossier a traversé l'espace et le temps...

Perplexe, Paul s'assit sur un fauteuil d'abord puis sur le lit et il fut surpris en le faisant d'y découvrir une grande enveloppe brune. Elle paraissait un peu ancienne et comportait les mentions Dossier secret et Confidentiel en ambranien. Le cœur battant, Paul la décacheta et sursauta. C'était le dossier qui avait été remis à l'instructeur Winger au moment de son transfert à Étoile. Il avait de l’être lu et relu et était annoté de sa main...

 

Kavan Paul

dit Battles

Section politique

Journaliste

A rééduquer

DS. Cinquante-huit trois. Deux cent sept neuf.

 

Instructeur: Markus Winger

Rééducateur de première classe

 

Durée du processus : neuf à douze mois.

Mention : cas difficile

 

Un dossier donc et non un corps sans vie car Paul devait bien se rendre à l'évidence : le cadavre de l'instructeur avait disparu. Il était impossible de le sortir sans se faire remarquer ou laisser des traces et quand bien même on y serait parvenu, restaient le couvre lit, les couvertures et les draps imbibés de sang. Il aurait manqué la couverture supplémentaire glissée dans l'armoire ou tout au moins un drap et de toute façon cette évacuation aurait laissé des traces : sang, meubles déplacés. Même avec un nettoyage appliqué, il aurait été difficile, vu le contexte, de tout remettre dans un ordre parfait. Toujours perplexe, Paul resta à l'hôtel jusqu'au terme de sa réservation. Il écrivit, lut en entier le rapport qui avait été écrit sur lui à laquelle était adjointe une fiche signalétique sur son instructeur. A aucun moment il ne fut inquiété et il finit par se dire qu'il perdait sans doute la raison...Pourtant, dans son revolver il manquait quatre balles et finit par trouver, collés à son veston, deux courts cheveux d'or qui ne pouvaient venir que de la chevelure de l'instructeur...Totalement perdu, il lut la fiche de son tortionnaire.

 

Winger Markus

Étoile.

Instructeur.

 

Né le 4 Juin 1985 à Dannik. Ambranie.

185 cm, 80 kilos

Blonds, yeux bleus

Pas de signe particulier

Lycée international de Dannik. Bac avec mention. 2003.

Unité militaire Forza. Engagement de cinq ans. 2003-2008.

Formation des cadres de la sécurité intérieure : deux ans. Major promotion 2010.

Affecté à la prison Rosa de Dannick. Enquêteur de seconde classe. 2010-2012

Enquêteur de première classe : 2012-2013

Affecté sur recommandation et excellence du dossier comme instructeur à la prison Étoile en janvier 2014

Instructeur de première classe.

 

Remarques :

Père et mère affiliés au Parti. Position prééminente pour le père.

Bilingue allemand-anglais.

Efficace, zélé, discipliné, respect des autres.

Bonnes connaissances en psychologie et méthodes d'intimidation.

Sportif accompli : courses à pied, haltères, natation, tennis.

Tireur d'élite.

A infiltré des réseaux de résistance sous les pseudonymes de Merskin Gruwa ou Wisam Krugern.

 

Remarques annexes :

Sexualité à ne pas sanctionner au vu de soutiens en haut lieu.

 

Des photos très protocolaires accompagnaient le bref dossier. Il y en avait quatre qui présentaient Markus Winger à divers stades de sa formation. Toutes étaient glaçantes. Notamment les deux qu'il n'avait jamais vues...C'était un nazi qui était là, un monstre.

Alors mort depuis longtemps ou depuis peu ?

Dangereux jusqu'au dernier moment ?

Disparu à jamais ?

Paul lut son dossier complet annoté puis relut la fiche de l'instructeur. Il ne se sentait plus aussi démuni. Quelques bizarres qu'aient pu être les événements, ils allaient dans un sens positif...

Il maintint sa présence à l'hôtel pendant quelques jours encore, travailla, lut et relut les documents et demeura stupéfait. Leur découverte modifiait la structure de son livre, qui prenait un tour bien plus incisif et personnel...

 

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4 décembre 2024

Battles. Partie 4. Citation.

 

 

Et si c'était à refaire

Referait-il ce chemin

La voix qui monte des fers

Dit : je le ferai demain

 

Louis Aragon

Ballade de Celui qui chantait dans les supplices

4 décembre 2024

Battles. Partie 4. Changer le monde.

 

GUILLAUME

 

 

1. Tout mettre en œuvre à Dannick.

De retour dans son pays après un long exil, Paul Kavan est nommé à de hautes fonctions dans le nouveau gouvernement qui se constitue. Il est prêt à travailler d'arrache pied pour que les perspectives soient nouvelles.

De retour à Dannick, on présenta à Paul, puisqu'il avait accepté le poste, les locaux du centre culturel et les membres de son équipe. Il était une vingtaine et d'âges divers. A priori, ils souhaitaient un nouvel ordre...Paul avait déjà travaillé d'arrache-pied sur son gros dossier et ciblé des points sensibles. Il faudrait lister les salles et les ateliers susceptibles d'accueillir les artistes, veiller à ce que salles de théâtre et de cinéma reprogramment ceux qui étaient interdits, veiller également à ce qu'une publicité suffisante soit faite pour inciter à aller au spectacle et récompenser ceux qui avaient préféré se taire et vivre de façon précaire plutôt que de servir la propagande de Dormann. Et puis...Ce qu'il y à faire était infini mais l'énergie de Paul phénoménale. Se doutait-il qu'il comptait ainsi damer le pion à ceux qui l'avaient arrêté et jugé puis persécuté en prison ? Oui et bien sûr, il savait aussi qu'il montrait à l'Instructeur Winger et à ses sbires que tout n'était pas comme ils croyaient...En quelques semaines, les résultats furent positifs. Des compagnies de théâtre que l'Institut subventionnait, se remettaient au travail. Des salles d'exposition remettaient à l'honneur des peintres et des sculpteurs mis sur la touche. Des chefs d'orchestre mis au rebut, des chanteurs d'opéra, des virtuoses de la musique, de grands acteurs à qui on n'avait plus rien proposé, remis en circulation. Des prix étaient créés, des bourses pour stimuler les jeunes talents mises en avant, la presse était mise à contribution pour relayer cet enthousiasme et Paul galvanisé. Il y avait les autres, bien sûr, ceux qui avaient servi Dormann. Mises à part quelques têtes à ne pas couper, il fallait les intimider. A priori, le message passait. Ils s'expatriaient, faisaient amende honorable ou changeaient de métier. Il faudrait un an minimum pour que la machine soit relancée mais il jugeait important de paraître d'emblée très actif. Son équipe suivait sans doute enthousiasmée par son énergie et c'est un fait : la vie culturelle allait renaître...

Ayant le sentiment d'accomplir tout d'un coup les douze travaux d'Hercule, Paul ne se contenta pas de tâches administratives, de réunions et de coups de fil. Il se déplaça. Des grandes salles de spectacles aux plus modestes, il visita tout. Il arpenta les salles de concert et les ateliers d'artistes et, chemin faisant, il rencontra beaucoup de monde. Son passage dans la clandestinité, son incarcération à Étoile et ses errances en Suède et en Angleterre avaient affiné sa perception des êtres et des situations. Telle actrice en vogue mentait en se disant patriote car elle avait enchaîné les liaisons avec des sbires de Dormann. Tel sculpteur qui, lui, avait résisté, jouissait d'une réputation très usurpée et ne serait pas crédible au plan international. Tel peintre qu'on avait laissé tranquille car on l'estimait de second ordre, avait un réel talent et telle chanteuse d'opéra avait été injustement rétrogradée. Il convenait donc de faire la part des choses et de redresser des situations faussées, dans la mesure où il le pouvait. De musée longtemps fermé en cabaret au répertoire bancal, d'église négligée alors qu'elle possédait de très belles fresques à des cafés qui gardaient en eux l'histoire du pays, il y avait de quoi faire...

Le temps passant, Paul se mit en quête de son passé. Non celui de ses années de cavale et d'emprisonnement mais celui de son enfance. Ils étaient quatre frères. Trois étaient encore vivante. Emil et Anton avaient su son retour et même s'ils ne s'étaient pas manifestés, il tenait à le voir.

4 décembre 2024

Battles. Partie 4. Emil, le frère loyal.

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Il trouva la trace d'Emil à Dannick où après avoir cessé ses fonctions d'officier d'armée de terre, il coulait une retraite tranquille. Plus âgé que Paul, il avait toujours eu un caractère rigide et une forme d'esprit qui avait dû plaire à l'armée. Avec l'arrivée de Dormann au pouvoir, il avait cessé de fréquenter Paul et Lisbeth car il ne partageait pas leurs idées. Pourtant, malgré ce long silence, quand ce frère renégat le contacta, il n'éluda pas. Il vivait dans une belle villa du quartier huppé de Dannick avec sa femme et menait une vie assez rigide. Quand il le revit, Paul fut frappé de se ressemblance physique avec son père. Emil était plus grand que celui-ci certes mais il avait le même front haut, les mêmes sourcils épais surmontant de grands yeux marrons et la même bouche mince. Sa voix aussi avait la même tonalité que celle du philosophe disparu...Vêtu d'un complet gris, installé dans un beau salon orné de meubles anciens et de belles gravures représentant des paysages exotiques, le général Barne posa sur son frère un regard hautain.

-Retour d'Angleterre...

-Oui. Le pays me manquait.

-On parle de toi dans les journaux. Remarque, on parlait déjà de toi...

Lena, l'épouse d'Emil, se tenait, cramoisie à côté de son époux. On avait servi du thé mais crispant ses mains l'une contre l'autre, elle ne touchait pas à sa tasse. Elle attendait que Paul fasse un esclandre mais celui-ci ne vint pas. Qu'y avait-il à faire contre les idées désuètes de cet homme d'extrême-droite ? Il n'était pas à pour le convaincre de ses erreurs mais pour évoquer le couple de leurs parents, la vie dans la villa patricienne de Marembourg et leurs jeux d'enfants. Il voulait en savoir plus aussi sur les enfants du couple...Quand le message fut clairement passé, Emil et Lena se détendirent. Oui, leurs trois garçons se portaient bien. Oui, ils étaient tous trois mariés et pères de famille. Deux d'entre eux étaient officiers, un autre était médecin militaire. Oui avoir ses enfants auprès de soi était un bonheur. Paul était disert, passant au-dessus du fait ni son frère ni sa belle-sœur n'avait aimé Lisbeth et qu'ils l'avaient désapprouvé de faire partir ses enfants à l'étranger. Rien ne fut dit sur la prison Étoile et encore moins sur les livres de Paul, mais des photos de famille furent échangées. Paul avait toujours regretté que la maison de leur enfance ait été vendue mais il y a avait quatre orphelins et des études à payer...Emil regrettait lui-aussi. La-dessus ils étaient d'accord mais sur tout le reste, ils divergeaient. Pour cette raison, Paul ne s'appesantit pas et prit congé quand il sentit se tarir les sujets de discussion neutres. Cette rencontre n'était pas négative cependant. Emil ne fermait pas la porte...

4 décembre 2024

Battles. partie 4. Anton et Paul. Deux frères très opposés.

 

Il n'en alla pas de même avec Anton qui était le plus jeune des frères. Enfant, Paul avait beaucoup joué avec lui et plus tard, ils étaient liés malgré le décès brutal des parents et les familles dans lesquelles on les avait placés. Le petit garçon frondeur et malicieux que Paul avait aimé avait été remplacé par un fonctionnaire de l'état faible et borné qui s'était toujours contenté de faire son travail sans jamais se poser de question. Avec Dormann, il était monté en grade, occupant un poste important au ministère des transports. Rétrogradé non pour son travail mais pour sa fâcheuse propension à le délation, Anton qui chez lui rédigeait des lettres anonymes de dénonciation de suspects, avait obtempéré et fait face à sa situation nouvelle. Mince, anguleux, le teint pâle, la silhouette un peu tassée, il aimait l'ordre et la discipline et admirait les chefs d'état autoritaires. Arrestations, jugements hâtifs et emprisonnement de tout contrevenant à l'ordre public lui paraissaient les signes clairs d'un pays bien gouverné...

Au téléphone, il fut méfiant quand Paul l’appela et mit beaucoup de temps à accepter de rencontrer dans un bon restaurant ce frère honni. Quand Paul le vit, il eut un haut le corps. Ce petit personnage jaunâtre était révoltant.  Soucieux de ne pas le faire fuir par une confrontation brutale, il s'enquit de sa famille et parla de l'enfance. Anton ne dit rien de mal sur son père qu'il trouvait autoritaire et ferme mais fut condescendant face aux rêveries de sa mère. Sans l'avouer, il était jaloux de la belle trajectoire d'Emil, trouvait la conduite de Florian, leur frère défunt, parfaitement idiote et avoua à Paul que non content d'avoir plastronné comme journaliste, il avait imposé au reste de la famille le spectacle de ses relations anarchiques avec sa femme et celui plus pathétique encore de l'éducation libérale qu'il avait infligée à ses enfants. Et c'était sans parler de ses clowneries ! Le cirque de ses maîtresses, ses écrits arrogants dans la presse puis ses actes de résistance qui avaient de quoi soulever le cœur. Il ne devait pas s'attendre à une mise en cause de son jugement et de sa condamnation. Quand on est inconséquent, voilà à quoi on s'expose !

Moins grand que Paul, Anton était, et il avait dû en souffrir, le plus laid des quatre frères. Il n'avait pas la prestance physique des deux premiers qui, sans être beaux, avaient de l'allure en uniforme, ni le charme méditerranéen de Paul, son élégance vestimentaire et la rondeur de ses gestes. Disgracieux dès l'adolescence, il était devenu chauve, portait des lunettes à grosses montures noires et arborait un embonpoint gênant. En outre, même sa voix était déplaisante. Voyant que Paul le laissait parler sans mot dire, il crut avoir l'avantage et claironna :

-Tu t'attendais à quoi ?

-Mais à ce qu'on se parle !

-Normalement ? Tu sais quand même ce que tu as fait !

-Et ce que toi, tu as fait, on en parle ?  On t'a donné un document à signature et tu l'as signé, acceptant de me renier...Les temps ont changé. Tu n'es pas songeur ?

-Et ça se met en avant !

-Écoute, Anton ! Il y a longtemps qu'on m'a dit que tu étais un imbécile mais nous avons des liens de sang et une enfance commune. Ayant de bons souvenirs de toi, je n'ai pas cru ce que j'ai entendu. J'ai eu tort : c'est vrai.

Anton devint écarlate et faillit jeter son assiette à la tête de son frère mais il se contint par crainte du scandale. C'est qu'il avait les faveurs du nouveau régime !

-Merci Paul. Tu as autre chose à dire ?

-A Étoile, j'ai eu un instructeur chargé de me rééduquer. Quand je pense que ce genre de personnage s'appuient sur des gens comme toi...

Anton ne répondit rien. Son épouse Flavia l'attendait à la maison. Elle avait très mauvais caractère et il ne voulait pas être trop agité pour l'affronter. Quant à leur fille unique, elle était toujours à leur charge puisque mentalement déséquilibrée, elle séjournait chez eux...Il valait mieux écourter ce déjeuner et fausser compagnie à ce poseur. Comme il partait, Paul le retint par le bras :

-Ne me laisse pas l'addition ! C'était déjà assez pénible.

A contre cœur, Anton paya son écho.

-Je ne veux pas que tu me recontactes.

-Compte sur moi. Par contre ne t'avise pas de me critiquer publiquement. J'ai des appuis importants...

Ils se tournèrent le dos au sortir du restaurant. Paul ne souffrit pas spécialement de l'attitude de son frère. Il regretta simplement que Florian, l'autre officier de la famille, fût mort dans des circonstances douteuses. Autant qu'il s'en souvenait, c'était un guerrier doublé d'un esthète. Il était curieux de penser à ce que cela aurait pu donner...

Restait à Paul à se rendre à Marembourg, la ville de son enfance. Elle l'obsédait depuis quelques temps et il voyait un signe dans la récurrence de ses rêveries. Il avait eu la chance d'être élevé dans une maison pleine d'âmes et c’est dans cette belle petite agglomération qu'elle se trouvait. Quand il s'y rendit et la vit, il fut rempli d'émotions et pleura. Nul lieu ne pouvait ressembler à celui-là. Grâce à lui, il brillait...La brève visite qu'il y fit le conforta. Il avait de la chance en un sens : cette ville, cette maison, cette famille...Il était revenu dans son pays et c'était bien !

3 décembre 2024

Battles. Partie 4. Une mission colossale pour Paul.

 

 

Après son retour en Ambranie, Paul Kavan se voit chargé de hautes fonctions dans le gouvernement nouvellement formé. Soucieux d'effacer bien des injustices commises par la dictature qui s'est effondré, il ne cesse de travailler.

Un an passa et il y vit plus clair. Il avait remis en selle des écrivains, des auteurs de théâtre, des comédiens et des musiciens ainsi que des compositeurs. Remettre ses artistes sur le devant de la scène dans des espaces adéquats lui avait beaucoup demandé mais avec son équipe, il y était parvenu. On l'avait décoré avec faste et il en avait été fier. Depuis, il continuait de beaucoup faire et, bien que vivant seul et étant chaste, il était plein de lui-même.

-En aurais-je donc fini avec les fantômes du passé et leur aura menaçante ? Se disait-il en se remémorant sa période anglaise. On dirait bien que c'est le cas et je suis heureux !

Avec le recul, il en saisissait mal les tenants et les aboutissants de ce qui lui était arrivé mais ce que ressortait de ces sept années d'exil, c'était une délivrance. Le Mal sous la figure du bel Instructeur n'avait plus de prise solide sur lui.

Heureux, Paul l'était donc mais il n'était pas dupe. Il n'avait pas réglé tous ses comptes avec le passé et surtout avec la prison Étoile. Elle avait été vidée de ses prisonniers et attendait une reconversion. Comme elle n'était pas accessible au public, Paul avait écrit au chef de l'état pour obtenir une autorisation de visite. Il ne l’avait pas encore obtenue.

Il continuait de courir partout pour voir des spectacles et voir renaître les arts et de consulter les nouveaux dossiers qu'on lui fournissait quand un de ses collaborateurs lui parla de Magda Egorff et du travail exceptionnel qu'elle a fourni à Estralla pendant toute la période avait été cruelle pour les artistes.

-Egorff ? Une des plus illustres familles de l'Ambrany. J'ai entendu parler de Magda quand elle régnait sur les soirées les plus raffinées. Musique classique, chants...

-C'était il y a longtemps, Paul. Vous devriez la rencontrer. Elle est bien plus qu'une mondaine...

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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