Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

Publicité
8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Ronde des maladies, talismans et chien magique.

jeremie-baldocchi-feniantise

Ah Thor, c'est la maladie et elle veut étouffer Lucas qui est encore un effet. Mais celui-ci, mû par d'étranges forces intérieures, lutte encore et encore...Et de toute façon, Lucky, le chien magique, est de son côté !

La ronde des maladies se déclencha peu après et les rendez-vous médicaux commenèrent. Les hommes et les femmes ne comprenaient à son état mais cherchaient un diagnostic. Ils ne le trouveraient pas. Personne n'accepterait de Lucas qu'il héberge un intrus en lui-même. C'était pourtant le cas. Bizarrement, les animaux percevaient ce que l'humain ne voyait pas. Chats, chiens, poules, tous autour de sa maison, observaient Lucas avec sollicitude. Maboule, Malika et Roast-beef comprenaient sa souffrance. Elle devait avoir quelque chose d'animal. Il leur était cependant impossible d'aller avec eux au-delà de la sollicitude. La solution était ailleurs.

Les années passants, l'enfant chercha. Il était à l'âge des contes. Peut-être l'un d'entre eux parlerait-il d'un monstre nommé Ha Thor ? Il en lut donc beaucoup. Des hommes pouvaient être avalés par un loup, un tigre ou une baleine et en sortir vivants ! Un enfant pouvait ingurgiter un fruit ou une boisson magique et changer d'apparence ou de forme ! Qu'à cela ne tienne, Lucas utilisait tout. Il lut en secret d'étranges histoires pour que la créature monstrueuse qui se tapissait en lui sortit par la force. Ce fut en vain. Il inventa des histoires mais si elles plurent à son maléfique locataire, elles ne l'expulsèrent pas de lui.

Il lut des grimoires, fabriqua des sirops, mélangea des médicaments. Quand ils étaient efficaces, la fièvre s'en allait mais elle revenait ensuite.

Des talismans peut-être ? Il s'en procura et les cacha. Rien à faire. Ses parents les trouvaient mais n'en décryptaient pas le sens. Isolé, fragile, Lucas avait droit à un monde intérieur où vivaient des guerriers sauvages. Cordelettes, plantes séchées, dents d'animaux, canif tranchant, tout cela pouvait former des amulettes...Ils n'y voyaient rien de mal.

 

boud

Le chien Lucky, celui à qui pour la première fois il avait parlé de Ah Thor, avait compris quel mal le rongeait. Lucas était certain que s'il était resté un peu plus chez lui, il aurait trouvé le moyen de l'aider mais on lui avait fait quitter sa famille très vite et des milliers de kilomètres le séparaient désormais du golden retriever. Souvent seul, souvent en silence, Lucas avait du temps pour lui. Il avait de longs conciliabules avec ce chien. Dans les livres qu'ils lisaient, trappeurs et ours communiquaient entre eux, chasseurs et cerfs aussi. Les loups avaient entre eux un langage secret, les lions aussi. Il s'agissait de simples messages ou de prémisses d'affrontement. Dans son cas, c'était différent. Le chien avait le moyen de l'aider, à condition qu'il trouve la bonne méthode. Pour l'instant, l'instinctif animal tâtonnait.

Cette libération du mal, Lucas la savait pourtant possible. C'est pourquoi il ne pouvait accepter que Nicolas et les autres fussent prêts à mourir. Les médecins les conditionnaient à le faire car leurs pratiques étaient inopérantes mais, Lucas, savait qu'on pouvait survivre à tout cela. Ah Thor l'avait maintes fois acculé mais jusqu'à maintenant, il résistait.

 

Publicité
8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Croire qu'on peut guérir.

peinture-abstraite-sur-toile-et-cr-ations-artistiques-contemporaines-avec-tableau-abstrait-vert-multicolore-et-peinture-au-couteau-abstrait-48-1597x1600px-peinture-au-couteau-abstrait-1024x600

 Le jeune Lucas, enfermé dans un hôpital pour enfants, pense que rien n'est inéluctable et tente de secouer l'inertie des petits malades...Quant à lui, un chien magique lui parle et l'incite à partir...

A plusieurs reprises, en retrouvant ses camarades de cours, il tenta de les aborder. Il fut frappé d'abord par le fait que plusieurs de ceux qu'il connaissait ne venaient plus. Nicolas était encore là mais il se montra railleur et grossier. Les nouveaux-venus le regardèrent avec incrédulité quand il parla et les autres se plaignirent à leurs enseignants. L'un d'eux s'en prit à lui.

-Tu leur dis qu'ils ne sont pas malades !

-Ils sont malades mais rien n'est définitif.

-Pour toi, peut-être...

-Pour eux aussi !

-Peut-être es-tu trop jeune pour comprendre...

-On n'est jamais trop jeune pour traverser la mort ! Je la traverse, moi, depuis des années...

-Tu es fou !

-Non.

-C'est un discours exalté et intolérable. Tu leur fais beaucoup de tort en leur parlant ainsi !

Lucas vit un médecin puis un autre. Ils lui tinrent le même discours. L'année scolaire allait s'achever. Aux vacances, l'enfant avait pu rejoindre les siens pour Noël et à Pâques, ils étaient venus. Il était prévu que pendant les congés d'été, il ferait moitié-moitié, Jérémie et Noémie pouvant loger dans une des ailes du centre, réservée aux visiteurs. Toutefois, son attitude présente rendait ce projet peu réalisable. L'état physique de l'enfant ne s'était ni aggravé ni amélioré mais son état psychique, lui, avait évolué. Il en était à dire à des enfants gravement malades et sans espoir de guérison, qu'ils en sortiraient. Il risquait un passage dans une unité psychiatrique et recevait de ses parents des lettres affolées.

Lucas n'arrivait pas, malgré tout cela, à se dire qu'il avait tort. Dans ce service hospitalier, il existait certes de petits malades que la mort allait happer mais d'autres pouvaient devenir aussi fous que lui et vivre.

Ne voyant plus Nicolas en cours, il décida de le voir en cachette et y réussit.

-C'est fini, mon vieux, lui dit le jeune garçon que la maladie avait décharné.

-Non, ce n'est pas fini !

Lucas parla encore et encore et une lueur de bienveillance parut dans les yeux du jeune malade.

Les messages que mentalement lui délivrait Lucky étaient désormais nombreux. Dès qu'il les aurait décryptés, il conviendrait d'agir.

Agir, c'était partir.

 

8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Rivello Stefano. Le chien magique qui dit un nom...

LUCKY

Lucas, un enfant incurable est tranféré dans un hôpital de montagne d'où il veut s'enfuir, aidé par un chien magique...

A la face du monde, il s'enfuirait et si Nicolas le voulait, il le suivrait...L'été arrivait. Ce serait plus simple. En pensant cela, Lucas semblait naïf. De la montagne, il n'avait quasiment rien vu. Ses soucis de santé ayant motivé son installation dans cette aile de l’hôpital avaient très vite exclu toute randonnée. Des Alpes, il n'aurait en fin de compte, vu que les imposantes découpures à travers les grandes baies vitrées des couloirs où des salles de repos. Tout juste avait-il pu marcher dans la neige avec ses parents et se laisser prendre en photo lors d'une timide excursion à « quelques encablures » du centre médical...Mais cette naïveté, l'enfant la réfutait. Il partirait.

Bientôt, tout prit forme. Lucas vit son chien en rêve. Il était dressé sur ses pattes de devant et, la langue pendante, semblait le regarder. Au sol, se trouvait un grand carton sur lequel était écrit un mot : Rivello.

Lucas ne savait ni s'il s'agissait d'un lieu ni si c'était le nom de quelqu'un. Au rêve suivant, le chien parut brièvement puis le panneau de carton occupa tout l'espace, si tant est que le rêve soit une suite de grandes images. Le même nom mystérieux y était inscrit mais cette fois des commentaires apparaissaient.

Rivello Stefano. Ami de Honey. Hameau de Recholles. Café La Bella storia. 23 juillet. 8H du matin. Petite cour derrière le café. Prendre sac de voyage léger. Utiliser la sortie de secours P1 dans le bâtiment où tu te trouves. Marche de quarante minutes. Ne pas avoir peur.

C'était laconique. Des précisions s'imposaient.

-Je resterai là ?

-A la Bella storia ? Non.

-Je voyagerai ?

-Oui.

 

d0913accf44116b18406cbb94978a74f

-Avec Stefano ?

-Oui.

-On ira voir Honey ?

-Pas encore.

-Alors, qui verra t'on ?

-Tu verras. Ce sera une longue route.

-Tu es bien sûr de tout cela, Lucky ?

-Certain.

Le chien changeait de forme, devenait énorme translucide, vaste découpure sur fond de ciel d'été puis comme le rêve s'achevait il retrouvait sa benoîte apparence, celle qu'il conservait dans le maison de famille. Des paroles qui s'étaient échappées de lui, l'enfant restait imprégnée. Il se sentait fort. De tels mots le guérissaient !

Ainsi, il partirait. La peur, Lucas n'en éprouvait aucune même si le projet était fou. Il passa dix jours avec ses parents dans un gîte sans leur parler de rien. Il était calme. Les médecins le disaient assagi mais le tenaient à l’œil. Le 22, Vincent et Noémie rentrèrent chez eux, dans la maison où il avait grandi. Ils câlineraient Lucky dès leur retour, lui parlant de la nostalgie que leur fils avait de lui. Le chien parut les écouter avec intérêt et leur lécha les mains.

Le 23 au matin, Lucas et Nicolas, qu'il avait convaincu, se dirigèrent vers le café...

 

8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. S'enfuir grâce à un jeune homme et un chien magique ?

ET DU BONHEUR

3. Stefano. Parce que très jeunes et déjà marqués par la maladie, Lucas et Nicolas veulent s'enfuir de l'hôpital savoyard où ils sont censés guérir. Nicolas, surtout, veut partir car suivre Stefano c'est obéir à Lucky, le chien magique de son enfance, et chercher Honey, celui qui vous veut du bien...

Il était étonnamment facile de s'échapper de cet hôpital, les deux enfants en firent l'expérience. Ayant des chambres proches, ils se vêtirent dans le noir puis filèrent dans des couloirs où nul ne semblait pressé de les surprendre. Ils dévalèrent quatre à quatre les marches de l'escalier de service et passèrent par une arrière-cour qui longeaient les cuisines du centre médical. Là encore, tout alla bien. Il y avait pourtant du monde qui travaillait, se déplaçait et s'interpellait à l'intérieur mais ils purent gagner sans encombre le chemin qui conduisait au village et repérer le café. Le soir, puisque c'était l'été, il ne devait pas désemplir mais à cette heure matinale, il était fermé. Quant aux petites rues du village, elles étaient désertes. Seul un chien noir et blanc solitaire s'arrêta pour voir passer les enfants. Il avait l'air à la fois débonnaire et avisé. Face à son air appréciateur, Lucas songea à son chien Lucky qui, dans la maison de la Ferté Bernard, devait monter la garde et penser à lui...

Tout allait si bien que Nicolas ne put que s'en étonner :

-Il y avait toujours quelqu'un pour venir dans notre chambre, pour un oui, pour un non !

-Pas aujourd'hui !

-On le dirait bien ! C'est comme si on était transparents...

-On n'a pas fait de bruit et on a fait vite, voilà tout.

C'était en fait bien plus étonnant et incompréhensible qu'il n'y paraissait d'avoir pu s'esquiver sans la moindre difficulté mais l'heure était à la décision. Pas le temps de s'interroger sur ce qu'il y avait de magique là-dedans. Les réponses de Lucas étaient donc laconiques.

« La Bella storia » servait midi et soir une nourriture italienne robuste et toutes sortes d'alcool. C'était un établissement sans prétention décoré à l'intérieur comme à l'extérieur de couleurs pimpantes. Sur le rideau métallique baissé étaient peints des soleils et des lunes, des papillons extravagants par leur taille et des hommes rieurs qui levaient leur verre. Le trait était naïf, maladroit parfois mais cette scène truculente emportait malgré tout l'adhésion et donnait envie de rire. A l'évidence, aux heures d'ouverture ne devait pas désemplir.

Dans l'arrière cour, ils découvrirent en Stefano, un jeune homme de vingt-ans au visage angélique et à l'esprit rapide. Vêtu d'un pantalon et d'un sweater à capuche, beige, il avait les cheveux en bataille et l’œil vert. Son sourire avait quelque chose d'irrésistible. Sans avoir le temps de réfléchir, les deux petits fuyards lui obéirent. Ils s'installèrent à l'arrière d'une voiture noire qui partait vers l'Italie. Nicolas, que la marche avait fatigué, s'en étonna. Il s'était décidé au dernier moment et n'avait aucune idée de ce qui allait se passer. A sa grande surprise, il allait découvrir que Lucas en savait lui aussi très peu..

-On va retrouver tes parents ?

-Pas du tout. Ils nous remettraient tout de suite ici !

-Comment ça ? Ce sont eux pas eux qui organisent cette évasion ?

-Non.

-Alors qui ?

 

dea4f332f4b199519a66d256c6ddec88--watercolor-animals-watercolour-paintings

-Mon chien Lucky.

-Non, arrête !

-Derrière Lucky, il y a Stefano et encore derrière lui, Honey.

-C'est qui ?

-Je ne sais pas encore.

-Quoi ! Mais tu es complètement timbré, toi ! Tu m'as dit qu'on allait en lieux sûrs !

-On y va !

-Et lui, le jeune type, tu le connaissais ?

-Non, mais aie confiance.

-Qui c'est Honey ? Tu ne le sais pas, hein ?

-Non.

Nicolas avait beau parler ainsi, il avait beaucoup d'appréhension mais passé l'amère pilule de la désillusion, restait la confiance. Il en manquait d'habitude face aux autres mais là, il jouait son va tout. S'il marquait le pas, il ne vivrait pas car il se conformerait aux dire des médecins. S'il se lançait dans cette folle aventure, il y avait quelque chance d'échapper au carcan de la maladie et à une mort imminente. Alors, tournant le dos à l'attitude résignée que lui faisaient adopter ses parents face à l'inéluctable, il emplissait ses poumons d'air et faisait face.

-Tu sais, c'est bizarre mais j'aime bien quand c'est comme ça. Je n'ai pas peur.

-Alors, c'est formidable.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lucas se transforme...

2

Lucas, lui, était dans une posture différente. La maladie étrange qui l'accablait l'avait familiarisé avec le surnaturel et les jeux de hasard. S'enfuir avec un inconnu à tête d'ange lui plaisait autant que d'ignorer l'itinéraire à suivre. Et puis, n'étant jamais sorti de France, se déplacer dans un pays nouveau le ravissait. Au milieu d'eux, Stefano, qui parlait un français approximatif, se posait comme leur guide.

Il parut assez vite que les deux enfants ne se trompaient pas. Ils étaient entre de bonnes mains. Le jeune italien se révélant aussi pragmatique que de bonne composition, il conduisait vite mais sûrement. La petite Fiat noire filait bon train sur l'autoroute. Bercés par les kilomètres, les deux enfants s'endormirent. Au bout de quatre heures de route, on s'arrêta dans une maison, à la sortie d'un village. On était déjà en Italie.

-On parle italien, ici ?

-Oui.

-Où on est ?

-Dans le nord...

-Oui, mais ça s'appelle comment ?

-On est à la campagne...

-Il y a Milan pas loin ?

-Tu es savant, Lucas mais non.

-Dis-nous le nom du village...

-Luciola.

-C'est vraiment ce nom-là ?

-C'est le nom de la maison. Casa Luciola.

A l'évidence, ils restaient dans le vague, Stefano se voulant évasif. Ne leur laissant pas le loisir d'admirer le paysage, il les fit entrer dans une villa de plein pied aux volets fermés. Bien que vide, la maison ne sentait pas le renfermé. Elle était joliment décorée et pleine d'objets familiers. A en juger par les fruits qui emplissaient une corbeille, un reste de pain frais dans une panière, des magazines posés ça et là et quelques vêtements jetés négligemment sur un fauteuil ou un canapé, elle était occupée. On venait même d'en sortir. Les deux enfants, très intrigués, découvrirent trois chambres d'adolescents avec ordinateur et lecteur de DVD. Ils comptaient s'ébrouer dans l'une des salles de bain et se mettre à jouer tant ils étaient alléchés par les jeux vidéo qui trônaient en abondance dans la maison, mais le jeune italien se montra directif. Il cuisina un délicieux plat de pâtes et les fit manger avant de leur attribuer une des chambres. Les enfants découvrirent qu'elle avait été vidée de tout moyen de communication. Ils ne pourraient ni regarder la télévision ni téléphoner. Ne s'en offusquant pas, ils se douchèrent et lézardèrent. Au bout de quelques heures, le jeune homme les fit revenir dans le salon principal. Il avait installé sur une table tout un matériel de coiffure et de maquillage et sur un fauteuil de nombreux vêtements. Il allait transformer ses deux protégés !

Il teignit en blond les cheveux de Lucas qui, de tout temps à jamais, était brun et bouclé. Il lui donna de nouveaux vêtements, bien plus joyeux et décontractés que les précédents. Vêtu d'un short informe rouge et d'un t shirt blanc orné de formes géométriques multicolores, le jeune garçon était difficilement reconnaissable d'autant que l'Italien, le faisant asseoir, lui dit de pencher la tête en arrière. Utilisant de la poudre et un crayon à sourcil, il lui fabriqua un teint hâlé et d'épais sourcils brun clair. Il lui donna d'énormes baskets et orna ses poignets de divers bracelets en corde ou en cuir. Enfin, il fixa à son oreille droite une boucle d'oreille. En se regardant dans un miroir, Lucas poussa un cri. Était-ce lui ?

Publicité
6 décembre 2020

LUCAS ET KYRILL. Se transformer pour mieux s'enfuir.

VISAS

Pour deux enfants qui s'enfuient ne soient pas retrouvés trop vite, il leur faut une fausse identité...C'est que Stefano s'emploie à faire pour les jeunes Lucas et Nicolas

Stéfano lui tendit un passeport et se lança dans des explications .

-Rivelli Jérémie. Né à Parme le 12 juillet 2007. Départ pour la France quand tu as cinq ans. Vie à Roanne. Le reste, tu dois l'apprendre et ça fait beaucoup !

Lucas était abasourdi. La photo sur le passeport le représentait transformé. C'était là une étrange anticipation. Comme il paraissait perplexe, l'Italien lui dit.

-Le passeport a été préparé avant.

-Oui mais la photo ?

-Était-ce si difficile ? Non.

Il n'en dit pas plus et du reste, Lucas se mit à rire. L'enfance étant encore vive chez lui, il se sentait exalté. Une nouvelle identité l'éloignerait sans nul doute de Ha Thor...

Pour Nicolas, se transformer était bien plus difficile. Il ne lui restait pas beaucoup de cheveux et de ce côté là, il n' y avait pas grand chose à faire. Il se changea lui-aussi, revêtant un jean serré et un grand sweater jaune. Son visage fut maquillé pour paraître bronzé et Stefano lui fit porter une casquette. De plus, il l'affubla de lunettes à épaisses montures blanches. Il avait beau être petit et maigre, l'adresse de Stefano lui permit de ne pas se ressembler. Il était devenu un jeune parisien en vacances en Italie. Très mince certes mais tonique et en forme, ce qui, le connaissant, était un tour de force.

-Debusson Hugo. Je m'appelle comme ça ?

-Oui. Né à Paris, dix-neuvième. Tu vas voir ta tante en Italie. Elle habite à Sorrente.

-A Sorrente ?

-Près de Naples.

« Hugo » reçut lui-aussi un passeport. En voyant la photo qui l'accompagnait, il n'eut pas l'enthousiasme de Lucas. Ce ne pouvait être lui. Qui croirait cela ? Il s'empara cependant de l'enveloppe que lui tendait son guide. Elle contenait de nombreux feuillets qui déclinaient sa nouvelle identité. Tout y était d'une précision hallucinante. Des photos l'accompagnaient, le montrant à des âges divers. Il y avait aussi des dessins...Rien ne collait, l'histoire de Nicolas étant différente mais tout s'imbriquait si étroitement qu'à coup sûr, s'il maîtrisait ces données, il donnerait le change...

Lucas ayant reçu la même, il fut tout aussi admiratif. Conscient que ces deux petits êtres avaient beaucoup à faire, l'Italien les laissa tranquilles car ils devaient apprendre leur leçon. Il ne les sépara pas, sachant qu'ils s'épauleraient.

L'engouement d'une aventure à peine effleurée empêcha les deux compères d'affronter une réalité délicate. En effet, changer de nom c'était ne plus reconnaître sa propre famille et donc s'en extirper. Ni Nicolas ni Lucas n'étaient en conflit avec la leur. Restait donc pour les deux enfants le désir forcené qu'ils avaient de guérir. Il fallait sans doute pour échapper au carcan de la maladie en passer par cette cavale inattendue. Ils en furent vite convaincus.

Avec Stefano, il n'était guère question de lambiner. Dans la maison où ils passèrent plusieurs jours, ils construisirent leur personnage. Questionnés sur leur passé, ils sauraient répondre en un quart de tour. Du reste, tout tournait au jeu. Ils cuisinaient avec le jeune homme, regardaient des films, apprenaient leur itinéraire et des listes de mots en italien. Ne pas sortir les gênait à peine. Tout était neuf.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. S'enfuir en Italie et être quelqu'un d'autre...

masque-1

 

Lucas et Nicolas, deux enfants, suivent le jeune Stefano dans un périple en Italie dont lui-seul connaît les données...

Ensuite, ils poursuivirent leur descente vers Naples par étapes. Grenoble Naples, c'était un peu plus de onze heures de voiture. Un voyage rapide était tout à fait possible mais n'entrait pas dans la logique du chauffeur et de celui qui le commanditait. Il fallait des pauses nombreuses dans d'autres maisons aussi discrètes que les précédentes. Elles donnaient comme la première l'impression d'héberger une famille qui venait de se volatiliser mais reviendrait dans les lieux dès que les fugitifs seraient repartis. L'une d'elle était bohème, rien n'étant vraiment rangé. L'autre illustrait à l'extrême la manie de l'ordre et du rangement. Enfin la troisième ressemblait à ces demeures d'actrices ou de producteur à la mode, tant le luxe et l'ostentation y étaient présents. Dans chaque cas, les volets restaient fermés, les rideaux tirés sauf dans les pièces qui donnaient sur des jardins fermés, à l'arrière. Tôt le matin, s'ils se désiraient, les enfants pouvaient nager dans de belles piscines entretenues. Ils pouvaient aussi jouer au ping-pong sur la terrasse. Le plus souvent, Lucas était partant et Nicolas, plus fragile, reculait. Qu'à cela ne tienne, tandis qu'il s'installait avec Stefano sur une balancelle, il nageait. Il fallait ensuite rejoindre les pièces de la maison qui leur étaient ouvertes . Toutes ne l'étaient pas. Il n'y avait ni radio ni télévision, ni téléphone portable ni ordinateur mais aucun des deux enfants ne s'en plaignaient. Leur nouvelle identité commençait à leur être chevillée au corps. Si on cherchait dans les Alpes un certain Lucas et un certain Nicolas, il n'en allait pas de même de Jérémie et Hugo. Le premier voyageait avec son cousin. Ils allaient rejoindre leur famille franco italienne à Naples. Le second était convoyé par un ami de la famille. Pour la première fois, il allait rencontrer à Sorrente une parente installée depuis longtemps en Italie. Elle l'avait invitée pour lui montrer la beauté de la Campanie et l'exubérance de la côte méditerranéenne. Il était enthousiaste.

Chaque fois qu'on repartait, on changeait de voiture. D'abord bavards, les enfants s'apaisaient vite. Ils dormaient beaucoup. Au fond, l'idée d'aller vers un lieu nouveau et rassurant n'était pas mauvaise. Le frigo était toujours plein et souvent, il suffisait, si on le souhaitait, de réchauffer des plats déjà préparés. Il y avait là quelque chose de magique et de rassurant puisque rien ne filtrait de l'extérieur.

Quant au fait qu'aucune photo des habitants des lieux n'apparaisse jamais, ni dans un livre ou un album, ni dans un pêle-mêle, ils ne s'en offusquaient pas. Il n'aurait pu en être autrement.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lutter contre le mal. (1)

BEL ARBRE

Parce qu'il était toujours malade, Lucas, enfant de huit ans, a été placé dans un hôpital savoyard dont il s'est échappé. Il se cache avec Stefano et un autre enfant dans une riche demeure italienne. Jusqu'ici, il a résisté comme il a pu au Mal mais il lui faut se former davantage...

Pourtant, l'hôpital ayant signalé leur disparition, leurs familles s'étaient adressées à la police. Leurs parents les cherchaient. Les sachant dans la peine et l'angoisse, Lucas et Nicolas se sentaient compatissants vis à vis des siens mais n'allaient pas au-delà. Quant au personnel de l'hôpital, il était clair qu'ils essuyaient les foudres des services de police. Personne n'avait rien vu ! Ça frisait l'inconscience ! Les deux enfants imaginaient sans peine les interrogatoires sévères et les remarques acerbes mais il leur suffisait de fermer les yeux pour revoir les couloirs blancs de l'unité où on les avait cantonnés. Aucun retour n'était possible.

Lucas pensait à Lucky. Comme il l'avait déjà fait, il lui envoyait mentalement des messages d'apaisement, ignorant de quelle façon le fidèle et doux chien les véhiculerait à ses parents mais étant sûr qu'il s'acquitterait de sa tâche. Nicolas, lui, avait plus de mal. Son état de santé vacillant avait accablé ses parents. Sa mère était dépressive. Nul doute que cette escapade allait les atteindre violemment l'un et l'autre...Il fallait tout le talent de Lucas pour le recadrer et mettre le rêve à sa portée. Là où ils allaient était la Vie.

 Il fallut bien une dizaine de jours à Stefano pour montrer toutes les facettes de sa personnalité. Ils découvrirent d'abord le chauffeur audacieux mais sûr, le répétiteur, l'amuseur et le cuisinier. Puis ils frayèrent avec le chanteur de Bel Canto et de chansons napolitaines et ils devinèrent l'as des jeux de cartes. C'était là le côté social et solaire du jeune italien mais ce n'était pas le seul. En la personne de Stefano, les enfants disposaient d'un véritable garde du corps. Un bruit bizarre à l'extérieur de la maison, le soir, lui faisait dresser l'oreille. Arme à la main, il enfermait les enfants dans une pièce et allait voir. Lucas et Nicolas ne mirent pas longtemps à comprendre que la facétieux jeune homme qui leur vantait les mérites d'une vraie sauce tomate maison n'hésiterait pas à tirer si le besoin s'en faisait sentir. Admiratifs, ils étaient aussi effrayés. 

JEANBEON

Un jour, dans la luxueuse villa qui ressemblait à un catalogue de mode, il convia les enfants dans une salle au ré de chaussée. Il avait un revolver à la main et il leur en expliqua minutieusement le fonctionnement. Chacun son tour, les enfants le manipulèrent puis il les entraîna. C'était le début d'une série de séances. Il le leur dit.

Ne pouvant exiger d'eux une forme physique que la maladie leur enlevait, il ne pouvait ni les faire courir ni les faire grimper. Il les entraîna donc à se cacher très vite non pour fuir mais pour se mettre en embuscade et être prêts à riposter.

Il prenait son rôle très au sérieux à tel point que ni Lucas ni Nicolas ne se sentirent en paix. Un danger viendrait et il faudrait le contrer.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lutter contre le mal. Un apprentissage. (2)

TOURNAIRE

Depuis son enfance, Lucas est malade. Si la maladie, c'est le mal, pourquoi toujours le subir? Aidé par son menteur, le jeune Stefano, l'enfant se prépare mentalement et spirituellement à contrer ce qui l'entrave...

Une autre partie de l'apprentissage consistait en une préparation mentale. Si le mal pouvait revêtir la forme de malfrats qui s'en prendraient à eux, il pouvait aussi s'en prendre à ce qu'il y avait de plus faible en eux. Il fallait donc se verrouiller affectivement afin que ne pas être faible de ce côté-là. Quant au corps, même si la maladie l'affaiblissait, il était important de le renforcer. Ce langage là, les deux enfants le comprenait bien. Ils s'étaient senti suffisamment seuls quand la fièvre les brûlait pour savoir ce qu'il en était de la fragilité et de la tristesse. Stefano commença à leur apprendre des mantras dans le but de les rendre moins vulnérables. Il s'agissait de phrases courtes en français, en italien ou dans une langue incompréhensible. Chaque phrase contenait peu de mots. Certains devaient être isolés ou accentuaient à la diction. Il fallait bien sûr répéter indéfiniment ces paroles magiques pour qu'elles se diffusent en vous.

 Paix. Paix. Force du guide intérieur.

Joie. Absence de crainte. Force.

Force orgueilleuse. Puissance. Souffle.

Vent. Force. Lumière de la vie. Force de vie.

Si ton corps était un château que tu protégeais mal, pour orgueilleuses que soient ces constructions, rien ne résisterait. Les remparts seraient pris d'assaut. Les douves seraient comblées, le pont levis et la herse détruits. Archers et cavaliers mourraient.

Alors, il fallait faire s'ériger la Parole forte, celle-là même qui serait une nouvelle citadelle, imprenable celle-là.

Et les enfants de se mettre à répéter encore et encore ces suites de mots qui allaient les protéger.

Pour ce qui est du corps, il fallait le renforcer. Stefano dévoila donc une nouvelle facette de son être en lui administrant potions et onguents. Au fil du temps, Lucas et Nicolas devaient en ressentir les effets bénéfiques. Ils évacuaient le plus lourd de leur épuisement, renforçait leurs muscles, leur donnait une bonne assise et signait leurs organes. Leur cœur s'en trouvait renforcé. Ils respiraient mieux. Ils étaient plus vifs et en meilleure santé. 

7dbcb35578d25c1235bc69e05d9285b9

Lucas, pourtant, se méfiait un peu. Ayant été atteint par Ha Thor à l'âge de quatre ans, il ne le voyait pas sorti de lui.

-Je n'ai pas dit qu'il te quitterait.

-Mais tes pommades, tes comprimés...

-Oh, c'est un moyen de lutte.

-Alors, il est toujours en moi.

-Oui mais c'est plus difficile pour lui car tu te transformes. C'est plus difficile pour lui car tu n'as plus le même nom, la même apparence. Ton corps devient plus fort et ton psychisme aussi...Tu n'en es qu'au début de ton parcours, c'est pourquoi tu es hésitant.

-Il fallait lutter si fort et il revenait...

-Paix. Paix. Force du guide intérieur. Paix. Paix. Aller à la source du conflit.

Lucas souriait, prenait une grande inspiration et répétait les mots qui rendent forts.

Les jours passaient, chacun d'entre eux contenant une surprise. Ni le temps ni l'espace n'avaient plus les mêmes valeurs.

Il fallut encore bouger pourtant. De nouveau en mouvement, les trois fugitifs se dirigèrent vers une nouvelle villa isolée mais au ton que prit Stefano, les enfants comprirent qu'après ce nouveau séjour, leur mode de vie serait différents.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Aux portes de la villa Ada...

villa MYSTERIEUSE

En fuite en Italie du nord, Lucas et Nicholas, deux enfants malades, sont conduits par Stefano, leur jeune guide, aux portes d'une villa mystérieuse...

Quelque part en Campanie, à la sortie d'une bourgade s'élevait la villa Ada. Entourée de hauts murs, elle était de construction ancienne. Son parc, assez vaste, était peuplé de fontaines et de statues. Contrairement à ses habitudes, le jeune italien ne s'arrêta pas à l'arrière de la maison pour les faire entrer en catimini par une porte de services, il se gara devant une maisonnette au toit orangé qui ressemblait fort à un logement de gardien. Là, il les fit descendre et les installa. C'était exigu à l'intérieur et les deux enfants s'étonnèrent d'être placés dans une chambre si petite qu'elle ne pouvait guère contenir que deux lits. Son unique décoration était un calendrier religieux contenant toutes sortes d'images de saints. En y regardant de plus près, Lucas constata que ce calendrier avait deux ans de retard. En regardant autour de lui, il comprit vite que contrairement aux autres lieux où ils avaient séjourné, celui-ci n'était pas habité depuis un moment. En irait-il de même de la grande villa ? Il espérait bien que non. L'été s'étant installé, aucun d'eux n'avait à souffrir du froid mais cette petite maison était humide et sentait le renfermé. C'était déconcertant. Soucieux de rassurer les enfants, Stefano ouvrit grand les fenêtres, changea les draps et la nappe de la table et sortir du coffre toutes sortes de provisions. Il prépara un chocolat chaud pour Lucas et Nicolas et, les sentant aux aguets, il se résolut à répondre à leurs questions, sachant que, comme à l'accoutumée, ce serait Lucas qui serait le plus tenace.

-Tu ne veux pas nous dire où on est ?

-Si. Nous sommes à dix kilomètres de Naples. Cette villa se trouve dans un lieu-dit. Vous pourrez vous promener dans le parc qui est très joli.

-Et la villa ?

-Vous irez ?

-Il y a des gens.

-Oui mais pas ceux que vous croyez.

-Je ne comprends pas.

-Cette villa date des années trente. Elle est ancienne. Elle a connu le fascisme. Parmi ceux qui l'ont habité, il y a eu des dirigeants politiques. Oh, pas des gens de premier plan, non, mais tout de même. Ils soutenaient Mussolini, ont participé à la guerre et n'ont jamais été inquiétés par la suite. Disons qu'ils se sont fondus dans la masse.

-Oh mais ça fait longtemps, ils sont morts.

-Toujours ta logique, Lucas. La villa a tout de même était habitée jusqu'il y a dix ans. Maintenant, elle appartient à une fondation qui protège les artistes. C'est un lieu de villégiature pour certains d'entre eux. Ils viennent se mettre au calme pour écrire, composer de la musique ou peindre. Actuellement, elle est vide mais la semaine prochaine, ce ne sera plus le cas.

-On va rester pour les rencontrer ?

-Les artistes ? Non, Nicolas, nous serons partis.

-Alors elle est vide...

-D'êtres réels, oui.

-On va y aller ?

-Oui mais seuls. Moi, je vais rester ici. Vous aurez des heures où vous pourrez vous y rendre et une mission à remplir.

 

EXTRAVAGANTE

-Des missions ? On est des agents secrets !

-Non, Nicolas, pas tout à fait. Cela fait partie du programme. Tout sera très clair dès que vous serez entrés dans la villa. Il faudra être bien concentré et passer toutes les épreuves.

-Des épreuves, on a déjà eu beaucoup !

-Je sais, Lucas. Celles-ci sont différentes.

-J'espère bien ! Bon et cette Ada, on va la rencontrer ?

-Tu sais bien que non ! Elle est morte depuis longtemps. C'était une poétesse, une Futuriste qui malheureusement a eu une courte vie. A vingt-six ans, elle qui adorait le poète Ungaretti, a eu un accident de voiture. Son père qui avait acheté cette villa sur ses conseils, l'a débaptisée pour la renommer en hommage à sa fille. D'où la villa « Ada ».

-Et son nom de famille, c'était quoi ?

-Laviatti.

-Dans la maison, il y a aussi des calendriers qui datent de deux ans que personne n'a remplacé ?

Stefano ne put s'empêcher de rire.

-Dans la petite maison où nous sommes, tout est ancien car il n'y a plus obligation d'un gardien permanent. Quelqu'un vient régulièrement de l'extérieur vérifier que tout est en ordre. Il passe ici aussi pour aérer et il lui arrive de rester dormir en hiver mais c'est tout. C'est un lieu qui n'a plus trop d'intérêt mais il cadre avec l'ensemble ; il est donc exclu de le faire disparaître.

-On le verra, ce gardien épisodique ?

-Non, Nicolas.

-On ne verra personne comme les autres fois ?

-Pourquoi poser plusieurs fois la même question ? C'est inutile. Tu as déjà eu tes réponses.

En effet tout avait été dit. Restait à vivre une expérience nouvelle qui leur demanderait beaucoup.

-Préparez-vous, les enfants.

Il y avait une certaine solennité dans le ton de Stefano, qui tranchait avec son habituelle décontraction. Nicholas et Lucas perçurent le changement et adaptèrent leur attitude. Ils se raidirent et devinrent très sérieux.

Dans les deux jours qui suivirent, ils marchèrent beaucoup dans le parc, seuls ou avec Stefano et récitèrent leurs mantras de paix et de force. Puis vint le moment de l'épreuve : ils devaient entrer dans la maison.

Publicité
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>
LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
Publicité
Archives
Publicité
Publicité