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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 1. Ai-je réussi ?

 

Le lendemain, le danseur a appelé. Il était surpris que je ne lui aie rien dit sur la soirée où il nous avait invités tous les trois. J’ai rétorqué que n’ayant aucun moyen de le joindre, je voyais mal comment le remercier. Mais sentant qu’il était froissé, je l’ai fait en m’excusant avec une telle insistance et une telle maladresse qu’il a fini par se radoucir…

-Ta fille a mon numéro de portable. Tu pouvais le lui demander, Clive.

-Comme je ne disais rien parce que je sentais qu’il se passait vraiment quelque chose, il a insisté.

-Je te le donne à toi, alors…

-Donne.

Je l’ai enregistré sur mon propre appareil, son numéro et de nouveau j’ai eu une drôle d’impression. Il insistait…

-Tu pourras m’appeler comme ça.

-Tu sais, Erik, si c’est pour l’école à venir de Carolyn…

-Ah, ça ? Tu es une grande personne. Tu sais ce qu’il faut faire. Non, c’est pour autre chose. Tu as remarqué, c’est le printemps ?

-J’ai remarqué.

-Tu aimes courir quand il commence à faire beau et que les jours s’allongent ? Moi, je le faisais souvent à mon arrivée à New York. J’allais à Central Park. J’adorais ça. Pour toi, ça fait loin. Mais tu retiens l’idée ?

-Je la retiens.

Je n’étais plus mélancolique du tout. J’avais son numéro personnel.

 

 

 

 

 

 

 

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17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Ouverture.

 

 

DEUXIEME PARTIE

CHASSE, CHASSEURS 

ET PIEGES

 

 

 

 

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Barney recadre Clive.

 

Il fallait le calmer, quand même.

-Ben, y veut plus le faire.

-Et naturellement vous vous persuadez que le pervers que je suis a réussi à le décourager et que vous, vous le comprenez ! Tout le monde n’est pas aussi étroit d’esprit que vous. Nous avons beaucoup d’amis communs qui, actuellement, sont les témoins du froid qui nous tient éloignés l’un de l’autre ; tous ont compris à quel point nous étions accordés et à quel point nous tenions pour essentiels l’art et la création artistique. Je ne pense pas que pour aucun d’entre eux ce soit nos frasques sexuelles, vécues entre quatre murs ou lors de nos « escapades » qui leur aient sauté aux yeux. Ces dernières étaient de toute façon très contrôlées et ne se sont pas multipliées. Je ne vous ai présenté de notre mésentente que ce qui peut m’être utile pour me servir de vous. Le reste ne vous regarde pas.

-Ce que pensent vos amis proches, je n’en sais rien. Mais ce qui me relie à lui, ça je le sais ! Et là aussi, ça ne va pas avec les commentaires attendus…

Glacial, il est devenu et un ange est passé, pardon, une demi-douzaine…Après quoi, il a repris la parole :

-Justement…Ce que je vous demande est clair. Jusqu’ici, vous avez bien rempli votre mission, alors ne vous mettez pas en tête des rêves qui vous feraient du tort.

-De quoi ?

-Considérer que vous avez une bonne entente avec lui et que d’une façon ou d’une autre, vous entrerez dans sa vie. Avant notre rencontre de ce jour, je vous ai eu plusieurs fois au téléphone. Franchement, vous devriez vous enregistrer…Parce que si vous vous réécoutiez, vous n’essaieriez pas de mettre en avant la qualité de vos prestations sexuelles avec lui pour cacher que vous êtes passé à autre chose. Clive, ça tombe sous le sens et ce n’est pas une bonne idée.

J’ai pâli, je dois dire. Ce n’était pas complètement idiot ce qu’il disait. Erik, il envahissait mon esprit. Je comptais les jours en attendant de le voir et quand j’étais avec lui, je me sentais de plus en plus heureux. J’exultais en fait. Avec les petits michetons que je m’envoyais de temps à autre avant, je n’avais pas d’état d’âme. Je faisais ma sélection, je passais à l’acte et j’oubliais.

-C’est des bêtises ce que vous dites !

-Non, Clive. Tenez- vous en à votre rôle. Il est « très » charmant et il sait charmer. Il y a des années qu’on l’applaudit sur scène, qu’on l’encense dans les magazines de danse. Il a été dressé à séduire par son art et dans la vie, il y a longtemps qu’il a compris à quel point sa beauté un peu étrange car extrême, un peu distante, un peu rêveuse, peut lui valoir tous les suffrages.

-Je ne peux pas entendre cela !

-Vous l'entendrez pourtant !  Erik n’a pas de fatuité. Il sait qu’être brillant et beau comme il est, ça n’est pas donné à tout le monde mais il a compris aussi qu’il ne pouvait répondre chaque fois qu’on s’extasie devant lui. Il répond donc à très peu et pour le reste, il se protège.  Il a de bonnes raisons de le faire car ainsi, il souffre moins.

En gros, il me disait qu’il ne fallait pas que j’en pince pour son beau danseur car je risquais de me prendre une porte dans la figure. Intérieurement, je commençais quand même à m’en douter.

Tu ne serais pas un gros naze, Clive ? Au fond de toi, tu sais que ce garçon-là, depuis le jour où tu l’as vu dans la salle d’exposition où un nain pas doué exposait ses sculptures, il te fait un effet que personne ne t’a jamais fait…Pour l’instant, les apparences sont sauves et ça tient la route, mais tu sais bien que ça risque fort de mal tourner...

Il fallait lui répondre un truc à Barney et tout en commandant une seconde bière tarabiscotée, je lui ai lâché que je voulais continuer. Ok, je ferais gaffe.

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Ricardo Lopez, l'ami inconnu.

 

Il s’est radouci et pendant que je buvais à lentes gorgées le coûteux breuvage offert par mon hôte cyclothymique, une douce torpeur bienveillante m’a envahi. Je pensais qu’on allait manger là en échangeant des propos un peu moins offensifs, mais pas du tout.

-Quand vous êtes prêt, on y va.

-On va où ?

-Je vous montre l’appartement où désormais vous verrez Erik. Ce sera quand même plus pratique que l’hôtel.

J’en suis resté sans voix. Au sortir du Four Seasons, on a marché un peu puis on a pris sa voiture. Elle était luxueuse à l’extérieur comme à l’intérieur. Comme lui. Barney à poil, il devait encore sentir le luxe, c’était mon point de vue. Bref, on a roulé et il m’a juste dit de prendre une enveloppe dans la boite à gant.

-Une enveloppe ? Encore une ?

-Ce n’est pas de l’argent. J’ai fait les décors et les costumes d’une Traviata dont la première a lieu dans dix jours. Il s’agit d’une place, pas pour la soirée de gala mais pour un autre jour.

-Et Erik, il ira ?

-C’est certain mais quand, je ne sais pas. Il connaît la cantatrice qui a le rôle-titre et le chef d’orchestre aussi. Entre autres. Et puis, il est admiratif de ce que je fais.

-Je dois voir cette « Traviata » pour lui en parler, pour lui dire que ça m’intéresse, l’opéra ?

-Oui et vous restez dans votre rôle. Quant à moi, je souhaite que vous sachiez comment je travaille. Je tiens particulièrement à ce que j’ai fait sur cette production-là. Ça m’a énormément demandé.

Il conduisait bien et je commençais à voir qu’on se dirigeait vers le nord de Manhattan. On allait vers le Bronx, en fait.

-Un appartement, vous dites ?

-Oui, il est situé dans une petite rue près du Van Cortland Park où vous avez couru et nagé avec Erik. Officiellement, c’est un deux pièces de standing très moyen qui appartient à un vieux copain à vous, Riccardo Lopez. Lopez vend des articles de sport et vous lui avez déjà acheté des tennis, des maillots de bain et ainsi de suite. Ce n’est pas la fortune mais il s’en tire. Il est gay et vous vous refilez des tuyaux sur de jeunes mecs à suivre. Il a quatre ou cinq ans de plus que vous et il est très sexe. De ce côté-là, vous faites la paire.

-Merci pour l’association mais je ne connais personne de ce nom-là.

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Une nouvelle ruse de Barney.

 

-Bien sûr que si. Lopez habite à deux rues de chez vous. Ce n’est pas quelqu’un dont vous parlez. Votre femme et votre fille ne connaissent pas son existence. Un mec de l’ombre en somme. Un latino baraqué. Le studio où je vous emmène est un placement. Lopez, habituellement, le loue mais il n’aime pas qu’on abîme ce qui lui appartient. Vu que sa mère est très malade, il est à Mexico à l’heure actuelle. Il a un associé qui tient le magasin et il vous prête le studio pour y faire des galipettes parce qu’il sait qu’il peut vous faire confiance. Il est meublé et il y laisse pas mal de choses à disposition. Pour Erik, c’est tout de même mieux que cet hôtel où les chambres se louent à l’heure. Et pour vous, c’est également plus constructif. Il vous sera reconnaissant d’avoir trouvé un endroit comme celui-là.

-Ce n’est pas sûr. Il n’a pas tant de temps que cela.

-Si, justement. Vous allez lui montrer les lieux et lui faire le cirque : il faut que vous le voyiez plus. Vous ne vous contrôlez plus. Votre désir est trop grand. Vous allez faire ce qu’il faut et le convaincre de passer plus de temps avec vous.

-Mais je travaille, moi.

-Le surplus dans l’enveloppe, je veux dire le chèque d’un montant trop élevé pour le remboursement d’une chambre simple, ça sert à ça. Vous allez expliquer à votre boss que pendant un mois ou deux vous devez lever le pied. Des emmerdements de santé, un truc qui ne va pas. Le médecin n’a pas voulu vous affoler mais vous devez prendre soin de vous. Attendu que depuis quinze ans, vous avez bossé comme un dingue et fait grimper la boite, il serait mal avisé de ne pas vous rendre ce service. Donc, vous aurez plus de temps à consacrer à Erik.

-Il est très pris.

-Ah, c’est sûr, quand il travaille, il travaille. Toutefois, cette année, il est beaucoup programmé plus tard dans la saison. Ça lui laisse donc un automne plus tranquille. Vous pourrez donc le voir plus souvent ; deux fois, ce serait bien.

Là, j’ai crié :

-Vous êtes complètement tapé !

-Merci du compliment ! J’ai donc dit deux fois. Vous remplirez votre rôle d’amant. Accentuez le côté brutal, ayez des sautes d’humeur, commandez et surtout, pas d’effusion, rien de sentimental. Attention, si vous ne m’écoutez pas, il cessera de vous regarder de la même façon. Il pensera que vous vous attachez à lui et le contraignez à vous prendre au sérieux. Si c’est le cas, il va se reprendre et vous dire qu’il n’a pas le temps. Alors, soyez ferme et assez dur. Achetez ce qu’il faut : faites-lui rougir les fesses.

Je n’ai rien su répondre. Qu’est-ce qui m’avait pris de répondre à l’annonce de ce type incroyablement manipulateur ? Chasseur aguerri, jeune homme fautif…Mordre la poussière…

Il a arrêté son véhicule et on a pris l’ascenseur pour aller au troisième étage d’un petit immeuble passe-partout. Le deux pièces de « Riccardo Lopez » était plein de couleurs bariolées, de meubles kitsch et d’objets de décoration hideux. J’ai serré les dents en me laissant tomber sur le canapé. Il me coinçait l’autre. Je balançais tout à Erik, et lui, il balançait tout à ma femme. Je perdais mon danseur. Je ne disais rien et je jouais le jeu et lui, il allait foutre une merde incroyable pour le récupérer, le beau jeune homme. Bingo, il me tournerait le dos.

-Vous trouvez ça cosy ?

-Non.

-Je vous donne raison. Néanmoins, il vous faut vous approprier les lieux. Allez-y : ouvrez les placards, regardez partout, même dans le frigo. Il y a des bières.

-C’est bon, j’en ai bu deux.

Je me suis baladé. J’en ai su assez pour pouvoir lui dire à Erik, où se trouvaient les CD qu’il pourrait vouloir écouter, ou les DVD et les magazines. Vu les goûts navrants du supposé propriétaire des lieux (il était évident pour lui que l’humanité entière passait sa vie à écouter de la musique d’ambiance relaxante ou des concerts en live de mariachis), je me suis rabattu sur la nourriture Je pourrais lui dire ce qu’il pouvait grignoter au cas où il aurait une petite faim et ce qu’il pourrait boire. Cet appartement me donnait des hauts le cœur, la chambre surtout avec ces dégradés de vert absolument affreux.

-Vous avez fait exprès pour le décor ? Vous l’avez monté de toutes pièces ? Après tout, c’est votre boulot…

-Vraiment très drôle. Non, pas du tout. Ce n’est pas si évident à trouver. J’ai pris ce que j’ai trouvé.

-C’est à qui ?

-Clive…Vous croyez que je vous répondrai ?

-Ben, en insistant…

On s’est regardé en chiens de faïence pendant un moment. Je ne trouvais rien à dire. Finalement, c’est lui qui a repris la parole.

-Il vous reste à l’appeler.

-Pas devant vous.

-Je ne pensais pas à ça mais vous me donnez des idées.

J’ai encore fait le tour du propriétaire. C’était vraiment moche. Je me suis dit qu’Erik, quand il verrait un truc pareil, se défilerait. J’ai vraiment eu cet espoir.

J’ai partagé une bière avec Barney, vu son insistance et je lui ai expliqué qu’ensuite, je rentrais par mes propres moyens. Il avait prévu ça et il a filé de son côté. Dans ma poche, il y avait les clés de ce truc immonde.

En rentrant chez moi, j’ai trouvé Kristin contente. Carolyn commençait sa nouvelle école de danse mais c’était loin et compliqué pour les transports. Elle m’a dit qu’une amie de jeunesse à elle acceptait d’héberger notre fille trois fois par semaine, pour que ça ne soit pas trop compliqué. Son inscription dans son nouveau lycée était valide. Tous les deux, on s’est sentis très heureux.

Tard dans la nuit, je me suis réveillé. J’ai repensé à cette photo de moi quand j’avais dix-huit ans, avec Kirsten, cette fille que je n’avais jamais revue. J’avais mon programme de danse à la main. Et puis, j’ai repensé à ce prof un peu bizarre, qui nous incitait tellement à parler, à nous exprimer et à nous intéresser autant à la vie politique et sociale qu’aux arts. Et je me dis qu’heureusement, ces deux-là, ils étaient sortis de ma vie. Parce que s’ils y étaient restés, ce qu’ils auraient vu, ce n’était pas tellement intéressant.

Un sale con, ça ne l’est pas.

 

 

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17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Clive à l'opéra.

 

4. New York. Opéra. La Traviata. Clive ébloui.

Changer d’endroit, ça l’a surpris sans le démonter. Par contre, il avait un empêchement réel pour la semaine qui s’ouvrait et il m’a laissé à moi-même. J’en ai profité pour préparer plein de trucs pour mon remplaçant vu que mon boss avait avalé l’histoire de ma fatigue chronique et me trouvait pâlichon. Et puis, je suis allé à l’opéra de New York. La Traviata, oui, c’était bien. Du beau monde sur scène. Barney avait travaillé le tout en rouge, en noir et en blanc. Les costumes étaient superbes. Il avait transposé le tout dans les années vingt, sur l’instigation de son metteur en scène. Dire si ça avait été mieux chanté avant ou ce serait mieux chanté après, je n’en avais aucune idée. Par contre, attendu que j’étais encore très bien placé, à ma droite et à ma gauche, ça échangeait des tas de points de vue. Machine aurait du mal à être au niveau de Machin chose et il allait de même pour le chanteur qui avait le rôle-titre. Mais enfin, les paris étaient ouverts. Quant à la mise en scène et aux décors, la critique, pourtant sévère dès qu’il était question d’un des opéras les plus joués depuis des lustres sur les scènes internationales, avait été élogieuses. Il paraît que c’était de premier ordre. Ben, on allait voir. En tout cas, ce n’est pas moi qui allais contredire…

De quoi ça parlait, j’aimais bien ; cette femme qui aime un homme plus jeune qu’elle alors qu’elle est une demi-mondaine, c’était beau comme idée. Elle était vraiment éperdue d’amour, cette femme-là. Dès que le rideau s’est levé, je l’ai compris. Ça se passait à Paris. Violeta Valery était une courtisane, très belle et intelligente (mais une courtisane quand même) et il y avait un beau jeune homme qui était éperdu d’amour pour elle, Alfredo Germont. Elle lui disait qu’il n’avait aucune chance parce qu’elle était une femme entretenue mais lui, il lui disait d’amour. Il lui plaçait quand même qu’elle avait une vie épuisante et si elle venait à être malade, on la laisserait toute seule. Or, elle était déjà atteinte de tuberculose. Son Alfredo, elle finissait par l’aimer elle-aussi mais le père du jeune homme bien né, ça lui plaisait pas du tout. Il s’interposait. Elle renonçait au beau jeune homme par amour et au bout du compte, alors qu’elle était abandonnée de tous et mourante, il revenait vers elle, comprenait qu’il y avait eu une super embrouille. Il lui disait son amour et elle pouvait mourir en paix. J’ai tout aimé dans ce spectacle. Les chanteurs étaient bons. Ils avaient l’âge de leur rôle et dans l’ensemble, physiquement, ils étaient beaux. Et tout suivait : la direction d’orchestre, les éclairages sans oublier les décors vraiment superbes et les costumes, à la fois épurés et significatifs. Ceux de Violetta, par exemple : de plus en plus simples, de plus en plus clairs, très prêts en fait de la souffrance et du sacrifice incroyable de cette femme.

A l’entracte, je suis resté dans mon fauteuil à regarder le programme.  Tout le monde était présenté ou presque. Un baratin pour chacun avec des photos en noir et blanc. Il y était Barney. Il avait l’air grave sur la photo. Le genre : tout le travail que je fais pour l’opéra, regardez, ça me cause plein de tensions mais quand même, quelle reconnaissance publique ! Je sais faire de belles choses !

Ben, c’était vrai. A la fin, beaucoup de monde était debout pour applaudir. Il y a eu plein de rappels. Il n’aurait pas détoné Julian B., au milieu de tous ses artistes, il aurait été admiré s’il avait salué avec la troupe. Je me suis demandé s’il le faisait.

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Première fois chez Lopez.

 

Quelques jours plus tard, j’ai attendu Erik en bas du petit immeuble. Quand il est entré dans l’appartement, j’ai eu très peur de sa réaction mais il s’est contenté de rire.

-Il aime les couleurs, dis-donc, ton copain !

-Euh, oui.

J’étais mal à l’aise et on a bu un café. J’ai raconté l’opéra et la Traviata, enfin comme j’aime à raconter les choses. A aucun moment, Erik, qui était beau comme le jour, ne m’a interrompu. A la fin, j’ai dit :

-Sur le programme, c’était plus formel…

Il a eu un rire très frais.

-J’adore comme tu racontes et les avis que tu donnes. Tu sais, les intellectuels et l’opéra c’est souvent pesant. C’est la même chose pour la danse. Ça m’insupporte quelquefois. Toutes ces paroles alambiquées et ces poncifs, de la part de gens qui, en plus, pensent qu’ils te comprennent parce qu'on tu as un peu de succès. Ils te flattent mais c’est superficiel. Toi, c’est vraiment ressenti. Mais dis-moi…

-Oui

-Tu m’as dit que tu étais au quatrième rang, à l’orchestre…

-Ah oui, c’était une place chère. Ça te surprend ?

-Oui, un peu, je dois dire.

-Je n’ai pas les moyens, c’est ce que tu penses ?

-Quoi ?

-Je ne peux pas me payer ça ?

-Qu’est-ce qui t’arrive !

Parce que toi, tu ne paies pas, il a ses entrés et c’est normal et t’es son amant…

-On n’est pas dans le même monde, Erik, pis, tu te rappelles ce que j’ai dit, que dans le temps, je voulais éclairer des acteurs et des danseurs. J’y allé pour ça, voir La Traviata, pour me rappeler que j’aurais pu vivre dans ce qui est beau ! Alors, j’ai payé cher, oui !

Il a paru sincèrement ennuyé.

-J’ai été maladroit.

-Tu dis ça mais tu t’adresses à un petit mec qui adore vendre des polices d’assurance et s’illusionne…Il se dit que, comme ça, il aura appris de belles choses en les écoutant entonner de beaux airs comme ils ont faits, les grands chanteurs, mais on fond, sa condition, elle ne change pas ! Et toi, qu’est-ce que ça peut te faire, hein ? C’est comme quand je t’ai vu l’autre fois, quand t’étais si parfait en prince Siegfried …Qu’est-ce qu’un type comme moi peut en tirer ?

-Oh ! Clive !

-« Clive », il est excellent dans un seul rôle ! il est là, dans ce truc de merde, parce qu’il va te faire l’amour. T’es venu pour ça. On mélange un peu les genres comme on a fait : sucré-salé ? On y va ?

Il s’est levé et il m’a regardé avec intérêt. Tout d’un coup, je montrais une faille, un regret violent et je lui faisais comprendre que je souffrais de ma culture plutôt sporadique…

-Oui, je suis venu pour ça, et alors ? C’est mal ? On se voit depuis un moment et ça me plaît. Je vis seul, moi, je n’ai pas de compte à rendre…

Je n’ai pas compris ça…

-Et ton « niveau culturel », tu penses que je vais le mesurer ? Tu sais, je m’en fous de ça ! Tu t’intéresses aux arts, tu n’es pas ignorant ! Il y a combien de new-yorkais qui ne mettent jamais les pieds au Met ou au New York City ballet parce que c’est cher ? Et il y en a combien d’autres qui ont des moyens financiers mais se fichent de l’opéra et de la danse ! Enfin, quoi, Clive ! Lire des livres, entendre des airs d’opéra magnifiques ou voir un extrait de ballet, qu’il soit classique ou contemporain, il y a toujours un moyen. Tu te bouges, c’est tout…

-Je peux rigoler ?

-Il n’y a pas d’interdiction.

-Je parie que ta famille, toi…

Il a secoué la tête et cette fois il a eu une expression à la fois tendre et amusée.

-Loupé ! Mon père est coiffeur. Il a trois salons de coiffure à Copenhague et il a ramé dur pour en arriver là. Ma mère est maquilleuse pour la télévision danoise. On n’a jamais eu tellement d’argent. J’ai trois sœurs. Tu vois, on était nombreux. C’était clair qu’on vivait correctement mais sans plus, au départ. On a dû y mettre beaucoup du nôtre pour avoir une situation satisfaisante et faire honneur à Svend et Claire, nos géniteurs, je dois le dire. Deux de mes sœurs s’en tirent bien, l’autre rame. J’aurais dû, selon mes parents, être, je ne sais pas, animateur sportif mais à sept ans, j’ai décidé que je serais danseur classique et ça a été inamovible. Ils ont pourtant bien essayé de me dissuader, mon père et ma mère, parce que j’étais tout petit et qu’ils ne comprenaient pas. J’avais un don, un vrai don. Dès que j’ai compris que je l’avais, je n’ai rien lâché et pendant longtemps, ils ont été désorientés parce qu’ils ne le savaient pas. Puis, ils ont cru ce que leur disaient deux de mes formateurs qui continuent de m’influencer beaucoup. Quand on reçoit un cadeau pareil, on doit aller tout en haut. De l’extérieur, on pense que c’est génial ! Et c’est vrai, ça l’est mais le travail et les privations que ça représente, ça, personne ne le voit sauf ceux qui te forment, qui t’entraînent, qui te dirigent. En ce sens, j’ai eu une enfance et une adolescence assez particulières et même maintenant, par beaucoup de côtés, mon quotidien reste drastique. Mais c’est comme ça. Le don, il te donne le devoir d’être parfait et tu ne peux pas déroger. C’est à moi que c’est échu et je n’irais jamais critiquer ou juger ceux qui n’ont pas reçu ce qui m’a été donné.

Bon, il parlait si bien que ça m’a détendu. Mais il y avait cet horrible appartement et cette menace qu’il faisait peser, l’autre, le décorateur givré…Et puis, il compliquait tout à me regarder comme ça…

-D’accord, Erik, d’accord. Dès fois, je m’en veux tellement. Alors, t’es allé au sommet ! On t’applaudit, on te respecte…Pis, tu connais plein de gens qui créent, qui s’occupent des arts…

-Je travaille avec des chorégraphes, oui, des répétiteurs et je connais forcément des décorateurs, des costumiers, des compositeurs. Des musiciens, des chanteurs, des chefs d’orchestre. Ah oui, c’était Davidson qui dirigeait quand tu as vu La Traviata ?

-Je ne sais pas.

-C’est une question bête, désolé.

-Tu connais tous ceux qui travaillaient sur cette production-là ?

-Non, pas tous. Certains chanteurs dont ceux qui avaient les seconds rôles et celui qui a fait la mise en scène aussi. Et le décorateur. Tu vois, il en manque.

-Les décors étaient superbes…

Là, il m’a cloué sur place.

-Certainement. En fait, je n’y suis pas allé…Mais Julian Barney est très créatif. En général, c’est très pensé, très beau.

Il venait de le nommer, comme ça, l’air de rien.

-Comment tu veux que je le sache ? J’ai aucune idée de ce qu’il fait. Mais toi, t’as l’air de…

-De le connaître ? Oui, ça, je le connais.

 

 

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Ne tombe pas amoureux de moi.

Et il s’est mis à rire ; le même joli rire frais que tout à l’heure. Moi, j’étais prêt à insister tant ça me mettait mal à l’aise ce qui se tramait mais lui, il s’est agenouillé devant moi et il m’a embrassé sur les lèvres.

-On commence par sucré ?

Vu la façon dont j’ai glissé ma langue dans sa bouche, il a pigé que ça serait assez vite salé. On est allés dans la chambre. Il y avait des draps orange, des vrais tue-l’amour mais ça n’a rien tué du tout parce que j’ai pris les choses en main. Bientôt, on ne s’est pas fait de cadeaux. Il en demandait beaucoup et je n’ai pas été en reste. Je te l’ai tourné, retourné, pris, repris de nouveau et fait crier de plaisir. Sa beauté était vraiment envoûtante. Je n’arrivais pas à le laisser tranquille. Je l’ai même mordu à l’épaule. Il m’a rendu la pareille. C’était vraiment dingue : ça tenait du pugilat notre truc mais c’était incroyablement et délicieusement sexuel. Il y a eu trois épisodes après quoi, on a déclaré forfait et on est restés l’un à côté de l’autre à essayer de reprendre nos esprits.

Quand même, avant qu’il parte, j’ai balbutié :

-Dis, Erik, si je n’étais pas comme tu penses ?

-Tu es comme je pense. Si c’était juste pour satisfaire mes besoins, je ne passerais pas tout ce temps avec toi. Mais attention, tu ne dois pas prendre mon intérêt pour autre chose que de la gentillesse. Ne tombe pas amoureux de moi.

Je suis resté muet et j'ai détourné la tête. Il a insisté :

-Je sais que tu as compris que ce serait une erreur.

-Oui.

-Sûr et certain ?

-Catégorique.

Il fallait bien le rassurer. Il a souri.

-Donc, tout est bien 

-Mais dans le monde où tu vis, il y a des gens qui doivent t’envier, te jalouser et ceux-là, peut-être qu’ils te veulent du mal…

-Tu penses à quoi, à une rivalité professionnelle ? Alors ça, ça fait si longtemps que ça a commencé… Je ne me laisse pas faire. Et pour les relations amoureuses, pour moi, ça a toujours été compliqué d’abord parce que je n’avais pas beaucoup de latitude. On me disait tout le temps ce que je devais faire et j’étais toujours à la tête d’un emploi du temps de ministre ! Et puis, j’étais incertain de ce que je voulais ou plutôt de qui…J’ai dû me bagarrer aussi avec le fait d’être « choisi ». Plusieurs fois, ça m’est arrivé et j’ai dû expliquer au bout d’un moment que désolé, moi, non…

-Ce n’était jamais réciproque ?

-Si. Bien sûr que si, ça m’est arrivé…Enfin, tu sais, ma vie est encore jeune !

-Parce que, quand ce n’est pas le cas et qu’on lâche quelqu’un qui vous aime, ça peut être compliqué. Tu vois, l’autre, il ne supporte pas, il veut se venger.

-Tu as vécu cela, alors ?

-Ouais, un mec, je n’étais pas marié. On s’est tapés dessus mais il n’a pas gagné. Du coup, il a décidé d’être juste déçu.

De nouveau, il a ri.

-Et toi ?

-Pour être franc, ça m’arrive en ce moment.

Et de nouveau, il m’a scotché.

-Celui qui fait les beaux décors d’opéra.

Merde, merde, merde…Il était en train de rendre tout bonnement infaisable.

-Ah, dont le dernier ?

-La Traviata, oui. Tu viens de voir ce spectacle.

-Ah, bien sûr ! Julian...Comment déjà ?

-Julian Barney.

-Donc c'est lui et c'est difficile ? Quoi ? Ce n’est pas réciproque ?

-A un moment, ça l’était ; mais c’est compliqué. Il est compliqué.

-Ah bon, et donc...

Il a fait un signe de tête, comme pour dire qu’il ne répondrait plus à aucune question et il a commencé à s’en aller. Dans l’escalier, je l’ai rattrapé et j’ai demandé pour se voir deux fois. Il a tiqué un peu mais il n’a pas trouvé de raisons sérieuses pour refuser.

- C'est possible, alors ?

- Oui mais écoute-moi bien...

Préférant faire de l’humour, il m’a fait remarquer que nos ébats étaient quand même plutôt offensifs. Alors, deux fois…

- Faut que tu assures sur scène alors avec un mal aux fesses trop violent…

-Mais qu’est-ce que tu dis !

Il ne s’attendait pas à une remarque aussi triviale et il a eu comme un haut le corps. Je me suis senti si stupide que j’en ai perdu mes moyens.

- Je comprends Erik, je me modérerai !

Il a ri de nouveau

- J'aime beaucoup en même temps. Ne te censure pas trop.

- Il y a un équilibre à trouver...

- Tu le trouveras, Clive.

J'ai acquiescé. J'étais content ; il viendrait deux fois ! J’ai bien compris qu’il ne disait pas ce qu’il pensait vraiment ; ce n'était peut-être pas plus mal parce qu’au fond, il avait acquis tout pouvoir sur moi. J’essayais juste de ne pas trop le savoir.

Je suis resté quelques minutes tout seul dans ce studio affreux et ça m’est tombé dessus. L’évidence quoi. Si je continuais à être aimanté comme ça, avec Barney, ça sentirait le roussi ; et pas qu’avec lui.

 

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Rencontres secrètes.

 

5. Chez Lopez. Attachements et maladresses.

C’est drôle comme on sait être bavards et lyriques quand on va rencontrer quelqu’un qui vous excite (doux euphémisme) ou quand on vient de le voir. On peut parler sans arrêt ou écrire plein de trucs. Par contre, quand il s’agit de dire de ce qu’il y a de plus intime dans une relation sexuelle qui fonctionne, ben là, mis à part quelques poncifs, il n’y a plus grand-chose à exprimer. On ne sait pas comment faire. Peut-être qu’il y a de mots. En tout cas, il n’y en pas pour dire que les corps qui se trouvent comme ça et se rencontrent de façon folle, et totale, ils se parlent, ils ont leurs codes, ils se renvoient des trucs et qu’ils ont du mal à se séparer.

L’automne a passé à toute allure. Erik venait me rejoindre chez « Riccardo Lopez » et nos corps à corps sont devenus différents. En théorie, je ne me démarquais pas de ce que Barney m’avait demandé de faire. Je n’étais pas toujours de bonne humeur, j’étais exigeant et je restais très offensif sexuellement. Mais, ça ne donnait pas les résultats attendus. Erik, que je l’attache, il voulait bien et il n’était pas contre certaines humiliations. Que je le bascule sur moi pour le fesser durement parce que, pour un oui ou pour un non, quelque chose m’avait déplu, il l’acceptait comme il acceptait certaines paroles ou certains gestes provoquant. Le souci c’est qu’il était à même de tout arrêter en un instant. Je l’ai deviné avant de découvrir qu’il avait tout pouvoir.

Une fois que je le prenais de façon particulièrement brutale, il s’est dégagé vivement puis il est sorti du lit. L’instant d’après, il était à la fenêtre et regardait dans la rue. Je l’ai rejoint. Je crois qu’il n’avait pas besoin de parler. Il avait une autorité naturelle qui devait lui servir dès que ça devenait difficile. Il y avait quelque chose qui ne collait pas. Quand on parlait, j’étais plutôt modéré et ouvert. C’était donc plutôt ça, ma nature. Cette autorité et cette violence accrue que je lui manifestais depuis peu, à partir du moment où le sexe entrait en scène, elles étaient bizarres. C’était comme si je jouais un rôle de composition.

-Clive, à la fin !

-Tu as dit que je pouvais quand même…

-Ne m’attache pas pour que je reste avec toi car j’y suis contraint. Pareil pour les coups. Je n’ai pas d'obligation  te concernant. Ou si ?

J’étais blême. Ce pouvoir qu’il avait !

-Je me suis mépris…

-Je ne pense pas. Tu essaies avec moi. Sois plus gentil.

-Oui, oui d’accord.

Il m’avait fait comprendre ce qui le gênait et j’ai laissé tomber. Je suis redevenu avec lui comme au départ. Et à partir de là, nos corps se sont dit plein de choses. En fait, quand on parlait, on évoquait son enfance et sa formation et pour moi, il voulait savoir aussi. Ça l’amusait que je parle des mecs que j’avais dragués jusqu’à ce que je rende compte qu’une femme, c’était bien aussi, même si complètement différent. Ma femme, je ne la remettais pas en cause. On avait un lien fort. Le numéro que j’étais, elle le connaissait bien…Quand je parlais d’elle, je voyais qu’il dressait l’oreille. En tout cas, que je sois marié en ayant des à-côtés de temps en temps, il ne trouvait pas ça idiot. Peut-être parce que j’avais vraiment limité la casse.

 

 

17 octobre 2024

Clive le Vengeur. Partie 2. Erik et son passé amoureux.

 

A Copenhague, il avait eu une liaison avec une ballerine très jolie. Il se voyait bien rester avec elle mais il était passé étoile et elle lui en avait terriblement voulu d’être si doué et si encensé. En plus, alors que leur liaison se poursuivait, elle s’était blessée à une cheville lors d’une répétition et ça avait mal tourné. En fin de compte, elle avait déserté la troupe et lui, elle l’avait laissé. Il pensait souvent à elle. Elle avait un joli corps. Elle était très féminine. Elle était devenue très amère et il restait désolé pour elle.

Bien sûr, avant elle, il y avait eu des garçons et, en ce domaine, il ne s’était pas voilé la face. En parler ? Non, il ne voulait pas. C’était juste des aventures, des expériences. Il en gardait des souvenirs bons mais vagues. Quant à cet américain qui était épris de lui ? Je le sentais très prudent mais il lâchait des trucs. On lui avait toujours donné beaucoup d’ordres, pour qu’il réussisse, pour qu’il soit parfait et il savait qui il était comme danseur. Dans le domaine amoureux, à ce que je comprenais, c’était plutôt des défenses qu’on avait formulées. On lui avait comprendre qu’il disposait de peu de temps et qu’il devait être sélectif. Du coup, il attirait des gens très forts qui pensaient disposer de tout ce qu’il fallait pour le convaincre. Leur résister était très difficile parce qu’ils avaient tout pour (lui) plaire ; la prestance physique, le sens d’un art ou sa maîtrise, de l’argent ou du savoir (ou les deux). C’était toujours des gens attachants et brillants. Il y avait eu un pianiste…C’était à Copenhague aussi…Là, il devait reconnaître qu’il s’était laissé surprendre…Comme il en parlait, je sentais quelque chose de dur et de cruel qui l’avait brûlé…Mais à combien de degrés, ça, je ne savais pas. En tout cas, je pigeais bien que c’était bien plus raide que la danseuse jalouse. Et maintenant, il y avait cet homme qu'il appelait parfois Barney. Ils s’étaient très bien entendu tant qu’ils n’avaient pas de liaison mais quand celle-ci avait pris corps, il s’était trouvé devant quelqu’un de captateur. Il l’avait accepté mais à ce stade de sa vie, lui, il ne le supportait plus. C’était catégorique, alors ? Définitif ? Celui-là, non merci…Fallait que j’en sache plus, moi, d’où certaines questions. Il n’a pas été si évasif. Rien n’était joué. Il avait besoin d’être au calme affectivement, pas pressuré ; mais pour ce qui est d’une nouvelle rencontre importante, il se donnait du temps car il n’était pas prêt. Très bien, ça ! Voilà qui arrangeait mes affaires car Barney se retrouvait hors-jeu ; et moi, j’étais l’homme de la situation. Enfin, il faut nuancer quand même.

Et un truc gentil et en même temps très sexuel avec tonton Clive, t’en as besoin ! C’est impliquant mais pas au même niveau qu’une histoire d’amour dont tu ne veux pas en ce moment. Et puis, personne n’est au courant pour nous, alors personne te dit que c’est bien ou que c’est mal ou que celle-là, tu ne dois pas accepter ou celui-là…C’est ça que tu crois et comme ça, tu te lâches avec moi. Ça me rend très heureux, très épanoui pis toi, tu l’es heureux aussi. M’est avis que surveillé comme tu l’as été en tant que « jeune prodige » de la danse, t’as pas fait les galipettes que tu voulais. J’suis ta liberté sexuelle, tu te rends compte ! Ce qui serait géant, c’est qu’on vive ça sans que l’autre existe. On se serait buttés l’un contre l’autre, pis, on n’aurait pas eu d’autre choix que te trouver rapidement un endroit pour se bécoter, se la faire durcir et s’emmancher encore et encore. Et on aurait été contents, toi et moi, hein ? Erik, si tu savais à quel point je ne voudrais pas que ça se soit déroulé comme ça. Parce que ce serait tout naturel, les mains aux fesses, les « caresses manuelles et buccales », les renversements sur le pieu, même si on avait des vies parallèles. Tandis que là, ça ne fait pas un pli que je vais te l’enfoncer jusqu’à la garde et que tu vas crier et exiger que ça continue…mais je penserais toujours que l’autre, il attend son heure et qu’il ait de bonnes raisons de te laisser faire ça. Tu vois…

 

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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