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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.

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13 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Je ne voulais rien de douloureux.

PORTRAIT GEORGE MICHAEL

12 George. Roquebrune. Janvier 2016.

Quand Erik m’a trouvé à genoux dans la cour, j’avais Andy au bout du fil. Tout mon désespoir était revenu. Je l’avais joint pour me rassurer mais l’entendre a suffi à réactiver ma souffrance. En décalage avec moi, sous le soleil californien, il faisait de son mieux face à ma réapparition. Qui pouvait l’en blâmer ? Je me taisais depuis des mois…Andy… Longtemps compagnons, on avait eu des dérives similaires. On gardait l’un pour l’autre une grande estime et une profonde affection, Après tout, nous avions rompu depuis quatre ans déjà et nos rapports restaient « affectueux ». Je lui demandais une aide que longtemps il m’avait accordé. Il ne pouvait plus le faire.

Le jeune danseur est venu à ce moment-là. Il m’a parlé et m’a étreint pudiquement.

-Levez-vous…

-Je ne peux pas.

-Nous savons mal qui vous êtes vraiment mais nous sommes-là. Nous vous aidons, nous vous consolons.

-Toi-aussi ?

-Oui, levez-vous.

-Pour ne pas vous faire honte ?

-Personne n’a honte, pas même vous.

-Vous ne pouvez comprendre ce que je traverse. Qui a pu mettre à genoux l’un d’entre vous ?

-La jeunesse ne protège pas de la souffrance. Nos vies n’ont pas forcément été simples et si elles l’ont été jusqu’à maintenant, tout ne sera pas toujours aussi lisse. Venez. Ne restez pas dans cette cour.

-Qu’allons-nous faire ?

-Cuisiner, entre autres…

Je me suis levé et nous sommes restés l’un en face de l’autre un long moment. Je rencontrais la douceur encourageante de ses yeux clairs. Quand il m’a étreint, il l’a fait pudiquement comme on le fait dans les universités pour rassurer un candidat à un examen difficile. Son corps m’a paru presque sans densité tant il était pudique, ce jeune homme qui se voulait rassurant. C’était tout de même lui qui avait la belle initiative de cette accolade théoriquement dépourvue de sensualité…M’invitait-il à le regarder autrement ? Je lui ai accordé un regard beaucoup plus incisif auquel il n’a pas répondu. Qu’importe ! C’était à creuser…

Plus tard, il a bien fallu que j'appelle Paul et ça a été la tempête. Je voulais qu'à mon arrivée il ait libéré ma maison de Hyde Park. C'était une redite mais là il avait compris cette fois que je ne plaisantais pas. Il était amer et déçu et la litanie des reproches a commencé. Seulement, plus rien venant de lui ne me faisait de l'effet. Il était photographe au départ mais c'était à moi qu'il devait le financement de ses trois dernières expositions dont il fallait bien dire qu'elles n'avaient pas été des succès. L'argent jouait depuis longtemps un rôle non négligeable dans notre relation Il était assez joli garçon et son beau corps m'avait captivé d'autant qu'il n'était pas avare pour me le montrer. Son profil droit plus dur que son profil gauche, son nez légèrement busqué, ses belles lèvres charnues et ses yeux verts avaient fait ma conquête. Et je n'oublie pas ses pectoraux. Rien de désagréable au départ ne signifie pas que tout puisse être pénible à la fin. Je hurlais, il hurlait.

Dans ma vie sentimentale au départ, je ne voulais rien de douloureux mais tout avait tourné court à cause de cet accès brutal à la gloire. Aimer A avait été déchirant. Connaître Andy m’avait communiqué un sentiment de sécurité durable. Je ne souhaitais pas d'une liaison aussi médiatisée que celle que j'ai eue avec partenaire texan mais j’ai cédé à l’envie de m’affirmer. Quatorze ans durant, nos moments de tendresse et de tension ont ravis les amateurs d’une certaine presse. Bon, je dois reconnaître ni lui ni moi ne sommes innocents dans cette affaire…Des amants publics pour une nouvelle ère ?

 

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13 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Les amours de George.

AMOURS I 1

 

Sur la Côte d'Azur où il est arrivé éreinté, George D., chanteur célèbre, est recuieilli par des jeunes gens en vacances, alors même qu'il dérive. Cette halte inattendue lui permet de faire le point sur sa vie passée et ses amours...

Une fois célèbre, je me devais d’être prudent. En ce sens, avoir une liaison discrète avec quelqu'un qui n'avait les moyens de se mettre en avant, c’était parfait. Il aurait besoin de moi mais aurait l’intelligence de rester à sa place... A. a parfaitement joué ce rôle. Il n'avait rien et ne m'a jamais rien demandé. Il ne voulait même que je paie les costumes sur mesure qu'il me cousait avec un soin attentif mais la mort me l’a enlevé. Je dois tout de même être sincère avec moi-même : combien de temps aurait-il accepté de jouer cette « Cendrillon » brésilienne qui restait dans mon ombre ? Sans cette atroce maladie, il aurait fini par m’échapper, ne serait-ce que pour respirer normalement. Je suis captateur. Je suis conscient que cela peut étouffer l’amour qu’on peut me porter tout autant que ma célébrité…

Andy avait l'étoffe d'un entrepreneur et il l'a gardé. Il gérait à l’époque, deux centres de remise en forme à Houston et son ingéniosité continue de m'impressionner. Désormais installé à Los Angeles, il est à la tête d’une ligne de vêtements de sports pour homme. Il ne les fabrique pas, lui, mais les fait faire dans de ces pays où le coût de la main d’œuvre est dérisoire. De ce côté-là, il est pragmatique. C’est un homme d’affaire. Ce statut lui a permis d’avoir l’aplomb nécessaire pour se colleter à mon statut de star. Les Américains aiment les défis, non ? Tout ça aurait pu nous mettre dans l’affrontement permanent mais ça n’a pas été le cas. Andy est un amateur d’art contemporain, notamment de tableaux. Si je n’étais pas toujours en accord avec ses goûts, je dois lui reconnaître une belle ténacité. Il a voulu à toute force que nous jetions les bases d’une fondation au Texas. Elle y expose et accueille de jeunes artistes en devenir. Même si j’ai passé la main, je lui reste très reconnaissant de m’avoir engagé dans cette belle aventure et bien entendu, il a pu compter sur mon appui financier sans compter celui de généreux donateurs à qui j’ai expliqué que c’était là une occasion sans précédent de montrer leur flair…

J’ai toujours perçu Andy comme un être « très droit ». Il n'est pas dans sa nature de demander de l'argent à quiconque sauf s’il s’agit d’une belle cause et en ce sens, le centre d’art contemporain dont il s’occupe en est un des plus beaux fleurons. Pour lui-même, il ne demande théoriquement rien mais il apprécie les cadeaux luxueux. Je lui ai offert des montres Cartier, un coupé Chevrolet, divers voyages exotiques et des vêtements haute-couture et ceci n’est pas exhaustif. Je n’ai pas eu le sentiment qu’il m’extorquait quoi que ce soit d’autant que lui-même me faisait de nombreux présents. Il m'a avoué que, jeune homme, il avait été un temps en rupture avec sa famille et qu'il avait tenté de faire un emprunt à un professeur d'université qui se montrait bienveillant avec lui. Mais il avait reçu de cet homme une lettre très ambiguë suggérant qu'un prêt d'argent était tout à fait envisageable sous certaines conditions. Il n'avait pas voulu connaître ces dernières, conscient qu'elles étaient pernicieuses et il avait fini l'année en se rationnant sur tout y compris pour la nourriture. Il ne faisait plus qu'un repas par jour. Au terme de son année universitaire, il avait appris le départ précipité et plus ou moins honteux du professeur qui avait souhaité l'aider. C'était une histoire assez sordide et l'on riait sous cape sur le campus. Les soupçons d'Andy se vérifiaient donc. A ce moment-là, il s'était juré de n'entrer dans aucun système de prêt d'argent qui ne soit pas officiel et de refuser toute relation intime dans laquelle l'argent soit un levier. C'était un jeune homme aux idéaux solides. Il n'avait pas dérogé. Pendant tout le temps de notre longue relation, il m'a fait des cadeaux et en a reçu de moi comme je l’ai déjà signalé. Pour les centres de remises en forme qu'il lançait sur le marché, il s'est débrouillé avec les banques pour une part et pour sa famille de l'autre, car il avait renoué avec elle. J'ai admiré son désintéressement à la fin de notre liaison car les couples gays qui se défont n'ont rien à envier en bassesse et mesquinerie à leurs homologues hétérosexuels…

Il n’a rien demandé d’autre que ce qui lui revenait de droit. Nous avions un temps une maison en commun à Houston. Je lui ai abandonné ma part. Honnêtement, c’était un juste dédommagement…

Avec A, je n'ai rien pu faire. Il est mort très vite. Et puis être calculateur avec quelqu'un comme lui...

Avec Andy, la mise à mort de notre amour et de nos illusions respectives ne s'est pas faite par l'argent. Je suis devenu odieux au fil du temps. Il me fallait d'autres corps, d'autres aventures et ceci sans aucune discrétion. C'est un Américain qui avait reçu une éducation stricte. Toutes mes frasques dans les tabloïds, la police qui m'arrêtait, mes justifications provocantes et mes pieds de nez à l'institution, c’était un vrai fardeau pour lui...Et ces corps, toujours ces corps...Je recrutais n'importe où mais pas n'importe qui...et puis j'ai payé. Escort boys triés sur le volet, jeunes, superbes, parfaitement formés pour leur emploi...

 

 

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Il a tenu bon longtemps puis m'a laissé non sans cesser de m'aimer et sachant que malgré mes écarts insupportables je l'aimais aussi. Je parvenais, souvent par inconscience, à le mettre dans des états de nerf invraisemblables qu’il combattait en buvant. Il fallait se réconcilier et l’énergie que cela me demandait ne faisait pas baisser ma consommation de stupéfiants, bien au contraire…Il a fallu trancher et c’est lui qui a eu la force de le faire. Heureusement…

Paul en savait déjà beaucoup sur moi avant de me rencontrer. Il adore les tabloïds. Au fond de lui, il me voyait et me voit toujours comme un has been et regrette de n'avoir pu croiser (dates de naissance obligent) le beau et jeune rocker que j'étais. Extérieurement, il trouve que je m'en suis bien sorti car « j’affiche de nombreux signes de richesse ». Intérieurement, il me méjuge. Tout ce que j’avale a fini, selon lui, par me faire des trous dans le cerveau. Je n’ai plus de vraie carrière car je me borne à chanter un répertoire déjà fixé. Je pense quelquefois qu’il a raison…Mais en même temps, je suis double. Son extrême beauté physique m’a attiré mais son intellect me rebute. Clair, j’aurais pu m’en douter : que quelqu’un comme lui ait pu avoir la moindre appréhension de ce que je chante « vraiment » …Qui était-il avant de me connaître ? Un photographe sans grande réputation, un acteur raté à la filmographie indicative : navets mi- érotiques, mi- pornos où on le voyait le plus souvent nu et de dos sauf quand il se retournait pour offrir aux spectateurs ce que son anatomie a de meilleur…Lui demander après cela d’apprécier mes « gros tube », bien sûr car ils m’ont enrichi. Quant à mes chansons les plus intimes…Mais bref…

Ma tournée « Symphonica » a été un grand succès. Je suis un chanteur au talent reconnu et je suis très respecté. A part ça, j'ai trois grandes maisons, des comptes bancaires bien remplis et un portefeuille d'actions. Paul se vante souvent d'avoir fait peu d'études mais d'avoir la tête sur les épaules. Oui, c'est clair. C'est une caisse enregistreuse.

Les comprimés de toutes les couleurs, les poudres, les alcools forts, il s'en offusque mais il en profite. Je dépends de lui. Ce doit être cela « intérieurement ».

A l'époque de A, je n'étais pas aussi intoxiqué. Il aurait été fou de tristesse. Andy parvenait à me parler et à me contrôler, sauf quand ses propres démons le rattrapaient…Paul regardait un monstre et je regardais Paul mais tout est clos. J’ai tout de même ces derniers messages, tous plus enragés les uns que les autres. Une phrase a retenu mon attention : « C’est ça, jette-moi. Ah, je te connais, tu en as repéré un ! Dis-donc, tu vas vite. C’est encore ta queue qui te guide ! Mais bordel, George, tu crois que ça va suffire qu’il te fasse bander ? Non, tu as de l’argent et te lui as déjà fait comprendre…C’est nul ! »

J'ai ressenti un grand vide en lisant ces lignes. Heureusement, la voix joyeuse de Valeria m'a attiré. Dans le grand salon, un brunch nous attendait. Très appétissant.

Erik avait encore les cheveux mouillés. Il portait un pull bleu-marine de belle teneur et un jean. Quel beau visage....

J'avais éteint mon portable. Il regardait ailleurs, rêveur comme il était souvent et je ne le quittais pas des yeux.

 

13 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1.Audition surprise.

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14 Carolyn. Roquebrune. Janvier 2016.

Il m'a littéralement auditionnée sur «Kissing a fool », une de ses chansons. C'est un grand professionnel qui ne laisse rien au hasard. Tout a été revu : ma façon d'articuler, de bouger, de regarder le public. Il a passé sa vie à rechercher la perfection, je l'ai enfin compris.

-Rien ne doit être laissé au hasard, Carolyn. Si vous avez compris cela, vous avez tout compris. Au début de ma carrière, on m'a pris pour un joli jeune homme sans cervelle qui savait faire des tubes et plaire aux jeunes filles mais je n'ai jamais accepté, jamais lâché. Je suis depuis longtemps un compositeur reconnu et un très bon musicien. J'ai énormément travaillé ma voix. Il fallait qu'elle puisse me suivre des années durant et qu'elle témoigne de mon évolution artistique...

-Ecoutez, George, je ne suis pas sûre que ma voix…Enfin, elle n’est pas si belle…

-Peut-être que non, mais tu dois la travailler davantage. Je sais dans quelle comédie musicale tu voudrais te produire à Broadway. Il faut que tu sois au sommet. Finies les vacances !

-Je vous assure que j'ai déjà beaucoup travaillé...

-Non, là, tu t’illusionnes. Il ne faut pas que tu te laisses aller sinon, tu essuieras des refus. On ne prendra pas de gants avec toi.

-Oui, je comprends bien. Je le ferai. Je travaillerai davantage.

-Quoi ? Plus tard ? Ah mais on continue !

-Mais on est le premier janvier ! On sort d'un brunch exquis et je...

-Il faut savoir...

-Vous êtes si intimidant que…

-Que ?

J'ai hésité un instant de trop. Il a hoché la tête d'un air navré. Je lâchais prise trop vite. J’ai tenté de faire diversion.

-Je pars le quatre comme beaucoup d'entre vous. Et vous ?

-Le cinq !

Il a soupiré et fait comprendre que notre entretien était terminé. Une fois seule, je n'ai su que faire et suis allée voir Erik qui lisait dans sa chambre, allongé sur son lit.

-Je suis idiote. Une demeurée, voilà.

-Ah pourquoi ?

-Il m’auditionne dans l’annexe et moi, je lui explique que c’est le premier Janvier ! Je veux juste me détendre, être avec mes amis ! George Daniel me fait travailler et je lui réponds ça. Tu te rends compte ?

Il a ri.

-Erik, j’ai lâché prise…

-C’est parfait. Continue !

Il m'a embrassé sur la joue et j'ai pris cela pour une consolation avant qu'il ne m'embrasse vraiment et très bien. Je m'étais agenouillée pour lui parler et là je me relevais et reculais...

-Je peux savoir ce qu'il t’arrive ?

-Tu es très jolie !

-Quoi ! Mais tu es...Enfin les femmes ne te…

-Ne te laisse pas influencer par les on-dit...

Il s'approchait de moi. Il était à la fois mince et fort. Difficile de résister...

-Tu ne m'as jamais fait d'avance !

-C'est vrai...jusqu'à aujourd'hui...

Il m'a pris dans ses bras et là, j'ai su qu'il était bien trop charmant pour que je lui oppose une quelconque résistance. Tout en m’embrassant par intermittence, il m’a déshabillée avant de m’aider à m’allonger. Il m’a écarté les cuisses avec adresse et s’est mis à me lécher. Je n’aurais jamais imaginé qu’il serait aussi adroit d’autant que j’avais rencontré plusieurs fois son compagnon à New York. Strictement gay, lui…Quand il m’a jugé assez excitée, il m’a pénétrée et j’ai poussé un gémissement de bonheur. Il a pris tout son temps la première puis la seconde fois. Je n’avais aucun moyen de contraception depuis un moment et comme il m’avait prise au dépourvu, je n’avais eu le loisir de lui demander de se protéger…Qui sait comment ça pouvait finir, tout ça ? On a terminé enlacés sur le lit après une longue étreinte. Il me caressait les cheveux et les seins.

-Est-ce que tu es fou ?

-Non. Tu as joui deux fois ?

-Oui.

-Moi-aussi.

-Alors, les femmes t'intéressent ?

-Oui mais ça faisait très longtemps que...

-On ne le dirait pas. Tu connais tout du corps des femmes, toi...

-Je me documente au cas où.

-Je peux rire ?

Il riait lui-même. Il m'a embrassée avec tendresse puis m'a dit :

-Merci, Carolyn. Tu sais, je ne sais pas trop où j'en suis en ce moment et j'avais besoin de la douceur et de la patience d'une femme. Toi, je te connais et c'est mieux encore.

-Mais tu n'es pas mon amoureux...

-Non, je regrette. Ce n'est pas un rôle que je peux jouer auprès de toi. Et tu ne dois pas forcément le regretter.

-Si, je pourrais dès lors que nous venons de si bien faire l’amour…

-Non, tu ferais erreur. Je ne suis pas une partie de plaisir. Je peux être dur.

-Je ne sais pas, pas avec moi, en tout cas… Tu es mon ami. Dis-moi, il a dit vrai ?

-George Daniel ? Sa seigneurie est-il capable de dire faux ?

-Arrête de t’amuser !

-Il t'a conseillée avec justesse je crois. De ce côté-là, il est fiable. Travaille d'arrache-pied dès que tu rentres...

-Erik, ça ne suffira pas.

-Ah bon ? Il a sous-entendu ça ?

-Non mais je manque d’ambition. Au fond, il a raison. Une carrière de chanteuse à Broadway, ça demande beaucoup de ténacité. Je pense que je m’en tirerais mieux au cinéma...Ou dans une petite troupe de théâtre…

-Il a raison en fin de compte. Tu te défiles.

J’ai rougi et lui ai demandé de changer de sujet. Comme il restait silencieux, je l’ai fait.

-Tu lui plais…

-Petite maligne !

-Non, Erik, c’est vrai. Il te regarde, il te cherche…Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

-Que ce n’est pas une histoire pour les jolies filles qui ont envie de s’amuser le premier janvier…

-C’est George Daniel !

-Oh, mais quelle opportuniste ! Il faut que je réponde quoi ? « Ah oui, quelle chance ! En m’y prenant bien, il m’enverra un ou deux messages une fois de retour à Londres. » Quel scoop, hein ! Sans compter qu’un de ces jours, je pourrais me vanter…

-Tu vas céder, je suis sûre.

Il a eu l’air grave tout d’un coup et le sentant un peu à vif, j’ai de nouveau bifurqué. Il ne fallait pas que j’aille trop loin avec lui, d’autant qu’il était difficile à cerner.

-Désolée, j’ai manqué de tact.

-C’est exact. Alors, ne manque d’à-propos maintenant. Allez, je t’écoute !

-D’accord : voici une autre histoire. Si j’étais enceinte de toi ?

-Ah oui, elle me convient celle-là ! Tu aurais un beau bébé : regarde-nous !

-Tu ne peux vraiment pas être sérieux ?

-Pourquoi le devrais-je ? Tu es belle.

-Merci, Erik.

Il m'a de nouveau embrassée de façon troublante et je me suis rhabillée. J'étais éberluée mais rassurée et ravie. Je ne sais comment il agissait avec un partenaire masculin mais il avait donné à la femme que j'étais l'impression qu'émotionnellement et sexuellement, elle méritait la plus grande attention. Compte-tenu des deux derniers goujats dont j'étais tombée amoureuse, c'était un très beau cadeau qu'il me faisait là. Malheureusement pour moi, c’était plutôt à des hommes qu’il les adressait d’habitude…

 

10 août 2022

George D. Celui qui meurt. L'idée est la suivante.

COUVERTURE ROUND HERE

L'idée est la suivante : si le vrai Georges Michael meurt seul dans sa belle demeure un 25 décembre au matin, son ombre, George D, n'a pas la même fin. Se rendant compte qu'il va très mal, ce chanteur milliardaire part à Paris puis sur la Côte d'Azur, pour échapper à des liens étouffants. Quittant Paris, il se rend à la frontière italienne où, suite à une crise de désespoir, il tente de se noyer. Une belle villa a été louée pur les fêtes par une bande de jeunes artistes. Deux d'entre eux sauvent George, qu'ils n'ont pas reconnu pour être le grand chanteur. Bientôt, c'est chose faite mais ils acceptent celui-ci parmi eux pour un temps assez particulier de création et de promenades. De cette expérience, George D ressort rasséréné et avec un nouvel amour. Mais ses démons le rattrapent et malgré tout, il meurt. Longtemps silencieux en musique, il laisse tout de même au monde un ultime opus …

Il y a donc souffrances, silence après l'immense gloire, réactivation d'épisodes douloureux de sa vie et rédemption.

George D, à la différence peut-être de George Michael, meurt unifié...

 

10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Dire ses souffrances.

DOUBLE PORTRAIT GM

 

15 Erik. Roquebrune. Janvier 2016. George D., artiste aux abois, s'est réfugié sur la Côte d'Azur pour échapper à la mort. Il fait une rencontre qui pourrait devenir un amour. Mais n'est-il pas devenu une sorte de monstre qui ne s'est pas guéri de pertes anciennes ? En tout cas, son amour mort, celui qui a trouvé une mort cruelle, lui parle et le conseille..

Il n'y avait plus à reculer. Il voulait me parler, c’est clair. Je ne pouvais pas me dérober plus longtemps. Dans l’annexe, Valeria et Nicholas avaient installé un home cinéma pour que ceux qui le souhaitaient puissent voir toutes sortes de films. Sachant que je l’y trouverai, j’y suis allé et ai pris en route « Les Parapluies de Cherbourg ». Ma mère adorait ce film et je l’avais déjà vu maintes fois avec elle. George était là. Je me suis assis à côté de lui. J’avais lu sur lui, comme nous tous. Un article ordurier, sur le net, faisait des pronostics sur sa vie sexuelle. On lui attribuait un nombre invraisemblable de conquêtes masculines passagères. Il n’était plus aussi mal en point et sans doute prêt à en faire une de plus…Après tout, Valeria n'utilisait son « Michele » que pour ses trésors de virilité et Marjan, avec son « David » commençait à l'imiter. Je venais de faire l’amour avec Carolyn. Il y avait une drôle d’ambiance dans cette villa, malgré les quelques couples solides qui s’y trouvaient. Carolyn, Carolyn…Ses petits seins hauts, ses hanches fines et son joli visage bien sculpté. J’avais encore le goût de sa chatte dans ma bouche et je ne m'étais ni douché, ni rincé. Je sentais la femme et c'était bon. Les odeurs corporelles de mon amie américaine m'enveloppaient. Il s'en rendrait compte.

On a dû rester comme ça une quinzaine de minutes puis j'ai quitté la salle et l'ai attendu dans la cour, près de joli sapin décoré. Il est arrivé à pas lents, un sourire crispé aux lèvres.

-On va parler quelque part. La crique, on pourrait y descendre. Je n'y suis pas retourné, enfin depuis…

-C’était aussi bien de ne pas le faire. De toute façon, il est un peu tard et c'est très escarpé. Il y a des plages plus proches. Ça te tente ?

-Ai-je le choix ? Vous êtes un chef, ça se voit.

Il a souri mais quelque chose dans son regard était dur et impérieux. Sa demande sexuelle était implicite mais elle était doublée d’une autre injonction, plus dérangeante celle-là. Je n’arrivais pas à lui donner un sens.

-Alors, on y va ?

-Oui.

On a pris une des voitures qui étaient là et j’ai roulé jusqu’à une plage publique. Elle était très peu fréquentée, à cette heure. On a commencé à marcher. J’étais très tendu et j’ai commencé à le faire sentir.

-Je ne veux pas que tu t’approches de moi comme tu as l'habitude de le faire pour les autres.

-De quoi parles-tu ?

-Ne te sers pas de moi. Je n'y suis pour rien si tu vas mal...

-Tu peux m’aider à aller mieux. C’est un temps béni pour moi : je vous ai rencontrés, je t’ai rencontré…

-Ah oui ? Allez, il passera bien un journaliste. Tu adores ça. Tu t'exposes sans cesse aux attaques comme aux louanges.

-C’est une plage populaire, peu connue…

-Tu te mets tout le temps en cause pour ne pas quitter le devant de la scène !

Il a soupiré, m’a pris sèchement le bras et m’a obligé à m’arrêter pour lui faire face. Son visage, dans cette lumière hivernale un peu grise, paraissait un peu défait. J’ai remarqué des rides aux coins de sa bouche.

-Je me mets en cause ? Comment cela ? Ah, tu as regardé ces articles de presse qui me décrivent comme un exhibitionniste, c’est cela ?

-On l’a tous fait, lire ce qu’on écrivait sur toi…

-Oui mais toi, tu n’es pas clément.

-C’est exact. Pourquoi t’être livré ainsi ?

-J’étais jeune. Je me suis fait utiliser. Ça, tu peux le comprendre ?

-Je ne parle pas de ta jeunesse. Ton mode de fonctionnement m’est incompréhensible. On a droit à tout : flagrant délit sur des lieux de drague, toxicomanie, accidents de voiture ! Et ces photos !

-Et donc ? Les journalistes ont une imagination débordante et les photographes s’en donnent à cœur joie. Ça a commencé quand j’avais vingt ans, Erik, tu te rends compte, vingt ans ! Tu sais que certains magazines n’entrent jamais chez moi ?

-Non ! Et puis, tu me déconcertes.

-Oui, c’est logique. Je suis célèbre.

Il avait lâché mon bras depuis un moment déjà et il se tenait à une distance acceptable de moi. Elle ne lui a plus convenu et il s’est clairement rapproché. Il me dévisageait avec envie, d’une manière si radicale que la colère m’a envahi. Qui était-il donc pour penser que tout pouvait être aussi simple ? Depuis combien de temps utilisait-il les mêmes mécanismes de séduction sans avoir conscience que le temps jouait désormais en sa défaveur. J’ai eu un haut le corps.

-Mais ça ne suffit pas, ça !

-Que je m’approche de toi ainsi ?

-Mais oui !

Il a reculé.

-On va en revenir aux journalistes et à ma surexposition. L’époque était différente. J’étais ambigu dans ma carrière et dans ma vie et j’ai eu, c’est vrai, beaucoup d’ambivalence. Je ne savais pas clairement où mettre des frontières…

-Je pense que si, en tout cas pour ces photos récentes et dégradantes que la presse à grands tirages fait circuler. On dirait que ça ne te déplaît pas de te montrer ainsi, avili car tu peux livrer bataille ensuite. J’ai raison hein ? Je te heurte mais je suis jeune et ça me donne des droits. Tu ne devrais pas, George, pas comme ça. C’est de la faiblesse.

Cette fois, c’est lui qui a sursauté. Il était difficile de le contrer mais je voyais bien que mon obstination le surprenait. Elle le séduisait aussi… Il s'est approché de la mer et j'ai fait de même. Des galets roulaient sous nos pieds. Il a orienté très différemment la conversation. J’aurais dû avoir des réticences mais j’ai décidé d’être vrai.

-Sur ce point, nous ne tomberons pas d’accord. Tu as raison : nous n’appartenons pas à la même génération. Alors, dis-moi un peu ce qu’il en est de toi. As-tu souffert ? As-tu rencontré la perte par la maladie ? T'es-tu senti impuissant ? Réponds, Erik.

J'ai retenu mon souffle puis j'ai parlé. Mes dix ans. Mon père. Une agonie lente. Ma révolte. Les larmes de ma mère. Les pesantes obsèques au nord du Danemark. Ses affaires à lui sur lesquelles on butait tout le temps. Plus je parlais plus l'image paternelle devenait ferme et dense et plus je retrouvais mon désarroi. Je voulais qu'il vive jusqu'à ce que je devienne étoile, lui qui regardait avec tant d'incompréhension mon désir de danser, les revues que je feuilletais, les pas que je cherchais à apprendre, les tenues que je tentais de me fabriquer...Il aurait bien vu, il aurait compris que je ne pouvais être décevant. Au lieu de ça, il a été rongé par un cancer, nous laissant tous dans le désarroi. Je m'étais juré de ne pas le regretter et pourtant, quand j'ai enfin été nommé danseur soliste, je me suis autorisé les larmes. Il me manquait tellement !

Il est resté silencieux et m'a juste pris le bras pour qu'on aille s’asseoir un peu plus loin.

-Il faut que je te renvoie la question ?

Il ne m'a pas répondu tout de suite. Il semblait perdu dans ses pensées. Puis il a fini par acquiescer.

-Pas si vite, Erik. Crois-tu que je m’attendais à une pareille confidence ? Tu ne laisses pas paraître grand-chose de tes sentiments. Je ne suis pas si égocentrique, une telle perte a dû impacter ta vie…

Il était vraiment bizarre ce type, tantôt brutal, tantôt délicat… « Impacter ma vie » …Il fallait vraiment s’appeler George Daniel pour parler comme ça…

-Un orphelin de dix ans comme tant d’autres…

-Tout de même…Je suis désolé pour toi.

-Merci…

-C’est sincère. Comment avez-vous fait ?

-Mes grands -parents français nous ont beaucoup aidés. Ils sont venus, on est allé en France…Ma mère a fini par se remettre et nous-aussi…

anselmo

 

George, tu touches au but. Il est avec toi.

Il est trop fermé...

Non, non, il va t'accompagner et t'aider mais comme toujours tu veux tout, tout de suite !

Où étais-tu passé ?

Les changements d'année comptent peu au paradis... Mais tu vois, je suis là.

J'ai été dur avec Paul, odieux même.

Je sais, George. Ne pense plus à lui. Il n'y a pas de retour.

C’est peut-être aussi bien.

Oui ! Et ce jeune homme...Ne soit pas brutal avec lui. Je te connais.

Allons, modère-toi. Il est beau c'est sûr, mais pas si solide. Tu m'entends ?

Oui. Tu es toujours mon ange...

Toujours.

Il s’étonnait de mon silence.

- Et vous, George ? Et toi ?

Je lui ai dit pour toi, A. J'ai été fou et cruel et pour ma mère aussi. Qu'avait-elle à faire d’aveux tardifs ? Elle savait sans vraiment se l'avouer. J'aurais été vigilant avec toi, je t'aurais contraint à rester en Angleterre. Tu aurais échappé à de mauvais médecins et ses stupides croyances. N'avais-tu pas l'habitude de te tourner stupidement vers la Vierge et les saints, à croire que ses images pieuses te sauveraient la mise ! Je t'aurais mis entre de bonnes mains. Six mois après, les thérapies combinatoires étaient arrivées. On t'aurait maintenu en vie jusque-là. Mais j'ai été aveugle ! Tu serais devenu un homme fait intelligent et créatif, amant ou ami et tu aurais gardé ton magnifique sourire plein de bonté. Bien entendu, j'aurais maintenu le flou avec ma mère et elle aurait survécu elle-aussi. Comment ai-je pu être aussi inconséquent ?

Tu sais, j’étais quelqu’un de gai et de gentil et je ne savais pas pour ce virus. Personne ne savait…Je n’ai jamais été dur avec toi mais lui, il peut l’être pour peu que tu le pousses trop dans ses retranchements. Fais attention aux Anges ! Il est si rare d’en croiser un !

Il est resté très droit, les bras le long du corps et je l’ai senti se raidir. Il redevenait l’homme de la crique, celui qui, hors de lui-même, allait se jeter à l’eau…Il était aussi l’être fantomatique des premiers jours dans la villa… Alors, toute agressivité m’a quitté. La danse fait qu’on aborde bien des rôles comme celui du prince mélancolique du Lac des cygnes ou encore celui du Jeune homme et la Mort. On peut être un faune, un jeune Roméo ou un esclave…C’est pour cette raison que toutes les balivernes concernant la « rigidité » de la danse classique m’ont toujours paru vaines. Elle rend « poreux », elle rend communicatif et sensible…Galvanisé par cette certitude, j’ai senti le courage s’emparer de moi et à lui qui redevenait si misérable et gris, j’ai trouvé le moyen de dire :

-George, écoute-moi : ton ami, A, devait être contaminé depuis un moment déjà et toi, heureusement, tu ne l'as pas été. Il n'est pas sûr qu'il ait été mal soigné et pas sûr non plus que tu aies pu le sauver en le maintenant en Angleterre. Tu étais connu, il ne l'était pas. Il n'a rien voulu t'imposer. Tu ne peux ni lui en vouloir d'avoir choisi de rester près de sa mère et ses sœurs au Brésil ni d'avoir recherché un secours spirituel dans la prière et la contemplation d'images pieuses. Il rencontrait sa propre mort et il a choisi ses armes même si elles te paraissaient piteuses. Tu dois respecter ses choix. Il était très jeune. Même pas trente ans ! Il s'est battu contre l'ennemi invisible et il a perdu. La paix est venue, tu peux en être sûr.

-Je respecte la religion mais là, c’était caricatural !

-Tu juges trop vite. Ma mère et mes sœurs se sont mises à prier dans les dernières semaines qui ont précédé la mort de mon père et lui-même n'était plus si fermé à une autre dimension, au ciel. Quant à moi, ne crois pas que je sois resté en arrière. Je crois en Dieu depuis longtemps, même si je n'ai pas un mode de vie très orthodoxe. L'éternité est si glaçante que je ne peux me résoudre à me tourner vers elle, vers un infini vide de sens. Dieu est là. Je connais son souffle. Je le rencontre quelquefois quand je danse...

Il a marqué un silence puis a repris alors que je restais suffoqué.

-Quant à ta mère, elle avait à faire de ta nature, de tes attirances. Ne me parle pas « d'aveux tardifs », je te prie ! Elle ne voulait pas que tu sois ainsi tout l’en ayant deviné et quand tu as enfin parlé, elle t'a dit qu'elle était malade. C'est bien cela ?

-Oui.

-Elle a eu une attitude très ambivalente. Sans doute t'adorait-elle et a-t-elle voulu te faire sentir à quel point elle t'aimait...C'était son amour qui devait te galvaniser non celui que tu pouvais éprouver pour un être du même sexe que toi. Car « en dévoilant ta vraie nature », tu as mentionné cet amour que tu avais pour un jeune homme...

-Oui, certainement…

-Drôle de dame en ce cas...

-Erik, tu parles de ma mère !

-Oui et je peux te renvoyer à la mienne. Elle n'aurait jamais fait cela : se livrer à ce chantage plus ou moins conscient pour te garder pour elle-seule. Elle a rencontré ton ami ?

-Non.

-Elle a su de quoi il est mort ?

-Je suis resté très évasif...

-Elle a dû s'en douter. La maladie honteuse d'un jeune homme « dépravé » et celle, malencontreuse et injuste, d'une femme digne ...Elle ne t'a pas épargné, George. Tu as fait une grave dépression ensuite, c'est bien cela.

-Pendant trois ans, je n'ai plus rien fait...J'ai changé de clinique plusieurs fois et pris goût aux pilules...

Il devenait trop grave et je devais faire preuve d'humour :

-Oh enfin, je ne pense pas qu'on t'ait fait prendre une partie de celles qui traînent dans ta chambre ! Ce n’étaient pas les mêmes...Et tes traitements n'incluaient pas ton actuelle consommation de whisky...Encore que je ne connaisse pas bien la médecine anglaise...

J'ai réussi à le faire rire.

-Non, en effet, il s'agissait de traitements spartiates...

 

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10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Je pourrais être heureux...

DE BASHER HOCKNEY

George D., lassé de tout, s'enfuit sur la Côte d'azur où il est recueilli par de jeunes artistes. L'un d'eux, un danseur, l'attire...Sauverait-il la mise

Je me suis mis à frissonner et me suis levé.

-Tu as froid ? Il fait bon pourtant...

-C'est peut-être ce que tu me dis...

-Tu veux rentrer ?

-Non, pas encore.

Il allait changer d'attaque, je le sentais. On s'est remis à marcher lentement.

-Après A, j'ai eu une longue liaison qui s'est terminé douloureusement et j'ai un autre compagnon maintenant. Je vais m'en séparer. Mais dis-moi : mise à part cette blessure d'enfance, qui as-tu aimé Erik et qui a pu te faire mal ?

-L'année de mes dix-huit ans, il y a eu une ballerine. On s'entendait plutôt bien jusqu'à ce que je sois pressenti pour être étoile. Elle ne l'a pas supporté et elle m'a planté là pour rejoindre un type de quarante ans plein aux as. Elle était très en colère car elle avait un problème de cheville. Elle allait la lâcher, elle le voyait venir et elle savait que sa carrière était fichue. J'ai eu mal mais à la réflexion, je pense que c'était plutôt mon amour propre qui en avait pris un coup. Je pense rarement à elle et de façon anecdotique...

-On peut donc en arriver à ton actuel compagnon ?

De nouveau, j'ai frissonné. Il a essayé de me prendre dans ses bras mais j'ai esquivé son enlacement. J'ai commencé à me diriger vers la voiture. On s'y est installé mais il a pris le volant retardant ainsi le départ.

-Attention, on conduit à droite en France !

-N'esquive pas !

J'ai parlé sans le regarder.

-Je l'ai rencontré à New York où j'étais en vacances avant de rejoindre le corps de ballet à Toronto. C'est un vrai Américain de la côte ouest, un démocrate aux idées larges, enfin selon lui. Il est très vif d'esprit et a une intelligence pénétrante. Il a un caractère fort mais à mes yeux il dispose d'une qualité extraordinaire : je ne m'ennuie jamais en sa compagnie. Il a travaillé pour l'opéra de New-York comme scénographe. En ce moment, il met en scène des expositions d'art contemporain et il écrit pour plusieurs revues d'art. Il a fait une école de dessin très select et il peint et dessine très bien. Il apprend le français. Ah, et il connaît parfaitement l'univers du ballet classique ! Il n'est pas un rôle que j'ai dansé dont il n'ait pas une connaissance profonde...Il me dessine des costumes de scène.

Comme il tentait de me foudroyer du regard, j'ai continué à regarder droit devant moi et j'ai poursuivi.

-Il est assez bel homme et s'entretient physiquement. Il a un coach privé pour la gymnastique et il nage dans les piscines des hôtels de luxe. Il se fait masser, fréquente les spas et surveille son alimentation. De temps en temps il abuse de champagne californien mais il ne fume pas. En fait, il se contrôle beaucoup et comme je dois le faire moi-même tout le temps, on s'accorde bien.

-Il est plus âgé que toi, bien sûr...

-Il a douze ans de plus que moi. Quelquefois, je le sens...

Il m'a coupé la parole.

-Mais il te laisse libre de temps en temps et ferme les yeux comme tu le fais pour lui. Mon compagnon américain faisait cela...Ce n'est pas une mauvaise tactique d'autant que cet homme semble avoir les pieds sur terre. Il s’appelle Julian, c’est bien cela…

J'étais heurté par ce qu'il me disait mais je commençais à comprendre qu’il ne serait pas intrusif au-delà d’une certaine limite. A condition, bien sûr, que je m’y oppose…

-Demande-lui intérieurement d’être permissif…

J'ai soupiré d'agacement. Je voulais qu'on rentre. Il m'a forcé à le regarder et se penchant vers moi, il m'a embrassé sur la joue puis aux coins des lèvres. Il était sans insistance et je le sentais très ému. Je ne sais pas, moi, ce que je ressentais exactement mais je n’étais plus si en colère. Après quoi, nous sommes rentrés.

.J'étais rasséréné et je pensais qu'il me laisserait tranquille. Il n'aurait pas le front de braver les autres et nous avons bavardé et ri en toute liberté jusqu'au soir. Vers vingt-deux heures, j'étais seul dans ma chambre et je sortais de la douche quand il est entré sans frapper. J'avais refait le lit laissé en grand désordre par le passage de Carolyn mais omis d'enlever d'un fauteuil un foulard qu'elle avait autour du cou en venant me voir. Elle l'avait oublié. Il l'a vu, l'a pris et m'a toisé.

-La jolie chanteuse qui a bien du chemin à faire ? Ce n'est pas difficile à deviner. Tu l’as baisée cet après-midi ? Tu as raison : elle est bien faite.

Je suis resté silencieux. Il me jaugeait, trop content de marquer un point.

-Quoi ? Tu ne vas pas nier tout de même ? Elle a un joli corps, c’est vrai et un visage touchant. Tu as eu envie d’elle et elle de toi. Tu apprécies les femmes…

-J’aime bien Carolyn.

-Oh, oh, oh, Erik…

-Nicholas et Jonathan le tiraient de l’eau, il avait failli mourir d’une pneumonie en Autriche et des cliniques suisses et allemandes pouvaient se vanter de l’avoir reçu pour ce qui ne passerait jamais pour un processus de désintoxication mais « une cure de remise en forme » …La mer était proche et la côte escarpée…Il prenait « son traitement » et ajoutait du vin au whisky…Trop dangereux, trop risqué. Une « star » d’un autre âge doublé d’un homme impérieux et possessif, habitué à ce que tout à soit à lui et amoureux des lamentations…

Il était étincelant. On avait dû rarement lui dire non. Quel visage plein d’orgueil !

-Je suis venu te dire que je vais réorchestrer deux de mes anciens tubes et que j'ai en tête deux nouveaux titres. Je trouve cela magnifique ! Tu sais, il me vient même l’idée d’un album…

Il m'a adressé ce sourire forcé qu'on lui voyait toujours dans les journaux ou à la télévision quand il évoquait « sa carrière et ses projets » avant de disparaître sans que j'aie trouvé quoi lui dire. Après quoi, après un moment d'agitation, j'ai retrouvé le calme et dormi du sommeil du juste. Il me restait juste l'image d'une publicité pour dentifrice.

 

10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Aimer encore pour ne pas mourir.

hockney 2

16 George. Roquebrune. Janvier 2016. Sur la Côte d'Azur où il s'est réfugié car il est aux abois, George D. rencontre des jeunes gens. Il aurait un amour possible...

Vers quatre heures du matin, je n'y ai plus tenu. Je me suis succinctement habillé et me suis présenté à sa porte. Je ne sais pourquoi j'avais imaginé qu'il se serait barricadé comme un petit enfant à qui on demande de n'ouvrir à personne en l'absence de ses parents. Il n'en était rien. Je suis entré sans encombre dans une pièce pleine de pénombre mais non obscure et ai refermé la porte à clé. Il dormait à poings fermés. Je me suis dénudé et ai ouvert les draps. Il avait une belle respiration régulière et je l'ai écouté sans bouger, allongé près de lui. Puis, je l'ai attiré à moi avec suffisamment d'élan pour qu'il se réveille.

-Qu'est-ce que tu fais !

-Mais tu le sais !

Il s'est joliment débattu et je n'ai pu utiliser que le biais de la parole puisque fort et jeune comme il l'était, je n'aurais pu le contrer.

-Je t'en prie. On se sépare tous bientôt. Je t’ai dit qui j'étais, tu m'inspires, tu me rends à la vie. Mon Erik....

Il a dit non faiblement et s'est encore un peu défendu, ce qui m'a permis d'évaluer le peu de difficultés qu'il y avait à le déshabiller. Que voulez-vous, j'ai été mal habitué. Elles s'offraient, ils s'offraient. C'en était dérisoire. Forcément, une telle jeunesse et une beauté inattendue pour moi, ça m'excitait. Il a détourné la tête quand j'ai voulu l'embrasser et a repoussé mes mains qui cherchaient à lui retirer ses vêtements avant de céder et de s'allonger. J'ignorais à quelle injonction il obéissait mais celle-ci m'a bien servi. J'ai pu le mettre nu, entrer ma langue dans sa bouche et enserrer son membre dans une de mes mains. Il avait un corps ferme, musclé mais fin et ce visage…

Trois heures d’affilée, je ne l'ai pas laissé tranquille. Il répondait bien, en bel amant qu'il était. Aucun de nous ne parlait sauf pour des consignes brèves. Je lui en demandais beaucoup puisqu'il n'y avait pas vingt-quatre heures qu'il avait fait l'amour à cette jeune fille mais j'étais étonné de sa fraîcheur et de son inventivité. Quand enfin mon désir a décru, je me suis écarté de lui et il est resté un moment calme et silencieux, allongé, sa respiration allant s'apaisant. Il fermait les yeux et avait l'air profondément comblé. Je me gorgeais de ses odeurs corporelles car elles étaient celles d'un jeune homme au fait de sa beauté. Il a soudain voulu se lever et je l'ai retenu durement par le poignet :

-Mais où vas-tu ?

-Dans la salle de bain !

-Tu as gardé les odeurs de cette fille et tu as les miennes maintenant. Est-ce que ça t’enivre ?

-Je ne me suis pas posé la question.

-Tu veux tout de même t’en débarrasser…

-C’est mal ?

-Oui, parce que moi je trouve cela très excitant.

Il a eu l’air stupéfait comme si ma remarque était sans fondement. Je ne décolérais pas.

-Quoi, il est si puritain ? Jamais ce genre de remarques ?

-Il s’économise en paroles si je le compare à toi et de toute façon, la situation ne s’est pas trouvée. Tu vas rester aussi possessif ?

Je le déconcertais trop et il fallait calmer le jeu. Me reprenant, je l’ai laissé filer dans la salle d’eau.

-Non, rassure-toi, non…

Je me suis surpris à chantonner.

 

Ce sont ceux qui résistent
Que nous avons le plus envie d'embrasser,
Tu es d'accord ?
Les cow-boys et les anges,
Ils ont tout leur temps pour toi
Comment pourrais-je croire
Être une perle rare pour toi ?

Pourquoi les paroles d'une de mes chansons me revenaient-elles en mémoire ? Je me suis surpris à la fredonner. Il me regardait, étonné, en s'essuyant avec une grande serviette blanche et je voyais son agressivité s’en aller. Je me suis levé pour l'aider à se sécher et j'ai continué de chanter.

Les cow-boys et les anges,
Ils t'aiment tous instantanément
Comment pourrais-je croire
Avoir été fait pour toi ?
Comment pourrais-je croire
Que tu resterais ?
Mais la cicatrice sur ton visage,
Ce magnifique visage qui est le tien...
Ne crois-tu pas que je sais
Qu'ils t'ont déjà blessée auparavant ?

 

Il ne disait rien et se laissait cajoler. Je l'ai fait se recoucher. Il restait silencieux mais me regardait avec ces mêmes grands yeux pleins d'enfance qu’A avait eus. J'ai été traversé par une souffrance violente mêlée de bonheur.

-S'il te plaît, sois plus fort que ton passé ! L'avenir pourrait bien te donner une autre chance. C'est ça la fin, non ?

Il l'avait murmurée dans ce joli anglais qu'il avait mâtiné d'une pointe d'accent danois. J'ai voulu lui répondre mais j'étais si fortement ému que je me suis tu.

-Mais tu sais le texte de cette chanson ?

-Tu vois bien.

-Erik, écoute, je…

-Non, les paroles que tu vas dire…

-Tu devras les entendre.

-Pas maintenant, je vais dormir. J'ai vraiment sommeil.

10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Car il faut partir...

 

AHHHHHHHHHHHH

 

George Daniel, qui s'est réfugié sur la Côte d'azur, pour ne pas mourir, a trouvé un nouvel amour...

L'instant d'après, il s'était tourné vers moi et les yeux clos quittait le monde de l'éveil. Paisiblement, il a posé un bras en travers de ma poitrine avant de s'assoupir. Ma chanson « Praying for time » s’est brusquement emparée de moi, sans que j’en comprenne la raison.

Voici le jour pour tendre la main 
Ce ne sera pas le dernier 
Regarde autour de toi maintenant 
Voici le jour des mendiants et des tricheurs 

Voici l'année de l'homme qui a faim 
Dont la place est dans le passé 
Main dans la main avec l'ignorance 
Et avec de confortables excuses

Cette villa, ces jeunes gens qui tentaient de m’aider, ce garçon blond qui dormait paisiblement près de moi, c’était un ancrage et une paix fugitives. Le monde était là, autour de moi et il n’avait pas changé.


Voici le jour des mains vides 
Oh tu t'accroches à ce que tu peux 
Et la charité est un manteau que tu portes deux fois par an 

Voici l'année de l'homme coupable 
Ta télévision à ses positions prises 
Et tu penses que ce qui était finis là-bas

L’est ici...

Je me suis surpris à penser à un monde plus clément. Jeune, je pensais que le ciel pouvait attendre car la terre était belle. Je pensais ne jamais prier mais c’était faux. Je j'avais fait à ma façon des années durant. J’avais « demandé » la célébrité, « supplié » pour qu’on m’envoie quelqu’un à aimer, « pleuré » pour qu’A. Reste envie puis qu’Andy ne se sépare pas de moi. Et enfin, j’avais « prié pour le temps présent ». Ma chanson datait mais l’état du monde n’était pas meilleur.

En 1990, rien n’allait comme je voulais. J’avais toujours un vrai succès populaire et dans la profession, on me respectait. Toutefois, je dérangeais. Trop bavard. Ne prenant pas de gants. Beaucoup de ceux que j’aimais pour des raisons diverses étaient morts. J’ai évoqué A mais je pourrais aussi parler de plusieurs de mes musiciens ou choristes que le même virus avait emporté. Mon attachée de presse préférée, une trentenaire énergique bourrée d’humour, avait été emportée par un cancer du sein et un chauffeur occasionnel que j’avais (mes fantaisies au volant me valant des retraits de permis) avait péri sur la route dans son véhicule personnel qu’une voiture folle avait percutée. J’avais perdu la princesse de Galles à laquelle on m’associait beaucoup car elle portait une amitié qu’elle aurait voulu voir évoluer. La perdre m’avait marqué. Le monde était ravagé par la guerre et les populations affolées migraient…

Après une courte pause, j’allais de nouveau descendre dans l’arène d’où cette chanson qui déferlait en moi. Je mentirais en évoquant une nuit blanche car, au bout d’un moment, j’ai moi-aussi glissé dans le sommeil. Quand je me suis réveillé, le jeune homme était assis sur un des fauteuils et il avait posé un thermos de café sur une petite table.

-Quelle heure est-il ?

-Bientôt midi.

-Quoi ! Tu ne m’as pas réveillé ?

-Non, tu avais besoin dormir.

Il était joliment vêtu, tout en bleu-marine, et je ne souhaitais pas le décevoir. J’ai donc filé dans ma chambre pour redevenir présentable. En pull cashmere et pantalon gris, ma barbe de trois jours savamment entretenue et mon corps parfumé, j’étais au moins agréable à regarder. Il m’a souri et m’a servi du café.

-Les autres ne te cherchent pas, Erik ?

-Ils sont partis. Guillaume et Elise sont à Monaco avec Pierre et Carolyn. Quant à Valeria et Marjan, elles sont invitées par celui qui nous a loué cette maison, un certain Delacour. Ils reviendront tous ce soir. La femme de ménage, la cuisinière et même l’homme à tout faire ont congé. Nous sommes seuls.

-Toute la journée avec moi : ça ne te fait pas peur ?

Il est parti d’un joli rire frais.

-Non, je suis de taille.

Redevenant grave, il m’a longuement regardé.

-On dirait que tu as fait de mauvais rêves…

-Le retour à la réalité approche…

Il a souri légèrement.

-C’est vrai pour nous tous, tu sais. Dis-moi : il y a des questions que je veux te poser. Tu es très fort pour me faire parler les autres mais tu laisses des zones d’ombre sur ta vie…

-Je t’écoute.

-Lui, le jeune Brésilien, tu le mets en avant. Et les autres ?

-Il reste central.

-Depuis toutes ces années ?

-Oui, Erik.

-C’est impossible. Tu as eu d’autres amours et lui, ça fait longtemps.

-ll reste mon port d’attache.

- Et « ton bateau a délaissé les autres rades » ?

Il me sondait et ne semblait pas convaincu du tout.

-C’est une belle image, Oui, si tu veux.

Il a grimacé.

-Pourquoi n’as-tu jamais quitté Londres et l’Angleterre ?

-J’ai tenté de le faire quand j’ai échappé à la dépression et j’ai acheté une maison en Australie. Je suivais en cela les conseils d’un psychiatre. J’ai tenu un an et demi et encore. J’avais beau de dire que j’étais amoureux d’un Australien, il fallait que je revienne par ici. Et finalement, je n’y ai plus tenu. Je ne me suis pas réinstallé dans la maison car je l’ai abandonnée un temps à mon amant. J’ai acheté une autre très grande maison dans une banlieue cossue et j’y suis toujours.

-D’accord…

-Ma propriété australienne sera vendue prochainement et celle où Paul vivait aussi. Quant à l’autre, je la garde par espoir. Au départ j’étais sociable et ceci pour deux raisons ; d’une part, j’étais naïf et pensais que j’avais beaucoup d’amis et de l’autre, je redoutais d’être seul. Assurer quatre ou cinq rappels et te sentir adoré pour rentrer dans une chambre d’hôtel ou chez toi et n’y trouver personne, c’est insupportable. J’ai longtemps fonctionné ainsi jusqu’à ce que je m’avoue que j’étais entouré d’obligés qui attendaient des récompenses et finissaient par les obtenir. Alors, j’ai changé et ils n’ont pas compris. Je suis devenu misanthrope au fil du temps, tu sais.

-Et donc ?

-J’irai mieux. Elle redeviendra vivante. Et puis tu sais, bien que je l’aie achetée après la mort de ma mère, sa présence y est importante. J’aurais le sentiment de la décevoir en m’en séparant.

-Où est ton studio d’enregistrement ?

-Loin de mon lieu de vie. Je n’y allais plus guère mais l’inspiration revient…

-Déménage momentanément !

De nouveau, il a eu ce beau sourire plein de générosité qui l’illuminait totalement. La journée s’est déroulée. Nous nous étreignions, nous reposions, allions voler de la nourriture en bas. J’aurais voulu que le temps s’étire, que tout soit éternel. Hélas, ils sont tous revenus vers minuit. Ils parlaient fort. Guillaume a monté les escaliers quatre à quatre et constatant que la porte de la chambre d’Erik était verrouillée et que celui-ci ne lui répondait pas, il a compris et a émis un juron en français puis un autre en anglais. Et c’était tout. De toute façon, le danseur blond dormait déjà.

Les jours suivants ont été pleins de félicité. Il était vraiment tourné vers moi, volubile, gracieux et tellement pertinent dans ses remarques. Il me poussait à la vie, à la chanson. Il me renvoyait à ce que George Daniel avait de plus grand. Il me renvoyait à A. dont je n’étais jamais saturé.

Tu te déguiseras pour me rejoindre. Le Carnaval, le Brésil. Changer d’apparence, on sait tous faire ça au Brésil…, Monsieur l’Anglais, on ira à la plage. Moi, j’ai confiance. Je t’aime depuis longtemps et maintenant que j’ai réussi te rencontrer, je vais tout faire pour que tu te tournes vers moi. Tu as besoin de quelqu’un qui t’aime pour ce que tu es et moi, je suis cette personne-là…

Penser à lui avec force entraînait donc toujours ce retour sur le souvenir et l’irruption de cette voix pour moi unique. Toutefois, cette fois, il y a eu une variante et celle-ci était de taille. Alors que j’étais seul dans le grand salon du bas, il s’est comme incarné quelques secondes pour moi et j’ai tressailli. Était-ce vraiment lui ou une illusion que j’en avais ? Il était tel qu’en lui-même tout vêtu de noir, m’attendant à la porte de ma loge, si pur et déterminé…Il m’a fallu peu de temps pour comprendre qu’il était revenu du royaume des morts pour me dire que moi-aussi je devais renaître. La lumière hivernale qui arrivait sur son visage le rendait très doux. Ses yeux brillaient de joie. Il était totalement présent dans la pièce. Il irradiait. Puis, peu à peu, sa silhouette est devenue floue. Elle a perdu ses contours puis n’a plus eu de consistance…

Ainsi donc, tout prenait forme. Dans les heures qui ont suivi, j’ai voulu parler à Erik de cette extraordinaire apparition mais je me suis tu. Je me suis contenté de lui dire qu’il changeait la donne, qu’il me donnait de l’espoir et j’allais redevenir créatif et que la musique emplirait ma vie de nouveau. Il en paru très heureux.

On a regardé le site du new York City Ballet, où il apparaissait sur de multiples photos et il a tenu ensuite à regarder des photos de presse de moi jeune et moins jeune. La star. Le pouvoir de fascination. Il a imprimé une de moi quand j’avais vingt-cinq ans et m’en a donné une de lui quand il avait seize ans. Il posait en justaucorps et serre-taille, un bandeau retenant ses cheveux blonds, des chaussons de danse aux pieds. Volontaire, terrestre mais très gracieux…J’ai failli lui demander des images de son compagnon mais ne suis arrêté à temps. A quoi bon. Un lien se créait entre nous et pouvait devenir profond. Ses yeux bleus étaient sur moi. Ils reflétaient son inquiétude et son acceptation. Il savait que je disais vrai. Dans l’annexe, le dernier jour, j’ai joué du piano. Il me venait une ligne mélodique sur laquelle je pouvais construire une chanson…

Puis le moment du départ est venu. En deux jours, la maison s’est vidée. On ne prenait pas les mêmes avions. Et c’était tout.

 

 

 

10 août 2022

George D. Celui qui meurt.Deuxième partie.

 

GM 2017

 

Seconde partie

Changer, chanter

 

 

 Je disais que l'amour était une chose magnifique 

Je disais que l'amour nous protégerait des peines

Avais-je connu cela ?
Avais-je connu cela ?

Je te consacrerais bien toute ma vie
Mais te perdre, me fendrait comme une lame
Alors je n'ose pas
Non, je n'ose pas

 

A Different corner

 

10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 2. Quelques mots....

george

Une Pop star aux abois qui a voulu mourir noyée revient à la vie et trouve une nouvelle inspiration

 Un nouvel amour, des rencontres...Ce n'est évidemment pas ce qui est arrivé à George Michael qui est 

mort un matin de Noël, seul, dans son immense maison. A qui ? A quoi a t'il pensé, celui qui

était devenu si solitaire? Cette poétique version des faites, cette invention de lui-même est certes 

plus clémente...En renouant avec la création artistique, Georges D. se tend vers ce qui lui a fait mal 

mais se retrouve plus unifié face à la mort qui approche...

 

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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