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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Mort de Nicolas, le compagnon de fuite.

ENFANT EN FUITE

 

En fuite à Naples, le jeune Lucas apprend que son compagnon de fuite, Nicolas, est tombé dans une embuscade...

Le surlendemain, lui parvint l'annonce de la mort de Nicholas. Stefano avait retrouvé la trace  du jeune garçon et allait le reprendre avec lui quand l'enfant qui s'était caché dans un appartement à l'abandon avait pris peur. Il avait appelé à la rescousse trois grands gaillards qu'il venait à peine de rencontrer. Ceux-ci lui avaient pris son arme et de l'argent trouvé dans la villa. Cela faisait de lui une proie facile pour ces sbires. Pour le récupérer sain et sauf Stefano avait dépensé des trésors d'ingéniosité en essayant de séparer Nicolas de ses encombrants protecteurs. Il avait presque réussi quand l'un d'eux, pris de soupçons, était revenu à la charge. Sentant l'enfant lui échapper, il lui avait tiré dessus. Il restait au jeune italien  consterné à veiller dans un logement sinistré un petit être qui vivait encore mais n'était plus transportable. Il était encore Hugo Debusson, un jeune vacancier que sa tante attendait à Sorrente. Son passeport attestait sa jeune vie...

La suite, Lucas croyait la connaître. Une fois la mort survenue, Stefano effacerait toute trace d'une double identité chez ce Nicolas si simple et tout d'une pièce...

En effet, Lucas découvrit bien plus  tard de quel subterfuge il était question. Le corps de son ami fut découvert non loin de la clinique dont l'enfant s'était échappé et on incrimina un ancien infirmier déjà compromis dans une séquestration d'enfants. Après la piste bretonne, l'enquête avait piétiné et ce soudain rebondissement permit de la clore.

Jamais l'Italie ne fut évoquée ni Stefano, ni Signorella, ni la villa Ada et encore moins Naples. De toute façon, dans sa famille, on n'aimait pas les voyages. Et puis, le kidnappeur, dont l'esprit semblait un peu dérangé, n'était pas avare en aveux. Ce petit garçon malade, il avait bien vu qu'il n'en avait plus pour longtemps mais il l'avait trouvé mignon.

Lucas, pour l'heure, ne disposait que de l'annonce de cette mort brutale. Choqué, il éclata en sanglots. Restant prostré dans sa chambre chez Caterina, il ne voulut faire aucune sortie et déclara vouloir retomber malade. Il appelait Ah Thor à grands cris...

Signorella fit preuve d'un sang-froid étonnant. Cessant de jouer son rôle d'aimable accompagnatrice, elle se montra enfin sous son véritable jour, celui de médecin. Elle l'examina et lui donna des sédatifs.

Dans les jours qui suivirent, patibulaire à force de sérieux, elle le soumit à toutes sortes d'examens. Quand les résultats arrivèrent, Lucas fut stupéfait. Formule sanguine, reins, cœur, foie, poumons, tout fonctionnait parfaitement. C'était à croire que jamais il n'avait été malade. Stupéfait, il pensa à ses parents, ce qu'il n'avait pas fait depuis des jours et aux images contradictoires d'eux qu'il avait reçues dans la salle aux hublots. Il pensa aussi à Lucky. Avec surprise, il constata que le souvenir de son fidèle chien lui tenait plus à cœur que celui de ses père et mère mais il était trop choqué par ce qui lui arrivait pour s'interroger. Il revit ensuite les images de cataclysmes, les animaux mythiques ou réels qui lui étaient apparus et se sentit déconcerté.

Il grandissait, il changeait et miracle des miracle, il n'était plus malade.

Par contre, Nicholas, lui était mort.

Il demanda le lendemain à retourner à la chapelle Sansevero, étonnant chef d’œuvre du Baroque italien, où il contempla une sculpture du christ voilé. C'était une belle tête d'homme aux yeux clos et aux traits harmonieux sur laquelle reposait un tissu transparent légèrement plissé. Il y avait bien des statues autour du gisant mais Lucas se concentra sur ce visage que la mort semblait laver et purifier. Quel beau Christ ! Il resta longtemps en silence sans que Caterina ou Stefano ne se permette de l'interroger et pensa à Nicholas maintenant seul face à son éternité.

Les jours suivants, il demeura avec eux deux.

 

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21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Naples, le Vésuve et la Solfatare.

 VESUVE

6. Suite du voyage et entrée des Enfers.

Il n'avait vu de volcan autrement qu'en photo où à la télévision et la réalité abrupte du Vésuve le saisit. En fond de décor, dans la baie de Naples, il en allait tout autrement de lui. Il semblait faire partie d'un album de vacances qui aurait paru incomplet si on ne l'avait pas photographié. Sa dernière éruption remontait à 1944 de sorte qu'on le disait presque endormi. Toujours accompagné de ses deux acolytes italiens, Lucas en gravit les pentes avec panache et ne fut pas totalement convaincu. Un volcan qui avait pu commettre de tels méfaits, détruisant et des constructions humaines et des êtres qui s'accrochaient à la vie, ne pouvait s'être définitivement calmé. En bon élève, avant de venir, il avait lu ce qu'il pouvait.

Peut-être parce qu'ils étaient adultes, ses deux accompagnateurs n'étaient nullement impressionnés. Cette sortie était une fête et, à sa grande surprise, Lucas dut poser pour être pris en photo. Du temps de Nicholas, aucune demande de ce type ne lui aurait été faite. Il en fut surpris mais au retour de l'excursion, quand il se regarda dans un miroir, dans la salle de bain du domicile de Caterina,il comprit pourquoi l'interdiction était levée. Il n'était pourtant pas parti depuis longtemps mais il était différent physiquement. Ses cheveux n'étaient plus teints et il respirait la santé. Il portait bien sûr des vêtements bleu foncé comme il l'avait souvent fait du temps où il vivait avec sa famille. Malgré cela, en rapprochant deux photos, l'une prise à l'hôpital et l'autre sur les pentes du volcan, on aurait eu peine à prouver qu'il s'agissait de la même personne.

Comme toujours l'évidence était là mais les explications se dérobaient...Signorella, en bonne praticienne, lui faisait prendre un traitement au contenu secret. L'idée était qu'il soit physiquement et psychologiquement au meilleur de sa forme. A l'évidence, à la façon dont il s'était comporté durant cette excursion, il n'avait pas d'inquiétude à avoir.

 

21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Appartement mystérieux à Naples. Gardiens et solitude.

NEWSSSSSSSSSSS

Désormais, Lucas, enfant en fuite, vit chez une mystérieuse italienne, Caterina. Stefano, le guide de toujours l'accompagne...

La nostalgie ne semblait habiter ni l'un ni l'autre de ses « gardiens ». A peine disparu, Nicholas n'occupait plus leur esprit. Que Caterina ne s'encombre pas du souvenir d'un enfant dont elle avait juste entendu parler, il pouvait l'accepter tout en restant surpris. Cette femme combattait la souffrance dans l'exercice même de sa profession et considérait la mort comme un échec. La disparition tragique de ce jeune garçon placé sous la garde de l'Italien taciturne aurait dû l'affecter davantage.

Lucas était moins choqué que Stefano ait la mémoire aussi courte. Tout était si bizarre chez lui ! Tantôt inabordable tantôt primesautier et gai comme un pinson, il ne livrait jamais rien de lui-même. La logique était que pour un jeune être dont il avait eu la charge, il éprouve de la mansuétude. Ce Nicholas, il s'en était beaucoup occupé dans les différentes villas qu'ils avaient occupés après leur départ de France. Et il y avait la villa Ada et la belle propriété du Pausilippe. Pourtant, il ne montrait aucune tristesse. Était-ce de l' indifférence ou de l'égoïsme ? Bien malin qui aurait trouvé la réponse.

Lucas aurait pu laisser courir mais, choqué, il n'en resta pas là. L'Italien, interpellé, fut direct. Il n'était pas égoïste de nature mais, il devait l'admettre, après l'avoir heurté, cette mort l'indifférait. Il savait sa mission courte avec cet enfant mais ignorait comment elle se conclurait. L'ayant découvert, il estimait que la boucle était bouclée. De nouveau, ce jeune Nicolas appartenait à sa famille, à un monde ancien qui allait façonner de lui des images à conserver, un mythe à travailler. Lui, Stefano, pouvait se souvenir mais pas s'attrister puisque cette destinée, le jeune enfant malade l'avait lui-même choisie. Quand il s'ouvrit ainsi, Lucas, qui pensait ne pas obtenir de réponse directe, tomba des nues. L'angélique Stefano savait répondre et ne commettait pas de faute...Cette franchise le rasséréna.

Dans les jours qui suivirent, il resta longuement chez eux, se détachant des nombreuses sorties qu'il avait pu faire. Les ayant faites à un rythme soutenu, il aspirait à souffler, loin de tout emploi du temps chargé, de promenades sous un soleil violent et de courtes pauses. Ses deux hôtes, souvent occupés entre eux de longues conversations, le laissèrent tranquille. Le jeune italien reprit ses courses vagabondes sans jamais dire où il allait. Le soir, il n'était pas toujours là. Caterina, elle, devint une référence, un ancrage. Lucas aimait l'appartement où elle vivait. Un grand salon était prolongé par une terrasse donnant sur une rue passante. Deux chambres toutes deux dotées de salles de bain complétaient l'ensemble et il y avait bien sûr une cuisine. Dans le salon, canapé et fauteuils de cuir blanc jouxtaient une table basse et une autre, circulaire, en bois précieux où l'on dînait parfois. Il y avait un beau secrétaire à tiroirs multiples qui offrait un superbe travail de marqueterie, une crédence chargée d'un antique vase chinois et une bibliothèque où abondaient les éditions rares. A l'évidence, son hôtesse avait hérité de meubles de famille qui étaient très italiens mais et elle en avait acquis d'autres dont les styles étaient divers. De cet ensemble hétéroclite naissait une ambiance particulière à la fois latine et orientale, loin des clichés qui mêlaient le bohème et le raffiné et transformaient un intérieur en page de magazine chic. La cuisine, elle, était rationnelle, plus conforme à l'Italie avec ces agencements un peu anciens et ses bonnes odeurs. La chambre principale était tendue de blanc et de jaune pâle. Le mobilier en était sobre. Le lit était recouvert d'une courtepointe blanche. C'était un lieu paisible. L'autre chambre, qu'occupait momentanément Lucas, était plus petite. Elle était bleu et verte. Les meubles, peu nombreux, étaient blancs. C'était là un univers fonctionnel mais gracieux.

 

MUR DE NAPLS 1

Partout aux murs, sauf dans cette chambre, des tableaux de scènes religieuses ou d'anges musiciens au corps d'enfant rebondi, renvoyaient à une certaine solennité ou à la bonhomie de pratiques chrétiennes simplifiées. Vierge à l'enfant, enfant Jésus dans la crèche ou rois mages voisinaient malgré tout avec quelques représentants du Bouddha ou de Krishna sans que le charme fut rompu...

Dans cet appartement aux volets clos pour conjurer la chaleur diurne, les portes n'étaient jamais fermées de sorte que Lucas se sentait libre. Contrairement aux lieux de vie qui avaient jalonné les premiers moments de sa fuite, il lui était loisible d'entrer et de sortir comme il voulait. Eut-il dévalé les trois étages qui le séparaient de la rue que la réaction de ses hôtes n'auraient pas été nécessairement rapide. Souvent, on était occupé et ne le surveillait pas. Cette confiance l'honorait.

De la même façon, télévision et ordinateur étaient à disposition, chacun les utilisant comme ils voulaient. Il lui était donc loisible de savoir où on en était en France de sa recherche. Il le fit et vit que tout était au point mort. Le temps passait et ses parents, tout forts qu'ils fussent, devaient accuser le coup. Cette nouvelle le froissa sans vraiment l'atteindre...

 

21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Avec Caterina la mystérieuse, à Naples.

LA PEAU DES MURS

 

Lucas se cache à Naples et est protégé par deux italiens : Stefano et Caterina. Le danger le guette pourtant...

Pourtant, le téléphone ne lui était pas interdit. En un rien de temps, il pouvait signaler sa position et être retrouvé mais il ne tentait rien. Dans cet appartement à la fois raffiné et chaleureux du Spaccanapoli, il se sentait en paix malgré son intermittente tristesse. Et puis, pourquoi réagir si tard ? Il avait déjà accompli une bonne partie du chemin proposé. Restait à le poursuivre. Pour se donner du courage, il se tournait vers Signorella dont il admirait la personnalité droite et sage. Lui parler n'était pas difficile. Et, contrairement au jeune Italien qui semblait ne jamais avoir entendu, elle répondait aux questions posées.

Elle lui apprit d'abord qu'elle avait cinquante deux ans. Il y avait peu de temps qu'elle vivait dans cet appartement qu'elle aimait beaucoup. Il était fréquent qu'elle y héberge des amis ou de la famille. En fait, sa vie avait changé cinq ans auparavant.

Intrigué, Lucas lui demanda :

-Pourquoi a t'elle changé ?

-J'ai divorcé. A la fin de mes études de médecine, je me suis mariée. Je le connaissais déjà car il faisait le même cursus que moi. Nous avons travaillé tous deux et eu deux enfants. Quand il s'avérait que nous avions trop de terrains de discorde, nous nous sommes séparés. Nous sommes en bons termes. La maison où nous avions longtemps vécu a été vendue et moi, je suis venue ici.

-Parle-moi de tes enfants.

-Ma fille, Chiara, fait des études universitaires ici, à Naples. Tu ne la verras car en ce moment elle est en vacances en Sicile avec des amis et ensuite va chez son père. J'ai aussi un fils de dix-huit ans. Il vivait avec moi mais c'est un petit malin. Il a réussi à décrocher une bourse d'études pour les États-Unis et part bientôt pour Boston. Ma vie a été très joyeuse avec eux.

-Mais tu es seule maintenant !

-La chambre bleue est toujours occupée. Tantôt, ce sont des convalescents, tantôt des fugitifs...J'appartiens à une organisation secrète dont le but est d'aider certaines personnes à transiter vers la destination qui est faite pour eux. Nous sommes nombreux à travailler dans l'ombre, personne ne nous connaît mais nous sommes très actifs. Pour qu'une épique se forme, il faut un dénominateur commun. Dans mon cas, c'était l'axe France-Italie. Il fallait aussi des enfants malades et une nécessité de survivre. Une fois que tu as éclairci cela, tu dois être capable de rendre service. Stefano parle le français et l'italien. Il est terre à terre, conduit vite, sait se repérer et écarter les dangers. C'est pourquoi il a été idéal pour vous. Moi, je parle aussi les deux langues car j'ai eu une mère française. Je dispose de cet appartement qui est une sorte de plate-forme pour les réfugiés qu'on m'envoie et je sais qu'en faire...

-Tu travailles pour Honey ?

-Je travaille pour Moe Yonhe. Tu peux l'appeler Honey. Il change de noms comme de formes. Il est puissant.

-Où est-il ?

-Je le sais mais ça je ne peux de le dire. Tu vas vers lui, de toute façon.

-Moi, je veux encore rester avec toi !

-Tu le peux. Le temps n'est pas encore venu.

Lucas ne voulut pas en savoir plus. Il pensa naïvement qu'il n'y avait au fond aucune raison que son séjour s'interrompe. Qu'il ait une identité ou une autre, nul ne semblait s'en soucier...

C'est du moins ce qu'il pensait et il commença à se promener seul, uniquement dans les rues proches du domicile de Caterina et toujours de jour. Il n'y eut aucune anicroche jusqu'à ce qu'un sexagénaire très bien vêtu s'approchât de lui, une fin d'après-midi.

-Euh, jeune homme, une minute. Vous parlez français ? Je sais si peu d'italien...

Lucas n'eut pas la présence d'esprit de secouer la tête pour montrer qu'il ne comprenait pas. L'homme s'enhardit.

-Ah, vous comprenez ! Écoutez, je cherche un garçon de votre âge, une jeune Français en vacances à Naples. Il s'appelle Jérémie Rivelli. C'est du moins le nom qu'il porte en Italie...

Cette fois, Lucas, aux aguets, répondit en italien mais l'homme avait pris barre sur lui.

-Je vois que vous me comprenez ! En fait c'est un garçon dans vos âges, pas très grand, brun, vêtu de bleu-marine. Il s'est enfui et je ne vous cacherais pas que je le cherche. Sa famille souffre beaucoup, vous devez vous en douter, mon jeune ami...

-Je ne sais pas.

-Oh, moi je pense que si ! Il faut m'aider !

Il semblait à Lucas que la nuit tombait à toute vitesse, ce qui à dix-huit heures en cette saison, était hautement improbable. La rue semblait se vider aussi alors qu'elle était bondée. De nouveau, il répondit en italien. L'homme ne se démonta pas.

-Attendez, jeune homme, j'ai des photos. Vous savez, celles qu'utilise la police, à savoir les vraies et les transformées. Vous aurez du mal à me croire mais sur l'une d'elle, maintenant que j'y pense, on dirait que c'est vous ! Un instant, je cherche...

 

16 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. A Naples. Attaque sournoise et départ de Stefano.

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A Naples avec Stefano et Caterina, Lucas va de bonheur en péril. Le mal le traque...

Comme l'homme fouillait dans la poche intérieure de son veston, un Italien sortit pour lever la grille d'une trattoria dans laquelle Lucas s'engagea sans réfléchir. Au même moment, l'homme poussa un cri indigné suivis de nombreux autres. Une meute de chiens s'en était pris à lui. L'un des canins lui mordait les chevilles, l'autre lui attrapait le bras et les autres hurlaient, menaçants. Sous le regard intrigué de l'employé qui préparait sans l'inquiéter la salle du restaurant, Lucas très effrayé se rapprocha de la devanture. Celui qui s'était adressé à lui était en mauvaise posture. Il était au sol désormais et livré aux chiens. Nul n'intervenait car plus personne n'arpentait la rue, fait insolite dans un quartier central de Naples où sans cesse on allait et venait. Se sentant observés, plusieurs des chiens tournèrent la tête vers Lucas. C'était de ces chiens des rues maigres et pelés que certains nourrissent. L'un d'eux cependant était différent. L'enfant le reconnut immédiatement. Cette belle fourrure, ce dynamisme, ces yeux marron doré, c'était Lucky ! Jamais il ne lui avait vu cette hargne. Son cœur se remplit de joie et il fut près à s'approcher de son chien. Il n'en eut pas le temps car la meute se détacha de l'homme martyrisé aussi vite qu'elle s'en était pris à lui. Les chiens disparurent, suivant des chemins différents et, comme par enchantement, la rue se repeupla. De nouveau, il faisait très beau. Stupéfaits par les blessures de cet homme à terre, les passants téléphonaient tout en s’interpellant. Nul ne se soucia de Lucas qui, quittant sa cachette, courut aussi vite que possible chez Signorella. Quand celle-ci le vit, échevelé et presque hagard, elle s'employa à la calmer sans céder elle-même à la panique.

-Il connaissait mon pseudonyme !

-Oui, c'est évident  mais il a été mis hors de nuire.

-Alors, tu vois !

-Mon chien Lucky, celui que j'avais avant, et d'autres bien sûr !

-Tu n'as donc rien à craindre.

-Tu dirais que c'était « Le Plan » ?

-Oui.

-Mais pour Nicholas, ça n'a pas marché. Un autre homme viendra bientôt!

-Pour ce qui est de ton ami, Stefano t'a répondu, je crois. Toi, tu vois juste. Un autre homme viendra certainement mais toi, tu ne seras plus là. Et moi non plus, pour quelques temps...

-Stefano va m'emmener ailleurs ?

-Stefano ne s'occupera plus de toi. Il est en route pour la France. Officiellement, il est garçon de café dans un village savoyard, tu t'en souviens, tout de même !

-Il est parti ? Et son au revoir ?

-Il t'a laissé une lettre.

-Et nous ?

A ce « nous », Caterina sourit avec bienveillance.

-Je t'emmène à Pouzzoles. Tu as une belle visite à faire. Tes aventures continuent.

-Avec toi ?

-Pour le moment.

Elle était si souriante qu'il se laissa pacifier par elle. De plus, le message laissé par le jeune Italien le ravit.

La Bella storia m'attend ! Celle-là ou une autre...Vedi ? J'étais officiellement en vacances en Italie. Ne crois pas qu'on ne se revoie jamais. Il y a peu de chances que tu reviennes en Savoie mais beaucoup pour que nos routes se croisent de nouveau. Souviens-toi des anges sur les tableaux qui ornent la maison de Signorella. Imagine que l'un d'eux ait grandi et qu'il se dévoue sur cette terre aux enfants qui veulent survivre et tu comprendras et partout où il y en a, je suis là. Moi ou mes frères. Alors, arrivederci mon ami !

 

 

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16 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Cérémonies secrètes dans la villa Ada. (3)

FANTASTIQUE

Lucas et Nicholas, enfants malades, ont suivi l'italien Stefano pour échapper à la mort. Les voici dans une étrange villa, dans le nord de l'Italie, où ils subissent une étrange initiation...

L'eau emplit de nouveau le hublot et cette fois, elle prit des couleurs abyssales. Il y vit passer avec étonnement des poissons très anciens aux formes inconnues et s'étonna du bleu sombre qui s'écartait parfois du noir d'encre pour qu'il puisse les apercevoir. Comme pour sa première vision, tout était très silencieux mais cette fois le mystère et l'oppression étaient plus fortes. Il lui sembla que les eaux mettaient beaucoup de temps à disparaître de son champ de vision pour céder la place à une estrade grise. A y bien regarder, il s'agissait plutôt d'un podium sur lequel on se donnait à voir... Cette fois, il n'y avait pas d’ambiguïté. Le jeune homme qui apparaissait était son père. Il avait une vingtaine d'années, des traits doux et agréables sans être beaux et un regard plein de rêves. Ce qu'il était vraiment, il le cachait. Le lycée puis la faculté de lettres lui avaient appris à ne pas paraître trop sensible. Lucas le découvrait rieur mais timide au fond. Il le regardait étudier, courir le dimanche matin, sourire à son amoureuse lors d'une belle excursion dans un château de Touraine. Il avait l'air fort alors mais il cachait ses doutes et l'incurable romantisme de son regard sur la vie. On voulait que tout soit parfait mais rien ne le serait...

Ému, Lucas se rendait compte que l'envie d'avoir un fils était apparu très tôt chez ce jeune homme qu'il n'avait jamais vu ainsi. Le podium écarté, les eaux revenaient. Elles étaient clémentes cette fois et le nageur qui s'y ébattait rêvait d'un enfant de la mer. Il le trouverait en nageant ce petit être aussi adroit dans la mer qu'un dauphin et il l'adopterait. Du reste, Lucas constatait que Vincent ne rêvait pas en vain. Bientôt, il ne nageait pas seul, un enfant-poisson l'accompagnaient. Sous l'eau, ils respiraient sans difficulté et faisaient preuve d'une adresse incompréhensible. Les traits de son père, bien reconnaissables, étaient épurés et embellis par l'effort et la joie. Quant aux siens, Lucas, qui se voyait non tel qu'il était à cet instant mais tel qu'il aurait dû être si la maladie ne l'avait pas rongé, les trouvait pleins et beaux. Père et fils comme des créatures de la mer, bravant les vagues, parcourant les eaux peu profondes comme les hauts fonds ! Que c'était étonnant !

Lucas eut de la peine quand les images de cette belle entente père-fils s'estompèrent. Il ne resta bientôt plus que les eaux sombres de départ dans le hublot puis une substance crémeuse et glacée, lors que le volet d'obturation descendit.

Abasourdi, le jeune garçon resta un moment en silence et dut prendre sur lui pour retourner vers la table. Il n'eut pas besoin de visualiser la statue de femme car elle était déjà là. Elle était en colère, son visage crispé dévoilant des joues rougies et un regard très noir. Elle fermait les points. Son corps, jadis de bronze, s'humanisait de plus en plus, rejoignant sa tête qui était désormais totalement humaine. Lucas, cependant, gagnait en force car il ne ressentait pas de peur.

 

tableau FANTASTIQUE 1

-Tu es une déesse primitive. Tu apportes la méchanceté et la souffrance, je le sais. Ne crois pas que tu vas gagner ! Ni sur elle, ni sur lui ni sur moi tu n'as de pouvoir !

Le regard de la femme sauvage ne perdait en rien en agressivité mais le jeune garçon, mu par une force qui le traversait, poursuivait.

 

Fleuve de lumière, belle éternité, force vive,paix. Paix.

Force du guide intérieur.Joie. Absence de crainte. Force.

Force orgueilleuse. Puissance. Souffle.

Vent. Force. Lumière de la vie. Force de vie.

 

Et la femme-statue semblait se résigner. Comment atteindre un tel messager ?

Il fallut bien sûr se placer devant le troisième hublot qui s'ouvrait. Il y vit une forêt dense comme on en trouve en Europe et au cœur de celle-ci, il découvrit un de ces temps que construisaient les celtes en déplaçant et entassant d'énormes blocs de pierre.

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Départ pour Pouzzoles...

champs phlégréens

 

A Naples, Lucas est toujours protégé par Stefano et Caterina, deux italiens. Stefano se retire du jeu. Pour le consoler, Caterina l'emmène sur les pentes du Vésuve...

Le lendemain, ils partaient pour Pouzzoles où Lucas s'était déjà rendu car c'est de là qu'il avait pris le bateau pour Ischia et Procida. Il n'en avait cependant vu que les installations portuaires. Cette ville, située en bord de mer, immédiatement à l'ouest de Naples, était déjà connue dans l'Antiquité. En elle-même, elle ne présentait pas un grand intérêt mais ses environs, eux, étaient passionnants car caractérisés par une grande activité volcanique.

Cratère volcanique situé à proximité de la ville , la solfatare était une terre de souffre. On y voyait et y voit toujours un type de fumerolles caractérisées par leurs importants dépôts de soufre. Les Champs Phlégréens comptait une quarantaine de volcans dont la solfatare et chacun offrait des paysages aussi impressionnants que désolés.

Lucas et Caterina déambulèrent dans des zones fantomatiques pleines de fumerolles où la vie humaine se teintait de précarité. Scientifique dans ses vues, l'Italienne était à même de présenter ces lieues pour ce qu'ils étaient à savoir des terres volcaniques sur lesquelles l'Homme exerçait une grande surveillance mais elle choisit un autre biais, celui de la mythologie.

-Ce sont les Grecs qui ont donné un nom à ce lieu. Champs Phlégréens signifie champs ardents.

-Est-ce qu'ils en avaient peur ?

-Bien sûr ! Le contraire eut été étonnant. Imagine-les face à ses fumerolles ...Quant à la Solfatare, Strabon, Virgile et Pline l'ancien l'identifient comme la demeure du dieu Vulcain et la porte des enfers. Il y a Cumes aussi où je pourrais t'emmener. Enée, le héros du poète Virgile, y est descendu aux enfers et a atteint les Champs-Élysées qui en étaient la partie la plus difficile à atteindre.

-Mais ça c'est la mythologie !

-Bien sûr. On a rentabilisé cet endroit autrement que par la littérature, tu as raison. Le souffre et l'alun sont utilisés pour la pharmacopée. On a crée des établissements de soins ici, pas seulement dans l'Antiquité mais au Moyen-âge où les thermes étaient encore en vogue. Et puis encore maintenant, la région est attractive. Les touristes adorent la Bocca grande, la plus grande fumerolles et il y en a que les effluves de souffre intrigue. Les Napolitains, eux, n'aiment pas beaucoup cette zone mais tu le sais maintenant, nous vivons au dessous du volcan. Alors, les fumerolles, les coulées, ça ne nous fait pas rêver !

La promenade fut longue et ardue. Ils avaient pris un guide bavard. Lucas finit par sentir la fatigue et il avait faim. Caterina l'assura qu'au sortir du site, il y avait de quoi se restaurer et que s'il le souhaitait, ils pouvaient même choisir un hôtel avec piscine. Cette proposition le ravit et c'est avec un nouvel élan qu'il suivit le groupe.Quand comprit-il que l'Italienne n'en faisait plus partie, il n'aurait su le dire. Interrogeant l'un et l'autre, il obtint des réponses contradictoires avant d'entendre sa voix qui, de loin, l'appelait. Il courut encore et encore, passant d'un endroit à un autre sans jamais retrouver son amie. Bientôt, il fut seul. Quelques heures passèrent pour lui dans la plus austère des solitudes avant qu'il ne comprenne ce qu'il devait faire. Cette porte des Enfers dont Signorella avait parlé de façon si anecdotique, il devait la trouver car là était sa mission. Là était la suite de son parcours.

Les yeux ruisselants de larmes, il se remit en marche. Les dieux lui furent cléments, le jugeant fatigué et bientôt, il eut la vision de portes dorées qui ouvraient sur un escalier descendant. Nul cerbère n'en gardait l'entrée. Il suffisait de prendre son courage à deux mains et d'entrer. Il le fit.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Vincent et Noémie. Les parents, l'origine...

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Dans le labyrinthe où il est enfermé depuis des années, Lucas pense à ses parents dont il a été brutalement séparés. Leur complexité lui apparaît soudain...

A peine eut-il pensé ainsi que tout se volatilisa. Il eut beau scruté sur le mur ses maladroits dessins, il ne comprit plus rien. Un serveur italien en Savoie, dans un village ? Non, il ne voyait pas. Une femme qui avait un cabinet médical à Naples ? Elle se serait occupée de lui ? Il n'y avait aucune raison qu'elle ait fait cela. Un golden retriever qui parlait la langue des hommes ? Quel imbécile il fallait être pour croire cela ou quel naïf ? Et quant à ce monstre qui aurait habité en lui ? Balivernes.

Bientôt, il ne sut même plus qu'il les avait connus. Il n'y avait pas eu de fuite, de planques, de villa Ada, de salle aux visions et encore moins de séjour à Naples. Quant à un esprit du Bien qui se serait heurté à un esprit du Mal ? Non. Jamais de la vie.

Les seuls qu'il reconnaissait encore était ses parents et à leur sujet, sa honte persistait. Il les voyait comme jamais il ne les avait vus et en restait confondu .

Ils n'avaient guère que dix-huit ans, passaient le bac et déjà étaient émus l'un par l'autre. Plus tard, ils faisaient les mêmes études et projetaient de se marier. Ils étaient si jeunes et si amoureux l'un de l'autre qu'il fut ému de leurs rêves de jeune couple. Il les revit attentifs à lui les quatre premières années de sa vie, celles où, en pleine santé, il semblait précoce. Puis il prit de plein fouet leur affolement quand la maladie s'était installée. Il mesura leurs efforts patients pour ne rien lâcher et le soutenir. Il se souvenait bien sûr de tous les efforts qu'ils avaient entrepris mais il ignorait que sa mère avait vu tour à tour un psychologue, une cartomancienne et un prêtre susceptible de désenvoûter leur maison ! Voilà qui nuançait son image de femme rationnelle !

Quant à son père, il était surprenant de voir que son apparence optimiste, il avait plus encore que la mère, dérivé, buvant en cachette et ayant une liaison !

Sur le mur, il vit les pauvres dessins qu'il avait fait se muer en images et il eut une vision claire de ce qu'étaient ses parents au moment de sa disparition. Il reconnaissait bien leurs traits et se sentit plein d'amour pour eux. Son raisonnement aurait été qu 'il était bien puni pour sa sottise et qu'il était normal qu'il expie si de nouvelles images n'avaient remplacé les premières. Ses parents là, il ne les avait jamais vus sous cette forme. Perdant sa régularité, le temps se déformait. Il faisait une avancée...

Sa mère avait désormais quatre ans de plus. Elle n'était après tout qu'une femme de trente-huit ans mais elle paraissait plus âgée. Sans maquillage, les cheveux courts et sans après, vêtu d'un pull informe et d'un vieux pantalon, elle n'était pas à son avantage. Par opposition, son père, qui avait toujours eu un physique plus avenant sans être beau, paraissait très soucieux de son apparence. Assis l'un à côté de l'autre, ils offraient un contraste saisissant, elle toute avachie et lui encore très robuste. La conversation qu'ils avaient et dont Lucas se trouvait le témoin involontaire renforçait le malaise. Jamais, ils ne lui avaient paru désunis même si leurs traits de personnalité étaient différents par bien des points. A les entendre cependant, ils parlaient encore la même langue mais les difficultés qu'ils avaient à se comprendre allaient devenir infranchissables.

-Tu aimais pourtant l'idée de la Bretagne, Noémie...

-Oui, je sais...

-Et nous avons eu ce poste double dans le Finistère.

-C'est sûr.

-Et tu n'es plus d'accord...

-Je sais que ça te semble incompréhensible, Vincent, mais c'est ainsi. J'ai cru qu'il fallait s'écarter de la Ferté Bernard parce qu'il était impossible là-bas de ne pas attendre Lucas. Tu vois bien, je ne changeais rien à sa chambre, je surveillais le téléphone...Il me suffisait de tomber sur un de ses vêtements ou un de ses jouets ou encore de regarder son chien pour sentir que j'allais devenir folle. J'ai voulu partir, c'est vrai, j'ai même insisté. Mais Brest, en fin de compte, ça ne me plaît pas trop.

-Et comment on fait ?

-Ah mais toi, ça te plaît.

-La proximité de la mer me plaît, oui.

-Et c'est tout ?

-Écoute, Noémie, ce n'était pas facile, c'est sûr mais moi, je ne souhaitais pas vraiment partir. C'était dur à vivre, c'est vrai. Il fallait affronter le regard des collègues, celui des gens de nos deux familles, les remarques pas toujours adroites, les mises en garde et les propos bébêtes sur le fait que tout finirait par s'arranger...Mais on était ancrés là et lui-aussi. Il lui était arrivé quelque chose de terrible mais s'il était vivant quelque part, s'il se raccrochait à son passé, c'est cette maison qu'il reverrait, le jardin, la campagne, ses animaux...Il ne pourrait nous imaginer ailleurs que dans ces lieux...Alors vendre la maison, c'était une grande responsabilité...

-Mais quoi ! Qu'est-ce qu'il te faut ? Combien de fausses promesses nous a t'on faite ? La police ne trouvait rien, toutes les pistes étaient fausses. En Savoie, ils ont interrogé un type de trente ans déjà déglingué. Il a avoué et s'est rétracté et de toute façon, il était bon pour l'hôpital psychiatrique. En Italie, il y bien eu un signalement et ça a donné quoi ? Depuis deux ans et demi, il n'y a plus rien, rien. Lucas, il a rejoint cette cohorte d'enfants dont les photos peuplent les commissariats. Il y a des années qu'on les cherche sans jamais les trouver. Ceux qui auraient pu être de quelques utilités pour l'enquête se sont évanouis dans la nature et l'indifférence a remplacé l'indignation ! Tu crois vraiment qu'on le recherche encore avec sérieux ? Moi, je n'y crois plus. Ces gamins dont je parlais, ils avaient cinq, sept ou neuf ans et ils ont ont entre cinq et dix de plus. Tout porte à croire qu'ils sont morts mais on n'a trouvé les corps alors, ils sont vivants...Seulement, ils sont méconnaissables. Lucas avait onze et demi, il a maintenant quatorze ans. Nous on sait encore quel enfant il était mais lui ? Sommes-nous ses parents ?

-Bien sûr que oui.

-Ou bien sûr que non. Pour l'état civil, c'est clair mais sinon ?

-Ta logique est fausse. Nous l'aimions, il nous aimait et si nous le retrouvions, il en irait de même.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Une disparition ancienne, des parents déchirés...

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A onze ans, Lucas a mystérieusement échappé à sa famille et pour ses parents, il est mort. Enfermé dans un labyrinthe, le jeune garçon a une vision d'eux...

-Mais il est mort ! Il est mort ! Le cinglé qui l'a enlevé l'a tué quelque part en Savoie et si ce n'est pas le cas, il est mort de froid dans la neige ou de faim quelque part en Italie où on l'a laissé seul dans une maison fermée à double tour ! Si tant est que ce soit pas un de ces scénarios, tu t'attends à quoi ?

-Mais je ne sais pas ! Il est peut-être amnésique quelque part. On a mis la main sur lui il y a peu de temps et le lien n'a pas encore été fait avec nous, avec cette affaire.

-Ah oui ! Le cas du petit Forestier ! Un gentil gamin sacrément patraque qu'on avait envoyé se refaire une santé en Savoie parce qu'on ne voyait plus ce qu'on pouvait pour lui dans les parages...

-On a subi une énorme pression : les médecins, les psychiatres, nos familles, nos amis. Et n'oublie pas qu'il allait mieux !

-Oui, mais on l'a enlevé. C'était peut-être pour sa peau comme dans « Le Silence des agneaux » ! Si c'est le cas, le butin était maigre...

-C'est insupportable !

-Vertueux Vincent !

-Oui, vertueux.

-Alors, que feras-tu ?

-Je vais retourner dans cette région où nous l'avons élevé. Du reste, tu le sais. J'ai demandé ma mutation et l'ai obtenue.

-Et tu l'attendras !

-Je l'attendrai toujours.

-Méfie-toi, tu peux y passer quinze ans ! Et pour rien. Moi, je reste ici. Je ne voulais pas une vie comme ça. Pour moi, le bonheur était écrit, du et je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement. Je me suis trompée, voilà. Ce gamin tout le temps malade, c'était une croix à porter sauf que n'étant pas croyante, les croix, moi, ça me donne la nausée. Tu vas partir, je vais rester et c'est comme ça.

-Nous sommes encore un couple solide.

-Tu sais bien que non.

-Tu veux divorcer ?

-Tu le sais bien.

-Et tu penses que ce sera mieux ?

-Oui.Tout s'est effondré. On avait cette maison et cette vie qui nous remplissait d'aise. Lucas a disparu et tout nous a été enlevés. Il y a eu des décès prématurés dans nos deux familles et de lui, il ne nous est rien resté. Même ce chien qu'il adorait, ce Lucky si gentil, a disparu un beau matin. On s'aimait. On ne s'aime plus. On avait tout. On n'a plus rien.

-Je vais partir. Tu réfléchiras.

-Ah, toujours ta patience !

-Je suis terre à terre aussi...

-Tout a été défait.

Elle avait une voix sèche et catégorique. Elle se séparerait de son mari. Lucas en avait la certitude maintenant alors même que les années où leurs rapports se désagrégeraient ne s'étaient pas encore écoulées.

Être l'involontaire témoin de cette terrible discussion plongea Lucas dans un grand désarroi. Il chercha à se raccrocher à ses naïfs dessins qui témoignaient d'une unité perdue mais il les trouva maladroits et s'en voulut d'être si mauvais dessinateur. Et puis, l'unité...

Peu de temps s'écoula avant qu'il ne ressente une immense fatigue. Il aimait l'alvéole où il dormait depuis quelques temps et il s'y allongea, le cœur lourd. A l'habitude, en prisonnier dont la peine est interminable, il savait se réveiller quelques heures plus tard. Cette fois, il souhaita ne pas le faire. Si seulement ce sommeil pouvait être éternel et le conduire à la mort ! Il ne sortirait jamais d'ici, il en avait la certitude. Alors, mieux valait en finir.

Il ferma les yeux et se tourna contre la paroi rocheuse. Il ignorait que son vœu ne serait pas exaucé...

Quarante-huit mois plus tard, jour pour jour, il reprit conscience. Peu à peu, il redécouvrit l'univers sous terrain dans lequel il avait déambulé en vain. Pendant des années, il avait été hors de lui-même, aussi vide qu'une sculpture sur un tombeau. Sa mémoire lui étant rendue, il retrouvait son histoire proche. Se levant, il s'approcha de la paroi rocheuse et revit ses dessins. Il n'était plus question désormais de les trouver naïfs. Il les avait faits avec cœur ! Dans le même temps où il suivait des yeux les contours des silhouettes parentales, la conversation qu'il avait entendue lui revint en mémoire. Ainsi, ce mariage était condamné. Ce n'était plus qu'une question de temps...

Il était triste, bien sûr, mais marqué surtout du sentiment de sa différence !

J'avais onze ans et demi quand je suis parti...Et j'ai plus de quinze ans maintenant ! Est-ce possible ?

 Bien que n'ayant aucun moyen de contrôler son apparence physique, il sut, en palpant son corps, qu'il avait changé. Il avait beaucoup grandi, avait une musculature d'adolescent et des traits qui commençaient à échapper à l'enfance.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Dans le labyrinthe. Pensées multiples.

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Près de Naples, à la Solfatare, Lucas, un jeune garçon et Caterina, une italienne mature visitent les champs de soufre. Mais Lucas entre dans un labyrinthe...

Lucas fit avec ce qu'il avait. Ayant conservé le caillou aiguisé qui devait lui permettre de combattre le monstre du labyrinthe qui le retenait prisonnier, il s'en servit pour faire des comptages. Il dessina des bâtons sur une paroi rocheuse à la chair tendre et s'en servit comme point de départ d'une nouvelle ère : celle de sa solitude en ces lieux.

Se référant encore à Robinson, il envia celui-ci. Voilà un naufragé qui avait pu chasser, s'emparer et domestiquer quelques animaux et pêcher. Il avait pu cultiver aussi et construire un abri puis un fortin avec les outils récupérés dans la Virginie...Lui, ne pouvait rien faire de tel. Par contre, il pouvait se souvenir ! Puisqu'il n'y avait dans ces souterrains aucune forme de vie animale ou végétale, il dessina. Sur les parois rocheuses, apparurent des animaux domestiques, comme ceux qui l'avaient entouré enfant et aussi des ciels et des maisons. Il y avait des papillons et des oiseaux. Et des fleurs, beaucoup de fleurs. Et pour finir, il dessina des êtres humains.

 Stefano, Signorella,

Papa, Maman,

Lucas .

 Il se dessina aussi car il craignait de disparaître et à côté de lui, il plaça Lucky. A sa manière, le jeune garçon luttait contre l'anéantissement. Il n'y avait peut-être personne pour lui, ici, mais là-haut, il y avait les siens. Figés dans sa mémoire, ils devenaient vivants quand il les crayonnait et c'était bien. Stefano, les cheveux tout bouclés, riait aux éclats dans la maison des gardiens de la villa Ada. Caterina, en jupe et chemisier se promenait dans Naples avec lui et achetait du poisson sur le port. Maman, telle qu'il l'avait connue, revenait de l'école avec son sac plein de cahiers et papa faisait du vélo avec lui sur une petite route de campagne. Quant à Lucky, il se comportait comme dans la maison de la Ferté Bernard, toujours prêt à jouer et protecteur. Il était dur de les dessiner tous et le résultat n'était pas exceptionnel, il s'en doutait bien, mais ça n'avait pas d'importance. Que papa et maman aient une tête trop grosse, le chien une queue interminable et ses amis italiennes des bouches immenses, qu'est-ce que ça faisait ?

Désormais, Lucas ne bougeait plus. A quoi cela aurait-il servi ? A parcourir encore d'interminables galeries ouvrant sur d'autres, le tout dans un silence effrayant ? Ici, au moins, il était bien. Il lui restait un dessin à faire et ça lui posait problème. Parce que représenter quelqu'un qu'on a jamais vu, c'est dur ! Et lui, il voulait figurer Honey ? Mais Honey, c'était quoi ? Une idée, un homme, une créature d'un autre monde ? Difficile de le savoir. Le temps passant, l'urgence resta. Alors, Lucas écrivit sur le mur :

 Honey, vainqueur de Ah Thor.

A peine eut-il fait cela qu'il lui sembla qu'étaient devant lui ces deux Italiens qui avaient permis sa fuite. Caterina Signorella lui faisait face et souriait doucement. Au dessus de sa tête, Lucas vit apparaître le mot « Mansuétude ». Brune et courageuse, l'Italienne rayonnait de bonté. Il tendit les mains vers elle mais ce n'était qu'une apparition et il ne put la toucher. Ses doigts bougèrent dans le vide. Il en alla de même pour Stefano à qui était associé le mot « Courage ». Vif et bon combattant, le jeune homme l'avait scrupuleusement protégé.

Différentes furent les apparitions des parents. Lucas s'était peu soucié d'eux, tout tendu qu'il était vers Honey, mais il les découvrait tristes et défaits, rongés par le chagrin. Il n'osa se manifester et se sentit horriblement coupable. D'ailleurs, le mot qui apparut à ce moment-là était «Culpabilité » mais, il le sentit, c'est lui qu'elle visait...

Jamais l'enfant n'avait douté de sa mission. C'était le cas pour la première fois et de dures pensées le traversèrent.

 Je n'aurais jamais dû m'enfuir de l'hôpital et entraîner Nicolas à ma suite. Et eux, est-ce que je devais leur faire confiance ? Il m'a lâché, lui, et elle, elle a fait pareil. Mon père et ma mère, ils avaient confiance dans la médecine. Et s'ils avaient eu raison ? S'il avait juste fallu attendre et non écouter ce chien magique qui me disait de m'enfuir pour guérir ? Si Honey, ce n'était rien du tout ? J'ai été fou !

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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