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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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23 août 2020

Les hommes et leurs mères : Emmanuel Bastiani.

 

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EMMANUEL BASTIANI

Celui qui défend les mères

 

Il y a vraiment une chose à laquelle je ne comprends rien. Je sais le mot « chose » est à éviter quand on écrit un texte ; il n’est pas très littéraire et c’est un fourre-tout malcommode qui peut vous jouer des tours. Mais, je n’en trouve pas d’autre. De toute façon, je ne suis pas un littéraire et les mots vagues ne me dérangent pas, dès que je suis sorti du cadre de ma profession. Alors, je reprends : Il y a une « chose » qui m’échappe : c’est tous ces types qui se plaignent de leur mère.  On les voit partout ceux-là. Ça a commencé par les magazines de psychologie, ceux que je lis dans la salle d’attente du dentiste ou de l’ophtalmo et qui disent tout le temps pareil. Il y a toujours un acteur célèbre qui déclare qu’au bout de plusieurs années de thérapie, il en est venu à voir sa mère sous un jour « différent ». Il s’est apaisé, il n’est plus dans la rancune ou le déni de celle-ci. Non, il va bien. Il est même en paix avec la mort de sa mère, survenue avant qu’il n’ait été à même de lui parler. Finalement, il est positif…Quand ce n’est pas un chanteur, un médecin à la mode u encore un chef d’orchestre. A peu de choses près, le discours est le même. Il y a toujours un moment où la personne interrogée va aborder le sujet et là, on peut en être sûre, la mère évoquée aura été forcément « gênante », « embarrassante », « peu compréhensive » ou carrément « castratrice ». Rien que cela ! Si la mère est  encore vivante, et c’est souvent le cas, il convient de dire que les « choses » vont mieux, ce que ces gens-là font avec beaucoup d’habilité et d’élégance.  Si elle n’est plus de ce monde, on peut être un peu plus mordant et trouver à propos des références littéraires. Légion de Poil de Carotte …Cette image me fait rire.

Je me suis donc repu longtemps d’articles de ce genre, les imaginant cantonnés à ce type de magazines, avant de me rendre compte que la presse féminine s’est emparée du thème. J’ai lu dans « Elle » que telle ou telle personnalité avait mis des années à résoudre ses problèmes avec sa mère alors que d’autres les estimaient encore très brûlants. Quelquefois, il y avait une femme qui parlait et qui disait ne pas comprendre comment les mères pouvaient avoir sur leur fils un tel ascendant, le plus souvent négatif, et ne pas en avoir conscience. En effet, ça doit être compliqué…

Bref, la télévision et la radio ont fini par être gagnées par la frénésie ambiante. Sauf erreur de ma part, j’ai vu plusieurs téléfilms où un pauvre héros avait des démêlés avec une marâtre soit vieillissante et aigrie, soit voulant paraître jeune en écartant ses rejetons. J’en suis restée pantois. Et l’autre jour, tiens, il y avait une émission à la radio. C’était un forum qui avait pour thème « Vous et votre mère ». La présentatrice estimait avoir entendu beaucoup de témoignages de jeunes filles et de jeunes femmes, lesquels donnaient une image juste des relations mère-fille. Il s’en dégageait pas mal d’ambigüités, les relations se situant entre le respect et la méfiance, la confiance et l’adulation s’opposant à une certaine saturation ; au final, il y avait des tensions mais rien d’explosif. Il fallait maintenant que les messieurs s’expriment et ils l’ont fait. Un malheureux garçon de seize ans s’est manifesté pour dire que même s’il s’engueulait avec sa mère, il ne saurait se passer d’elle et qu’il l’aimait formidablement. Ça n’a pas été bien perçu. Il fallait dire que, oui on l’aimait mais que c’était vite compliqué. Les autres ont compris tout de suite. La présentatrice s’en est donné à cœur joie entre les célibataires se sentant obligée de s’occuper d’une mère dépressive, les hommes mariés qui subissaient les intrusions multiples de leur mère dans leur couple et ceux qui avouaient finalement que la faillite de leur union incombait à leur propre faiblesse devant leur mère. Le portait qui s’est dégagé était celui d’une quadragénaire ou quinquagénaire omniprésente et très intrusive. Méfiance donc !

Voilà.

J’ai bien lu ou entendu tout ça. J’ai regardé aussi. Mais rien n’a emporté mon adhésion.

Au risque de déplaire, moi, je n’ai aucun problème avec ma mère.

Et pourtant, au vu de mon histoire, on se serait attendu au contraire. Voyez plutôt.

Ma mère s’appelle Monica. Quand elle m’a conçu, elle était à Nice en vacances chez une cousine installée en France. Elle, elle venait de Gênes, en Italie du nord et elle avait juste vingt ans. Elle avait quatre frères et aucune sœur. Ses parents tenaient un commerce de gâteaux et de confiseries. C’était des gens travailleurs, très strict sur la morale et catholiques pratiquants. La cousine Adriana chez laquelle ils avaient envoyé leur fille était dotée d’une famille aussi rigide. En termes clairs, on y surveillait l’honneur des filles. Sachant que j’ai trente-sept ans, vous devez me prendre pour un fou. Allons, une famille italienne dans les années soixante-dix, avec tout le remue-ménage qu’il avait dans le pays à cette époque-là, ça ne pouvait pas ressembler à un couple sicilien lorgnant sur la moralité de leurs filles, au début du vingtième siècle ! Mais, je crois bien que si car ma mère, quand elle parle, je la crois.

La famille d’Adriana, ils ne l’avaient pas vue depuis longtemps, les parents de ma mère, mais elle avait très bien travaillé au lycée et ils lui promettaient l’université où elle ferait du français. Elle y avait droit puisque pendant deux ans, elle avait travaillé à la boutique pour avoir de quoi financer ses études. 

Ses parents ont vu là l’opportunité d’un voyage linguistique qui, dans le même temps, resserrerait des liens un peu distendus entre les deux familles. Ça s’est fait comme ça. Ma mère est partie, toute radieuse et elle a découvert Nice. Tous les matins, elle allait prendre des cours de français dans une école pour étranger car il fallait absolument qu’elle ait un bon niveau à l’entrée en faculté et elle craignait d’avoir un peu perdu. L’après-midi, elle discutait avec Adriana et sortait. Sa cousine avait bien plus de libertés qu’elle. Il coulait de source qu’elle pouvait aller à la plage avec des amies, faire les magasins, boire un verre à la terrasse d’un café et sortir en bandes mixtes. Elle ne s’en privait pas. Elle avait un petit diplôme de dactylo et ceci ne lui donnait aucun complexe. Elle vivait encore chez ses parents, donnait le numéro de téléphone des amis chez lesquels elle passait des soirées et ne découchait jamais. Elle attendait de se marier, c’était aussi simple que cela ; d’ailleurs pour elle, la vie se devait d’être simple. On aimait le Bon Dieu, on suivait ses voies. Elle aurait gentil mari, Adriana, un homme droit et travailleur qui lui ferait des bébés et elle serait une bonne épouse. En attendant, elle profitait de la mer, de la plage, des cafés et des soirées dansantes ; elle ne négligeait jamais la messe et allait se confesser. D’aucun aurait dit qu’elle avait une foi superficielle, un peu opportuniste. C’est  partiellement vrai car Adriana était sans malice. Qu’un garçon l’embrasse ou lui caresse les seins ne la choquaient pas si elle l’autorisait et de toute façon, elle n’aurait pas accepté plus. Au curé, elle ne racontait pas cela. Ce n’était pas pour lui. 9a ne le regardait pas. Elle adorait ses parents qui l’adoraient. « Et l’été était beau cette année-là. » Enfin, je préfère écrire ça, sinon, je vais réutiliser le mot « chose », qui est si laid, paraît-il…

Bref. Mon père, il donnait des cours à des étudiants étrangers, l’année où ma mère s’est inscrite à l’école. Je sais juste qu’il était grand et blonde et qu’elle aimait ses yeux bleu-vert. Il enseignait bien, il était drôle.

Je l’ai questionné un peu, quand j’ai pu le faire, car au début, je ne faisais que regarder les trois photos qu’elle avait de lui.

Sur la première, il était avec toute sa classe d’apprenants de français. C’était la fin du premier mois et il avait organisé une fête dans la classe. Il était au fond, au troisième rang et je voyais bien qu’il était assez beau. IL avait des traits fins, une expression souriante et détendus et ses yeux étaient clairs. Il devait vingt-six ans.

Sur la seconde, il était en excursion avec d’autres étudiants. C’était un village de Haute - Provence, un de ces villages qui n’avaient pas trop dû dépayser les autres mais beaucoup plu aux anglais, danois et allemands qui suivaient aussi ce cours d’été.  Ma mère a dit que c’était un voyage proposé par un enseignant plus expérimenté, en fin de séjour pour ceux qui voulaient. Comme Monica avait bien travaillé, il était évident qu’elle pouvait  partir plusieurs jours en bonne compagnie. Elle en a gardé un souvenir émerveillé à cause des grandes promenades, des baignades, des repas préparés ensemble et des soirées où on faisait des sketches avant de chanter et de danser. C’était vraiment, à l’entendre dire, une période bénie et un état de grâce. Tant d’amitiés nouées, tant d’échanges !

Enfin, sur la troisième photo, elle est seule avec le jeune blond. Il travaille à Lyon mais est venu la voir à la frontière italienne. Depuis la fin du stage, ils se sont écrits. Un sentiment fort est né. Très fort. C’est réciproque. Ils s’aiment. Le garçon est droit, honnête ; de plus il travaille. Le français, il l’enseigne en lycée, à Lyon. Tout est possible.

Cette photo, je l’ai regardée mille fois. Monica porte une robe fleurie. Elle est jolie. Elle l’a toujours été. Elle a cet ovale si doux qui lui donne un air de madone, un petit droit, une jolie bouche pulpeuse et surtout un regard noir très intense, très rayonnant. A côté d’elle, Jean-Bernard se tient droit. IL porte une chemise blanche et un pantalon sombre. Il est également souriant.

Dans la lumière de Roquebrune, ils sont beaux l’un et l’autre et tout semble resplendir.

La nuit même, je suis conçu.

Neuf mois après, je nais en Italie, dans la maison de mes grands-parents, Andréa et Luisa.

Trois mois après ma conception, Jean-Bernard a écrit une lettre terrible où il a dit revenir sur sa parole. Il a été fou. S’engager davantage serait mentir. Il n’est pas assez amoureux. Il regrette de le dire maintenant mais il ne s’est pas vraiment rendu compte.

Dans la maison, Monica a dit qu’elle avait été heureuse de m’attendre.

A ma naissance, elle a pleuré de joie.

Ma famille italienne a été adorable pendant toute ma petite enfance. Monica n’a pas renoncé à ses études. Elle est devenue enseignante de français. Longtemps, elle a travaillé à Gênes.

Elle a toujours dit que tout allait bien mais je sais que c’est faux. La nuit, souvent, au début surtout, quand j’étais tout petit, elle a pleuré beaucoup. Elle me montrait toujours son joli visage enfantin qu’elle ne maquillait presque jamais et me serrait contre elle. Elle cachait ses larmes, elle a fait ça longtemps.

 J’ai été, je crois, un gentil petit garçon ; je n’étais pas coléreux mais turbulent. Je me laissais gâter par mes grands-parents mais n’exigeait pas. Je bougeais beaucoup et j’étais intrépide, ce qui les faisait rire mais je ne me souviens pas d’avoir été ingérable.

Quelquefois, je lui faisais de la peine à elle, ma mère, ma jeune mère : Monica. Je la voyais froncer les sourcils et son expression devenait grave ; Alors, cela suffisait.

Elle a été la jeune fille qui était là le matin, m’embrassant pour me réveiller.

Elle a été l’initiatrice, celle qui donne l’envie de lire, d’écrire et de compter.

Elle chantait joliment, je m’en souviens, en français et en italien.

Elle racontait très bien les histoires.

Ma presque-Vierge, ma jolie amazone, ma jeune fille rêveuse, ma mère aimante et adorée.

Je n’ai jamais vu mon père. Il y a eu quelques lettres, je crois.

Elle a trouvé un poste à Milan et je suis resté un temps chez les grands parents avant d’être interne. J’ai compris qu’elle avait quelqu’un mais qu’elle ne voulait pas d’interférence.

Le temps a passé.

Je suis devenu restaurateur ; j’ai maintenant un restaurant assez côté à Menton. J’ai du personnel et une clientèle exigeante et huppée. J’ai du talent, c’est certain et je travaille beaucoup mais je ne peux nier que mes grands-parents et ma mère m’ont aidé. Enfin, je ne suis pas un ingrat. Je les ai dédommagés.

J’ai une compagne maintenant. Elle s’appelle Julia. 

Ma mère fait des séjours chez nous et dès le début, mon amie s’est montrée stupéfaite. Monica est vraiment une femme adorable. Toutes les deux s’entendent à merveille. Elles se promènent en ville et font des emplettes. Elles se font de confidences et se taquinent beaucoup.  J’adore les voir ensemble.

Surtout maintenant car Julia est enceinte.

Ce sera bien dans plusieurs mois.

D’ailleurs, ma mère n’enseigne plus. Elle est avec nous. Et c’est très bien comme ça.

Vraiment bien.

Alors, par pitié, épargnez-moi les jérémiades des magazines de psychologies, les forums sur les mères et les émissions de télé aux visions plutôt courtes car elles ne font que transcrire une des vérités possibles en en excluant d’autres. A commencer par la mienne, qui est que j’aime ma mère.

 

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19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES.

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DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMERES.

 

Les seins des femmes, à des âges variés.

Toujours, ils demeurent beaux.

C'est l'objet de ces textes qui explorent des

féminités variées mais

jamais détruites.

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES.

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PETITE.

Amélie et la puberté. 

 

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

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Amélie, jeune fille pubère, et ses petits seins.

Elle les regarde et s’émerveille : leur taille est modeste, bien sûr, mais ils se tiennent bien, sont ronds et doux. Amélie est heureuse et sourit de leur élasticité et de leur jeune fragilité. Le droit est un peu plus fort que le gauche mais c’est une disproportion si minime qu’un œil peu exercé ne la remarque pas. Ils ont, de toute façon, la même texture et la même teinte. Frais et neufs, ils sont pâles ; leur chair, parcouru de veinules bleutées est fine, plus délicate encore au niveau des aréoles dont la teinte rose pâle évoque irrésistiblement les roses qui poussent dans le jardin de grand-mère Lucie, celle que la jeune fille préfère car elle sourit beaucoup et a la main verte. Comme elles, ils ont une texture à la fois fine et translucide. Comme elles aussi, ils renvoient à une sensualité à la fois naissance – si l’on réfère aux boutons dont les rosiers sont encore chargés- et à un épanouissement plein de recommencement puisqu’une rose n’est jamais vraiment fanée tant qu’une autre vient prendre sa place. Ils sont ivres de vie. Ils sont neufs. Leur belle croissance poursuit son cours.

Amélie le sait et s’en montre ravie.

Elle guette son reflet dans le miroir, de face et de profil. Elle mesure sa chance. Elle a vraiment de beaux jeunes seins.

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

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Sa mère, elle le devine, a une poitrine de femme mature dont les attraits sont certains – elle le sait pour les avoir vus il y a peu de temps encore quand mère et fille prenaient encore des bains ensemble- mais ont perdu l’attrait de la jeunesse. En ce sens, elle a l’avantage. Sa mère ne peut, du fait de son opulente poitrine, se passer de soutien-gorge tandis qu’elle, au contraire, peut dans la maison, déambuler aux beaux jours, en Tee-shirt informe et sentir ses seins bouger doucement, au rythme de ses pas. Elle les aime ainsi, libres et vindicatifs, leurs pointes frottant doucement le tissu de son vêtement, sensation pour elle neuve et excitante. Quelquefois, à la dérobée, elle les palpe et se sent fière : ils sont beaux, ils sont à elle. Les hommes regardent la poitrine des femmes et, elle le sait par sa mère et ses tantes ou des amies de ces dernières, ils sont bien bienveillants à l’égard des seins ronds. C’est un attribut féminin incontournable, elle l’a compris, et même sans porter des tenues extravagantes, il faut savoir les mettre en valeur. Sa mère porte toujours de la lingerie raffinée : soutiens gorge incrustés de dentelles et garnis de rubans, culottes hautes, le tout dans des teintes souvent sombres. Le noir et le brun doré mettent en valeur sa peau claire dont l’éclat sous le carcan des bonnets et des bretelles, est sans pareil. A l’intérieur des cuisses, la peau, elle l’a entrevue, est plus claire, d’une texture autre, infiniment attirante et respectable.

 

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19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES.PETITE.

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Une fois encore, Amélie palpe ses jeunes seins puis, s’écartant du miroir, elle ouvre le tiroir de sa commode pour y choisir un des soutiens –gorge que récemment, ses parents lui ont achetés. Elle en choisit un, orange et vert et passe une culotte dans les mêmes tons, puis, pour faire plaisir à Pauline, elle enfile sur son jean une grande tunique en dentelle. Elle ajoute à sa tenue des sandales basses et des bijoux de pacotille : lots de bracelets multicolores et petites bagues bigarrées. Elle se parfume et de nouveau s’admire dans le miroir aux reflets cléments. De profil, de face, encore de profil, encore de face. Elle se trouve jolie. Elle sourit. Maquillée, elle recommence. Cette fois, elle s’enthousiasme. Si fine, si agréable à voir, si bien mise en valeur par le fard brun qu’elle a posé sur ses paupières et le fard à joues qu’elle a utilisé avec prudence. Sans compter le brillant à lèvres et le léger nuage de poudre.

Elle sort de sa chambre. Ils la voient : elle, devenant cette jeune fille mince dont ils lui avaient parlé, eux l’admirant d’être devenue si adolescente. Elle est celle qu’ils admirent car elle devient autre. Se tenant droite, elle se campe sur ses longues jambes et offre, à travers l’étoffe de sa tunique, le spectacle de deux petits seins dressés dont la fermeté n’est pas démentie par la suavité du galbe. L’un et l’autre applaudissent à cette métamorphose. La petite fille hier encore si gauche, devenue par l’entremise de saignements réguliers et l’apparition de ces doux globes, une femme en attente, déjà radieuse.

 

18 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

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Amélie, heureuse, se laisse tout le jour admirer et le dimanche qui suit, recueille les éloges de sa grand-mère Lucie, veuve souriante et de Benoît et Sylvia, ses autres aïeuls. Il y a aussi, les tantes et les oncles, les cousins eux, restant plus réservés.

Cette présentation faite, il reste à Amélie une autre épreuve : celle que ses camarades d’école ne tarderont pas à lui imposer.

Il faudra bien, alors, montrer qu’en dépit de l’enfance quittée, il reste une étape à franchir pour qu’un corps et une identité adolescents soient reconnus pour tels : l’observation d’une silhouette et d’un comportement.

Dès le lendemain, au collège, Amélie se tient droite et de cette rigidité, on fait l’éloge. Ses seins sont pleins de vie, enviables et enviés. Souvent, lors de cette journée, ils pointent, rencontrant des regards appuyés ou passagers. Amélie, se sentant belle, sourit.

Les jours suivants, elle est égale à elle-même, présentant avec une grande discrétion, la beauté de ses jeunes seins invisibles.

Il l’effleure qu’elle devra, bien sûr, en montrer plus à un jeune homme vindicatif dont ses parents espèrent qu’il sera amoureux. Des sentiments qu’il aura, Amélie ignore tout : elle devine bien qu’ils seront contrastés quand, en un lieu et un temps dont elle ne sait rien, elle soulèvera son corsage pour montrer, encore soutenus par les bonnets d’un soutien gorge coloré, ses deux jeunes seins fermes à celui qui, de toute évidence, en demandera plus afin d’être le premier et le seul à voir cette gorge intacte qu’animera une palpable inquiétude.

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

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MOBILE.

LINE ET MAITRE HUGHES.

 

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

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Line, quarante-sept ans, divorcée, vit loin des siens à Nantes. Elle connaît la tentation des sites internet où les rencontres semblent faciles, et se trouve face à Maître Hugues...

De cette période de sa vie, elle parle peu, non qu’elle en ait honte mais parce qu’il faut trouver les bons interlocuteurs. On ne peut dire impunément à un compagnon plutôt tranquille, à une fille adolescente qui s’accoutume doucement à un presque beau-père et à un garçon d’une dizaine d’années que trois auparavant, on était complètement différent. Ce serait infiniment périlleux : alors, on ne dit rien.

Line sait se taire. Quand on commence à savoir le prix des choses, on mesure le pouvoir du silence. A quarante-sept ans, elle se présente comme une personne mesurée, une femme à qui on peut faire confiance, ni trop intelligente, ni trop belle. Juste une employée appréciée car travailleuse et une compagne pondérée. La secrétaire qu’on ne voudrait surtout pas limoger; l’amoureuse qui sait écouter et au côté de laquelle, on veut passer des années.

La mémoire « publique » de Line est faite sur mesure. Elle s’est mariée très jeune, a eu deux enfants, s’est séparée douloureusement d’un allemand affairiste installé en France et a connu une période très difficile : un train de vie ralenti, un ex-époux rancunier et avare, le retour du fils aîné à Munich, chez son père et les turbulences d’une préadolescente déstabilisée. Des moments vraiment durs avec des cris, des reproches, des fugues. Marianne retrouvée une nuit dans un commissariat. Marianne quittant la maison la nuit, Line la recherchant. Et puis, Claire, la sœur qui propose une solution : que Marianne vienne habiter Avignon avec elle et qu’elle vive au sein d’une famille stable : un mari cadre bancaire, elle, professeur de lettres et trois garçons travailleurs et bien éduqués.

 

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

ART NUMERIQUE

Après un divorce difficile, Line vivant seule à Nantes, part en Avignon.

Line s’épanche : Ce divorce est un grand déchirement. Il a fallu supporter les disputes intenses et violentes, les accusations et les écarts de conduite d’une enfant qui « subit » et cela, encore et encore. Elle a à s’inquiéter des appels du lycée où Marianne devrait être, de ses allées et venues incompréhensibles et de coups de fil étranges.  Des garçons qui la connaissent bien viennent aux nouvelles car ils ne peuvent la joindre sur son portable.

L’apaisement vient  car le départ de Marianne est organisé. La ville du Festival, les courbes du Palais des Papes et l’odeur de la lavande. Clichés bienfaisants. Elle sera bien et se remettra aux études. Line et Claire y croient. Les deux sœurs.

La vérité – que Line tient secrète-  est autre. Au-delà des premiers moments, qui sont nostalgiques : produits de maquillage que sa fille a laissés sur un canapé et cheveux blonds, comme de longs fils dorés, accrochés à un coussin ; vêtements en vrac dans sa chambre et ses CD, DVD, rangés ou empilés un peu partout, le tout  bien rassurant, il y a bien autre chose.

Des préservatifs dans un tiroir, un carnet d’adresses et des coups de fils insistants sur son fixe : Des « garçons » qui insistent pour savoir où elle est maintenant et se targuent, si on les en presse,  de donner des détails intimes sur une jeune fille d’eux si bien connus. Le tout recoupant des absences mystérieuses de la jeune fille, des expressions tristes et heurtées de son beau visage, des engouements soudains et fou-rires incompréhensibles.

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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