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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Quatre ans en enfer...

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A la Solfatara, où les Anciens situaient parfois les Enfers, le jeune Lucas, parti en excursion avec una amie italienne, la perd de vue et se retrouve sous terre, dans un labyrinthe...

7.Quatre ans en enfer.

Si jamais Lucas avait pensé à l'enfer, jamais il ne l'avait imaginé ainsi. C'était un lieu d'horreurs où la cruauté était reine. On y souffrait sans fin par le feu, par la faim, par la soif, par le bruit assourdissant. Des démons vous torturaient sans fin et vous sombriez. Jamais les corps suppliciés ne tombaient en poussière, réduits à l'état de squelette. Les maux que le Prince du Mal leur infligeait n'avaient aucune limite. Ils se renouvelaient sans cesse. Aussi tenta-t'il de bander ses forces en se demandant quelle figure démoniaque s'approcherait de lui en premier. Serait-ce un diable cornu muni d'un trident ou un monstre crachant des flammes ? Devrait-il affronter de cruels yeux jaunes ou des prunelles rouge-sang ? Vers quelle cohorte de damnés le dirigerait-on ? Effrayé par ce qu'il s'apprêtait à subir si toutefois l'Enfer dans lequel il venait de s'introduire était semblable à ses visions, Lucas se tint immobile, redoutant le pire. Pourtant, rien ne lui arriva. A peine les portes refermées, il se trouva dans une ambiance étrange mais nullement effrayante. Vingt marches le séparant d'un long couloir au sol de terre battue et il les descendit sans difficulté. Il lui vint alors à l'esprit qu'il était confronté à un enfer pré-chrétien. N'était-il pas à la Solfatare ? Sans doute, en s'avançant, verrait-il ses héros de l'Antiquité dont son père lui avait parlé, ceux qui, pour une raison ou une autre, entraient dans le royaume d'Hadès et de Perséphone. Mais là encore, il dut admettre, au bout d'un moment, qu'il faisait erreur...

Une lumière douce, dont il n'aurait pas soupçonné l'existence, le guida. Parvenue à une sorte de plate-forme circulaire, il dut choisir entre plusieurs galeries qui toutes avaient les mêmes caractéristiques. Modérément éclairées, elles disposaient de sols et de parois gris-clair dénuées de toute aspérité. Bien forcé de faire un choix, Lucas en choisit une et la parcourut une vingtaine de minutes. Aucun monstre mythologique ne lui fit face et il ne vit aucun défunt ayant conservé son apparence humaine. Il marcha encore et encore jusqu'à ce qu'il comprit que le chemin emprunté n'offrait aucune bifurcation et surtout, aucune issue. Il rebroussa chemin et revint au point de départ. Décidément, il ne croiserait personne. Nul Énée à la recherche de son père Anchise ne viendrait l'assurer qu'il déambulait bien dans cet univers sous terrain que Grecs et Latins avaient minutieusement rêvé.

Il se trompait, donc. Alors qu'était cet Enfer ? Il devait en avoir le cœur net et pour ce faire, il se mit à emprunter une galerie puis une autre. Si elles n'étaient pas récentes, elles n'étaient pas millénaires. Bien entretenues, elles étaient assez larges pour qu'on pût s'y croiser et trop peu profondes pour qu'on y respirât difficilement. C'était là un fait étrange mais tout à sa découverte, Lucas, que l'inquiétude guidait, ne s'en préoccupa pas.

A priori innombrables, ces galeries étaient, à intervalles réguliers, creusées d'alvéoles assez grandes pour contenir des sièges ou des banquettes permettant de s'allonger. Lucas constata que dans l'un ou l'autre cas, il était impossible de déplacer le mobilier car, étant de pierre, il était rattaché à la paroi rocheuse. Quoique surprenantes, ces invitations au repos le rassurèrent. Elles signifiaient que s'il était amené à marcher longtemps, il pourrait se ménager des pauses. Plus inquiétants lui parurent la présence de tables et de sanitaires qui, tout rudimentaires qu'ils fussent, indiquaient qu'il y avait nécessité à s'alimenter et à se laver. Il ne s'agissait donc pas d'une longue excursion mais d'un séjour dont la durée pouvait s'allonger. Lucas avait beau en être au stade de la découverte, il ne pouvait qu'être interpellé par ce qu'il voyait. Quel était cet endroit où on pouvait errer sans fin sinon un enfer très particulier ? Un couloir donnait sur un couloir mais jamais sur une porte. Et d'escalier ascendant, il n'en voyait jamais aucun.

La température ambiante avoisinant les vingt-cinq degrés, il n'éprouvait aucune sensation de chaleur excessive ou de froid. Il n'avait ni faim ni soif et était encore assez clairvoyant pour s'imaginer qu'il ne resterait pas indéfiniment à marcher seul dans ces galeries à l'éclairage tamisée. L'absence de bruit cependant l'inquiétait.

Nul ne semblait jamais parler ici, ni geindre, ni murmurer. C'était l'enfer : il devait donc y avoir du passage car, à en juger par les représentations qu'il en avait vues, nombreux étaient les damnés et variés leurs supplices...Il eut beau marcher encore et encore, il se heurta sans cesse au vide. Jamais la moindre trace de pas. Jamais le moindre objet personnel oublié à dessein ou involontairement. Jamais de message. Dans cet enchevêtrement de couloirs, il n'y avait personne. Ni à rencontrer ni à vaincre. Ne sachant plus ce qui était du jour ou de la nuit, Lucas avait cependant conscience du passage du temps parce que l'espoir conservé le lui rendait précieux. Il se rendait bien compte que rencontrer dans ce désert un autre prisonnier l'aurait soulagé en justifiant sa quête. Il comprenait qu'il n'y aurait personne et sa solitude était implacable. De la même façon, il aurait aimé être un héros. N'était-il pas dans un labyrinthe ? La figure de Thésée s'imposa à lui et il reprit courage. Un danger existait quelque part et il devrait l'affronter. Des jours durant, il banda ses forces, pensant au fils du roi Egée et au jeune libérateur qui tuait le minotaure. Il n'avait pas Ariane mais Caterina. Sa fuite à elle était une feinte. Elle était son alliée et l'aiderait à revenir parmi les Vivants. Mais il eut beau marcher sans trêve, ayant réussi à aiguiser un caillou en lui donnant une pointe tranchante, il ne se heurta à aucun monstre. Il se trompait. Pourquoi combattre avec lui ? Il avait bien une cause à défendre puisqu'il voulait trouver Honey et vivre heureux mais faute d'adversaire il n'avait combat à mener. Sauf celui d'être là, indéfiniment...

Il mesura alors sa disgrâce. Stefano et Caterina s'étaient dérobés sans lui fournir de carnet de route. Il ne pouvait compter sur l'aide surnaturelle du chien Lucky qui avait le pouvoir d'apparaître ou de disparaître comme il le souhaitait, à la surface de la terre. Comment l'imaginer dans cet espace si étranger à tout animal domestique ? 

LABYYYYYYYYYY SOUFFLE DES TEMPS

Il chutait mais en avait peu conscience. Au début, il garda en tête l'idée des jours et des nuits et son organisme l'aida à se plier à des règles anciennes. Il y avait un temps pour marcher, un autre pour manger et un autre encore pour dormir. Il n'avait pas de montre et le portable que Signorella lui avait donné était resté dans la voiture. Il devait donc tout faire à l'instinct. Au bout d'un moment, la solitude aidant, il perdit à peu ses repères. Il arriva désormais que Lucas baille et s'assoupisse alors que sachant l'heure, il aurait trouvé cela incongru. De la même façon, il se mit à manger quand il voyait des aliments appétissants dans les alvéoles et non aux heures attendues des repas. Toujours propre, toujours repu, il marchait puis dormait mais l'action conjuguée du silence et de l'isolement commencèrent à le rendre mélancolique. Quel jour était-on ? Quelle heure était-il ? C'étaient des interrogations cruciales. Tout jeune qu'il était, Lucas voyait bien qu'il ne devait pas céder au chaos. Il avait des sursauts et comptait dans sa tête pour retrouver le mécanismes des heures et des jours et comme c'était difficile, il chercha autre chose. Il pensa à Robinson Crusoé, à son horloge à eau et à son mât-calendrier. Voilà un homme qui cherchait à rester humain en se référant au découpage temporel qu'on lui avait inculqué : jour et nuit, jours de la semaine et jours fériés, comptage des saisons et répartitions des activités manuelles et agricoles en fonction de celles-ci. Sans compter que le comptage des jours pour le naufragé solitaire avait une autre fonction : celle de mesurer le temps qui le rapprochait de sa délivrance...

 

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14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Sortir du labyrinthe...

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Enfermé depuis longtemps dans un labyrinthe, le jeune Lucas se bat pour en sortir. Il y parvient et gagne une identité nouvelle...

Il pensa à Thésée, qui devait être juste un peu plus âgé que lui et se levant, il regarda d'un œil neuf les parois lisses de la galerie où il s'était si longtemps assoupi. Il ne trouva plus si laides les silhouettes de ses parents et se focalisa sur la façon dont il s'était représenté lui-même, garçonnet aux membres grêles et au visage allongé. Reprenant la pierre aiguisée là où il l'avait laissée, il se dessina comme il pensait être désormais. Apparut un garçon au corps solide. Il était vigoureux certes, un peu perdu mais loin d'être désespéré. Il écrivit le mot « Honey » au dessus-de sa tête et se sentit soulagé. Il était certes assez peu réveillé et conscient de ce qu'il avait enduré mais il lui sembla que l'enfant en lui ayant reculé, c'était le tout jeune homme qui s'exprimait là ! Il se sentit alors galvanisé !

Il n'était pas au bout de ses peines, pourtant. En effet, à peine avait- t'il fini d'écrire le nom de son héros que La lumière disparut complètement de la galerie. Il s'en inquiéta assez vite d'autant celle-ci changeait de contours, comme, semblait-il, toutes les autres. De lisses, elles devenaient pleines d'aspérités. Le sol jusque là nivelé présentait des irrégularités fortes : on pouvait heurter une pierre ou tomber dans un trou. Il faisait désormais très froid ou très chaud et il n'y avait plus rien à manger ou à boire. C'était là un grand dénuement mais Lucas, désormais changé, se souvenait des épreuves rencontrées par les héros mythologiques de son enfance. Il n'avait vécu, sous terre, que l'ennui d'éternelles vacances solitaires, il était temps de se battre, non ?

Il le fit contre lui-même d'abord en avançant quand même, malgré une perte de repères totale. Il le fit contre un escalier dont les marches semblaient s dérober quand on mettait le pied dessus, entraînant le malheureux candidat à l'ascension, dans des chutes brutales. Il le fit contre une série de portes où il se blessa les mains à cause des pointes ou des morceaux de verre tranchants qui les décoraient. Il le fit contre des sorts jetés, des mots de passe invraisemblables qui n'étaient jamais les mêmes, des hurlements d'hommes torturés qui lui venaient aux oreilles, des bruits de pas si violents qu'ils ne pouvaient venir que de créatures monstrueuses. Il le fit contre un monstre noir qui cette fois correspondait bien à son imaginaire. C'était une créature gigantesque, ailée et dotée en même temps de bras puissants. Des épées et des poignards lui venaient , sans cesse remplacés dans ses mains par de nouvelles armes mais il était fort lui-même et armé lui-aussi. Il trouvait à terre des glaives, des arcs et des flèches, des haches et, virevoltant comme un guerrier médiéval, il se battait dans des salles circulaires qui ouvraient sur de nombreux couloirs. La pénombre avait succédé à l'obscurité et des torches antiques remplaçaient les veilleuses des premiers temps. Il savait ne plus s'appeler Lucas mais Luke Ah le Brave ou Forestier le Grand et la transformation de son nom ne le gênait pas. Il était un héros, pas un enfant perdu, un combattant aguerri par un adolescent souffreteux et il vivrait. Le sang coulait, les sortilèges se défaisaient, les monstres n'avaient plus la même pugnacité, cédant peu à peu du terrain...

La lumière éclatait, dorée et vivifiante quand s'ouvrait l'ultime porte des enfers qui lui résistait encore et Luke Ah le Brave triomphait...

 

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La Solfatara avait disparu. Il était à Pompéi maintenant et se dirigeait vers les ruines du forum. Il faisait beau et chaud. Au coin d'une rue, il lui sembla bien entrapercevoir une jeune Italien aux cheveux bouclés qui riait de concert avec des amis de son âge et allait s'éloignant. Plus tard, il vit fugacement une femme d'une cinquantaine d'années, altière et brune. Elle visitait la cité antique avec une femme bien âgée qu'elle qui devait être sa mère car elles se ressemblaient. Il lui fit un petit signe de la main mais toute occupée qu'elle était à bavarder, elle ne le vit pas. Il les avait reconnus pourtant, lui et elle. Le chien aussi, il l'identifia. C'était le sien. Sagement tenu en laisse, il se promenait avec ses maîtres, des touristes allemands très attentifs à leur visite. Lucky, rebaptisé Orson avait fière allure. Il fut le seul à croiser le regard de Luke Ah le Brave dont l'apparence était pourtant celle d'un simple touriste français en tee shirt blanc et jeans coupés qui aurait fort surpris d'être affublé d'un tel surnom. Il passait des vacances en Italie et répondait au nom de Louis Fraconnier. En France, longtemps avant, dans une vie qu'il gardait en mémoire, il avait été Lucas Forestier, un enfant disparu tragiquement.

Le soir, il dormirait dans un hôtel près du site et passerait une bonne soirée avec ses amis qui, ce jour-là, n'avaient pas eu envie de faire une excursion. Dans sa vie de surface, il retournerait à Paris où il travaillait et dans sa vie secrète, il reprendrait sa quête. Il trouverait Honey.

Et eux-aussi, il les retrouverait. Noémie et Vincent.

Mais pas encore.

Pas encore.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Un monastère, les Météores...

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8 Les Météores. Moé Yonhe alias Kiryll.

En Thessalie, le site des Météores plongeaient les touristes dans la stupéfaction. Pour édifier au fait de promontoires rocheux ces monastères orthodoxes à l'architecture puissante, il avait fallu multiplier les prouesses. C'était un cadre majestueux où l'esprit ne pouvait que s'élever, loin de l'affluence estivale des plages et des ports grecs. Il ne fallait pas ménager sa peine quand on séjournait dans cette partie de le Grèce du nord que constituaient les Météores mais l'effort physique paraissait d'autant plus précieux,qu'à l'arrivée, la récompense était inestimable.

Certains monastères étaient encore en activité, ce qui promettait au courageux voyageur d'y être au moins reçu s'il lui prenait l'envie de s'y rendre. D'autres étaient désertés depuis longtemps mais ils n'en attiraient pas moins des promeneurs en quête de merveilleuses photos.

Le monastère d'Aghia Triada était un des plus difficiles d'accès. Datant du Moyen-âge, il disposait d'une petite église cruciforme à coupole reposant sur quatre colonnes. La petite chapelle Saint-Jean Baptiste, creusée dans le rocher, datait, elle, du dix-septième siècle. Richement doté en un temps d'objets de culte et de manuscrits précieux, le trésor avait été pillé pendant la seconde guerre mondiale. C'était là une première déveine. La seconde était que le monastère était resté longtemps inoccupé. Cela donnait peu d'assise à Honey qu'il imaginait changeant d'apparence et traversant les temps. Attendu qu'après une période stérile, les lieux étaient de nouveau actifs, il était à espérer qu'un des courageux moins qui vivaient là fut le Mage qu'il recherchait...

Louis, qui avait été Lucas, vivait sa vie à Paris sans jamais avoir été tenté d'aller dans cette partie de la Grèce. Il avait vingt-cinq ans désormais et gérait très officiellement un petit salon de thé du neuvième où abondait une clientèle bourgeoise. Il y servait, avec un immuable sourire, des thés, des cafés glacés et des pâtisseries aux noms alambiqués. A l'origine, il avait étudié les mathématiques mais les hasards de la vie ainsi que son dédain incurable pour le professorat l'avaient fait obliquer vers cet emploi. Sa mère, qui l'avait élevé seule, le soutenait. Et du reste, bon stratège et fin commerçant, il s'y entendait pour fidéliser une clientèle qui lui ramenait de nouveaux clients. « Le temps permis », ça sonnait bien et il y avait du monde.

Depuis quelques temps, il avait la certitude que celui qu'il cherchait ne pouvait être que dans un seul lieu : les Météores.

Il avait d'abord emprunté un livre à une amie et les photos des monastères perchés sur ces étonnants perchoirs rocheux, l'avaient stupéfait. Puis, il était tombé sur un article dans un magazine féminin. Il y était surtout question des beaux hôtels qui permettaient de faire une pause avant de se rendre sur les sites mais, à propos du monastère de la Sainte-Trinité, il avait lu ces lignes, tirés d'un livre au tirage assez ancien.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Un monastère intrigant en Grèce du nord...

 

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Lucas, jeune homme plein de questions, se rend en Grèce du nord, dans la région des Météores pour y chercher des réponses concrètes. Il sent que tout peut arriver dans l'un des monastères...

 «Je grimpe à nouveau vers Aghia Triada, la Sainte Trinité. La cour est déserte. Je pousse la porte d'une pièce spacieuse qui doit être le xénôn. Personne. La porte de l'église est ouverte, elle aussi. Une veilleuse brille devant l'iconostase. Personne. Nul n'habite plus ce monastère, ouvert à tous les vents. Je sors sur la terrasse et regarde le soleil qui gagne l'horizon. D'ici, on saisit mieux tout à l'entour le travail inouï des siècles et des eaux. Rochers arrondis, bosselés, craquelés par endroits de gerçures comme de gros pachydermes broutant les abysses de la terre. Il émane de ce paysage une sorte de douceur tranquille, ce grand calme qui suit les cataclysmes apaisés... »

 Le livre s'appelait « L'Eté grec «  et il en avait oublié l'auteur. Le signe était clair même s'il était le seul à le reconnaître. Si tant que Moé Yonhe pût être quelque part, c'était là qu'il fallait se rendre. Il agit aussi vite qu'il put, se trouvant un remplaçant épisodique et achetant billets d'avion et de train. Il devait agir seul, se basant uniquement sur les services d'un guide local. Dès qu'il eut rencontré celui-ci, il négocia avec lui de dormir chez l'habitant, dans un endroit qui ne fut pas déjà envahi de touristes. On était au milieu du mois de septembre mais il y avait encore beaucoup trop de monde et de bruit. Yanis était le guide qu'il lui fallait. Il était jeune mais posé, d'un sérieux qui confinait parfois à la gravité. Louis-Lucas sentait qu'il pouvait se reposer sur ce garçon qui était l'aîné d'une grande fratrie et avait des popes dans sa famille. Il ne pratiquait, en ce qui le concernait, aucune religion mais dès l'origine, il avait été confronté à des situations si particulières qu'une vie toute matérialiste n'aurait pu lui suffire.

L'idée n'était pas de faire une excursion d'une journée, ce qui était l'habitude, mais de convaincre ce jeune guide consciencieux d'oublier son client dans les hauteurs...C'était une folie ! Yanis n'accepterait pas, bien sûr, trop soucieux de sa réputation. Il n'y avait qu'une seule solution, celle d'être deux personnes distinctes. Louis reviendrait et Lucas resterait. Tout se ferait de telle façon que le guide n'y verrait que du feu...

En dix ans, après la sortie de cet enfer à l'étrange configuration, le jeune homme avait beaucoup appris. Changer de monde, changer d'identité, c'était possible. Tout était question d'aptitudes mais lui les avait.

Ils partirent un matin car la distance était grande et l'heure meilleure. Le jeune Grec était un bon marcheur et un guide avisé. Il parlait un français clair et avait, bien que sa carrière n'eut pas débuté depuis longtemps, compris qu'il fallait ruser avec le touriste. Il adorait les Météores était un chrétien orthodoxe pratiquant et érudit. Seulement s'acharner à cultiver un vacancier qui cherchait le plus souvent l'exotisme et le soleil, était en général voué à l'échec. Il livrait donc bon nombre d'informations à ceux qu'ils guidaient mais s'interrompait souvent pour plaisanter ou chanter. On lui reconnaissait du savoir mais on appréciait ses blagues et son à-propos qui l'empêchaient de devenir sentencieux. Soucieux de son image, il jouait donc au gai luron. Il se comporta ainsi avec ce Français qui voulait voir ce site unique mais l'aplomb et le sérieux de celui-ci l'impressionnèrent.

-Tu en sais beaucoup sur la religion orthodoxe et les Météores !

-J'ai lu avant de partir.

-Tu as si bien lu que moi, qui suis ton guide, je ne sais quel est mon rôle !

-Mais si, voyons !

-Il a fallu dix-huit ans pour construire ce monastère. C'est un moine nommé Dométios qui a supervisé son édification...Tu sais, au départ, il n'y avait que des ermites qui vivaient dans des grottes dans cette région des Météores. On les signale dès le dixième siècle et il a fallu attendre le quatorzième pour voir édifier un premier monastère. Il en a été construit vingt-deux entre le quatorzième et le seizième siècle. Il n'y avait même pas d'escalier au départ mais des échelles, des cordes et un système de filets. Tu imagines ! Peu à peu, la vie est devenue difficile et au dix-huitième siècle, on s'est aperçu que beaucoup de monastères désertés étaient tombés en ruines. Les escaliers sont un ajout tardif , tu peux me croire ! Avec Aghia Triada, tu n'as pas choisi la facilité ! Comme ça, à première vue, il semble inaccessible. Pour y accéder, on va devoir prendre un escalier circulaire de cent quarante marches !

-Eh bien, je suis jeune !

-Tu iras voir les autres monastères ensuite ! Celui-là t'aura émerveillé !

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lucas aux Météores. Le monastère d'Aghia Triada. Enfin une réponse ?

 

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Lucas est en Grèce pour visiter les Météores. Dans l'un des monastères de cette extraordinaire région, l'attend une réponse à sa quête profonde. Retrouver ceux dont il a été si violemment séparés: ses parents

-Je suis venu pour visiter celui-là !

Yanis se montrait aussi complaisant que possible et il blaguait.

-Tu as un rendez-vous spécial là-haut ?

-Tu ne crois pas si bien dire...

Il avait l'air si sérieux, ce jeune Français, qu'il devait y avoir anguille sous roche. C'était peut-être un de ces mystiques qui mélange toutes les religions et cherche l’Être suprême, allez savoir...Il y en avait des comme-ça qui attendait des révélations...En général, le contact avec les moines orthodoxes qui vivaient là ne leur plaisait pas beaucoup car il les renvoyait à une réalité trop terre à terre trop éloignée de leurs vastes perspectives spirituelles...Ce jeune Français était-il comme eux ? Il semblait plus simple, plus rationnel...

-Une illumination ?

-Non, Yanis, rien de ce genre. J'attends des réponses et dans ce lieu, elles me seront données.

-Tu es en chemin vers le christianisme, alors ?

-Oui, si tu veux...

Louis-Lucas avait trop d'estime pour ce jeune Grec pauvre et cultivé pour se lancer dans de grandes envolées où un Guide vers lequel il s'était tourné enfant allait enfin se révéler. Pourquoi accabler ce jeune homme pieux de ce qu'il aurait pris pour un fatras prétentieux ? Mieux valait aller dans son sens.

Du reste, il se montra ravi de sa visite, posant de nombreuses questions sur l'architecture, les offices, le mode de vie des moines et la façon dont alentours on les ressentait. Yanis se surpassa. Il fut ravi que Louis passe un certain temps à se confier à un moine et parut ensuite enchanté. C'était une belle rencontre que celle de ce Parisien ! Il se convertirait et aurait un beau chemin !

Il resta persuadé qu'il avait fait une belle rencontre quand il fallut prendre le chemin du retour. Le monastère d'Aghia Triada était construit sur un site spectaculaire qui ne pouvait laisser indifférent et même si réfectoire, cuisine et cellules de moines étaient rénovés, il restait la belle église et la chapelle qui témoignaient de la grandeur du Christ et d'une foi millénaire...

Il ne fut pas difficile de laisser le petit guide à ses illusions. Louis parti, Lucas restait. Le rendez-vous aurait lieu dans les jardins dont la beauté suave l'avait charmé.

Il n'eut pas longtemps à attendre car il fut dérangé dans sa contemplation du panorama par l'arrivée d'un pope dont l'allure distinguée tranchait avec celle, plus rustique, des moines qu'il avait entraperçus pendant sa visite. L'homme devait avoir une soixantaine d'années. Il portait la tenue noire afférente à son rôle et sur longue robe une belle croix orthodoxe en or, précieusement sculptée. Le teint clair, l’œil sombre, la barbe grise coupée assez court, il masquait ses cheveux sous une coiffe haute et se tenait très droit. De loin, il donnait parfaitement le change et pouvait être pris pour un pope d'importance qui résidait pour peu de temps au monastère où il recevait un accueil spécial. Toutefois, quand il s'approcha de lui, Louis-Lucas eut l'impression très nette que cet homme avait un double visage. Il était désormais près de lui et découvrait l'homme d'église aux traits nobles et beaux. Il y avait dans son regard l'insondable bonté qui est celle de ceux qui ont non seulement lu et médité les Saintes écritures mais ont mis en application leurs messages. Cet ecclésiastique n'avait reçu des grâces que parce qu'il avait traversé des tempêtes violentes en se disant souvent que sa seule volonté n'y suffirait pas et que Dieu seul pourvoirait. Lancé dans le combat à vingt ans, il en ressortait vainqueur, pourtant sur son visage la marque de sa foi. A un tel homme, on ne pouvait que se confier, sûr qu'il était plein de miséricorde. Il était de ceux dont la simple présence guérit. Dès qu'il eut été invité à s’asseoir à ses côtés, à l'ombre de quelques arbres qui leur garantissaient la tranquillité, Louis-Lucas en eut conscience. C'était bien car il pourrait parler en toute liberté de son incroyable histoire. Se tenant droit, regardant devant lui, le pope offrait un profil de médaille qui renforçait encore son aura de saint-homme. Assis à ses côtés, le jeune homme se trouvait embarrassé. Il n'y avait pas à en douter : ce religieux singulier qui semblait être venu là pour lui parler ne pouvait être que ce Moe Yohne, ce Honey dont il cherchait la trace depuis des années. Comme il était curieux de constater que ce mage n'avait rien d'une divinité bouddhiste au corps jaune et au visage grimaçant ! C'était pourtant ainsi qu'il se l'était toujours représenté. Il était toujours plus loin, protéiforme et puissant. Alors, ce prêtre orthodoxe aux gestes majestueux...

Sentant son malaise, l'homme prit la parole.

 

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14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Revivre et renaître? Oui, c'est possible.

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Il y a longtemps, le petit Lucas a disparu aux yeux du monde. Pourrait-il y revenir alors qu'on le croit mort? Non. Il faut donc aller aux Météores et rencontrer un prêtre orthodoxe qui a tout d'un magicien pour savoir comment renaître...Il faudra changer d'identité.

-Sache qu'ici, je suis le père Kiryll. Je n'appartiens pas au monastère mais un de mes frères y a vécu et y est mort. J'ai demandé à séjourner ici quelques temps et je médite. Je ne suis donc pas visible des touristes. Mais toi, c'est différent...

-Vous êtes donc prêtre orthodoxe ?

-Ici, il n'y a pas un moine ici qui ne puisse te parler de moi. Il te dira quel a été mon appel, où j'ai fait mes études, quand j'ai été ordonné. Il saura retracer mon parcours, te dire quels sont mes charismes...Tu vois, je suis une personne connue et appréciée ici et ailleurs, en Grèce. Tu serais surpris de trouver des photos de moi dans de nombreux foyers. Je suis avec un enfant subitement guéri, une vieille femme qui a retrouvé sa fille avec qui elle était brouillée, un couple qui s'est retrouvé et tant d'autres encore. J'ai été très public, me déplaçant beaucoup et exerçant mon ministère avec humilité. Avec l'âge, je suis de plus en plus appelé au silence et à l'éloignement du monde. Là, tu me vois en compagnie des hommes pour les raisons que je t'ai données mais à l'habitude je suis seul dans un petit monastère isolé. Rassure-toi, il ne trouve pas dans la région des Météores et s'y rendre ne demande aucun exploit sportif. Ce lieu a un grand rayonnement depuis longtemps et ce n'est pas à cause de moi car il est très ancien. C'est un lieu fermé. Le silence, en ces lieux, me conduit et je ne désire rien d'autre que cette béatitude-là. Mais tu étais en chemin, ta quête a été longue et il fallait que je sois au rendez-vous.

Un prêtre orthodoxe, un ermite : Louis-Lucas n'en revenait pas, lui qui avait toujours imaginé que celui vers lequel il allait ne pouvait guère résider qu'en Inde ou au Japon...

Comme il restait silencieux, le père Kiryll reprit :

-Tes parents n'étaient pas religieux...

-Ceux du départ ?

-Bien sûr, je parle de ceux-là. Je t'ai donné une autre famille et je vais te parler de celle-ci, n'aie pas d'inquiétude mais là, je reviens à ton enfance.

-Ils n'étaient pas croyants. Ils croyaient dans les forces de la vie, tout de même...

-Ce n'est pas faux mais ça ne les a pas aidés. Toi, tu as eu la foi ! Tu t'es échappé d'un hôpital, as franchi des frontières, fait confiance à des émissaires et tu es revenu à la vie. N'oublie pas que tu étais aux enfers...Tu as eu l'humilité de changer d'existence sans poser de questions et tu es là, maintenant car c'est le moment juste.

-Enfant, je pensais que si je vous trouvais, je resterais avec vous. Aujourd'hui, cette croyance me reste mais comment faire ? Vais-je encore changer d'identité et d'apparence ?

-Te transformer en moine orthodoxe ! Tu penses à cela ? Avoue que pour toi qui sais encore trop peu sur le christianisme et fort peu de choses des autres religions, ce serait difficile ! Non, je ne vais pas t'imposer cela. D'autant que, comme je te l'ai dit, je vis désormais seul.Tu es devenu Louis Fraconnier et le resteras. Par le fait, comment s'appelle ce monastère ?

-Aghia Triada.

-La Sainte Trinité. Les orthodoxes ont des hymnes superbes sur ce mystère.

-Mon guide m'a dit.

-Tu l'ignorais avant ?

-Non. J'en avais lu quelques uns avant de venir aux Météores.

-Celui-là, tu le connais ?

Comme Louis était en attente, le père Kiryll se mit à psalmodier d'une voix pure et ferme.

Devenant comme une piscine
divine et toute lumineuse,
il embrasse tous ceux
qui en sont dignes
et qu’il trouve en dedans.
Il remodèle entièrement
tous ceux qu’il reçoit
en dedans de lui-même,
il les remets à neuf,
il les rénove de façon extraordinaire.

 

KILENDA

Louis-Lucas écoutait, médusé. Le père reprit la parole.

-Ce n'est qu'un tout petit extrait, bien sûr. Ne compte pas sur moi pour te donner le texte entier : tu le chercheras. Quant te dire ce qui va t'arriver, je te donnerai des pistes. Mais tu veux d'abord savoir pourquoi j'ai changé ton identité, je me trompe ?

-Non, vous dites vrai.

-Lucas Forestier, s'il avait été retrouvé, n'avait aucune chance. Ses parents s'étaient séparés, son père s'en tirant mieux que sa mère. On aurait fait de lui une bête de foire, les médias se plaisant à lui faire raconter son enlèvement et ses rapports avec le vilain malade mental qui avait fait le coup. Une fois le coup médiatique éventé, que serait-il devenu ? En retard dans les études, vivant difficilement sa réinsertion dans la vie courante, il aurait été ballotté entre sa mère meurtrie et son père au faux optimisme. Bien sûr, il aurait grandi et serait devenu adulte mais il était pour ainsi dire fichu. Il lui serait resté le dérèglement mental qu'on aurait excusé car il était resté des années prisonnier, l'écriture de ses Mémoires, histoire de remettre l'accent sur lui ou la dérive vers l'alcool ou les drogues. Dans tous les cas, il aurait été dans une impasse. Après tout, à qui pourrait-il dire ce qu'il s'était passé vraiment ? Qui aurait cru cela ? C'était la version de cet horrible Andréa Bordérieux qui collait. Il avait perdu un fils dans un accident de la route. C'était trop insupportable pour qu'il n'enlevât un garçon de même âge. Il l'avait fait et l'avait caché des années durant. Ce garçon s'appelait comme son fils et il devait l'appeler « papa ». Voilà qui était innommable donc j'ai choisi une autre option. Officiellement, tu es toujours porté disparu. Seulement, l'affaire est classée . Ça fait trop de temps, maintenant. Officieusement, le fils de Pierre et Hélène Fraconnier est mort dans un accident de jet ski. Personne n'a divulgué la nouvelle car personne n'a eu le temps de s'en rendre compte. J'ai fait le nécessaire. Celui qui est rentré de vacances et les a retrouvés, c'était toi, pas le vrai fils mais ils n'ont rien vu. Tu es devenu lui, un garçon élevé par des parents équilibrés et pleins de vie. Il est pianiste de jazz, elle est psychologue pour enfants. Tu as une sœur plus âgée que toi de quatre ans, Elisa. Ta santé a toujours été excellente et on t'a toujours laissé ton libre arbitre.

-Je dois reconnaître que vous avez raison. C'est une famille magnifique !

-Je le sais bien. Et puis, j'ai tout fait au mieux. En regardant des photos anciennes, tu as bien dû voir que tu es le sosie de ce garçon.

-Oui, j'ai vu.

-Et maintenant, tu veux savoir ce que tu vas faire ?

-Oui, j'aimerais.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Les Météores. Un prêtre orthodoxe et des révélations...

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Dans un monastère des Météores, en Grèce du nord, Lucas, qui cherche un sens à son histoire mouvementée, rencontre un prêtre orthodoxe, le père Kiryll. Celui-ci lui fait d'étonnantes prédictions...

-Tu vas retourner à Paris à la fin de tes vacances. Le travail dans le café, c'est ponctuel mais tu aviseras. Tu me feras le plaisir de t'intéresser aux grandes religions et principalement au christianisme. Tu as l'esprit ouvert et tu aimes les Mystères...Tu ne resteras pas seul, tu verras. Elle sera asiatique. Tu iras en Angleterre et au Japon car il te faut boucler la boucle et voir ce que tu peux apporter à ceux qui étaient tes parents il y a longtemps. Et pour ce qui est de la suite, tu verras. Au fil du temps, tu as appris à suivre le vent qui souffle...

-Que dit encore cette hymne ?

-Une autre partie, tu veux dire ?

-Oui.

-Voilà :

Étant immortel,
il confère l’immortalité ;
étant lumière sans couchant,
il transforme en lumière
tous ceux en qui 
il établit sa demeure ;
étant vie,
il procure à tous la vie ;
étant consubstantiel au Christ,
identique en nature et en gloire,
ne faisant qu’un avec lui,
il les rend absolument 
semblables au Christ.

 -Mais c'est trop théologique peut-être...

-Non, c'est très beau.

-Tu as d'autres questions ?

-Oui, pourquoi avoir choisi un chien pour me parler ?

-Tu étais un enfant en souffrance. Il fallait agir avec un esprit d'enfance, choisir un repère fort...

-Et les visions dans la villa et aux enfers ?

-Qu'aurais-tu gagné à ce que tout soit directement accessible ? L'humanité aime tant les mythes et les transpositions. Je t'ai donné à voir de l'incompréhensible mais les visions que tu as eus étaient si poétiques que tu ne pouvais que t'en nourrir et continuer ta route !

-Ces ennemis inattendus ?

-Des hommes inquisiteurs, des monstres...N'ai-je pas déjà répondu à cette question ?

-Je crois que si. Il me reste une ultime question.

-Je t'écoute.

-Enfant, je me suis sauvé pour chercher Honey...

-Et tu trouves le père Kirill ? Voyons, tu étais si jeune ! Honey, c'était un nom rassurant. Il allait bien avec ton âge.

-Et Moe Yohne ?

-Il te fallait un guerrier plus qu'un sauveur. Souviens-toi du labyrinthe !

-Mais je...

 

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-Je crois t'avoir donné les réponses que tu attendais. Tu voudrais me parler de tes alliés, mais s'ils le sont, c'est que la communication avec eux n'est pas altérée. Quelles raisons auraient-ils de ne pas se manifester de temps à autre, sous une forme qu'ils auront choisie et à des moments qui seront opportuns ? Allons, le soleil est encore haut mais je dois me retirer. Reste encore dans ces jardins et sache que si tu as froid cette nuit, tu pourras toujours te faufiler dans le monastère et dormir quelque part. Je serais là et s'il t'arrivait une vilaine aventure, je te soutiendrais. Mais que peux-tu redouter du mal désormais. Tu as toutes les cartes en main, n'est-ce pas ?

-Peut-être pas encore toutes mais beaucoup.

-Si, tu en as beaucoup. Elles vont te permettre de faire le lien entre ces deux passés, ces deux histoires et ton futur. Tu verras, rien à craindre !

Le père Kyrill s'était levé. Il prenait congé. Louis-Lucas le vit s'éloigner à pas lents. Il se dirigeait vers l'église.

La nuit fut belle. Se glisser dans un appentis fut simple. A plusieurs reprises, le jeune homme s'éveilla. Il lui sembla que quelqu'un se penchait sur lui, comme pour vérifier que tout allait bien. Il reconnut bien le prêtre orthodoxe à un moment mais fut surpris à un autre de deviner près de la sienne la silhouette en robe bordeaux d'un moine bouddhiste puis celle d'une divinité asiatique qu'il ne pût nommer. Elle était jaune et changeait de forme. A n'en pas douter, il s'agissait là d'une seule et même personne qui était capable de prendre des masques. Loin de s'en inquiéter, il en fut rassuré.

Au matin, il avait déserté le monastère. Du reste, il était prévu qu'il aille en voir un autre avec Yannis et déjà tous deux prenaient le café dans la petite salle d'un hôtel modeste.

Ensuite, les vacances grecques se poursuivraient...

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Devenu Louis, Lucas vit à Paris...

LUCAS LOUIS

10. Une île et une mère retrouvée.

Il resta encore un an à Paris et tout fut facile. Le père Kiryll avait dit vrai en parlant de sa nouvelle identité et de sa nouvelle famille. Il était impossible face à elle de ne pas mesurer sa chance. Tout était souriant.

Et puis, regarder les photos de l'enfant qu'il n'avait pas été et qui était lui, malgré tout, était enthousiasmant. Avec maman Hélène et papa Pierre, il avait visité la France, l'Italie, l'Espagne, séjourné à Londres, fait du vélo en Hollande et du cheval en Irlande. Il y avait toujours des chants, des fêtes et ses anniversaires avaient été des moments magnifiques.

Adolescent, il avait peut-être eu quelques heurts avec les siens mais se fâcher était impossible. Les liens étaient forts.

Depuis son départ de la maison, il vivait seul, n'ayant eu, en amour, que quelques brèves expériences. Assez joli garçon, il plaisait d'autant plus qu'il gardait une certaine réserve. Il y avait eu quelques jeunes filles. Il les aimait bien mais ne se consumait pas pour elles. Aussi, ne se doutait-il pas que tout changerait.

 

31 octobre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Rencontres amoureuses et changement de perspectives.

 

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Lucas, devenu Louis vit seul à Paris. Il rencontre une jeune japonaise et découvre l'amour...

Satsuko Arikawa avait beau avoir un nom japonais, elle était anglaise. Ses parents avaient quitté Tokyo quand elle avait sept ans pour s'installer à Londres où ils continuaient de travailler et ils avaient depuis changé de nationalité Le père de la jeune fille tenait un restaurant japonais et sa mère un institut de beauté. Satsuko, elle, avait fait des études de dessins. Elle prenait souvent l’Euro-star pour visiter les musées parisiens et s'étant désolée de ne pas parler le français, elle avait économisé pour passer plusieurs mois dans la capitale. Elle étudierait dans une école de langues et, étant très appliquée, elle apprendrait seule, aussi. La tâche était difficile, elle le reconnaissait d'autant plus qu'elle parlait couramment anglais sans avoir oublié le japonais, mais elle était vaillante.

Quand elle rencontra Louis-Lucas, il y avait six mois qu'elle était là. Elle sortait souvent dans Paris mais jamais encore elle n'était venue dans ce café dont ses amies lui avaient parlé. Elle se plut d'emblée au Temps permis  dont elle aima la sophistication. On y servait des thés raffinés et on n'y parlait pas fort, ce qui la rendait heureuse. Très anglaise dans ses manières, la jeune fille gardait en elle une réserve toute japonaise. Sa vie sentimentale n'avait pas encore été très remplie mais elle avait vingt-cinq ans et le désir de se stabiliser. Le jeune homme qui gérait ce joli café était sympathique et avenant. A la fois timide et audacieux, il dégageait un charme juvénile piquant d'autant qu'il semblait ne pas faire grand cas de son joli visage et pour tout dire, il l'attirait...

Intriguée, Satsuko revint encore et encore. Il finit par la remarquer et fut touchée par le bel ovale de son visage, ses yeux noirs bridés, ses tenues sages mais toujours colorées et son français scolaire...Bientôt, Le Temps permis ne fournit plus un espace suffisant. Il leur fallut les quais de la Seine, l'église de Saint-Germain et la place de l'Opéra. Décidément,ils tombaient amoureux. Elle fit la connaissance de sa famille qu'elle trouva cultivée et sympathique et bientôt, elle fut considérée comme la compagne officielle de Louis avec qui elle partageait le plus clair de ses jours ou de ses nuits. Tantôt, ils résidaient dans son petit studio à elle, bien rangé et lumineux, tantôt, ils vivaient chez Louis dans un joyeux désordre qui n'occultait pas son sens de l'esthétisme. Chez lui, c'était élégant et personnel même si il avait chiné pour trouver ses meubles et couru les solderies pour mettre des rideaux aux fenêtres et des lampes sur les meubles. Des photos ornaient les murs et Satsuko n'eut pas de peine à reconnaître la famille du jeune homme ainsi que bon nombre de ses amis, qu'elle avait rencontrés. Elle fut surprise malgré tout par quelques clichés qu'elle ne sut à quoi les rattacher. Devant un monastère méditerranéen, posait un prêtre orthodoxe à l'air grave mais à l'expression souriante. Louis fut évasif quand elle lui demanda de qui il s'agissait.

-Oh, c'était des vacances en Grèce du nord. Les Météores...C'est une région spectaculaire où des monastères ont été construits sur des promontoires rocheux. Tu te demandes quand tu es là si tu es bien sur cette terre tant ce paysage te pousse vers le ciel. J'ai parlé avec ce prêtre alors que je passais une journée dans un de ces sites difficiles d'accès. C'est un homme droit qui m'a fait du bien.

-Et tu conserves sa photo dans ce cadre, chez toi ?

-Ah oui...

Il y avait aussi la photo de deux Italiens dans une ville antique et là encore, il évoqua des vacances celles-là plus anciennes.

-Des amis italiens, tu dis ?

-Oui. Nous étions à Pompéi. Je les ai perdus de vue mais c'est ma faute car je ne suis pas sérieux dans la correspondance ! C'est dommage. Ils étaient drôles et de confiance...

Il y avait aussi la photo d'une maison qu'elle trouva quelconque mais qu'il affirma être jolie. Non, elle n'appartenait pas à ses parents. En fait, il avait il y longtemps côtoyé un couple qui lui avait beaucoup apporté. Il faisait un camp de vacances près du Mans. Ces gens là y travaillaient. Oh, il devait avoir quatorze ans à l'époque...

 

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Tout cela était très vague et si la jeune fille avait été plus suspicieuse, elle aurait mené plus loin ses investigations. Elle ne le fit pas pour des raisons diverses. D'abord elle était amoureuse, ce qui l'amenait à tout idéaliser chez celui qu'elle aimait. Ensuite, elle était japonaise. Bien qu'arrivée très jeune en Angleterre, elle restait marquée par son éducation qui avait fait d'elle une personne à la nature réservée abondant souvent dans le sens de son interlocuteur sans pour autant être d'accord avec lui. Loin d'être hypocrite, elle se conformait à un modèle de comportement social. D'une politesse extrême, elle savait faire preuve de nuances suivant la personne à qui elle s'adressait. Elle était respectueuses des traditions de son premier pays et avait une vision idéale de la famille. Elle était si différente des jeunes filles qu'il avait connues que Louis se disait souvent qu'il n'aurait pas tissé de liens forts avec elle si elle était arrivée directement du Japon. Au fond, qu'elle ait aussi reçu une éducation anglaise était rassurant car il limitait sans le faire disparaître l'écart culturel qui existait entre eux.

Dans le temps où ils demeurèrent à Paris, il resta évasif sur certains points de son passé sans qu'elle en conçut de l'inquiétude. Sa famille à lui était si adorable que sa mère, devinant qu'une jeune japonaise vivant à Paris devait se languir de la cuisine de son pays, tenta sans grande réussite de lui en préparer. Elle ne réussit pas vraiment son coup mais Satsuko apprécia la tentative. Ce fut l'occasion d'après-midi charmantes où les deux femmes s'apprenaient mutuellement des recettes. 

 

31 octobre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Quitter Londres pour l'île de Wight ?

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A Londres, Louis aime Satsuko, sa jeune épouse. Tous deux sont heureux mais un changement de vie se profile...

Satsuko s'exprimait beaucoup mieux en français, aimait Louis, se faisait cajoler par lui et adorait la vie parisienne. Toutes les conditions étaient donc réunies pour qu'elle mène une vie heureuse auprès de son « fiancé » mais le temps vint où sa famille lui manqua, et l'Angleterre. Elle souhaitait rentrer. Viendrait-il ? La proposition qu'elle lui fit le laissa enthousiaste. Oui, il la suivrait d'autant que leur installation dans la capitale britannique s'annonçait sous d'heureuses auspices. Satsuko, en effet, avait trouvé à travailler dans une maison d'édition à Londres où elle illustrait des livres pour enfants et Louis-Lucas la suivit. Au début, toujours enchanté, il ne fit guère que déambuler dans Londres, grande métropole qu'il n'avait plus revue depuis une ultime escapade anglaise avec Vincent et Hélène. Il chercha ensuite en vain. Après quelques semaines d'inactivité, la jeune femme craignit qu'il ait des difficultés à obtenir un emploi mais bizarrement, il trouva à s'employer comme barman dans un pub à la mode puis dans une sorte de café-librairie où l'on parlait les deux langues. Tout lui souriait-il donc ? Il le semblait bien car, si ce boulot là ne lui était pas confié longtemps, il était déjà sollicité pour travailler dans un autre établissement du même genre et il lui venait encore d'autres propositions ! Satsuko, quand elle reçut ses confidences, fut une fois de plus émerveillée par ce garçon débrouillard qui savait tirer profit de tout. Sans être bilingue, il parlait un anglais clair, travaillait vite et bien et avait beaucoup de charme. Il savait attirer et vendre sans jamais paraître manipulateur ou insistant et de plus, il était toujours prêt à apprendre sur le tas...Aimable et blagueur avec la clientèle du café-librairie, il n'y déparait pas car il était bon lecteur. Du reste, elle le surprenait souvent à lire ou à regarder de vieux films.

Dans cette période de félicité, quelques écueils surgissaient parfois. Louis continuait de temps en temps d'avoir des saillies bizarres qui ne cadraient pas avec ce qu'elle savait de sa vie. Il lui arrivait de parler tout haut dans ses rêves et de dire des prénoms qui ne signifiaient rien pour la jeune femme. « Vincent » et « Noémie » revenaient souvent. De la même façon, il nommait un prêtre et des amis italiens. Ceux-là, Satsuko se souvenait d'en avoir vu les photos dans le studio que l'homme de sa vie occupait à Paris avant leur mariage et leur arrivait en Angleterre. Car, il fallait bien le souligner, les premiers temps de leur vie anglaise avaient tout entiers été illuminés par un mariage haut en couleur, mêlant coutumes françaises et traditions japonaises.

Face à ses remontées d'un passé dont elle n'ignorait tout, la jeune fille, perplexe, restait muette. ll n'était pas dans la nature des Japonais d'être intrusifs et en ce domaine, elle ne dérogeait pas à la règle.  

LUCAS LOUIS

Un autre aspect de la personnalité de son mari la surprenait. A plusieurs reprises, comme ils lisaient des faits divers ou en entendait le récit aux informations télévisées, elle observa qu'accidents mortels ou morts brutales par agression ne l'horrifiaient pas. Qu'une mort soit ou non violente, il ne faisait pas de différence comme si perdre la vie n'était pas inquiétant. C'était comme s'il avait avec la mort un étrange rapport, comme si celle-ci était une vieille amie à ménager...Mais là encore, Satsuko ne lui posa aucune question.

Ils étaient depuis deux ans à Londres et se montraient heureux d'y être, leur joli appartement de Hampstead étant régulièrement visité par leur famille et belle-famille. Le mariage avait assis leur couple et les avait rendu radieux. Tout aurait pu continuer ainsi mais les parents de la jeune fille en décidèrent autrement. Ils venaient d'acheter une maison dans l'île de Wight, très grande et entourée d'un parc. Il ne s'agissait pas pour eux d'acquérir une résidence secondaire mais de faire du profit. Cette belle demeure traditionnelle disposait de multiples chambres, d'un ample séjour, d'un salon et d'une cuisine si vaste qu'une douzaine de personnes pouvaient y manger. En outre, elle était dotée d'un joli jardin ombragé de vieux arbres et très fleuri. Proche de la mer, elle offrait la possibilité de longues promenades sur les sentiers littoraux et serait agréable tant aux familles avec jeunes enfants qu'au voyageur solitaire , sans compter qu'entre ces deux extrêmes, il existait tout un lot de vacanciers possible, tous assoiffés de nature, de calme mais aussi de convivialité. A court terme, il s'agissait de faire tourner une chambre d'hôtes et à plus longue échéance de venir y vivre, les années se faisant sentir, mais tout en la gardant active.

Un peu surpris, Louis et son épouse trouvèrent cependant l'idée judicieuse. Restait à savoir qui gérerait les lieux ? Il était possible de trouver des gérants mais bien plus habile était d'y faire résider le joli couple. Louis avait le sens du contact et il savait gérer une affaire. Il pourrait éventuellement proposer des stages de langue française en ajoutant un petit plus : la chanson par exemple. Il avait appris, jeune, à jouer de la guitare et avait une assez jolie voix. Quant à Satsuko, elle pourrait proposer des stages de dessin et ceci, toute l'année. Épisodiquement, Miki, le père, y introduirait la gastronomie japonaise et, Ari, la mère, les soins du corps et du visage. Au bout du compte, l'affaire pourrait devenir très rentable.

  

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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