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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Aventures sur commande.

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Liée de façon ambigue à l'Américain Phillip Hammer, la jeune Isée compense son manque d'expérience amoureuse par de nombreuses aventures masculines...

Était-ce suffisant pour Phillip ? Oui, si je donnais ma mesure. Je le fis. J’avais lu quelque part que les hommes, quels qu’ils soient, fantasment beaucoup sur les attouchements dans le noir et la sexualité illicite. Et je ne parle pas de la masturbation féminine. Curieusement, mon bel Américain gay ne semblait pas différents des autres sur ce plan et il se délecta des détails que je donnais, insistant pour que je réécrive certains passages et les rendent plus crus. Il regretta l’absence de photos. Il aurait voulu me voir dans la salle aux prises avec ce type puis au lit avec lui. Et naturellement, le fait que je puisse me procurer à moi-même un plaisir aussi intense l’enthousiasma. Repris de nombreuses fois, mon texte lui plut vraiment. Il en aima la forme et le fait que je présente mes réticences comme des faiblesses. Il aurait aimé que je revoie cet être apparemment si porté sur le sexe et dont le langage cru m’avait, à plusieurs reprises, mis très mal à l’aise. Je dus insister sur la maigreur de cet homme et sur sa laideur. Sa peau have plus que blanche, sa poitrine creuse constellée de poils noirs étaient aussi décourageantes que ses fesses tombantes et les ongles sales de ses pieds. Il abdiqua sur ce point mais me complimenta.

Il en était à ses dires le seul lecteur et je n’imaginai pas qu’il pût en être autrement. Notre relation privilégiée, que j’avais crue perdue, renaissait donc bien de ses cendres.

Les mots « Exposition, promeneur, fuite discrète » furent avancés et ils le laissèrent dubitatif. Il préféra utiliser le terme « faux-fuyant », plus littéraire et élégant. J’avais donc un nouveau projet en tête. Une nouvelle année scolaire s’ouvrait et je souhaitais que ces aventures l’illuminent. Parallèlement, bien sûr, Zacharie et moi échangions beaucoup et je ne désespérais pas de le revoir.

Un mois passa. Au Grand-Palais, m’étant rendue à un hommage aux Cubistes, je rencontrai un Allemand avec lequel je passai la nuit. Il s’appelait Christian, comme le médecin qui ne pouvait m’emmener à son hôtel et bien sûr cela me fit sourire. Il était en crise de couple, était venu à Paris « pour respirer » et avait envie de femmes. Il aimait les Françaises. Il commença à m’expliquer que j’étais la cinquième qu’il rencontrait en très peu de temps, se sentit maladroit et ne sut que faire. S’enlacer et faire l’amour s’avéraient le meilleur remède à ses interrogations, selon moi et c’est ce que nous fîmes. Ce fut tendre et plutôt bien sans être tonitruant comme avec le précédent dont le prénom, Jean-Albert, était déjà tout un programme…A l’aube, il prétexta qu’il devait juste descendre pour chercher du liquide avec sa carte bancaire. C’était plausible mais il ne revint pas. De guerre lasse, je quittai l’hôtel et lui laissai un mot gentil. En soi, c’était une aventure plutôt triste mais je la transformai en histoire douce-amère. Cet homme, en me quittant ainsi, me rendait dépositaire d’une tristesse que j’étais seule à pouvoir décrire dans toute son opacité. Je rédigeai donc un texte mélancolique où deux êtres qui, de façon diffuse, se comprenaient, ne se rencontraient pas vraiment. Je mis du temps à le parfaire et à le lui envoyer. Il le toucha. Il trouva « intéressante » ma nuit avec Christian Hoffman, un homme qui manifestement avait peur de son futur et qui ne savait pas trop quoi faire de la tendresse qu’il avait à donner, ne pouvait être qu’attachant. La description que je faisais de cet Allemand en faisait un grand homme blond au physique athlétique et à l’assez beau visage inquiet. Il comprenait que je n’aie pu le revoir, sa dérobade rendant toute tentative de second rendez-vous impossible mais il le regrettait. Suivant sa théorie, les hommes tristes font de bons amants pour les femmes peut-être parce qu’ils croient leur sexualité perdue. Ils veulent donner un plaisir fort à celle qui est dans leur lit, comme si l’expérience n’allait pas se reproduire. J’appréciai ce qu’il m’écrivit sans confirmer ou infirmer ce qu’il disait. Je n’avais jamais rencontré d’hommes aussi désemparés que Christian. Peut-être plus tard, en ayant rencontré un autre, saurais-je quoi lui dire pour qu’il ne parte pas à l’aube « chercher du liquide. » 



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2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Amours violentes.

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Liée à l'Américain Phillip Hammer, Isée est très influencée par lui. Elle a connu peu d'hommes et doit y remédier.

En novembre, je décidai de programmer une nouvelle aventure. Je prenais plaisir à faire l’amour avec des inconnus, je ne pouvais le nier et je me lançai dans la bataille, sachant que je ne voulais pas, cette fois, d’une aventure à la tristesse acidulée.

Iban était un père de famille basque (ça ne s’invente pas) qui avait surtout envie de me raconter sa vie. Il était gentiment marié et père de famille et jusqu’ici, tout était allé plutôt bien. Seulement, sa femme était toute retournée par l’un de ses frères qui était prêtre et ne voulait plus l’être. C’est qu’ils étaient plus ou moins catholiques dans sa famille et cette entorse à la religion, soudain…Lui, encore, il pouvait comprendre mais sa femme, alors. Au lit avec cet homme qui n’était pas allé par quatre chemins pour me faire des propositions, je fus surprise qu’une fois sa fougue tarie, il me prit comme confidente. A la fin de la nuit, j’aurais pu aller à Biarritz et trouver sa maison les yeux fermés tant il m’avait donné de détails sur elle. J’aurais aussi reconnu ses enfants dans la rue…

Écrire sur ce basque me fit beaucoup rire. Je donnai de moi une image naïve sans être ridicule. Pauvre Isée, nue dans un lit, à côté d’un homme qui ne l’honorait pas mais lui racontait sa vie et l’empêchait de dormir…Je ris de moi mais modérément. Iban était un brave type et certainement pas un coureur mais il n’avait pas fait preuve d’une grande finesse d’esprit. Le texte que j’écrivis était léger et drôle. Il n’était pas excellent mais Phillip eut l’élégance de ne pas me le faire remarquer. Il nota tout de même que je venais de vivre quatre expériences très différentes qui m’avaient donné du plaisir tout en me faisant éprouver de la jalousie ou du dépit. Pour lui, cela suffisait. Il était satisfait. Je passai outre néanmoins. Pourquoi ? Parce que je n’imaginai pas du tout que je puisse me heurter à une réalité difficile. Je ne pourrai indéfiniment jouer au jeu de « mes petits récits » mais je pouvais tout de même les conclure par une note différente. Je décidai donc que j’aurais une aventure haute en couleur et mouvementée avec un touriste espagnol ou latino qui cacherait bien son jeu. Phillip accepta mais je ne le sentis pas enthousiaste. C’était à moi de lui montrer qu’il avait tort !

Comme novembre finissait, je rencontrai un samedi soir un Andalou en goguette qui voulait s’amuser à Paris. Je buvais seule une eau gazeuse dans un café situé près de mon école quand il se mit à me parler dans un anglais approximatif. Il me trouvait jolie. Nous échangeâmes nos numéros et je trouvai cela bête à pleurer. Il était beau garçon, ça, je devais le reconnaître mais pour ce qui est de l’amour physique, ses conceptions n’étaient pas les miennes. L’ayant rejoint dans son hôtel, il me servit copieusement à boire de telle façon que la tête me tourna. Il se jeta littéralement sur moi et cessant de parler son pauvre anglais horriblement accentué, passa à l’espagnol tel qu’on le prononçait en Andalousie et se mit à m’insulter. Il suffisait de voir la colère tordre son visage pour se douter de ce qu’il disait, même si ses propos m’échappaient. Il me frappa avant et après m’avoir prise et ceci à plusieurs reprises. Pour Iban, j’avais écrit : « père de famille, bienveillance, soucis » et pour ce Guillermo que j’avais pensé rencontrer « le soleil et la passion ». Je m’en voulus vraiment d’avoir utilisé des mots fantaisistes qui allaient, sans que je puisse m’en douter, recouvrir une réalité cruelle. Mais Phillip, quand il apprit ma mésaventure, fut consternée. Je n’avais pu quitter l’hôtel qu’à l’aube car j’étais entravée et j’avais des marques sur le corps et au visage. J’avais vu un médecin qui n’avait pas été dupe mais m’avait donné un arrêt de travail assez long, histoire que mon visage redevienne présentable. Hammer me donna un rendez-vous pour que nous puissions nous parler sur Skype. Il ne l’avait jamais fait ; quand il me vit sur l’écran, il réprima un haut le corps. Que j’aie des aventures diverses qui donnaient naissance à des textes singuliers lui plaisait mais non que je sois battue.

-Vous avez mal ?

-Non, ça va.

Il parlait un français impeccable.

-Vous avez porté plainte ?

-Mais non ! Qu’est-ce que j’aurais raconté ?

-Ce qu’il y a eu.

-Je ne peux pas faire ça.

-Je comprends. Je suis désolé.

-Moi-aussi.

Il ne put s’empêcher de sourire mais je le sentais plein d’attention.

-Vous n’avez pas pu deviner qu’il deviendrait violent ?

-On a pas mal bu et il a pris des cachets. C’est cela, je crois…Il s’est transformé brusquement…

 

2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Une invitation merveilleuse.

 

Laurence-Olivier

 

Une complicité ambigue unit la jeune Isée, enseignante, et l'Américain Phillip Hammer. Celui-ci, retournant aux Etats-Unis, l'invite...

Hammer était superbe, brun, le bel ovale de son visage, le v de son pull-over et ses yeux qui brillaient. Je n’avais ressenti aussi fort la séduction que cet homme pouvait dégager.

-C’est de ma faute, je crois. Je m’excuse vraiment…

-De votre faute ?

-Oui. Ce que vous avez écrit m’a fasciné. Vous sembliez avoir un pouvoir sur les événements. Il ne suffit pas de dire qu’on veut vivre ceci ou cela pour tout se passe comme on le souhaite mais vous, on aurait dit que vous influenciez le futur pour qu’il se conforme à vos souhaits. Tout vous a souri jusqu’à cette mauvaise rencontre. Ce n’était pas une histoire pour vous.

Je ne voulais pas aborder davantage ce sujet douloureux. Une fois de plus, je tentai de le faire parler de lui…

-Vous en avez des aventures, vous ?

-Oui.

-Et ce n’est pas pareil ?

-Non.

-Pourquoi ?

-Il m’arrive de payer. Ce sont des professionnels ou des jeunes qui se mettent dans un réseau parce que l’argent est facile. Tout est très encadré et de toute façon, c’est vraiment de temps en temps. Je pourrais coucher avec le jeune peintre ou le jeune sculpteur qui veut que j’expose son œuvre mais que je veuille ou pas mettre son travail en valeur, c’est trop compliqué ensuite. Alors, de ce côté-là, je ne fais rien.

-Et Vincent ?

-Se heurter à la violence lui est arrivé deux fois mais c’était il y a longtemps. La deuxième fois, il a été frappé fort, plus fort que vous et il a eu peur. Le type voulait l’étrangler. Il a réussi à s’échapper…Il est beaucoup plus calme avec les aventures maintenant et de toute façon, il ne pense qu’à la musique.

-Mais il est quand même jaloux. Il est de chair.

-Je vous l’ai dit ; les aventures que j’ai sont très espacées. C’est d’autre chose qu’il est jaloux. J’ai une bonne position sociale avec cette galerie qui marche très bien.

-Et les filles ?

Il eut un rire embarrassé.

-Il y a ce problème avec lui. Elles lui plaisent, c'est sûr...

J’explosai tout d’un coup.

-C’est trop terrible, trop limité, trop réel, tout cela…Je me sens veuve.

-Comment cela ?

-Veuve de tous ces espoirs, de toute cette gaîté. Le Basque, c’était drôle, les autres, c’était surprenant et…

-Votre dernière rencontre était violente. Sur celle-ci, il ne peut y avoir de texte. Mais les autres ont été bons. Vous vous êtes mise en scène de belle manière.

-Non, non…

Il fit un geste de la main pour m’apaiser car je pleurai.

-Que vous arrive-t-il ?

-Est-ce vous qui présumez trop de moi ?

-Non, je vous vois telle que vous êtes et je vous estime. Vous êtes si différente…

-Mais qu’est-ce ça veut dire ? Hein ?

-Calmez-vous. Vous êtes une jolie jeune femme. Le garçon du Montana vous contacte toujours ?

-Oui.

-Il vous invite à aller le voir ?

-Oui.

-Vous voyez !

-Et New York ? Vous voulez venir en vacances ?

-J’aimerais.

Je le vis hocher la tête.

-Venir deux semaines, vous pouvez. On travaille dur tous les deux mais on s’occupera de vous. Mais c’est plutôt…

-Plutôt ?

-Votre vie à Paris. Voulez-vous la poursuivre ?

-Pas toujours.

-C’est cela qu’il faut savoir. Vous parlez bien anglais et vous êtes invités par deux Américains. Pardon, trois…Vincent sera d’accord.

-Que sait- il de moi ?

-Vous m’avez donné des cours et vous êtes sympathique, c’est tout.

Je crois que mes yeux brillaient à travers mes larmes.

-L’Amérique pour autre chose que des vacances, vous y penserez, Isée ?

-Oui.

2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES.

REVEUSE 2

 

TROISIEME PARTIE

NEW YORK ET BILLINGS

 

 

 

29 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Vincent se confie (1)

DE BASHER HOCKNEY

Isée, invitée à New York, visite la ville et parle avec Vincent, le beau trompettiste qui est le compagnon de son hôte, Phillip. Vérité et fiction

Pour ma part, je tenais à prendre un bus touristique pour faire le tour de Manhattan et pouvais le faire seule. Vincent se proposait de m'emmener au cinéma et de dîner avec moi avant que je me transfère chez la mère de Phillip où, indépendante, je pourrais prendre mes aises. Ce plan me convenait fort bien et du reste, tout se déroula comme convenu jusqu'au cinéma où je laissais le jeune trompettiste choisir le film. Il m'entraîna dans un petit cinéma où l'on projetait Les Amants du Pont-neuf, film déjà ancien où Juliette Binoche jouait une jeune SDF aveugle tandis que Denis Lavant, l'homme qui l'aimait dans le film, faisait tout pour elle. Voilà un film que j'avais à Paris sur une petite télévision et qui ne m'avait pas laissé un souvenir mémorable. Le voir doublé en anglais ne m'amusa pas beaucoup mais Vincent était assis à côté de moi et je ne pouvais que me repaître de sa belle présence lunaire. Lui, il aimait ce film et je m'obligeai donc à en chercher les beautés. A la fin de la projection, nous prîmes un de ces invraisemblables cafés longs qui fait l'ordinaire américain et je m'efforçai de trouver le film bon. Il s'en amusa car je me forçai mais dit-il il préférait avoir vu avec moi un film de ce genre plutôt qu'un blockbuster. il me fit rire. Le magnifique visage de Juliette Binoche nous hanta un moment tous les deux puis je lui racontai tous les endroits que j'avais vus du bus et hors du bus avant d'aller grignoter des tacos avec lui. Cette fois, c'est moi qui avais indiqué mes gouts et ils n'étaient pas très français...Bon prince, il les prenait tels quels. L'atmosphère de l'endroit était telle que je me représentais un restaurant latino moyen de gamme dans une grande ville étasunienne. Tout le monde galopait et s'interpellait en espagnol et en américain. Ceci dit, la nourriture était bonne. Je la dégustai avec joie tandis que, comme à son habitude semblait-il, Vincent la picorait. Ce soir-là, il était un peu distant mais il le fut moins quand il m'eût emmené à bon port. Je sursautai en entrant dans l'appartement que me prêtait la mère de Phillip Hammer. Le trompettiste, qui portait mon sac de voyage et mon bagage cabine, se mit à rire.

-Un choc?

-Non, c'est jusque...

-Les tapisseries et le mobilier sont affreux. C'était un pied à terre pour madame Hammer quand elle voyageait et venait encore à New York. Elle n'est pas si âgée mais elle ne vient plus. C'est une femme très mélancolique. Ses idées en matière de décoration n'étaient ni très originales ni très favorables à l'apaisement mental. Tout le monde n'aime pas le jaune et l’orange comme elle...

-C'est sûr !

-Elle l'a loué un temps sans rien y changer et maintenant qu'il reste vide, l'idée qu'il ait besoin d'être rafraîchi ne l'effleure pas.

L'appartement disposait d'une cuisine moderne et fonctionnelle, d'un living meublé de façon conventionnelle et de deux chambres dont l'une avait une salle d'eau. Rien n'était ni mal construit ni mal disposé mais tout était pesant, des couleurs des murs à celle des canapés et des fauteuils, sans parler de celles des tableaux abstraits ornant les murs. Je haïssais mais que pouvais-je dire ? Non seulement je recevais un billet aller et retour pour New York en cadeau mais j'étais encore invitée à dîner et j'étais logée. Difficile de se plaindre.

Vincent, conscient de la laideur des lieux, n'en rajouta pas et moi-même me mordit la langue. Assis sur un immense canapé orange foncé, il m'interrogea.

-Phillip m'a dit qu'ensemble vous aviez écrit des histoires, c'est vrai?

-Oui, c'était une des conditions posées pour que je lui donne des cours de français différents.

-Ces textes sont lisibles? Je peux les voir?

-Bien sûr.

Je lui donnai les versions imprimées que j'avais avec moi et attendis. Il fut concis.

-Ruth est horrible.

-Vraiment?

-Elle est frigide.

-Pas de sens du devoir?

-Si, elle ne ressent rien donc, elle l'a.

-Rien de positif sur elle?

-Non.

 

Il n'aimait pas non plus Louise et "ses fantasmes pro-Kennedy" qui lui semblaient trop calculés. Sa vie était déjà trop avancée pour attendre d'elle la moindre évolution positive. Il ne croyait pas qu'elle avait trouvé une sorte d'harmonie. Seule Carolyn lui plaisait. Je cherchai à savoir pourquoi.

-Elle est jeune et déjà marquée?

-Beaucoup de jeunes femmes le sont à son âge et même avant.

-Alors, c'est le onze septembre.

-Oui, ça peut expliquer qu'elle soit si perdue. Son mari ne revient pas non car il a eu un accident de la route mais parce que des terroristes ont détruit la tour dans laquelle il travaillait, tuant par là-même des centaines et des centaines de personnes...

-Votre explication est très extérieure.

-Vous voulez quoi? Que je m'implique pour elle?

-Oui.

-C'est une jolie fille qui aimait son mari. Elle ne sait même pas comment il est mort dans la tour. Elle met du temps pour se reconstruire mais elle y arrive et je suis content pour elle. Trois ans pour se détacher vraiment de cet autre qui est mort, c'est le temps qu'il lui a fallu. Après, elle est plus forte. Moi, je...

Il avait l'air ému et je saisis ma chance.

-Votre mère est morte le 11 septembre?

-Oui mais elle n'était dans aucune des tours. Elle est morte des suites d'un cancer généralisé, dans un hôpital d'une petite ville de l'état de New York. Il n'y avait plus rien à faire : on l'avait débranchée.

 

 

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29 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Vincent se confie (2)

LITHOGRAHIE HOCKNEY

Invitée par Phillip Hammer, Isée est à New York. Vincent, le jeune compagnon de Phillip, se confie à elle

-Vous vous souvenez?

-Des attentats? De sa mort? Oui, des deux. J'avais treize ans. On me demandait de participer à un deuil national alors que le mien était tout ce qu'il y a de plus personnel. De gré ou de force, j'ai participé aux deux et puis, tout a changé.

-Vous êtes resté avec votre père?

-Oui, mais pas très longtemps. J'étais un élève compliqué, bon parfois. Avec ma mère, on parlait en français. Elle était vraiment jolie et toute blonde. Elle s'appelait France. Elle m'apprenait beaucoup de mots, les verbes, les phrases. Elle était arrivée à vingt ans aux USA mais le rêve américain n'a pas été pour elle. A trente-trois ans, elle est partie. Je n'aimais pas tellement mon père quand elle était vivante mais quand elle est morte, ça a été pire. Je lui ai échappé assez vite.

-Comment cela?

-J'ai fugué quand j'avais quinze ans. Vivre avec lui ne présentait aucun intérêt. On m'a retrouvé et j'ai recommencé, alors je suis allé dans un internat spécialisé. Il y avait des éducateurs. Ce n'était pas très bien surveillé. Je ne savais rien de la sexualité ou presque à mon arrivée mais bien plus au bout de quelques mois. Il n'y avait que des garçons. Je crois que c'est clair.

-Oui, très. Vous avez eu un diplôme?

-Dans cette école, non. A dix-sept, dix-huit ans, j'étais déjà à New York et je me débrouillais comme quelqu'un de cet âge assez jeune et assez beau peut arriver à le faire. J'aimais bien l'alcool et les pilules de toutes les couleurs et je pouvais en acheter.

-Et vous avez rencontré Phillip?

-Ah non pas tout de suite. J'ai rencontré tout un tas de types qui avaient la quarantaine, toujours pour le même motif. ça me permettait d'avoir de l'argent. Un de ces types, un jour, s'est révélé autre. C'était un musicien, un trompettiste. Quand je l'ai entendu jouer, j'ai eu comme un déclic. Je voulais pouvoir faire cela. Il m'a poussé à mettre de l'argent de côté et à me former. Petit à petit, je suis devenu un bon instrumentiste et vous voyez, j'ai fait tout ce qu'il faut pour devenir encore meilleur.

-Vous êtes parti de loin et vous pouvez remercier cet homme. Quel était son nom?

-Andy.

-Vous lui avez dit que maintenant vous êtes musicien professionnel?

-Non. Je l'ai perdu de vue. Je l'ai cherché à un moment sans le trouver. Il n'allait pas toujours très bien. Je pense qu'il est mort.

-Et Phillip?

-Je l'ai connu plus tard.

-Il a dû vous rassurer. Il est très stable.

Il eut un rire un peu faux, presque douloureux.

-Je jouais déjà dans un orchestre, mais pas celui-là. J'avais envie d'un type mature pour un soir. Internet, je n'aime pas trop et sur les sites, les types viennent de n'importe où. J'ai utilisé un système de réseaux téléphoniques. On est très vite en rapport avec beaucoup d'hommes et on essaie de faire le tri tout en sachant que c'est possible car géographiquement, ils sont dans le périmètre. Lui, j'aimais sa voix et puis je trouvais qu'il était clair dans ses demandes. Je l'ai fait venir chez moi. J'étais à Brooklyn à l'époque et il a fait le trajet sans sourciller. On a baisé tout de suite et on a adoré ça, lui comme moi. On s'est revus deux ou trois fois pour les mêmes raisons puis notre relation a pris un autre tour.

J'étais suffoquée. Au moins, il était direct.

-Qu'est ce qui a changé?

-Il est très strict, comme vous savez. Le cirque avec les mecs, j'ai arrêté et avec les femmes mûres aussi. Je ne suis pas un ange mais globalement je suis sage et surtout je vis pour la musique.

Je m'efforçai de rester neutre tout en recevant de ce presque inconnu de lourdes confidences. Je me faisais petite et naïve comme la fille nue du tableau en escomptant obtenir un plus grand dévoilement.

-Donc vous avez une bonne relation avec lui?

Ma question n'obtint pas le résultat escompté. Il devint frondeur.

-Elle est compliquée mais vous n'avez pas à savoir jusqu'à quel point et de toute façon, vous, c'est Zacharie qui vous motive...

-Bien sûr.

-Bien sûr? Alors, travaillez l'idée d'aller dans le Montana.

Il partit et je me sentis mal mais le lendemain, calculant le décalage horaire, j'appelai Zacharie et lui racontai New York. Il fut chaleureux et enthousiaste et me dit de nouveau qu’il m'attendait. Dans la même journée, j'eus un appel de mes parents car Noël approchait et que passais toujours cette fête avec eux. Ils me congratulèrent pour les photos que je leur envoyais de mon voyage et m'annoncèrent que, se sentant vieillir, ils avaient décidé de me faire une avance sur héritage. Ils me rendaient propriétaire du studio aux Invalides et me faisaient don, en complément, d'une bonne somme d'argent. Le bonheur que j'éprouvais suite à ces deux appels fut sans partage. Rien ne me faisait plus peur.

29 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3.

ny HIVERRRRRRRRRR

 

3. Fêtes.

Invitée à New York par son ancien élève Phillip Hammer, Isée, jeune enseignante, passe des fêtes de fin d'année inattendues et ambigues.

Je ne m’étendrai pas sur la fête de Noël où, à la veillée, j'allais avec Phillip à la cathédrale Saint-Patrick suivre un office catholique qui le concernait peu puisqu'il était de souche protestante mais me renvoyait à la piété de mes parents, lorsque j'étais petite. Nous nous retrouvâmes chez lui tous les trois pour un de ces jolis dîners que savait lui concocter son employée de maison mexicaine, Juana. Je me posai pas la moindre question sur le fait que nous passions là une veillée très inattendue et me sentit sereine. Le lendemain, loin du bel appartement de Hammer et des décorations raffinées qu'il avait placées çà et là pour évoquer cette fête de la Nativité, il m'emmena chez une de ses sœurs qui vivait à une heure de New York dans une banlieue huppée où elle l'invitait à l'occasion de certaines fêtes. Je fis connaissance du mari de celle-ci, un avocat de renom et rencontrai sa mère qui était arrivée de Boston l'avant-veille. Elle avait effectivement un air très mélancolique. Son père n'était pas là, le couple ayant divorcé sur le tard. Tout dans cette maison respirait l'opulence et Joanna (c'était le nom de cette sœur) veillait avec fierté sur ses quatre fils dont deux étudiaient déjà dans des universités de l'Ivy league tandis que les deux autres (elle n'avait enfanté que des garçons) fréquentaient les meilleurs internats privés. Le dernier -né avait douze ans. Voilà une femme et une mère qui ne laissait rien au hasard. Liz, la plus jeune sœur de Phillip était mariée à un diplomate en poste en Australie depuis peu. Le couple se voyait contraint et forcé de ne pas rejoindre New York cette année-là et s'en voyait navré. Peut-être me serais-je mieux senti s'ils avaient été là car, sur les photos du moins, ils paraissaient plus détendus et sympathiques que ce couple Davidson que je vouais rapidement aux gémonies. Je m'ennuyai ferme et me contentai de jouer mon rôle de gentille française en vacances aux États-Unis et Vincent fit de même à la différence qu'il était victime d'un léger ostracisme dû à son origine sociale et à son orientation sexuelle. Phillip avait la même mais il avait de l'argent et une parole forte. Le contrer revenait à se voir infligé des remarques cinglantes. La journée passa malgré tout et je me dis qu'au moins, je savais ce qu'était une fête de Noël en Amérique chez des gens qui ne manquaient de rien ! Je savais aussi quel poids de stéréotypes les Américains véhiculaient sur les Français ! J'eus droit à la baguette, aux crêpes, à "Je suis Charlie" et au jeune président Macron qui redorait l'image d'un beau pays en proie aux attentats terroristes ! Je répondis je crois à peu près à toutes les questions qu'on me posait et quand nous prîmes congé, dans la voiture de Phillip, je me tins coite. Je regardais la nuque blonde de Vincent et me demandai comment il pouvait se débrouiller d'un pareil univers. Seule dans l'appartement de madame Hammer (j'avais dû la remercier au passage pour son hospitalité), j'écoutais tout le rock violent dont je disposais. Phillip avait mis toutes sortes de cd et de dvd à ma disposition. C'était le moment de se passer les nerfs.

Quand allai-je voir un opéra de Mozart au Metropolitan opera avec Hammer ? Peu de temps après le vingt-cinq décembre. Tout le monde était très habillé. Nous avions de bonnes places et il m'avait offert une tenue. C'était une robe noire qui tombait aux genoux et dont le haut, transparent, était incrusté de perles.

Quand allai-je réentendre Vincent dans les boites où il jouait, seule puis avec Phillip (ou l'inverse) ?

Quand fis-je du patin à glaces au Rockefeller center avec le beau trompettiste? J'étais maladroite et il était aérien.

Quand fis-je seule l'ascension de l'Empire state building et rit en voyant ma photo mise en vente (comme celle de temps d'autres) à la descente?

Quand allais-je faire une excursion en bateau avec Hammer et Vincent pour m'approcher d'Ellis Island et de la statue de la liberté?

Quand fut-il décidé que dormir dans l'appartement de madame Hammer ne me convenait pas et qu'au bout du compte, passer quelques nuits chez Vincent ne me ferait pas de mal?

Quand dînai-je avec eux près de Times Square et me sentis-je prisonnière d'eux ? Je devinai alors que rien ne pourrait bien se terminer. Hammer était ambivalent, m'interdisant Vincent tout en me faisant comprendre l'inanité de mon attirance pour Zacharie. Et Vincent, tout en s'affichant interdit, me provoquait...

25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Sortir avec Vincent à New York.

TORSE NU

Invitée à New York par Phillip Hammer, l'homme à qui elle a donné des cours de français à Paris, Ysée est attirée par Vincent, le jeune compagnon de son hôte. Sans que le jeune homme le sache, elle lui a joué un tout étrange. Fascinée par lui, Ysée manque de distance et demande au jeune musicien de la conduire dans une boîte gay.

Quand demandai-je au trompettiste de m'emmener danser ? Il ne se le fit pas dire deux fois et m'emmena dans la dixième avenue au Marquee où tout le monde dansait jusqu'à l'aube. Même en semaine, il y avait plein de monde. Il était très à l'aise, blond, mince et beau comme il était et après avoir longtemps dansé avec lui, je le perdis de vue. Je le retrouvai avec une brune canon qui riait beaucoup avec lui. Il me la présenta. Elle s'appelait Kate et était soliste dans un groupe de rock qui, lui-aussi, se produisait dans des boites à la mode, mais pas les mêmes.

-Kate et moi nous connaissons depuis pas mal de temps. On s'était un peu perdus de vue mais on se retrouve ce soir avec plaisir !

C'était le moins qu'on puisse dire. Ils venaient de s'embrasser et s'apprêtaient à recommencer. Je me maudis de ne pas avoir le joli visage mutin de Kate, sa silhouette mince et gracieuse et je m'en voulus aussi de ne pas porter comme elle une jupe très courte et un bustier pailleté. Elle portait de longues boucles d'oreille très voyantes et des talons hauts qui me laissaient confiante dans l'équilibre qu'elle savait garder. Avec cela, elle était fraîche. Je bouillais intérieurement. Ils n'avaient vraiment pas l'air d'être restés longtemps sans se voir et encore moins de s'être brouillés. D'où sortait la phrase de Phillip sur le fait que cette fille en avait eu assez du jeune musicien puisqu'il ne voyait que par son amant? Cette fois-là, j'eus vraiment le sentiment de terminer la soirée seule...

Quand demandai-je à aller dans un bar gay? Phillip déclina immédiatement ma proposition mais Vincent releva le défi. Il me conduisit au Boxer, dans la trente septième. Il était déjà une heure du matin. Vêtu de noir, il portait un bracelet de force à son poignet droit. Il était très attirant, à la fois timide (il baissait un peu la tête et ne regardait pas dans les yeux) et provoquant (son jean et t-shirt noir étaient moulants et il portait son blouson de cuir comme un uniforme). Il connaissait pas mal de monde ici et on lui touchait facilement l'épaule ou le bras. Oui, il était chez lui, qu'il prît un verre, qu'il dansât ou qu'il discutât. Le voir danser avec d'autres hommes provoqua en moi une joie intense et de l'excitation. Je restai pourtant sagement à ma place car si personne ne me disait rien, c'est parce qu'il y avait mis les formes en me présentant comme une amie Française qu'il accueillait et ne voulait pas laisser seule ce soir-là. Je le regardai donc évoluer et quand quelqu'un l'embrassa, je ne baissai pas les yeux. Lui, de toute façon, rayonnait et discrètement, je crois, s'amusait de moi. Quand avais-je vu des barmen torses nus, jeunes et aussi sexy ? Et quand avais-je côtoyé ceux qui venaient ici : les couples déjà formés et les célibataires en quête de bonne fortune, tous très séduisants et très à la mode? J'étais naïve quand je croyais découvrir un univers différent du mien où je me sentirais bien car celui-ci existait depuis longtemps et personne ne m'y avait attendu...A sa manière pleine de charme, il me le faisait comprendre...

 

25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Un cadeau et un piège.

IL LIT

 

Invitée à New York par l'Américain Phillip Hammer, Isée, jeune enseignante, est troublée par Vincent, le beau trompettiste que son hôte a pour compagnon. Mais compte-tenu du passé, lui faire des avances ne va pas sans risque...

Les expériences se succédaient et lentement mais sûrement je me mettais dans la posture de celle que j'avais été: la faussaire qui s'était fait passer pour l'être aimé afin de le séduire. Vincent, je l'observais de jour comme de nuit, surtout de nuit. Je me réveillais alors qu'il dormait profondément et j'allais le contempler. Il n'était pas frileux et repoussait souvent sa couette. Je pouvais donc contempler son visage que le sommeil avait détendu et son torse qu'un simple t-shirt blanc moulait étroitement. Il avait de très longs cils blonds, des pommettes hautes et une jolie bouche à la fois gourmande et enfantine. Il avait embrassé Kate, cette jolie fille, dans la boite ù ils s'étaient retrouvés. A l'évidence, la liaison qu'il avait avec elle était bien vivante. Il s'était laissé enlacer par un certain John dans une autre boite, l'avait embrassé lui-aussi mais avait refusé d'aller plus loin. Il s'était écarté en riant. Ces gens-là ne le voyaient pas comme moi je le voyais. Là, il m'appartenait. Je le volais à Hammer. Il était mien. Je n'osais tendre la main pour effleurer sa joue mais je restai là un long moment et chaque matin, je me sentais plus proche de lui. Il n'aimait guère les portraits de femme que je lui avais fait lire mais il aimerait les textes poétiques que j'écrirais sur ce qu'il était: lui en musicien, lui en patineur, lui en amoureux de la vie déambulant tranquillement dans une des rues de son quartier, lui buvant un verre dans un café avant de rentrer chez lui écrire des chansons. J'écrivais et encore et je chantonnais Delta Autumm ainsi qu'un air qu'il avait joué seul pour moi, Black Pearl, un air plus joyeux que le précédent. Toujours dotée de ma grande naïveté, je recopiai mes textes sur de très beaux papiers, les fis relier et les lui donnai. Ce n'était que des instantanés mais ils étaient pour lui. J'espèrais qu'il les trouverait beaux. Ce cadeau le surprit, il prit son temps pour lire mes textes, assis chez lui sur son grand canapé démodé tandis que, assise sur son lit, j'attendais son verdict.

-C'est très joli.

-Alors, ça vous plaît !

-Oui, mais ce n'est pas moi.

-Bien sûr que si ! Ce sont des instantanés de vous.

Il parut ennuyé.

-Isée, je vous reçois ici par simple sympathie.

-Oui, bien sûr. Je sais.

-Alors, vous savez aussi que je suis ambigu, que j'aime séduire et jouer avec les autres. Allez, vous avez compris cela !

-Alors qu'y a t'il de mal ? Je suis sensible à ce que vous êtes et j'ai envie que vous m'embrassiez...

-Phillip a lu ses textes?

-Ils sont pour vous.

Il soupira de nouveau mais ne poursuivit pas la conversation. Il posa sur une étagère le beau recueil et ce fut tout.



25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Double jeu.

 

BELLE IMAGE

 

Parce qu'elle a joué double jeu avec lui, Isée, jeune Française en vacances à New York, à l'instagation de Phillip Hammer, l'américain à qui elle a donné des cours. Il est lié à ce Vincent qu'elle aimerait séduire, Le beau trompettiste l'attire. La situation est trouble mais Isée, voulant tout savoir de lui, fouille dans ses affaires

On approchait du 31 décembre et je m'en réjouissais. Phillip invita pour la veillée une douzaine d'amis dont tous n'étaient pas gay. Juana avait fait des merveilles culinaires et on fit autour d'une belle table aux ornements blancs un délicieux repas avant de partir pour Times Square où le compte à rebours était commencé. L'associée de Phillip était là avec son mari ainsi qu'un ami de jeunesse heureusement marié à la même femme depuis longtemps. Deux couples gay complétaient la bande et il avait invité une femme d'une cinquantaine d'années, une journaliste avec laquelle il était ami. Je ne doutais pas qu'il l'eut fait par souci de moi, de façon à ce que je ne sois pas la seule à ne pas être accompagnée. Pendant le dîner, il eut pour Vincent des gestes tendres qui m'irritèrent et il en eut de nouveau au milieu de la foule alors qu'approchait le minuit fatidique. Dans son appartement, il avait caressé la joue de son compagnon, lui avait tenu la main et maintenant il avait passé la main autour de son épaule. Un délire s'emparait de moi et je pouvais le contrôler. Ce n'était pas à lui de faire cela, c'était à moi à cause de tous ces messages échangés et de tous ces mots d'amour que Vincent m'avait dit, même s'il croyait parler à son amant et ne savait pas que c'était moi. J'étais outrée mais bien sûr j'affichai un grand sourire et sautai de joie quand, l'heure de minuit s'affichant sur les écrans géants de Times square, tout le monde se mit à hurler et à se congratuler. Hammer, cette fois très chaleureux, me souhaita une bonne entrée dans l'année nouvelle et Vincent aussi mais je le sentis sur ses gardes. Nous formions cependant une bande joyeuse et il nous restait à boire un verre puis un autre pour prolonger la soirée. Cela dura jusqu'à trois heures du matin, encore qu'à cette heure-là, nous n'étions plus que quatre, la belle journaliste et l'associée de Phillip ayant déclaré forfait. Nous rentrâmes en taxi et je restai avec eux deux. Notre réveil fut tardif et je fus surprise d'apprendre que l'après-midi ils avaient un rendez-vous auquel ils ne pouvaient me convier. Je restai donc chez Hammer et écoutai de la musique avant de regarder un film. Un premier janvier calme...après tout...

Je m'inquiétai un peu le soir car ils ne rentraient ni l'un ni l'autre et dus attendre longtemps un texto m'informant qu'ils seraient en dehors de New York jusqu'au lendemain. Le deux janvier au matin, la maison étant toujours vide, je me rendis chez Vincent où je ne trouvai personne non plus. Comme je le faisais souvent, je fouillai discrètement dans ses affaires. Il était précautionneux car je n'y trouvai jamais grand indice de ses liaisons parallèles. Restait son ordinateur mais il y avait un mot de passe. Cela me frustrait. J'aurais tant voulu savoir à qui il écrivait et quoi, ce qu'il écoutait comme musique, ce qu'il regardait comme films, sur quels sites gay il allait et s'il correspondait avec Kate mais je n'avais pas les connaissances requises pour contourner ce verrouillage malheureusement.

CAFE DORA

Je restai frustrée dans mes recherches et au moment où j'allais les abandonner, je me rendis compte que le beau recueil que j'avais offert au tendre trompettiste n'était plus là. L'aurait-il emporté avec lui? Si c'était le cas, je ne pouvais que m'en féliciter. Cela signifiait que les mots que j'avais employés commençaient à atteindre leur but et que ce jeune homme auquel je m'adressais se laissait toucher par moi...Si c'était le cas, je devais chercher encore. Galvanisée, je fouillais encore et finis par trouver un carnet de notes emplis de petits textes et de dessins. Je m'empressai de les lire. Il s'agissait en fait de récits courts sur les aventures rapides qu'il avait. Il y avait de brèves description des hommes rencontrées, des mensurations et des remarques très crues sur la qualité des rapports sexuels qu'il avait eus avec ces types. Phillip n'apparaissait nulle part alors que les numéros de téléphone s'alignaient. Ce jeune homme, qui aux dire de l'Américain, s'était beaucoup calmé et était devenu sage, m'avait bien l'air d'être insatiable et d'avoir le diable au corps. Encore que...A y bien regarder, les dates qui se succédaient étaient un peu anciennes et les derniers commentaires remontaient à un an et demi. Ceci, selon moi, ne présumait de rien. A ce que j'avais pu voir quand nous étions allés en boite, il avait l'air très libre. A coup sûr, il avait des aventures fréquentes. Hammer se trompait. Cette découverte que je fis me rendit plus forte. J'avais écrit à ce bel être de jolis textes poétiques. Il ne m'aimait pas mais il m'aimait bien. Il n'était pas farouche. Avec lui, j'irais plus loin.

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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