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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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10 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 1. Je pourrais être heureux...

DE BASHER HOCKNEY

George D., lassé de tout, s'enfuit sur la Côte d'azur où il est recueilli par de jeunes artistes. L'un d'eux, un danseur, l'attire...Sauverait-il la mise

Je me suis mis à frissonner et me suis levé.

-Tu as froid ? Il fait bon pourtant...

-C'est peut-être ce que tu me dis...

-Tu veux rentrer ?

-Non, pas encore.

Il allait changer d'attaque, je le sentais. On s'est remis à marcher lentement.

-Après A, j'ai eu une longue liaison qui s'est terminé douloureusement et j'ai un autre compagnon maintenant. Je vais m'en séparer. Mais dis-moi : mise à part cette blessure d'enfance, qui as-tu aimé Erik et qui a pu te faire mal ?

-L'année de mes dix-huit ans, il y a eu une ballerine. On s'entendait plutôt bien jusqu'à ce que je sois pressenti pour être étoile. Elle ne l'a pas supporté et elle m'a planté là pour rejoindre un type de quarante ans plein aux as. Elle était très en colère car elle avait un problème de cheville. Elle allait la lâcher, elle le voyait venir et elle savait que sa carrière était fichue. J'ai eu mal mais à la réflexion, je pense que c'était plutôt mon amour propre qui en avait pris un coup. Je pense rarement à elle et de façon anecdotique...

-On peut donc en arriver à ton actuel compagnon ?

De nouveau, j'ai frissonné. Il a essayé de me prendre dans ses bras mais j'ai esquivé son enlacement. J'ai commencé à me diriger vers la voiture. On s'y est installé mais il a pris le volant retardant ainsi le départ.

-Attention, on conduit à droite en France !

-N'esquive pas !

J'ai parlé sans le regarder.

-Je l'ai rencontré à New York où j'étais en vacances avant de rejoindre le corps de ballet à Toronto. C'est un vrai Américain de la côte ouest, un démocrate aux idées larges, enfin selon lui. Il est très vif d'esprit et a une intelligence pénétrante. Il a un caractère fort mais à mes yeux il dispose d'une qualité extraordinaire : je ne m'ennuie jamais en sa compagnie. Il a travaillé pour l'opéra de New-York comme scénographe. En ce moment, il met en scène des expositions d'art contemporain et il écrit pour plusieurs revues d'art. Il a fait une école de dessin très select et il peint et dessine très bien. Il apprend le français. Ah, et il connaît parfaitement l'univers du ballet classique ! Il n'est pas un rôle que j'ai dansé dont il n'ait pas une connaissance profonde...Il me dessine des costumes de scène.

Comme il tentait de me foudroyer du regard, j'ai continué à regarder droit devant moi et j'ai poursuivi.

-Il est assez bel homme et s'entretient physiquement. Il a un coach privé pour la gymnastique et il nage dans les piscines des hôtels de luxe. Il se fait masser, fréquente les spas et surveille son alimentation. De temps en temps il abuse de champagne californien mais il ne fume pas. En fait, il se contrôle beaucoup et comme je dois le faire moi-même tout le temps, on s'accorde bien.

-Il est plus âgé que toi, bien sûr...

-Il a douze ans de plus que moi. Quelquefois, je le sens...

Il m'a coupé la parole.

-Mais il te laisse libre de temps en temps et ferme les yeux comme tu le fais pour lui. Mon compagnon américain faisait cela...Ce n'est pas une mauvaise tactique d'autant que cet homme semble avoir les pieds sur terre. Il s’appelle Julian, c’est bien cela…

J'étais heurté par ce qu'il me disait mais je commençais à comprendre qu’il ne serait pas intrusif au-delà d’une certaine limite. A condition, bien sûr, que je m’y oppose…

-Demande-lui intérieurement d’être permissif…

J'ai soupiré d'agacement. Je voulais qu'on rentre. Il m'a forcé à le regarder et se penchant vers moi, il m'a embrassé sur la joue puis aux coins des lèvres. Il était sans insistance et je le sentais très ému. Je ne sais pas, moi, ce que je ressentais exactement mais je n’étais plus si en colère. Après quoi, nous sommes rentrés.

.J'étais rasséréné et je pensais qu'il me laisserait tranquille. Il n'aurait pas le front de braver les autres et nous avons bavardé et ri en toute liberté jusqu'au soir. Vers vingt-deux heures, j'étais seul dans ma chambre et je sortais de la douche quand il est entré sans frapper. J'avais refait le lit laissé en grand désordre par le passage de Carolyn mais omis d'enlever d'un fauteuil un foulard qu'elle avait autour du cou en venant me voir. Elle l'avait oublié. Il l'a vu, l'a pris et m'a toisé.

-La jolie chanteuse qui a bien du chemin à faire ? Ce n'est pas difficile à deviner. Tu l’as baisée cet après-midi ? Tu as raison : elle est bien faite.

Je suis resté silencieux. Il me jaugeait, trop content de marquer un point.

-Quoi ? Tu ne vas pas nier tout de même ? Elle a un joli corps, c’est vrai et un visage touchant. Tu as eu envie d’elle et elle de toi. Tu apprécies les femmes…

-J’aime bien Carolyn.

-Oh, oh, oh, Erik…

-Nicholas et Jonathan le tiraient de l’eau, il avait failli mourir d’une pneumonie en Autriche et des cliniques suisses et allemandes pouvaient se vanter de l’avoir reçu pour ce qui ne passerait jamais pour un processus de désintoxication mais « une cure de remise en forme » …La mer était proche et la côte escarpée…Il prenait « son traitement » et ajoutait du vin au whisky…Trop dangereux, trop risqué. Une « star » d’un autre âge doublé d’un homme impérieux et possessif, habitué à ce que tout à soit à lui et amoureux des lamentations…

Il était étincelant. On avait dû rarement lui dire non. Quel visage plein d’orgueil !

-Je suis venu te dire que je vais réorchestrer deux de mes anciens tubes et que j'ai en tête deux nouveaux titres. Je trouve cela magnifique ! Tu sais, il me vient même l’idée d’un album…

Il m'a adressé ce sourire forcé qu'on lui voyait toujours dans les journaux ou à la télévision quand il évoquait « sa carrière et ses projets » avant de disparaître sans que j'aie trouvé quoi lui dire. Après quoi, après un moment d'agitation, j'ai retrouvé le calme et dormi du sommeil du juste. Il me restait juste l'image d'une publicité pour dentifrice.

 

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8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Dans un hôpital lointain, en montagne...

MALADE

  1. Longs couloirs blancs.

Lucas, enfant qui depuis longtemps est atteint d'une maladie indéfinissable, est placé, au grand dam de ses parents, dans un hôpital pour enfants en Savoie, très loin de chez lui...

Pour Lucas, c'en était fini de cette vie dans la maison de son enfance. On le mit d'abord en observation au Mans. Le dépaysement était faible. Les examens se succédaient, les entretiens aussi. Il était théoriquement trop jeune pour comprendre et de la décision prise, on ne lui dit rien. Un matin, on l'aida à assembler ses affaires et on lui annonça qu'il partait dans les Alpes. Lucas avait vu ses parents la veille. Savaient-ils ? Oui, sans doute. En tout cas, ils n'avaient rien montré...

Du jour au lendemain, il se retrouva dans un centre médical situé au sud de Grenoble. N'ayant jamais vu la montagne, l'enfant était ébloui. Ses parents étaient casaniers. Chez lui, on allait en vacances à Tours, chez les parents de papa ou au Mans, chez ceux de maman. Il y avait bien quelques escapades en Bretagne pour voir des copains de Jérémie et à Paris pour visiter une cousine de Noémie mais c'était tout. Le terroir, voilà qui était bien !

Les découpures sévères des hautes montagnes, les neiges éternelles, les perspectives sur de belles vallées herbeuses, c'était là une grande nouveauté.

Nouvelle aussi était la solitude dans ces lieux vastes et inconnus. Il recevait bien sûr appels et courriers de ses parents mais étant pris dans un emploi du temps compliqué, il ne pouvait leur accorder trop d'importance. Il devinait aussi que sa vie d'avant était mise à distance, ses parents inclus...

Il étudiait avec d'autres patients du centre. Ils avaient son âge mais peu venaient de son unité. Certains avaient le crâne rasé, d'autres étaient en chaises roulantes. Les enseignements étaient ceux de sixième. Bien préparé et vif d'esprit, Lucas les trouva simples mais constata que parmi les élèves beaucoup décrochaient vite. Se plaignant de maux de tête, ils demandaient à regagner leur chambre.

 

8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Rivello Stefano. Le chien magique qui dit un nom...

LUCKY

Lucas, un enfant incurable est tranféré dans un hôpital de montagne d'où il veut s'enfuir, aidé par un chien magique...

A la face du monde, il s'enfuirait et si Nicolas le voulait, il le suivrait...L'été arrivait. Ce serait plus simple. En pensant cela, Lucas semblait naïf. De la montagne, il n'avait quasiment rien vu. Ses soucis de santé ayant motivé son installation dans cette aile de l’hôpital avaient très vite exclu toute randonnée. Des Alpes, il n'aurait en fin de compte, vu que les imposantes découpures à travers les grandes baies vitrées des couloirs où des salles de repos. Tout juste avait-il pu marcher dans la neige avec ses parents et se laisser prendre en photo lors d'une timide excursion à « quelques encablures » du centre médical...Mais cette naïveté, l'enfant la réfutait. Il partirait.

Bientôt, tout prit forme. Lucas vit son chien en rêve. Il était dressé sur ses pattes de devant et, la langue pendante, semblait le regarder. Au sol, se trouvait un grand carton sur lequel était écrit un mot : Rivello.

Lucas ne savait ni s'il s'agissait d'un lieu ni si c'était le nom de quelqu'un. Au rêve suivant, le chien parut brièvement puis le panneau de carton occupa tout l'espace, si tant est que le rêve soit une suite de grandes images. Le même nom mystérieux y était inscrit mais cette fois des commentaires apparaissaient.

Rivello Stefano. Ami de Honey. Hameau de Recholles. Café La Bella storia. 23 juillet. 8H du matin. Petite cour derrière le café. Prendre sac de voyage léger. Utiliser la sortie de secours P1 dans le bâtiment où tu te trouves. Marche de quarante minutes. Ne pas avoir peur.

C'était laconique. Des précisions s'imposaient.

-Je resterai là ?

-A la Bella storia ? Non.

-Je voyagerai ?

-Oui.

 

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-Avec Stefano ?

-Oui.

-On ira voir Honey ?

-Pas encore.

-Alors, qui verra t'on ?

-Tu verras. Ce sera une longue route.

-Tu es bien sûr de tout cela, Lucky ?

-Certain.

Le chien changeait de forme, devenait énorme translucide, vaste découpure sur fond de ciel d'été puis comme le rêve s'achevait il retrouvait sa benoîte apparence, celle qu'il conservait dans le maison de famille. Des paroles qui s'étaient échappées de lui, l'enfant restait imprégnée. Il se sentait fort. De tels mots le guérissaient !

Ainsi, il partirait. La peur, Lucas n'en éprouvait aucune même si le projet était fou. Il passa dix jours avec ses parents dans un gîte sans leur parler de rien. Il était calme. Les médecins le disaient assagi mais le tenaient à l’œil. Le 22, Vincent et Noémie rentrèrent chez eux, dans la maison où il avait grandi. Ils câlineraient Lucky dès leur retour, lui parlant de la nostalgie que leur fils avait de lui. Le chien parut les écouter avec intérêt et leur lécha les mains.

Le 23 au matin, Lucas et Nicolas, qu'il avait convaincu, se dirigèrent vers le café...

 

29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Effervescence à Naples.

 

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5 Signorella à Naples.

Après de nombreuses épreuves, deux enfants, Lucas et Nicolas arrivent à Naples où ils connaissent un temps de répitLa surprise fut immense pour Lucas. Il ne s'agissait plus cette fois de rester cachés quelque part dans un lieu isolé. Ils étaient à Naples et qui plus est en plein centre historique. Ils marchaient avec Stefano qui se montrait singulièrement bavard et bien informé. C'était stupéfiant ! D'autant que pour la première fois ils n'étaient plus des reclus mais des promeneurs anonymes savourant le bonheur d'une belle promenade. Modifiant leur allure vestimentaire, l'Italien avait veillé à ce qu'ils ne ressemblent pas à ces vacanciers caricaturaux qui prennent des photos en ville en restant bien groupés de peur qu'on les vole. Il avait donc proscrit, les couleurs trop vives, les grosses casquettes, les chaussures de sport voyantes et les sacs à dos bourrés de chips et de canettes de soda. Portant des vêtements sobres, ses deux protégés ressemblaient à s'y méprendre aux jeunes italiens qu'ils croisaient. En un tournemain, Stefano avait de nouveau teint les cheveux de Lucas qui, de nouveau était brun. Quant à Nicolas, il n'arborait plus ses lunettes à grosses montures blanches. En blanc ou bleu marine, ils portaient des vêtements simples et faisaient profil bas.

Pour que leurs découvertes soient belles, Stefano leur avait donné de petits guides de la ville ainsi que des appareils jetables car il aurait été stupide de ne pas prendre de photos. Il était bien entendu, cependant, que seuls les monuments seraient photographiés...

Tantôt en voiture, tantôt en transports en commun, il les promenait et suscitait le ravissement. Piazza del plebiscito, les enfants contemplèrent émerveillés la basilique Saint-François de Paule entourée d'une vaste colonnade. Ils adorèrent cette place de forme elliptique qui est le cœur de la ville. Ils furent impressionnés par le Castel Nuovo qui surplombe toute la ville portuaire et par sa composition architecturale très hybride. On y accédait par un arc de triomphe. Stefano leur dit qu'il s'agissait du musée archéologique de la ville et que Naples ayant eu une histoire aussi riche que mouvementée, ce lieu contenait d'innombrables trésors. Lucas , qui malgré sa maladie, avait été un élève curieux et un boulimique de nouvelles découvertes, en fut persuadé. Il voulait visiter les lieux. Stefano l' assura qu 'ils reviendraient tous deux, l'endurance de Nicolas étant limitée.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Dans le labyrinthe. Pensées multiples.

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Près de Naples, à la Solfatare, Lucas, un jeune garçon et Caterina, une italienne mature visitent les champs de soufre. Mais Lucas entre dans un labyrinthe...

Lucas fit avec ce qu'il avait. Ayant conservé le caillou aiguisé qui devait lui permettre de combattre le monstre du labyrinthe qui le retenait prisonnier, il s'en servit pour faire des comptages. Il dessina des bâtons sur une paroi rocheuse à la chair tendre et s'en servit comme point de départ d'une nouvelle ère : celle de sa solitude en ces lieux.

Se référant encore à Robinson, il envia celui-ci. Voilà un naufragé qui avait pu chasser, s'emparer et domestiquer quelques animaux et pêcher. Il avait pu cultiver aussi et construire un abri puis un fortin avec les outils récupérés dans la Virginie...Lui, ne pouvait rien faire de tel. Par contre, il pouvait se souvenir ! Puisqu'il n'y avait dans ces souterrains aucune forme de vie animale ou végétale, il dessina. Sur les parois rocheuses, apparurent des animaux domestiques, comme ceux qui l'avaient entouré enfant et aussi des ciels et des maisons. Il y avait des papillons et des oiseaux. Et des fleurs, beaucoup de fleurs. Et pour finir, il dessina des êtres humains.

 Stefano, Signorella,

Papa, Maman,

Lucas .

 Il se dessina aussi car il craignait de disparaître et à côté de lui, il plaça Lucky. A sa manière, le jeune garçon luttait contre l'anéantissement. Il n'y avait peut-être personne pour lui, ici, mais là-haut, il y avait les siens. Figés dans sa mémoire, ils devenaient vivants quand il les crayonnait et c'était bien. Stefano, les cheveux tout bouclés, riait aux éclats dans la maison des gardiens de la villa Ada. Caterina, en jupe et chemisier se promenait dans Naples avec lui et achetait du poisson sur le port. Maman, telle qu'il l'avait connue, revenait de l'école avec son sac plein de cahiers et papa faisait du vélo avec lui sur une petite route de campagne. Quant à Lucky, il se comportait comme dans la maison de la Ferté Bernard, toujours prêt à jouer et protecteur. Il était dur de les dessiner tous et le résultat n'était pas exceptionnel, il s'en doutait bien, mais ça n'avait pas d'importance. Que papa et maman aient une tête trop grosse, le chien une queue interminable et ses amis italiennes des bouches immenses, qu'est-ce que ça faisait ?

Désormais, Lucas ne bougeait plus. A quoi cela aurait-il servi ? A parcourir encore d'interminables galeries ouvrant sur d'autres, le tout dans un silence effrayant ? Ici, au moins, il était bien. Il lui restait un dessin à faire et ça lui posait problème. Parce que représenter quelqu'un qu'on a jamais vu, c'est dur ! Et lui, il voulait figurer Honey ? Mais Honey, c'était quoi ? Une idée, un homme, une créature d'un autre monde ? Difficile de le savoir. Le temps passant, l'urgence resta. Alors, Lucas écrivit sur le mur :

 Honey, vainqueur de Ah Thor.

A peine eut-il fait cela qu'il lui sembla qu'étaient devant lui ces deux Italiens qui avaient permis sa fuite. Caterina Signorella lui faisait face et souriait doucement. Au dessus de sa tête, Lucas vit apparaître le mot « Mansuétude ». Brune et courageuse, l'Italienne rayonnait de bonté. Il tendit les mains vers elle mais ce n'était qu'une apparition et il ne put la toucher. Ses doigts bougèrent dans le vide. Il en alla de même pour Stefano à qui était associé le mot « Courage ». Vif et bon combattant, le jeune homme l'avait scrupuleusement protégé.

Différentes furent les apparitions des parents. Lucas s'était peu soucié d'eux, tout tendu qu'il était vers Honey, mais il les découvrait tristes et défaits, rongés par le chagrin. Il n'osa se manifester et se sentit horriblement coupable. D'ailleurs, le mot qui apparut à ce moment-là était «Culpabilité » mais, il le sentit, c'est lui qu'elle visait...

Jamais l'enfant n'avait douté de sa mission. C'était le cas pour la première fois et de dures pensées le traversèrent.

 Je n'aurais jamais dû m'enfuir de l'hôpital et entraîner Nicolas à ma suite. Et eux, est-ce que je devais leur faire confiance ? Il m'a lâché, lui, et elle, elle a fait pareil. Mon père et ma mère, ils avaient confiance dans la médecine. Et s'ils avaient eu raison ? S'il avait juste fallu attendre et non écouter ce chien magique qui me disait de m'enfuir pour guérir ? Si Honey, ce n'était rien du tout ? J'ai été fou !

 

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14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Sortir du labyrinthe...

labyrinthe souterrain

Enfermé depuis longtemps dans un labyrinthe, le jeune Lucas se bat pour en sortir. Il y parvient et gagne une identité nouvelle...

Il pensa à Thésée, qui devait être juste un peu plus âgé que lui et se levant, il regarda d'un œil neuf les parois lisses de la galerie où il s'était si longtemps assoupi. Il ne trouva plus si laides les silhouettes de ses parents et se focalisa sur la façon dont il s'était représenté lui-même, garçonnet aux membres grêles et au visage allongé. Reprenant la pierre aiguisée là où il l'avait laissée, il se dessina comme il pensait être désormais. Apparut un garçon au corps solide. Il était vigoureux certes, un peu perdu mais loin d'être désespéré. Il écrivit le mot « Honey » au dessus-de sa tête et se sentit soulagé. Il était certes assez peu réveillé et conscient de ce qu'il avait enduré mais il lui sembla que l'enfant en lui ayant reculé, c'était le tout jeune homme qui s'exprimait là ! Il se sentit alors galvanisé !

Il n'était pas au bout de ses peines, pourtant. En effet, à peine avait- t'il fini d'écrire le nom de son héros que La lumière disparut complètement de la galerie. Il s'en inquiéta assez vite d'autant celle-ci changeait de contours, comme, semblait-il, toutes les autres. De lisses, elles devenaient pleines d'aspérités. Le sol jusque là nivelé présentait des irrégularités fortes : on pouvait heurter une pierre ou tomber dans un trou. Il faisait désormais très froid ou très chaud et il n'y avait plus rien à manger ou à boire. C'était là un grand dénuement mais Lucas, désormais changé, se souvenait des épreuves rencontrées par les héros mythologiques de son enfance. Il n'avait vécu, sous terre, que l'ennui d'éternelles vacances solitaires, il était temps de se battre, non ?

Il le fit contre lui-même d'abord en avançant quand même, malgré une perte de repères totale. Il le fit contre un escalier dont les marches semblaient s dérober quand on mettait le pied dessus, entraînant le malheureux candidat à l'ascension, dans des chutes brutales. Il le fit contre une série de portes où il se blessa les mains à cause des pointes ou des morceaux de verre tranchants qui les décoraient. Il le fit contre des sorts jetés, des mots de passe invraisemblables qui n'étaient jamais les mêmes, des hurlements d'hommes torturés qui lui venaient aux oreilles, des bruits de pas si violents qu'ils ne pouvaient venir que de créatures monstrueuses. Il le fit contre un monstre noir qui cette fois correspondait bien à son imaginaire. C'était une créature gigantesque, ailée et dotée en même temps de bras puissants. Des épées et des poignards lui venaient , sans cesse remplacés dans ses mains par de nouvelles armes mais il était fort lui-même et armé lui-aussi. Il trouvait à terre des glaives, des arcs et des flèches, des haches et, virevoltant comme un guerrier médiéval, il se battait dans des salles circulaires qui ouvraient sur de nombreux couloirs. La pénombre avait succédé à l'obscurité et des torches antiques remplaçaient les veilleuses des premiers temps. Il savait ne plus s'appeler Lucas mais Luke Ah le Brave ou Forestier le Grand et la transformation de son nom ne le gênait pas. Il était un héros, pas un enfant perdu, un combattant aguerri par un adolescent souffreteux et il vivrait. Le sang coulait, les sortilèges se défaisaient, les monstres n'avaient plus la même pugnacité, cédant peu à peu du terrain...

La lumière éclatait, dorée et vivifiante quand s'ouvrait l'ultime porte des enfers qui lui résistait encore et Luke Ah le Brave triomphait...

 

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La Solfatara avait disparu. Il était à Pompéi maintenant et se dirigeait vers les ruines du forum. Il faisait beau et chaud. Au coin d'une rue, il lui sembla bien entrapercevoir une jeune Italien aux cheveux bouclés qui riait de concert avec des amis de son âge et allait s'éloignant. Plus tard, il vit fugacement une femme d'une cinquantaine d'années, altière et brune. Elle visitait la cité antique avec une femme bien âgée qu'elle qui devait être sa mère car elles se ressemblaient. Il lui fit un petit signe de la main mais toute occupée qu'elle était à bavarder, elle ne le vit pas. Il les avait reconnus pourtant, lui et elle. Le chien aussi, il l'identifia. C'était le sien. Sagement tenu en laisse, il se promenait avec ses maîtres, des touristes allemands très attentifs à leur visite. Lucky, rebaptisé Orson avait fière allure. Il fut le seul à croiser le regard de Luke Ah le Brave dont l'apparence était pourtant celle d'un simple touriste français en tee shirt blanc et jeans coupés qui aurait fort surpris d'être affublé d'un tel surnom. Il passait des vacances en Italie et répondait au nom de Louis Fraconnier. En France, longtemps avant, dans une vie qu'il gardait en mémoire, il avait été Lucas Forestier, un enfant disparu tragiquement.

Le soir, il dormirait dans un hôtel près du site et passerait une bonne soirée avec ses amis qui, ce jour-là, n'avaient pas eu envie de faire une excursion. Dans sa vie de surface, il retournerait à Paris où il travaillait et dans sa vie secrète, il reprendrait sa quête. Il trouverait Honey.

Et eux-aussi, il les retrouverait. Noémie et Vincent.

Mais pas encore.

Pas encore.

 

31 octobre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Rencontres amoureuses et changement de perspectives.

 

amoureux

Lucas, devenu Louis vit seul à Paris. Il rencontre une jeune japonaise et découvre l'amour...

Satsuko Arikawa avait beau avoir un nom japonais, elle était anglaise. Ses parents avaient quitté Tokyo quand elle avait sept ans pour s'installer à Londres où ils continuaient de travailler et ils avaient depuis changé de nationalité Le père de la jeune fille tenait un restaurant japonais et sa mère un institut de beauté. Satsuko, elle, avait fait des études de dessins. Elle prenait souvent l’Euro-star pour visiter les musées parisiens et s'étant désolée de ne pas parler le français, elle avait économisé pour passer plusieurs mois dans la capitale. Elle étudierait dans une école de langues et, étant très appliquée, elle apprendrait seule, aussi. La tâche était difficile, elle le reconnaissait d'autant plus qu'elle parlait couramment anglais sans avoir oublié le japonais, mais elle était vaillante.

Quand elle rencontra Louis-Lucas, il y avait six mois qu'elle était là. Elle sortait souvent dans Paris mais jamais encore elle n'était venue dans ce café dont ses amies lui avaient parlé. Elle se plut d'emblée au Temps permis  dont elle aima la sophistication. On y servait des thés raffinés et on n'y parlait pas fort, ce qui la rendait heureuse. Très anglaise dans ses manières, la jeune fille gardait en elle une réserve toute japonaise. Sa vie sentimentale n'avait pas encore été très remplie mais elle avait vingt-cinq ans et le désir de se stabiliser. Le jeune homme qui gérait ce joli café était sympathique et avenant. A la fois timide et audacieux, il dégageait un charme juvénile piquant d'autant qu'il semblait ne pas faire grand cas de son joli visage et pour tout dire, il l'attirait...

Intriguée, Satsuko revint encore et encore. Il finit par la remarquer et fut touchée par le bel ovale de son visage, ses yeux noirs bridés, ses tenues sages mais toujours colorées et son français scolaire...Bientôt, Le Temps permis ne fournit plus un espace suffisant. Il leur fallut les quais de la Seine, l'église de Saint-Germain et la place de l'Opéra. Décidément,ils tombaient amoureux. Elle fit la connaissance de sa famille qu'elle trouva cultivée et sympathique et bientôt, elle fut considérée comme la compagne officielle de Louis avec qui elle partageait le plus clair de ses jours ou de ses nuits. Tantôt, ils résidaient dans son petit studio à elle, bien rangé et lumineux, tantôt, ils vivaient chez Louis dans un joyeux désordre qui n'occultait pas son sens de l'esthétisme. Chez lui, c'était élégant et personnel même si il avait chiné pour trouver ses meubles et couru les solderies pour mettre des rideaux aux fenêtres et des lampes sur les meubles. Des photos ornaient les murs et Satsuko n'eut pas de peine à reconnaître la famille du jeune homme ainsi que bon nombre de ses amis, qu'elle avait rencontrés. Elle fut surprise malgré tout par quelques clichés qu'elle ne sut à quoi les rattacher. Devant un monastère méditerranéen, posait un prêtre orthodoxe à l'air grave mais à l'expression souriante. Louis fut évasif quand elle lui demanda de qui il s'agissait.

-Oh, c'était des vacances en Grèce du nord. Les Météores...C'est une région spectaculaire où des monastères ont été construits sur des promontoires rocheux. Tu te demandes quand tu es là si tu es bien sur cette terre tant ce paysage te pousse vers le ciel. J'ai parlé avec ce prêtre alors que je passais une journée dans un de ces sites difficiles d'accès. C'est un homme droit qui m'a fait du bien.

-Et tu conserves sa photo dans ce cadre, chez toi ?

-Ah oui...

Il y avait aussi la photo de deux Italiens dans une ville antique et là encore, il évoqua des vacances celles-là plus anciennes.

-Des amis italiens, tu dis ?

-Oui. Nous étions à Pompéi. Je les ai perdus de vue mais c'est ma faute car je ne suis pas sérieux dans la correspondance ! C'est dommage. Ils étaient drôles et de confiance...

Il y avait aussi la photo d'une maison qu'elle trouva quelconque mais qu'il affirma être jolie. Non, elle n'appartenait pas à ses parents. En fait, il avait il y longtemps côtoyé un couple qui lui avait beaucoup apporté. Il faisait un camp de vacances près du Mans. Ces gens là y travaillaient. Oh, il devait avoir quatorze ans à l'époque...

 

jeunes amoureux

Tout cela était très vague et si la jeune fille avait été plus suspicieuse, elle aurait mené plus loin ses investigations. Elle ne le fit pas pour des raisons diverses. D'abord elle était amoureuse, ce qui l'amenait à tout idéaliser chez celui qu'elle aimait. Ensuite, elle était japonaise. Bien qu'arrivée très jeune en Angleterre, elle restait marquée par son éducation qui avait fait d'elle une personne à la nature réservée abondant souvent dans le sens de son interlocuteur sans pour autant être d'accord avec lui. Loin d'être hypocrite, elle se conformait à un modèle de comportement social. D'une politesse extrême, elle savait faire preuve de nuances suivant la personne à qui elle s'adressait. Elle était respectueuses des traditions de son premier pays et avait une vision idéale de la famille. Elle était si différente des jeunes filles qu'il avait connues que Louis se disait souvent qu'il n'aurait pas tissé de liens forts avec elle si elle était arrivée directement du Japon. Au fond, qu'elle ait aussi reçu une éducation anglaise était rassurant car il limitait sans le faire disparaître l'écart culturel qui existait entre eux.

Dans le temps où ils demeurèrent à Paris, il resta évasif sur certains points de son passé sans qu'elle en conçut de l'inquiétude. Sa famille à lui était si adorable que sa mère, devinant qu'une jeune japonaise vivant à Paris devait se languir de la cuisine de son pays, tenta sans grande réussite de lui en préparer. Elle ne réussit pas vraiment son coup mais Satsuko apprécia la tentative. Ce fut l'occasion d'après-midi charmantes où les deux femmes s'apprenaient mutuellement des recettes. 

 

30 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Une île, une auberge, une mère retrouvé et de mauvais rêves...

LA FEMINITE

11. Kohana, les rêves et les contes.

Dans l'île de Wight, Louis tient une une belle auberge avec son épouse Satsuko. Il a retrouvé Noémie "sa première mère" mais reste en recherche. De mauvais rêves agitent sa jeune épouse japonaise...

Peu après après que Noémie ait élu domicile dans le périmètre de leur propriété, Satsuko fit des rêves si étranges qu'il lui était souvent difficile de ne pas en sentir les effets négatifs plusieurs jours de suite. Il lui arriva par exemple de rêver de masques. Ceux-ci étaient grands et souvent très couvrants, ne laissant de l'espace que pour les yeux, les narines et la bouche. Elle se promenait dans une foule où tout le monde était masqué et ne s'en inquiétait pas d'abord, pensant que tous se rendaient à un bal masqué. Peu à peu, elle se rendait compte qu'elle faisait erreur. Dans une fête de ce type, on attendait beaucoup de créativité, il était donc impossible d'y arriver avec un masque semblable à celui de tous les autres or tous étaient identiques. Que faisaient donc ces gens ? Ils erraient et contrairement à ce qu'elle avait cru, ils n'avaient pas pour but d'aller à une fête commune mais de se différencier les uns des autres. En effet, certains avaient autorité à porter un masque et quand ils l'enlèveraient, ils se montreraient tels qu'en eux-mêmes, à savoir des gens comme vous et moi qui avaient juste envie de devenir anonymes avant de retrouver leur vie sage. D'autres au contraire, créeraient le malaise quand ils montreraient leur visage car ils apparaîtraient pour ce qu'ils étaient : des menteurs. Contrairement aux premiers dont la vie était lisse et qui n'avaient rien à cacher, ceux-là avaient des existences tortueuses dont ils s'étaient bien gardé de révéler les zones d'ombre. Pendant que Satsuko errait, un petit groupe de masques la somma de retirer le sien. Elle le fit et fut bien accueillie car il n'y avait aucune malice en elle. A son tour, elle se joignit à un autre groupe et celui-ci arrêta un homme d'apparence juvénile pour lui faire la même demande. Au moment où celui-ci mit les mains sur son masque, pour le retirer, elle se sentit pleine d'appréhension. L'homme avait trop tergiversé pour ne rien avoir à craindre et s'il cédait, c'était sous la pression. Elle était donc face à un de ces menteurs dont on lui avait dit tant de mal et cela aurait suffi à expliquer son indignation si une grande angoisse ne s'était emparée d'elle. Elle devinait en effet que cet homme encore masqué allait révéler quelques turpitudes mais comprenait dans le même temps qu'elle le connaissait. Elle en éprouvait de la peur, craignant que cet être maléfique qui s'était caché d'elle quand ils se côtoyaient ne l'implique d'une manière ou d'une autre dans ses mensonges. Son cœur battait à tout rompre alors que l'homme ôtait son masque et qu'avec stupéfaction elle reconnaissait son mari ! Dans la même atmosphère irréelle qui était celle de son rêve depuis le début, Satsuko participa au questionnement sauvage qui frappa celui qui venait de se découvrir comme maléfique. L'homme semblait aux abois. Il confessait avoir fait beaucoup de tort à ses parents il y a bien longtemps alors qu'il avait toujours affirmé avoir eu avec eux d'excellents rapports. De la même façon qu'il leur avait échappé un temps, il avait menti à ceux qu'ils avaient croisés sur sa route et en tout dernier lieu à celle qui l'avait épousée. C'était ainsi, il ne le niait plus. Se posant comme un apôtre du bien, il était doté d'une nature double et cruelle et au fond, il aimait mentir. S'il avait pu donner le change, c'est qu'il était un illusionniste ! Ses turpitudes étaient multiples.

REVE ET MASQUE

Ayant menti à ses parents et à ses proches des années durant, il avait manipulé ses amis et petites amies et se faisait fort de manœuvrer sa femme. Un jour, il disparaîtrait, leur ayant volé tout ce qu'ils avaient et ayant avant cela détruit toutes leurs illusions...Alors que Satsuko, pétrifiée, entendait le récit des infamies de cet homme qu'elle aimait, elle s'apercevait que ceux qu'elle accompagnait se livrer entre eux à de secrets conciliabules. Comme elle voulait se joindre à eux pour délibérer, elle fut prise de court. En effet les masques s'étaient saisis de couteaux géants et de lances et ils les utilisaient pour s'acharner sur l'homme démasqué, qui, frappé de toutes parts, mouraient sous les coups. Alors que, poussant des hurlements, la jeune femme montrait son désaccord et son désarroi, le cadavre du menteur se transformait en morceaux de papier qui allaient s'envolant et se déplaçaient si vite qu'il était difficile de s'en emparer. La foule de masques y tenaient pourtant car chacun des petits carrés de papier possédait une inscription, toujours la même, écrite à la main d'une belle écriture appliquée

 Ce sont les masques qui sont les menteurs. Qui le retire dit une vérité qu'un autre saura reprendre...

 

25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Louis et Satsuko à Tokyo.

PROMENADE TOKYO

En vacances à Tokyo chez l'oncle de son épouse, Louis se laisse éblouir par l'énorme ville non sans poursuivre un but secret : retrouver un père dont il a été séparé enfant dans de mystérieuses circonstances

Toute la journée, tandis que Kohana restait en compagnie d'une jolie Japonaise, Louis et Satsuko parcouraient Tokyo, la jeune femme jouant les guides. Quartiers commerçants et des affaires, sites religieux et centres du pouvoir politique, édifices religieux et beaux parcs, elle essayait de ne rien oublier. Le Palais impérial et le temple Asakusa Kannon lui plurent beaucoup ainsi que le quartier électronique d'Akihabara où il vit bon nombre d'amateurs d'animation et de manghas et celui de Roppongi avec ses centres d'affaires et ses magasins de luxe. Bon prince, alors qu'il avait une prédilection pour tout ce qui était culturel et historique, il suivit Satsuko dans de nombreuses boutiques alors que, généreuse, elle suivait avec lui des visites guidées avant d'aller s'asseoir dans un parc. Le quatrième jour, ils tombèrent d'accord pour le musée Ghibli qui célébrait l’œuvre du cinéaste Hayao Miyazaki et ils prirent tout leur temps pour y déambuler et y faire des achats. Après cette accumulation de visites, faites à un rythme soutenu, et de déjeuners pris ça et là, tant dans des endroits chics que populaires, ils aspiraient à l'enfance et furent heureux dans cet univers à la fois poétique et nostalgique qui s'ancrait très fortement dans les traditions du pays. Le soir, ils retrouvaient Kohana et l'oncle avec lequel ils dînaient. C'étaient des moments heureux. Toutefois, Louis sentait Lucas s'agiter en lui chaque jour plus violemment. Chaque visite, chaque arrêt dans un bar ou un restaurant était pour lui le moyen de chercher des indices. Il devait bien y avoir quelqu'un ou quelque chose pour l'informer de la suite des événements et au bout d'un moment, il y aurait une silhouette dans la foule. En la suivant, il aurait sa réponse...

Tout n'était pas aussi simple malheureusement et au bout de cinq jours, il était toujours bredouille. Restait son émerveillement face à une ville gigantesque si conforme par certains aspects aux standards américains et en même temps si profondément différente et exotique.

-Il me faut rester et continuer quitte à aller seul dans des zones qui n'attirent pas les touristes ! L'oncle de Satsuko veut que nous allions avec lui dans ce parc qu'il a crée et que nous y restions mais qu'y ferais-je ? Non, je dois trouver le moyen de rester à Tokyo !

Contourner la volonté d'un homme puissant est toujours difficile mais sans s'être concerté avec elle, Louis put compter sur l'appui de son épouse. Elle-aussi voulait rester un peu plus longtemps dans cette ville qu'elle avait quittée il y a bien longtemps et pas revue depuis des années. Elle usa d'une argumentation si adroite que l'oncle d'abord surpris accepta. Sa nièce le subjuguait par sa spontanéité et sa bonté sans artifice. Pourquoi la contrarier ? En vieux sage qu'il était, il n'aurait su lui dire une vérité qu'elle n'était pas prête à entendre. Dans ce parc à thèmes pourtant clinquant, il était vraiment lui-même dans une identité qui allait bien au-delà de son image publique. Il songeait même à s'y faire construire une résidence discrète quoi que pleine de commodités. Ayant d'abord pensé qu'il attendrait encore plusieurs années avant de le faire, il était maintenant déterminé à vendre son luxueux appartement de Tokyo pour se retirer dans la partie du parc la plus verte et la plus sereine. Quoi de mieux que le voisinage des dauphins, ces mammifères dont aucune culture n'avait oublié de vanter les mérites ! Naturellement, il gardait cette décision secrète.

Il fut donc décidé de rester sur place et le jeune couple recommença ses errances. La barrière de la langue jouant son rôle, il devint évident que certaines sorties n'étaient réservées qu'à Satsuko, le théâtre ou le cinéma par exemple mais pour Louis, certains quartiers de la capitale offrant un spectacle très dépaysant, il n'y avait pas d'obstacles. Loin de le laisser seul, l'oncle l'avait doté d'une voiture avec chauffeur. Impossible de se perdre puisqu'il suffisait d'appeler au bon moment pour être récupéré dans un lieu ou un autre ! Il put donc déambuler seul pour revoir des lieux aimés ou en découvrir d'autres, qui n'étaient pas parmi les plus touristiques.

 

samedi TOKYO

Ainsi se retrouva-t'il par une belle après midi ensoleillée sur le toit-terrasse du grand magasin Seibu, près de la gare d'Ikebukuro. C'était là un rendez-vous familial et bon enfant que les Japonais affectionnaient. Loin de la circulation bouillonnante et des milliers de piétons qui envahissaient chaque jour le quartier, on pouvait y pique-niquer ou un prendre un verre. De nombreuses échoppes y proposaient des plats sur le pouce, des cocktails ou de la bière pression. Lieu parfait pour une pause, la terrasse rassemblait aussi bien des employés travaillant dans les entreprises du quartier et des amateurs de shopping qui venaient d'écumer les boutiques. Louis fut enthousiasmé à plus d'un titre. Puisqu'il avait peu de touristes, alors qu'à l'habitude, il en croisait beaucoup, l'ambiance était très particulière et pour lui un peu déroutante. Il se sentait vraiment différent mais ne boudait pas son plaisir d'autant qu'une réplique très réduite du jardin de Giverny complétait le tableau en lui donnant une touche de fantaisie insolite. Il déambula un moment avant de s’asseoir une tasse de thé à la main quand il se sentit observé. Il mit un peu de temps à repérer un petit vieil homme vêtu de noir qui le regardait en souriant et hochant la tête et fut en alerte. N'était-il pas habitué à recevoir des signaux sous les formes les plus étranges. S'approchant de l'homme, il le salua avec politesse et s'assit, à se demande, à ses côtés. Il l'entendit murmurer et comprit au bout d'un moment que ce qu'il prenait pour une suite de mots incohérents était très probablement la récitation d'un texte sacré. Il resta donc là, immobile, laissant son étrange voisin regarder droit devant lui et psalmodier. Comme si souvent, il savait le moment d'importance et resta coi. Ce fut le vieil homme qui, tournant brusquement le visage vers lui, le regarda fixement. Louis rencontra son regard et le trouva empreint d'une paix profonde. Il n'eut pas le temps de s'interroger car l'espace d'un instant, les traits du vieux Japonais se modifièrent. Ce n'était pas un homme âgé vêtu simplement qui lui faisait face mais le père Kirill dont il avait gardé un souvenir très fort depuis son expédition aux Météores. Il retrouva donc avec une indicible émotion le visage noble du pope qui, dans les jardins du monastère Aghia Triada, lui avait apporté paix et espoir et il entendit très distinctement ces paroles.

-Ce n'est pas ici, pas à Tokyo. Pars avec l'oncle. C'est là.

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

JFFFFFFFFFF

Amélie, jeune fille pubère, et ses petits seins.

Elle les regarde et s’émerveille : leur taille est modeste, bien sûr, mais ils se tiennent bien, sont ronds et doux. Amélie est heureuse et sourit de leur élasticité et de leur jeune fragilité. Le droit est un peu plus fort que le gauche mais c’est une disproportion si minime qu’un œil peu exercé ne la remarque pas. Ils ont, de toute façon, la même texture et la même teinte. Frais et neufs, ils sont pâles ; leur chair, parcouru de veinules bleutées est fine, plus délicate encore au niveau des aréoles dont la teinte rose pâle évoque irrésistiblement les roses qui poussent dans le jardin de grand-mère Lucie, celle que la jeune fille préfère car elle sourit beaucoup et a la main verte. Comme elles, ils ont une texture à la fois fine et translucide. Comme elles aussi, ils renvoient à une sensualité à la fois naissance – si l’on réfère aux boutons dont les rosiers sont encore chargés- et à un épanouissement plein de recommencement puisqu’une rose n’est jamais vraiment fanée tant qu’une autre vient prendre sa place. Ils sont ivres de vie. Ils sont neufs. Leur belle croissance poursuit son cours.

Amélie le sait et s’en montre ravie.

Elle guette son reflet dans le miroir, de face et de profil. Elle mesure sa chance. Elle a vraiment de beaux jeunes seins.

 

4 juin 2021

Attentive. Chapitre 10. Elle est docile. (1)

 

AHHHHHHHHHHHH

Aube à Paris. Réveil. Sensation inattendue : en silence, il la regarde déjà. Elle lui lance un regard ensommeillé. Il lui sourit puis ses mains se posent sur elle et tout son corps frémit. Ensuite, elle ne quitte son regard clair. Il s’installe sur elle et sa respiration s’accélère quand viennent les gestes de l’amour physique. Elle aime qu’il la pénètre et se montre si ravi d’elle. Elle l’enlace. D’abord rêveuse et comblée, elle ne pense à rien d’autre qu’à leur étreinte. Puis, au moment où il s’écarte d’elle, elle comprend qu’il se passe quelque chose d’imprévu. Au fil du temps, elle s’est attachée à lui et il en a eu conscience, s’amusant avec tendresse de son trouble grandissant. Cependant, moins libre et audacieuse que lui, elle s’est toujours dit qu’elle ne voyait qu’une image bienveillante, pas la réalité d’un être. Or, à cet instant, elle accepte l’intégralité d’une personne, un corps, une façon d’être, une mobilité de regard, une sensibilité et bien sûr, une approche sexuelle. Dans le même temps qu’elle accepte tout ce qu’il est, elle comprend qu’elle est amoureuse, profondément amoureuse. A lui, elle montre la satisfaction du plaisir rencontré, croyant masquer l’aveu qu’elle se fait à elle-même. Lui, toujours un peu amusé, ne se livre pas. Il n’aura donc rien vu. Alors, tous deux se lèvent et se lavent avant de bavarder, elle, nue sur le lit et lui, s’affairant. Le dominant et la soumise.

Quand il part pour assister à son stage, quelque part, en banlieue, elle reste en silence et cherche à raccrocher son expérience à quelque texte. Mais O. et ses consœurs ne lui sont d’aucun secours. Elle repousse donc leur histoire. Il reste les contes de fées dont le contenu est aussi charmant que complexe ou les Maximes des grands auteurs dont elle aime le côté lapidaire. Elle aimerait ces derniers mais son aventure avec A. est trop récente encore pour qu’elle la qualifie par une phrase courte à caractère universel, sans compter que le faire serait prétentieux et ridicule. Il reste les contes qu’elle relit souvent, ceux qui soumettent les héros, souvent très jeunes, à des épreuves à épisodes, chacune d’elle se révélant plus difficile que la précédente : forêt magique, animaux surnaturels, objets animés de forces maléfiques, intermédiaires bienveillants. Elle choisit ces derniers. Seule, encore nue dans les draps tièdes, elle se tourne et se retourne. Elle n’est pas entourée d’arbres aux pouvoirs séculaires mais dans une ville pleine d’artifices. Là, entre ses murs, elle sera protégée ne serait ce que parce que les tableaux qui les décorent sont apaisants : jeune fille ou femme seules et confiantes dans un intérieur cossu. Elles sont silencieuses mais fortes de ce qu’elles savent. Si le mal survient, elles l’en défendront car elles sont armées pour cela autant que l’étaient Hansel et Grëtel ou le joueur de flûte. Elle sera forte, il sera bienveillant sans quoi elles s’en prendront à lui. Et il sera neutralisé.

Oui, c’est cela.

Apaisée, elle se lève. Elle déjeune avec sa fille puis marche seule vers le Champ de Mars qu’elle n’a pas vu depuis longtemps et qui, nimbé de cette lumière d’hiver, lui parait touchant dans sa beauté. Le lieu, pourtant, renvoie à des épisodes sévères de la Révolution française mais, à cet instant, elle n’y songe pas, profitant des belles allées longilignes, d’un soleil magnanime pour la saison et de la vision progressive qu’elle a de la base de la Tour Eiffel. Sortie de la chambre féerique, Julia reste protégée par cette ambiance particulière : sa marche lente, les rares passants, la beauté des lieux y participant. Assise sur un banc ensuite, elle se sent heureuse et sait que l’après-midi, elle reviendra avec sa fille. Les lieux sont beaux et pour cette rencontre, elle est privilégiée. Enfantine, elle se sent bénie des fées comme elle aimait l’être, petite fille et quand, elle revient effectivement sur les lieux avec l’adolescente, le même charme perdure. La grande tour les attend, solidement plantée sur ses quatre pieds. Une foule dense s’organise autour de deux arches : celle des ascenseurs et celle des escaliers. L’une et l’autre s’amusent à regarder les visiteurs qui viennent d’un peu partout. Emmitouflés, ils parlent des langues multiples qu’elles ne parviennent pas toutes à identifier, certaines leur étant inconnues. Elles hésitent à se mettre dans une queue et maladroitement, France, qui est frappée par la longueur de l’une d’elle, entraîne sa fille vers l’autre, voulant gagner du temps et échapper au froid. Elles attendent assez peu mais comprennent qu’elles ont choisi les escaliers ce qui, en soi, ne les dérangent qu’à cause du vent aigrelet qui pénètre sous les vêtements et les font se tasser sur elles-mêmes. Toutefois, l’ascension les amuse car il est beau au fur à mesure qu’on gravit les marches de voir apparaître différemment le Trocadéro et, quand, elles tournent la tête, le reste de Paris. Plus elles montent, néanmoins, plus elles prennent consciente de la force de cette dentelle de fer et de sa particularité. La capitale, telle qu’elle se livre à leur vision, est comme découpée en tableaux de dimensions inégales qu’elles s’efforcent d’admirer malgré le tournoiement du vent qui colle leurs vêtements contre leurs corps et les font haleter. Lentement, elles arrivent au premier étage et s’arrêtent à divers endroits pour contempler à nouveau l’énorme structure métallique ouverte sur la capitale brumeuse. Concentrées, elles cherchent les monuments célèbres tandis que le froid continue de les poursuivre. Finalement vaincues, elles ne résistent pas au plaisir de redescendre par l’ascenseur. La foule reste dense. Elles sont contentes d’être là car il est bon d’être touristes et de musarder. Puis, elles rentrent en léchant les vitrines, et s’émerveillent d’y découvrir les audaces d’une mode qui ne serait pas acceptée dans la ville étriquée où elles résident tant on y refuse par ignorance ou manque d’argent, l’insolence des superpositions, la variété des matières et des couleurs et l’humour dans les accessoires. Là, nulles bottines aux talons invraisemblables par leur forme ou leur hauteur, nul sac à main surdimensionné, nul grand châle ou petit chapeau. Ici, dans cette grande ville, tout s’entremêle dans des vitrines au charme singulier, à la fois esthétique et frondeur. Au fond, elles aiment autant l’anonymat qui les protège que l’originalité et l’audace qu’ici, on considère comme élémentaires, d’une mode qui représente le présent, l’argent, le paraître. Chez elles, on disparaît. Ici, on se met en avant. Toujours les contes de fées et leur kyrielle de fées bonnes ou mauvaises, de héros en disgrâce ou en bonne position, de jeunes filles mal vêtues puis magnifiquement mises, d’opposants belliqueux et d’auxiliaires efficaces. Paris, un quartier chic, un bel hôtel, un lieu prestigieux et une belle promenade contre une petite ville du sud-ouest aux habitants fielleux. Et au centre, cet homme inattendu que Julia s’obstine à appeler A. Il est donc celui qui sépare les univers. Le libérateur, le guide, l’ordonnateur tendre qui permet de changer de monde.

 

 

 

 

30 décembre 2024

Battles. Partie 2. Liaison avec Eva. Obscénité.

 

 

Paul, qui aurait dû l’être révulsé par ses propos, se sentit excité. Il alla passer deux jours dans un petit appartement qu'on prêtait à Eva et la malmena autant qu'il put. Il était comme fou. Elle exultait. Il n'avait jamais joui autant. Quand il revint, et qu'il se retrouva seul chez lui, il trembla. On avait glissé une enveloppe blanche doublée de rouge sous sa porte. Au milieu d'une page blanche, il lut deux mots clairs.

 Ah Ah !

 Il se comportait comme un tortionnaire, lui, l'homme intègre et respecté. Il faisait le jeu du cavalier blond dont il savait bien qu'il était Winger et il le faisait plus sciemment qu'il ne se l'avouait. C'était pitoyable. Cette fois, il réagit et prévint Eva.

-J'ai d'importantes raisons ne pas poursuivre.

-La traduction n'est pas terminée.

-Je le sais. Il reste un cinquième du texte. Nous pouvons faire autrement. Nous travaillerons séparément et nous enverrons nos versions. Et nous ferons chacun une relecture générale.

-Je ne crois pas que vous puissiez agir ainsi.

-Eva, si, j'ai de très bonnes raisons.

-Votre compagne ?

-Entre autres.

Tout d'un coup, elle devint insinuante. Le visage cramoisi, elle cria :

-Je sais bien qui tu es, je t'ai débusqué et nous nous reverrons.

-Non, pas de cette façon.

-Tu veux ta bonne chienne !

Elle tourna autour de lui et fit tant et si bien qu'il termina assis sur un fauteuil, jambes écartées. Elle s'agenouilla et lui donna du plaisir. Elle était vraiment experte, il en suffoqua. Elle resta encore et il la prit. Une fois apaisée, elle chercha à le convaincre :

-Voyez comme vous avez déchargé ! Un sperme très abondant ! Nous devons poursuivre.

-Non.

-Je sais vous faire jouir. Je vous donne ce dont vous avez besoin. Vous ne pouvez vous épanouir que dans le contrôle de l'autre et son humiliation. Allons, je lis cela en vous. Vous agiriez mal en vous écartant de celle qui vous comprend si bien et vous permettra d'atteindre les confins de la jouissance. Avec moi, vous êtes pleinement vous-même. Attendons un peu et de nouveau, vous voudrez me voir. Ce sera une nécessité.

De nouveau, il était assailli. Pourquoi se comportait-il ainsi ? Les paroles du chirurgien suédois lui trottaient dans la tête. » Nous avons opéré deux fois, vous redeviendrez l'homme que vous étiez mais j'ai des doutes sur une rémission complète. A certains moments, vous serez traversé par d'étranges pulsions... » C’était le cas, il le sentait et on n'en était encore qu'à un terrain privé ! Et elle, était-elle toujours en quête de sexe brutal ou se faisait-elle manipuler à son insu par des forces qui la dépassaient ? Elle lui avait paru posée au départ. Dans quelle spirale étaient-ils tombés ?

-Il faut partir. On fera comme j'ai dit.

Comme elle récriminait, il fut très sec et la mit à la porte. Il s'attendait à des appels, des lettres mais bizarrement, elle ne fit rien.

Confus, il alla voir Daphne. Elle avait de soupçons depuis un moment mais ne disait rien. Prétextant qu'il se montrait moins attentif et aimant avec elle, il décida, voulant la choyer, de l'inviter à dîner dans un grand restaurant. Il la charma. Il redevint l'homme à l'esprit affûté avec lequel elle aimait échanger, ses yeux bruns brillant d'intelligence et ses belles et larges mains dessinant des figures inédites dans l'air tandis qu'il parlait. La nuit, également, il fut très ouvert à elle et lui fit l'amour avec cette même sincérité qui l'avait subjuguée.

 

 

 

 

26 décembre 2024

Battles : partie 3. Je ne reculerai pas.

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Winger eut un rire cristallin et rajouta de l’alcool dans le verre de Paul quand celui-ci les eût servis. Puis, il commenta.

-Tu dois être vraiment content parce que quand même, tu as vraiment craint de m'avoir perdu !

-J'avais été rééduqué. Ma confiance en vous était immense. Je ne pouvais croire à votre mort...Mais vous êtes là

Et comme Paul demeurait silencieux il ajouta perfidement :

-Ce qui me donne raison...Je t'avais promis un bel avenir !

-J'en ai un : mon livre, la chute de la dictature. Mon retour en Ambranie.

-Où tu comptes avoir un poste au gouvernement ?

-Je ne sais pas si…

-Oh mais si, tu le sais. Tu en rêves ! L’ardent défenseur de la démocratie ambranienne devient ministre de la culture ! Fanfare, médailles, discours ; jolies femmes que tu baises discrètement.

-Je servirai la démocratie.

-Tu me fais vraiment sourire. Bon, on va commencer...Tu en meurs d'envie de toute façon. Depuis que tu es en Angleterre, tu peux me dire combien de jours se sont écoulés sans que tu penses à moi ? Un tout petit nombre, n'est-ce pas ! Regarde-toi : portant un beau complet neuf, rasé de près, bien coiffé. A quoi ressembles-tu ? A un homme qui attend une femme pour coucher avec elle ? Tu aurais peut-être cet apprêt mais pas cette certitude...C'est moi que tu attends car c'est moi que tu veux. A Étoile, quand je t'ai vu, j'ai vite compris comment te river à moi. C'est viscéral, tu n'y peux rien...Et tu veux que je te dise ce qui est le pire ? Ces partisans qui t'ont enlevé t'ont théoriquement rendu service car tu peux maintenant dénoncer les exactions commises dans ton pays ! Sauf que toi tu regrettes au fond de toi qu'ils soient intervenus. Parce qu'en moi, tu as la seule personne qui te possède complètement car elle sait tout de toi. Elle sait par exemple que le fait que tu aies choisi de résister a davantage été le fruit du hasard que d’une mûre réflexion. Il aurait suffi que tu écoutes davantage tes deux frères militaires, que tu n’épouses pas cette gouine idéaliste et que tu laisses aller. Tu aimes la force, l’autorité et les symboles virils. Tu te souviens, quand je t’ai fait retravailler tes discours ! C’était limpide. Il y a un fasciste en toi. Sinon, pourquoi m’aurais-tu fait revenir…

-Kalantica va sortir.

-Finis ton verre et ressers moi.

Paul le fit. Winger était étourdissant.

-Tu ne veux pas que je sois mort. Ton livre ne vaut rien à partir du moment où tu as cette nostalgie ! Assure ton enterrement littéraire et idéologique ! Écris ce qui doit l'être : ce fasciste exemplaire, pourquoi l'a-t'on exécuté ? Je l'aimais !

Paul pensa qu'il était à terre. Tant de lumière soudain, d'un éclat insoutenable...Markus, qui s’était levé et s’était approché de la fenêtre, avait les cheveux courts, les épaules solides et une nuque presque gracile, extrêmement émouvante. Il fallait tout de même le mettre en joug.

-Tire.

-Je ne vous abattrai pas dans le dos.

-Ah, c’est bon pour les fascistes, ça…Tu veux venger ton aristocrate aux jolis seins et cette grosse pute à qui on a pris tout son argent ?

L’instructeur s’était retourné.

-Allez tire !

Paul visa mal. Une balle partit qui frôla l'épaule de Winger et une autre qui partit dans le vide.

Winger riait.

-Non mais ce n'est pas vrai !

-Laisse ça. Viens, Paul, viens complaire à ton instructeur.

Paul qui avait baissé son arme ne se résolvait à l’échec. Il mit de nouveau l’Instructeur en joug mais au moment où il tirait, il se rendit compte que celui-ci avait un révolver en main. Il venait d’apparaître. Une balle siffla à son oreille et une autre passa près de sa main, le désarmant.

Il gagnait du terrain, si parfait dans son incarnation du mal qu'il était douloureux de soutenir son regard.

-Tu sais, il y a une possibilité intermédiaire. Tu te désapes et on le découvre ensemble, le vrai sens de la vie...Tu ne cesses de m'en faire la demande dans ton for intérieur ! Ma réponse est claire et pour toi, elle est parfaite. On va au lit ?

-Non.

-Alors, tire !

Cette fois, une balle blessa légèrement l'instructeur à l'épaule. Il fit mine d'avoir très mal et Paul, stupéfait, baissa sa garde. Winger se précipita sur lui, le désarma et le fit tomber à terre. Il avait lui-même sorti son arme et visait la tête.

-Mal joué, détenu. Je suis un soldat, tu ne le sais pas ?

 

3 décembre 2024

Battles. Partie 4. Paul en visite au château d'Estralla.

 

-Il faut venir les voir.

-Au château d'Estrella ?

-Oui, je vous y accueillerai avec bonheur ! Il vous suffirait d'y arriver un vendredi après-midi et d'en repartir le dimanche assez tard...

Paul ne put s'empêcher de rire.

-Madame Egorff, dans les six mois à venir, mon agenda est plein. Je continue même de travailler chez moi le samedi et le dimanche !

-Ils méritent que vous veniez ! C'est important.

Elle argumenta encore et au sortir de leur entretien, il n'était plus si catégorique. Que se passait-il donc là-bas qui méritait qu'il y aille ? Car il n'en doutait plus, il irait...

C'était encore l'hiver quand il l'appela pour fixer une date. Il monta dans une voiture avec chauffeur, accompagné d'un garde du corps. Un premier rendez-vous était fixé sur une zone de chantier où Magda faisait ériger une nouvelle demeure. Personne ne s'y trouvait. Celle qu'il devait rencontrer étant injoignable, Paul, après avoir attendu, reprit sa route. Bientôt, la voiture noire roula dans un froid minéral traversé par un soleil qui annonçait le printemps. On sortait de l'hiver ambranien, saison où tout semble se paralyser. Rien de semblable en Angleterre où il n'arrive jamais qu'on soit à ce point contraints de déblayer la neige...A l'entrée du château, de hautes grilles s'ouvrirent et Paul pensa à ces contes pleins de sortilèges qu'avait écrits Magda des années auparavant. Il fut charmé par la façade du château. Une folie dix-huitième si gracieuse avec ses pierres bicolores ! Il s'attendait à être accueillie par la maîtresse des lieux mais une femme de chambre prit son sac de voyage et l'installa à l'étage dans une chambre somptueuse, tendue de bleu pâle. Quel roi était-il ?

Surprise, la gouvernante des lieux regarda tour à tour le garde du corps, le chauffeur et cet homme important qui arrivait là et s'écria :

-Madame est sortie. Elle ne devrait pas en avoir pour longtemps...

-Mais...

-Elle va vite revenir.

-En ce cas, je préfère attendre en bas.

On guida chauffeur et garde du corps vers les cuisines. Paul demanda du thé qu'on lui apporta très chaud avec des pâtisseries qui lui rappelèrent celles que sa mère lui offrait quand il était tout jeune, à Marembourg. Comme personne ne venait, il regagna sa chambre. Elle était chaude et confortable. Ragaillardi, il voulut redescendre au ré de chaussée car il lui semblait y entendre la voix de son hôtesse mais une fois sorti de sa chambre, il trouva le couloir ombreux plein de mystères et eut envie de le parcourir. Les portes avaient beau être fermées, on vivait là bien qu'il n'entendît aucun bruit. Parvenu au bout du corridor, Paul constata qu'à l'encontre des autres, un appartement était visible. La porte en était ouverte et il découvrit un grand salon tendu de jaune. Derrière un canapé, une porte s'ouvrait sur une pièce tendue de blanc et nantie d'un piano à queue. Des partitions étaient posées çà et là sur des commodes et des consoles en bois précieux, de grande valeur. Il y avait une chambre aussi, précieusement meublée et dans un ordre relatif. Un lit à baldaquin en occupait une partie et un lustre en cristal pendant au plafond. Tout y était exquis des miroirs ciselés aux tableaux de maîtres...N'entendant personne, Paul s'y attarda, curieux de savoir qui pouvait y vivre puis il entendit du bruit dans la salle de bain. Il aurait pu faire machine arrière mais sa curiosité fut la plus forte.

 

4 décembre 2024

Battles. partie 4. Anton et Paul. Deux frères très opposés.

 

Il n'en alla pas de même avec Anton qui était le plus jeune des frères. Enfant, Paul avait beaucoup joué avec lui et plus tard, ils étaient liés malgré le décès brutal des parents et les familles dans lesquelles on les avait placés. Le petit garçon frondeur et malicieux que Paul avait aimé avait été remplacé par un fonctionnaire de l'état faible et borné qui s'était toujours contenté de faire son travail sans jamais se poser de question. Avec Dormann, il était monté en grade, occupant un poste important au ministère des transports. Rétrogradé non pour son travail mais pour sa fâcheuse propension à le délation, Anton qui chez lui rédigeait des lettres anonymes de dénonciation de suspects, avait obtempéré et fait face à sa situation nouvelle. Mince, anguleux, le teint pâle, la silhouette un peu tassée, il aimait l'ordre et la discipline et admirait les chefs d'état autoritaires. Arrestations, jugements hâtifs et emprisonnement de tout contrevenant à l'ordre public lui paraissaient les signes clairs d'un pays bien gouverné...

Au téléphone, il fut méfiant quand Paul l’appela et mit beaucoup de temps à accepter de rencontrer dans un bon restaurant ce frère honni. Quand Paul le vit, il eut un haut le corps. Ce petit personnage jaunâtre était révoltant.  Soucieux de ne pas le faire fuir par une confrontation brutale, il s'enquit de sa famille et parla de l'enfance. Anton ne dit rien de mal sur son père qu'il trouvait autoritaire et ferme mais fut condescendant face aux rêveries de sa mère. Sans l'avouer, il était jaloux de la belle trajectoire d'Emil, trouvait la conduite de Florian, leur frère défunt, parfaitement idiote et avoua à Paul que non content d'avoir plastronné comme journaliste, il avait imposé au reste de la famille le spectacle de ses relations anarchiques avec sa femme et celui plus pathétique encore de l'éducation libérale qu'il avait infligée à ses enfants. Et c'était sans parler de ses clowneries ! Le cirque de ses maîtresses, ses écrits arrogants dans la presse puis ses actes de résistance qui avaient de quoi soulever le cœur. Il ne devait pas s'attendre à une mise en cause de son jugement et de sa condamnation. Quand on est inconséquent, voilà à quoi on s'expose !

Moins grand que Paul, Anton était, et il avait dû en souffrir, le plus laid des quatre frères. Il n'avait pas la prestance physique des deux premiers qui, sans être beaux, avaient de l'allure en uniforme, ni le charme méditerranéen de Paul, son élégance vestimentaire et la rondeur de ses gestes. Disgracieux dès l'adolescence, il était devenu chauve, portait des lunettes à grosses montures noires et arborait un embonpoint gênant. En outre, même sa voix était déplaisante. Voyant que Paul le laissait parler sans mot dire, il crut avoir l'avantage et claironna :

-Tu t'attendais à quoi ?

-Mais à ce qu'on se parle !

-Normalement ? Tu sais quand même ce que tu as fait !

-Et ce que toi, tu as fait, on en parle ?  On t'a donné un document à signature et tu l'as signé, acceptant de me renier...Les temps ont changé. Tu n'es pas songeur ?

-Et ça se met en avant !

-Écoute, Anton ! Il y a longtemps qu'on m'a dit que tu étais un imbécile mais nous avons des liens de sang et une enfance commune. Ayant de bons souvenirs de toi, je n'ai pas cru ce que j'ai entendu. J'ai eu tort : c'est vrai.

Anton devint écarlate et faillit jeter son assiette à la tête de son frère mais il se contint par crainte du scandale. C'est qu'il avait les faveurs du nouveau régime !

-Merci Paul. Tu as autre chose à dire ?

-A Étoile, j'ai eu un instructeur chargé de me rééduquer. Quand je pense que ce genre de personnage s'appuient sur des gens comme toi...

Anton ne répondit rien. Son épouse Flavia l'attendait à la maison. Elle avait très mauvais caractère et il ne voulait pas être trop agité pour l'affronter. Quant à leur fille unique, elle était toujours à leur charge puisque mentalement déséquilibrée, elle séjournait chez eux...Il valait mieux écourter ce déjeuner et fausser compagnie à ce poseur. Comme il partait, Paul le retint par le bras :

-Ne me laisse pas l'addition ! C'était déjà assez pénible.

A contre cœur, Anton paya son écho.

-Je ne veux pas que tu me recontactes.

-Compte sur moi. Par contre ne t'avise pas de me critiquer publiquement. J'ai des appuis importants...

Ils se tournèrent le dos au sortir du restaurant. Paul ne souffrit pas spécialement de l'attitude de son frère. Il regretta simplement que Florian, l'autre officier de la famille, fût mort dans des circonstances douteuses. Autant qu'il s'en souvenait, c'était un guerrier doublé d'un esthète. Il était curieux de penser à ce que cela aurait pu donner...

Restait à Paul à se rendre à Marembourg, la ville de son enfance. Elle l'obsédait depuis quelques temps et il voyait un signe dans la récurrence de ses rêveries. Il avait eu la chance d'être élevé dans une maison pleine d'âmes et c’est dans cette belle petite agglomération qu'elle se trouvait. Quand il s'y rendit et la vit, il fut rempli d'émotions et pleura. Nul lieu ne pouvait ressembler à celui-là. Grâce à lui, il brillait...La brève visite qu'il y fit le conforta. Il avait de la chance en un sens : cette ville, cette maison, cette famille...Il était revenu dans son pays et c'était bien !

3 décembre 2024

Battles. Partie 4. Magda Egorff. Avant l'héroïsme.

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Bien avant que Paul n'ait eu l'idée de s'occuper de ceux que la dictature de Dormann avait condamné au silence et à l'inaction, puisqu'ils refusaient de collaborer, Magda, elle, avait réagi. Née dans une famille qui n'avait aucun souci d'argent, elle avait grandi dans un milieu très cultivé. Son père était un industriel béni des dieux et sa mère une passionnée de poésie. Ils tenaient salon et la petite fille avait très vite fait connaissance avec des sculpteurs, des peintres, des poètes et des écrivains qui n'étaient pas tous très connus mais avaient de la valeur. On parlait à n'en plus finir lors de ses soirées, on refaisait le monde et on ne s'arrêtait guère que pour écouter tel virtuose ou tel cantatrice qui tout d'un coup faisaient jaillir Mozart ou Chopin, Satie ou Bizet...Magda, des années après, restait ébloui du flair de ses parents car beaucoup de ceux qui avaient été reçus dans la maison familiale, avaient été très admirés, que leur succès soit prompt à venir ou qu'il soit différé. Jeune fille, elle avait bénéficié d'une éducation soignée mais dans laquelle on lui avait laissé toute liberté. Après avoir voulu être religieuse, ce qui n'avait attiré aucun commentaire désobligeant ni ricanement de la part de ses parents, elle avait voulu se tourner vers le chant et avait pris des cours avant d'intégrer le conservatoire où elle avait été formée par les meilleurs. Quelques années durant, elle avait donné des concerts et on avait loué sa voix de soprano. A cause de ses possibilités vocales et d'une présence scénique très figée, elle avait vite rencontré ses limites. Elle ne serait pas une grande cantatrice. Beaucoup l'auraient très mal pris, elle non.  Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle s'était lancée dans des voyages lointains d'où elle avait tiré des recueils de poèmes un peu sibyllins ainsi que des contes et des carnets de voyage. Magda, qui n'avait aucune prétention littéraire, usait d'un style dépouillé plein d'accents poétiques et avait su trouver son public. Elle aurait donc pu exploiter le filon de l'orientalisme puisque ce qu'elle disait de la Chine ou du Japon plaisait beaucoup ou encore enrichir ses lecteurs d'autres contes car ceux qu'elle avait écrits étaient très singuliers, mais tous ses projets étaient restés en suspens quand son père, qui avait un cœur affaibli, avait décidé de se retirer prématurément en Suisse. Fille unique et héritière, Magda était jolie et courtisée. Elle ne s'était pas fiancée mais le fit, pour pallier sans doute au départ de ses parents. Deux ans plus tard, ayant toujours refusé de se diriger vers le mariage, elle se retrouva seule et en fut réjouie. Elle avait trente ans. Elle se sentait vaillante mais vacilla encore et eut un fils d'un homme qui n'était pas son mari mais souhaitait l'être. Prise dans des histoires d'argent qui lui montrait du père de son enfant un visage bien hostile, elle tergiversa afin qu'il pût les voir l'un et l'autre. Au final, il le lui laissa.

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Clair obscur.

 

5. Eva, Kalantica et préparatifs de départ.

Paul séjourne toujours à Bath et consulte le docteur Shieffield, qui est psychiatre. Celui-ci le sonde toujours sur sa relation à son défunt instructeur en prison. Pour Paul, celui-ci n'est pas vraiment mort. Il frappe encore. Eva, la traductrice et amante de Paul, meurt sordidement; mais le grand roman de Paul sur l'echec de toute dictature, paraît. Il s'agit de "Kalantica."

 Paul retourna à Bath. A la clinique, il vit Sheffield.

-Je vous ai dit aller quelques jours à Londres pour en finir avec lui.

-C'est exact.

-Il s'est présenté à moi, m'a tourné en dérision, m'a tenté aussi et j'ai tiré. Il manque quelques balles dans mon revolver. Il n'a pas été très long à quitter ce monde. Il a eu l'air surpris jusqu'à la fin.

-A l'hôtel ? C'est là qu'il s'est montré ?

-Dans la chambre que j'avais retenue, oui...

-Et vous êtes là, si libre ?

-On est venu au début mais ensuite, non. Je n'ai pas dû faire beaucoup de bruit...

-Tout de même ! Le corps n'a pas été découvert ?

-Il a disparu. Je veux dire, après le meurtre, je suis sorti prendre l'air. A mon retour, la chambre était intacte. Il savait que j'allais tirer. Il a laissé faire.

-Pourquoi ?

-La force peut naître de la faiblesse et les mots peuvent beaucoup...Celui que j'ai vu était vraiment celui de la prison, glaçant, impérieux, du moins au début. Il fallait que je le tue car dans mon roman, c'est un personnage fort.

-On dirait que ça vous a semblé facile...

-En effet. Il ne pouvait que demander à disparaître pour pouvoir sans doute être mythifié ensuite....

-Admettons, Paul mais tout de même ! Vous me l'avez présenté comme le prototype du fasciste. Et c'était facile...

-Il n'était plus si cohérent. Moins insinuant, moins puissant...Du reste, il s'est laissé surprendre. Et puis, à un moment, la pièce était pleine de brouillard. Je sais, cela peut paraître bizarre...

-Ce qui est important, c'est de savoir si vous, vous trouvez cela bizarre.

-Oui. J'avais le dessus. C'était comme s'il n'avait plus la même vitalité, comme s'il se caricaturait lui-même aussi...

-Et c'est tout.

-Non. Le corps a disparu, le revolver aussi. Ce fasciste, moi, j'ai été capable de tuer ! Je ne pensais pas avoir un pouvoir de mort sur quiconque mais je l'ai eu sur lui. Sa peau blanche qui luisait et cet objet...

-Un objet ?

-Oui, un objet sexuel, un phallus de petite dimension...Je vous l'avais montré. Il l'avait avec lui ce jour-là.

-Le signe du rapport sexuel que vous alliez avoir ...Son unique arme...

-Non, il avait un revolver.

-Vous ne m'avez pas vraiment répondu, là...

-Non.

Paul se tut et regarda Shieffield Celui-ci était plongé dans ses pensées...

Sa formation de psychiatre lui avait appris à accepter le matériau brut que lui livrait un patient pour ensuite le retravailler avec lui. Ici, Paul parlait d'un mort qui devait être tué une seconde fois, d'un redoutable tueur qui commettait des bévues surprenantes et d'un meurtre qui n'attirait pas l'attention alors qu'il se déroulait dans un lieu public. Et c'était sans parler d'un cadavre qui se volatilisait, de documents secrets qui entraient brusquement en sa possession et de deux émanations du même personnage crucial qui se volatilisaient.

Paul racontait avec force et ne se coupait jamais. Il revenait de lui-même sur un point qui lui semblait confus et mêlait, sans y voir de contradiction, les événements naturels et surnaturels. C'était cette cohérence et cette force qui impressionnaient le psychiatre et lui faisait défendre la position de son patient. Le meurtre de l'instructeur ne pouvait être que symbolique et le lien de celui-ci avec les deux disparus du Kent flagrant pour l'unique Paul. Ces documents exceptionnels qu'il mettait en avant devaient provenir d'une autre source. Quant à ces femmes avec qui il avait eu des liaisons, il n'avouait son ambivalence avec elle que pour charger davantage l'instructeur.

 

 

27 décembre 2024

Battles. Partie 3. Londres. Hôtel chic. Dans l'attente de Markus Winger.

 

 

4. Rendez-vous immanquable.

 Le trajet n'était pas si long, Paul respecta l'horaire qu'il s'était fixé et prit possession d'une chambre élégante avec vue sur Hyde Park. A son arrivée, il rangea ses effets personnels : vêtements, livres...puis se fit couler un bain. Il en vérifia la température et s'y enfonça avec conviction. Un peu plus tard, il partit déambuler dans le quartier et s'acheta un complet de bonne qualité ainsi qu'un pull en cashmere. Le soir venant, il traîna dans un pub. De retour, il se mit à écrire sans rencontrer d'obstacle. Le lendemain, il passa une journée solitaire, allant au cinéma puis dans quelques librairies. Il dîna dans un restaurant à proximité de l'hôtel et rentra seul et à pas lents. Il n'y avait plus guère de temps à attendre. Celui qui le guettait était là. Avant de s'endormir, Paul glissa son revolver sous son oreiller, près de lui et à plusieurs reprises, il s’éveilla et alla inspecter sa chambre. Tout y était calme ainsi que dans le couloir. Au matin, il suivit le rituel habituel et après son petit déjeuner, décida d'aller marcher dans le parc. La nature s'ouvrait au printemps et il en fut heureux, mesurant le temps qui s'était écoulé depuis son arrivée à Bath. Il y avait vu l'arrivée de l'hiver et passé de très furtives fêtes de fin d'année avant de se lancer dans ce projet de longue haleine qu'était ce roman et maintenant les timides fleurs de ce printemps frais et humide venaient le saluer.  Il en était heureux. Il marchait d'un pas vif et écrivait dans sa tête une autre version du transfert de son héros vers la capitale, après sa rééducation. Le brusque arrêt du convoi et l'embuscade qui permettait de le rendre libre étaient mieux décrites ainsi : il faudrait qu'il y veille. Il arrivait au bout de ces zones d'ombre qu'avaient représentées les diverses mises en scène de la prison. Le reste, à savoir, la rédemption de Nader Stanzy et sa nouvelle vie dans un régime qui avait mis fin à une sordide dictature, serait plus simple à réécrire car fictionnel...

 

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Retrouvailles avec l'Instructeur Winger. Déjà Mort? Prêt à mourir?

 

 

-Fais-moi un café.

-Oui, Instructeur.

-Et prends- en un aussi. C'est un ordre.

Paul fit bouillir de l'eau et ouvrit les dosettes de café. Il prépara les boissons et les apporta sur un plateau, ce qui amusa Winger.

-Alors, mon beau Paul ! Tu sais que tu m'amuses. Cette anglaise arrive, tu lui contes fleurette et tu la sautes, jusque-là, tout va bien. Une grosse traductrice arrive et induit avec toi des jeux de domination qui sont loin de te laisser indifférent...Tu te rends compte que ta belle anglaise pleine aux as ne va peut-être pas apprécier tes facéties et tu avoues à demi. Elle te laisse en plan et toi, tu congédies l'autre. Après quoi, drapé dans ta dignité, tu t'écartes de l'une et de l'autre et devises avec ta femme. Question simple : tu les as aidées ? Tu savais qui les attaquait, non ?

Paul pâlit et baissa la tête. Winger, sûr de lui, continua :

-Plus simple d'aller à Bath parler à un psychiatre ? Quelle merveilleuse couverture !

-C'est votre lecture.

-Absolument. Bois ton café, il refroidit. On prendra de l'alcool tout à l'heure.

-Vous êtes en service.

-Toi aussi mais ça ne fait rien. Paul, tu plais à ton instructeur. Au fait où est-il ?

-Quoi ?

Partant d'un rire bref, Winger fila dans la salle de bain d'où il revint avec un sachet noir.

-Tu l'as apporté avec toi !

-Quoi ?

-Mais le cadeau que je t'ai fait passer...

Et, se dirigeant vers la valise de Paul, il fouilla. Puis, il sortit de son enveloppe sombre un objet sexuel en forme de phallus.

-Tu te souviens ?

-Ce n'était pas dans mes bagages.

-C'est tout comme. Il te revient !

-Non, Instructeur.

-Tu es comme moi.

-Non ! 

-D'accord. Toi, tu es gentil ! Ces bonnes femmes !  L'une violée, l'autre tuée. Quelle désolation ! Ce n'est pas bien ce qu'on leur a fait...Dis-moi, toi qui es si plein de sagesse: en Ambranie parce qu'ils ont écouté des gens comme toi, combien sont morts de faim ou d'épuisement ? Combien ont été fusillés ? Combien ont servi d’otages ? Tu étais à Étoile, non ?  On y exécutait des détenus tous les jours. Une femme, quand tu fuyais, t'a hébergé une nuit et a été arrêtée ensuite : on l'a étranglée avec une corde à violon pendant que toi tu étais reçu ailleurs. Le seul héroïsme de ceux qui ont trouvé la mort à cause de toi est de t'avoir rencontré ! Ils l'ont payé de leur vie. Et toi, n’as-tu jamais pensé à eux seulement ? Non, jamais. Paul, tu es aussi immonde que moi.

-Non. Je refuse ces paradoxes. Je sais ce qui se passait à Étoile.

-Tiens.

Winger tenait le phallus noir à la main. A demi souriant, il le tendait à Paul.

Avec horreur, Paul s'écarta de ce brillant tentateur et alla regarder par la fenêtre.  Winger le suivit et se plaqua contre lui.

-Tu n'as pas enlevé ton veston car tu ne veux pas que je comprenne que tu as une arme. Mais je la sens. Paul...Tu n’y arriveras pas. Toi- aussi tu aimes le pouvoir.

Il fallait réagir. Il s’écarta vivement. En Ambranie, l’Instructeur avait été abattu, il en était certain depuis longtemps. Celui qui était là était un fantasme, un tentateur.

-Vous êtes mort, là-bas.

Cette phrase frappa l'Instructeur de plein fouet.

-Moi ? Sur le papier, oui, mais sinon ? Rien n’est figé ; dans un instant, ce peut être toi.

-Ce n'est pas certain.

-Car tu vas tirer ? Non mais, regarde-toi ! Nos liens sont indissolubles. Tu le sais.

L'instructeur était catégorique et il continuait de dominer.

-On passe à l’alcool.

-Non !

-Mais si ! Je suis là et je suis fort !  Que resterait-il de son combat si celui auquel tu t'opposes depuis si longtemps devenait insipide ? Cette embuscade ! Ils tiraient bien, je dois le reconnaître. Mais tu n'étais pas conscient, non ? Tu n'as strictement rien vu. Quand tu es sorti de ta léthargie, tu étais déjà avec cette bande de tueurs et ensuite, tu as cru ce qu'on t'a dit. On m'avait éliminé, moi, le symbole de l'horreur ! Mais même si les partisans t'ont exfiltré, je suis là, moi, ton Instructeur. J'ai traversé le temps.

Paul frémit. Winger s’était de nouveau rapproché ; ils se faisaient face et leurs visages étaient proches l'un de l'autre.

-Je n’aime pas le whisky mais il y a de la vodka. Hein ? Il y en a...

-Je ne crois pas.

-Moi, je crois.

Il disait vrai car Paul trouva une bouteille entière dans le réfrigérateur.

-Avec glace.

-Oui.

-Oui, Instructeur.

Paul soupira. 

-Cette bouteille n'était pas là.

-Qu'importe ! J'ai soif ! 

 

-

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Mais tu existes à peine !

 

Paul poussa un hurlement. Cette créature fantomatique était le diable. Elle avait ramassé son révolver et s’était approché de lui. Il sentait contre sa tempe, le métal froid du pistolet automatique de son ennemi.

-Tu es là où tu dois être. Avec moi. Proche de moi mais inférieur. Je t'ai appris à ne rêver que de cela. Tu as oublié ? J'ai su avec toi, très vite, j'ai toujours su...-Tu as toujours su que je reviendrais quand tes appels seraient suffisamment puissants. Tu m'aimes, je le sais. Deux possibilités, deux. Je te dis lesquelles ?

-Vous allez me tuer.

-Quel imbécile ! Ton livre paraît, tu files en Ambranie et là, tu renies tout ce que tu as dit et écrit. Tu disparais très vite, dans un des camps de formation que nous avons et de là, tu deviens comme moi.

-Non, tirez. Je ne ferai pas cela. Je ne trahirai pas.

-Mais tu ne serais pas un traitre.

-Et naturellement, vous êtes sûr de vous ! Vous « savez » !

-Vous avez toujours « tout » su pour moi, Instructeur, c'est bien là le problème...

-Parce que ça marche comme ça détenu DS.Cinquante quatre vingt trois. Deux cent sept neuf. Qu'est-ce que tu crois être aujourd'hui sinon la continuation de ce matricule ?

Winger s’écarta mais garda son arme à la main. Il ricanait. Paul, lui, faisait face.

 -Mon livre sera publié quoi qu'il arrive et j’aurai parlé. Si vos sbires m’attaquent ou si vous-même le faites, je me hisserai à la position de héros. Vous voulez faire de moi le martyre d'une cause qui vous est essentielle ? Qui aura raison ? Moi.

-Fort bien.

Winger était reparti chercher les verres.

-On finit la bouteille ?

-Non…

-Oh, mais si.

Tout changeait. Une sorte de torpeur s’emparait de Paul et Markus lui-même, semblait plus détendu. Il venait d’ôter le pullover qu’il portait et restait en t-shirt militaire.

-Tu te souviens, la dernière nuit, quand on transitait ?

-Non !

Cette fois, l’Instructeur se mettait torse nu.

-Moi très bien. Je t’ai fait un peu mal. Je t’ai surpris, c’est vrai.

-C’était avilissant.

-Tu mens ; tu as aimé. Déshabille-toi, Paul.

-Et si je ne le fais pas ?

Winger ricana une fois de plus et reprit son automatique.

-Allez, fais-le.

-Je n’ai pas peur de la mort.

-Mais si…Paul, s’il te plaît.

Il céda et lentement, se dévêtit. L’instructeur se mit nu, lui-aussi.

-On va au lit, Paul !

Ils s’allongèrent l’un à côté de l’autre. Le corps de l’instructeur était incandescent. Paul sentait qu’il tombait dans une spirale du Mal.

-Qu'est-ce que tu crois ? On est des centaines et des centaines à la surface de la terre. On a tous les pouvoirs ! Tu as toujours été pathétique, avec tes croyances puériles sur la démocratie et la liberté ! Heureusement, il avait cette dévotion que tu avais pour moi ! Pardon, que tu as toujours ! Et maintenant !

Winger commençait à se coucher sur Paul quand on frappa brusquement à la porte et on appela.

-Monsieur Kavan, c'est le service d'étage.

Interdits, aucun des deux hommes ne réagit. La voix se fit insistante.

-Monsieur Kavan, êtes-vous là ?

Avant même que Paul ne réponde, on mit une clé dans une serrure et on s'annonça. C'était une voix féminine. En un rien de temps, l'instructeur fila dans la salle de bain tandis que Paul se précipitait sur ses vêtements.

-Attendez !

Il se trouva bientôt nez à nez avec une jeune fille qui rougit violemment.

-Mais il y a quelqu'un ! Vous avez demandé des serviettes supplémentaires. Je pensais les déposer sur votre lit. 

-Je n'ai rien demandé.

-Ah mais si ! Il y a eu un appel tout à l’heure. Je vous pensais absent.

-Ce n'est pas grave.

Elle partit.  Paul pensait que tout allait recommencer quand il trouva le révolver de Winger, qu’une couverture avait dissimulé. Il s’en saisit. Il ne pouvait plus faillir cette fois. Du reste, Markus réapparaissait, offrant toujours une nudité athlétique aux proportions parfaites. Sans attendre qu’il parle, Paul tira et l’atteignit à l’épaule puis au ventre. L’instructeur eut le temps de gémir et de s’arrêter. Du sang commençait à couler.

Soudain, la pièce parut s'emplir d'un étrange brouillard et il lui sembla que tout devenait insonore.

-Paul ! Mais Paul !

 

26 décembre 2024

Battles. Partie 3. Seconde mort de l'Instructeur Winger.

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L’apparence très matérielle du soldat parut soudain se fragiliser. Des lambeaux de lui subsistèrent comme s'il n'existait plus tout entier. Avec force, Paul cria :

-Tu existes à peine !

Et l'image du jeune soldat se délava plus encore. Cela rassura celui qui avait été Battles.

-Il va y avoir un coup d'état en Ambranie...Dormann va tomber. La démocratie va revenir.

Une voix lointaine lui répondit :

-Que valent les écrits d'un antifasciste fêté et applaudi quand il en vient à ressusciter son tortionnaire ? Tu n'as eu de cesse de combattre un régime que tu as honni mais tu m'as laissé t'envoyer des émissaires avant de venir jusqu'ici ! C'est ça, ta liberté ? Le nouveau président se fera tuer lors d'un bain de foule et sous couvert de remettre de l'ordre, l'armée fera le ménage et virera l'intérimaire qu'on aura mis à sa place ! Tu ne veux vraiment rien savoir, toi !

-Instructeur !

La pièce était toujours brumeuse. Malgré tout, Paul s'accrochait à son revolver et dans un entrelacs de lumière, Winger réapparut, toute sa force retrouvée... Il fallut tirer encore. Le cœur fut atteint. Cette fois, l'instructeur tomba brusquement à terre.  Il resta étendu les bras en croix et les jambes écartées tandis que Paul, toujours armé, s'approchait de lui. Il restait magnifique alors même que le sang commençait ruisselait sur son beau corps, inversant toute valeur. Un superbe gisant...Que comprendrait-il à cette mort, celui qui avait su la donner à d'autres qui ne savaient pas se défendre ou étaient aux abois ? Rien sans doute sinon qu'il butait sur une fin cette fois inéluctable. Rageur, Paul le contempla avec dureté :

-Vous mourez Instructeur.

-Toi aussi, plus tard, tu vas mourir de ton idéalisme...

-Je crois que ce sera après toi...Du reste, tu es venu... tu savais...

Le beau visage se crispa et la voix aussi changea, plus rauque :

-Je savais quoi ?

-Que ce serait ta seconde mort. Un guerrier comme toi qui se laisse prendre !  Où est ton arme ?

-Mon arme ?

-Elle est avec moi. Vous me l’avez donnée !

-Ah…

De façon surprenante, Paul n'entendait aucune galopade dans les couloirs et personne ne frappait à la porte. Pourtant, dans un établissement de ce genre, il y a toujours beaucoup de vigilance de la part du personnel.

Winger le regarda encore puis mourut. Ses yeux, grand-ouverts, se figèrent et il y régna un bleu glacial. Et il n'y eut plus alors que le silence.

Paul attendit dans la chambre qu'on frappe à la porte et qu'on lui crie d'ouvrir mais de nouveau, il fut surpris. Tout restait parfaitement silencieux. Il finit par remettre son manteau et par descendre dans le hall de l'hôtel où il était sûr qu'on l'arrêterait mais on ne fit que le saluer poliment. Il erra dans les rues, un peu hasard et laissa filer deux heures. C'était suffisant pour avoir trouvé le corps, qui avait dû perdre beaucoup de sang. Toutefois, à son retour, Paul fut stupéfait. Il imaginait les abords de l'hôtel envahis par des voitures de police et une escouade de policiers prêts à l'arrêter. Il avait laissé le revolver prêt du cadavre et tout indiquait qu'il était le meurtrier...Toutefois, il ne vint aucun changement alentour et il put traverser le hall et prendre l'ascenseur sans que quiconque ne s'interpose. Sa chambre n'avait pas été ouverte et comme il y entrait, la jeune employée maladroite lui sourit.

-C'était bien une erreur !

Il la salua. Le lit était fait, son ordinateur fermé et aucun manteau de cuir noir n'était posé sur un fauteuil. Dans la salle de bain, tout était intact. Le pathétique objet sexuel qu'avait brandi l'instructeur avait disparu lui-aussi et il n'y avait pas de cadavre.

 

3 décembre 2024

Battles. Partie 4. Un jeune homme fantasque dans un château.

 

 

L'inconnu s'était relevé. Assis sur un fauteuil, il observait Paul et lui sourit.

-Et maintenant, comment vous sentez-vous ?

-Je me suis repris.

-Je vois cela. Votre visage paraît plus serein.

Sa façon de faire était charmante. Paul sourit à son tour.

-Au fait, qui êtes-vous ?

-Je m'appelle Esmed Keretz. Je suis un des pensionnaires de madame Egorff. J'ai fait le conservatoire. Je suis pianiste.

-Bien, c'est bien...

-En réalité, vous auriez dû faire ma connaissance dans l'après-midi. Je ne devrais pas me trouver là mais il y avait cette tentation...

Paul sourit.

-Vous aurez une autre opportunité.

-Ce n'est pas le sujet.

-Quel est-il, alors ?

-Magda, je veux dire madame Ergoff ne plaisante pas. Les présentations ne sont pas pour maintenant. Alors, je vais remettre de l'ordre et filer par l'escalier de service.

-Vraiment ?

-Vous ne m'avez pas rencontré. Hein, vous vous souviendrez ?

Ils s'étaient approchés l'un de l'autre.

Il n'a pas les mêmes traits, pas exactement, pensa Paul. Mais le front est haut, les yeux sont bleus et la chevelure a la même implantation. Par contre la bouche est différente, la carnation aussi. Ce n'est pas lui. Ce ne sera plus jamais lui.

-Oui, c'est entendu. Je suis monté me reposer et c'était tranquille.

-Vous pouvez descendre l'attendre. C'est plus simple pour moi ?

-Bien sûr, j'y vais.

Cette fois, le jeune homme riait.

-Important : je n'étais pas là.

-Bien sûr que non.

Paul adressa au jeune homme un sourire amusé mais celui-ci devint grave.

-Donc, à plus tard, monsieur Kavan.

-En effet, monsieur Keretz.

Paul regagna le ré de chaussée où il attendit en lisant. Dix minutes après, Magda Egorff arriva, agacée.

-Ce n'est pas possible, pas possible !

Soudain, en entrant dans le salon, elle vit Paul.

-Je suis incroyablement navrée !

-Ne le soyez pas.

-Quand je suis à Estralla, je ne sais où donner de la tête. J'ai donné des consignes contradictoires ! Je vous ai fait attendre, suis arrivée en retard sur les lieux de notre rendez-vous, mon téléphone ne fonctionnait pas ! Vraiment !

-Rien de grave ! Je suis arrivée à bon port.

Il était charmé par elle, si altière, si grande dame. Elle venait de quitter un très beau manteau de demi saison, brun avec des parements violets et elle portait une robe prune et des bijoux en or.

-On vous a servi du thé au moins ?

-Bien sûr.

-Et vous n'avez rencontré personne mis à part la personne qui vous a accueilli ?

-Non.

-Parfait.

Ils devisaient quand elle s'avisa d'aller chercher la servante qui ne répondait pas à son appel. Malheureusement pour lui, le jeune homme n'avait pu emprunter l'escalier de service dont la porte d’accès était fermée à clé. Pensant qu'il pourrait se faufiler tandis que Paul et elle discutaient, il tentait sa chance dans l'escalier principal. Mais elle le surprit en quittant le salon plus vite que prévu. Paul était sur ses talons et il la vit s'emporter.

-Non mais quel est ce prodige ! Esmed, que faites-vous là ?

-Madame, j'avais oublié une partition...

-Une partition ! Tout ce que vous devez interpréter tout à l'heure est déjà en votre possession. C’est une fable, une de plus !

-Debussy. Je voulais faire un échange. Regardez...

Il avait une partition en main.

-Vous mentez mieux d'habitude. Vous étiez dans l'appartement du haut, celui où vous logez quand je le décide ?

-Je...Oui.

-Vous n'aviez rien à y faire ?

-Non, madame.

-Vraiment rien, j'espère. Vous me suivez ?

-Parfaitement, madame.

Magda soupira et Esmed se mordit les lèvres. Il y aurait un règlement de compte.

-Avez-vous rencontré monsieur Kavan ?

-Non.

-Esmed, je vous le présente.

Le jeune homme salua poliment et garda les yeux baissés. Paul s'amusait beaucoup.

-Il y a bien des contes en Ambrany et cet Esmed pourrait figurer dans l'un d'eux. Je suis là, je ne suis pas là. J'apparais, je disparais. Et surtout, je ne suis pas là où je devrais être... Mais bref, vous montrerez tout à l'heure un autre aspect de vous-même à monsieur Kavan.

-C'est certain, madame.

-Filez !

Il partit sans se retourner et Paul, pourtant, aurait voulu qu'il le fasse, ne serait-ce que pour revoir ce sourire tantôt espiègle, tantôt triste.

 

4 décembre 2024

Battles. Partie 4. Changer le monde.

 

GUILLAUME

 

 

1. Tout mettre en œuvre à Dannick.

De retour dans son pays après un long exil, Paul Kavan est nommé à de hautes fonctions dans le nouveau gouvernement qui se constitue. Il est prêt à travailler d'arrache pied pour que les perspectives soient nouvelles.

De retour à Dannick, on présenta à Paul, puisqu'il avait accepté le poste, les locaux du centre culturel et les membres de son équipe. Il était une vingtaine et d'âges divers. A priori, ils souhaitaient un nouvel ordre...Paul avait déjà travaillé d'arrache-pied sur son gros dossier et ciblé des points sensibles. Il faudrait lister les salles et les ateliers susceptibles d'accueillir les artistes, veiller à ce que salles de théâtre et de cinéma reprogramment ceux qui étaient interdits, veiller également à ce qu'une publicité suffisante soit faite pour inciter à aller au spectacle et récompenser ceux qui avaient préféré se taire et vivre de façon précaire plutôt que de servir la propagande de Dormann. Et puis...Ce qu'il y à faire était infini mais l'énergie de Paul phénoménale. Se doutait-il qu'il comptait ainsi damer le pion à ceux qui l'avaient arrêté et jugé puis persécuté en prison ? Oui et bien sûr, il savait aussi qu'il montrait à l'Instructeur Winger et à ses sbires que tout n'était pas comme ils croyaient...En quelques semaines, les résultats furent positifs. Des compagnies de théâtre que l'Institut subventionnait, se remettaient au travail. Des salles d'exposition remettaient à l'honneur des peintres et des sculpteurs mis sur la touche. Des chefs d'orchestre mis au rebut, des chanteurs d'opéra, des virtuoses de la musique, de grands acteurs à qui on n'avait plus rien proposé, remis en circulation. Des prix étaient créés, des bourses pour stimuler les jeunes talents mises en avant, la presse était mise à contribution pour relayer cet enthousiasme et Paul galvanisé. Il y avait les autres, bien sûr, ceux qui avaient servi Dormann. Mises à part quelques têtes à ne pas couper, il fallait les intimider. A priori, le message passait. Ils s'expatriaient, faisaient amende honorable ou changeaient de métier. Il faudrait un an minimum pour que la machine soit relancée mais il jugeait important de paraître d'emblée très actif. Son équipe suivait sans doute enthousiasmée par son énergie et c'est un fait : la vie culturelle allait renaître...

Ayant le sentiment d'accomplir tout d'un coup les douze travaux d'Hercule, Paul ne se contenta pas de tâches administratives, de réunions et de coups de fil. Il se déplaça. Des grandes salles de spectacles aux plus modestes, il visita tout. Il arpenta les salles de concert et les ateliers d'artistes et, chemin faisant, il rencontra beaucoup de monde. Son passage dans la clandestinité, son incarcération à Étoile et ses errances en Suède et en Angleterre avaient affiné sa perception des êtres et des situations. Telle actrice en vogue mentait en se disant patriote car elle avait enchaîné les liaisons avec des sbires de Dormann. Tel sculpteur qui, lui, avait résisté, jouissait d'une réputation très usurpée et ne serait pas crédible au plan international. Tel peintre qu'on avait laissé tranquille car on l'estimait de second ordre, avait un réel talent et telle chanteuse d'opéra avait été injustement rétrogradée. Il convenait donc de faire la part des choses et de redresser des situations faussées, dans la mesure où il le pouvait. De musée longtemps fermé en cabaret au répertoire bancal, d'église négligée alors qu'elle possédait de très belles fresques à des cafés qui gardaient en eux l'histoire du pays, il y avait de quoi faire...

Le temps passant, Paul se mit en quête de son passé. Non celui de ses années de cavale et d'emprisonnement mais celui de son enfance. Ils étaient quatre frères. Trois étaient encore vivante. Emil et Anton avaient su son retour et même s'ils ne s'étaient pas manifestés, il tenait à le voir.

3 décembre 2024

Battles. Partie 4. Un étonnant accueil au château d'Estralla.

 

-Il y a quelqu'un ?

-Oui !

-Je ne vois personne.

-Tu t'es décidé ! Tu es venu ! Je me lave. Viens.

C'était une jeune voix masculine, pleine d'enthousiasme. Paul profita de ce que la porte de la salle de bain était ouverte pour s'avancer. Il resta suffoqué devant ce qu'il vit. Un jeune homme nu, qui sortait de son bain, lui tournait le dos et s'essuyait les cheveux avec un beau drap de bain blanc et or.

-Tu m'as fait attendre mais tu as vaincu ta peur, c'est bien !

A qui croyait-il parler ? Pas à Paul en tout cas, qui se retint de répondre.

-Alors ? Tu ne dis rien.

Paul resta silencieux. Comme attendu, le jeune homme se retourna et resta stupéfait, ce qui le fit se couvrir maladroitement.

-Vous n'êtes pas Archad !

Paul ne put s'empêcher de sourire.

-Non, en effet.

Il ne put en dire plus car il était saisi. Le jeune homme était aussi blond que l'Instructeur et il avait les yeux du même bleu mais il était sa contrepartie humaine et triste.

-Vous êtes qui ? Pourquoi êtes-vous entré ?

-Paul. Paul Kavan.

-Quoi ! Paul Kavan ! Ah non, ce n'est pas vrai ! Elle va me tuer.

De nouveau, Paul sourit. Le jeune homme s'était de nouveau retranché dans la salle de bain d'où il ressortit en trombe, habillé à la va-vite.

-Donc vous êtes...Mais...

-Je ne devrais pas être là, c'est ce que vous sous-entendez ? En effet, oui. Je ne sais pas où est madame Egorff car je ne l'ai pas trouvée au point de rendez-vous. On m'a installé à l'étage et je voulais redescendre pour l'attendre mais j'ai vu la porte de cet appartement ouverte. Je voulais obtenir un peu d'aide !

Le jeune homme parut encore plus confus et gêné.

-Oh là la ! Oh là la non !

Il s'assit et enfila des chaussettes et des chaussures. Puis, il lissa ses cheveux en arrière.

-Vous deviez arriver plus tard. Un quiproquo : vous êtes là et elle est à la gare ! Ça n'arrange pas mes affaires.

-J'ai compromis une rencontre...Une jolie employée ?

Le jeune homme, qui paraissait ennuyé, redevint espiègle.

-Il y a beaucoup de travaux dans le parc. Archad est maçon !

Cette fois, Paul se mit à rire.

-Ah !

-Je pensais vraiment qu'il viendrait ! Il a dû hésiter. Il est peut-être intimidé ou alors, ça n'est pas sérieux pour lui.

-Je ne sais pas.

-Non, c'est clair, ça ne l'intéresse pas. Alors, c'est vous Paul Kazan !

-Oui.

-Ah ! Elle vous a présenté comme Jupiter ! Vous êtes moins imposant, et moins beau qu'un dieu de l'Olympe mais quand même. Vous n'êtes pas mal, pas mal du tout même !

L'inconnu était étonnamment touchant. Paul sourit puis se sentit oppressé. Ce corps fin mais musclé et ferme, cette blondeur, cette allure presque aristocratique et cette tristesse secrète...

-Dites, ça va ?

-Oui...

-Non, vous êtes très pâle ! Je parle trop. Ce que j'ai dit sur votre physique...

-Non, il n'y a pas de mal.

Mais Paul vacillait et le jeune homme dut se précipiter pour l'aider à s’asseoir.

-Eh, dites, vous avez un malaise, là...

Paul se reprit aussi vite qu'il put et tenta de se reprendre.

-Je travaille énormément et ce voyage...

Le jeune homme s'écarta et revint avec un verre d'eau. Comme il se penchait exagérément vers lui, Paul eut un haut le corps.

-Écartez -vous un peu.

-Pardon. Je retire l'allusion que j'ai faite à votre physique. Je suis navré, vraiment.

Il s'était accroupi et regardait Paul. Il n'y avait rien de dur chez ce jeune homme qui le regardait avec sollicitude. Les similitudes physiques avec l'instructeur ne pesaient pas quand on s'apercevait qu'il s'agissait d'un enfant au ton mutin et au regard mélancolique.

-Merci pour le verre d'eau. Alors, vous attendiez ...

-Un beau maçon. Ça correspond à mes goûts.

-Ça ne pourrait correspondre aux miens. Je suis plutôt un homme à femmes.

17 novembre 2024

Battles. Partie 4. Etoile. Les vestiges d'une vie carcérale.

 

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A Étoile, les distances étaient vite importantes et Paul avait demandé à avoir une vue d'ensemble. Son gardien, un certain Maval Ersend le promena dans toute la parte émergée de la prison, là où se trouvaient les multiples ateliers de travail mais aussi les logements des personnels subalternes et les entrepôts. Il y avait des structures hospitalières réservées aux travailleurs extérieurs à la prison. De temps à autre, Paul demandait à descendre et le gardien le guidait alors dans un dédale de salles et de couloirs. La plupart des machines étaient encore en place mais il manquait le bruit qu'elles produisaient ainsi que le bourdonnement des voix des contremaîtres et des gardiens. L'hôpital était encore tout équipé et il en allait de même de l'infirmerie. Quant aux petits logements des gardiens, dont certains y vivaient en famille, ils étaient exigus et déprimants. Le guide conduisit ensuite Paul au centre de l’étoile . C'était une immense place vide, nantie de statues grandiloquentes que nul n'avait fait disparaître. On y faisait des défilés, des parades. Ceux qui étaient des travailleurs libres pouvaient s'y réunir : concerts, discours. Il y avait un aérodrome et ses dépendances.

-C'est énorme ! On a fini ?

-Le reste est sous terre.

-Quoi ?

-Il faut prendre des ascenseurs.

-Mais ...

-On y va.

Ils firent comme Paul avait dit. Ersend les guidait, allumant les néons au fur et à mesure. Un dédale de couloirs et de salles s'ouvrait.

-Là se trouvaient toutes les instances administratives. Là siégeait le directeur de la prison et ses adjoints.

-Ce n'est pas dégradé.

-Non, monsieur Barne, c'est en bon état.

 Ils poursuivaient.

-On enregistrait les admissions ici  et là, on effectuait un tri. Diverses salles.

Esmed était confondu.

-Quel tri ?

-Les prisonniers de base, dans différentes branches de l'étoile, les politiques, cas rares à rééduquer dans une branche spéciale, bien équipée. J'imagine que vous savez cela, monsieur Kavan.

-Oui mais j'étais privé de vision. On m'a enlevé mon bandeau quand j'étais dans une sorte d'infirmerie.

Ils virent d'autres salles. C'étaient celles où où on écrivait des lettres factices qui, dès l'incarcération du prisonnier, rassuraient de loin en loin les familles jusqu'à ce que tombe un édifiant silence puis celles où on enregistrait les décès pour une comptabilité qui ne concernait que la prison. Les armoires regorgeaient encore de dossiers, la mémoire des ordinateurs n'avait pas été vidée et d'immenses organigrammes étaient affichés sur les murs.

-Vous avez l'impression que tout est là, lui dit le petit guide, mais c'est faux. Plus de la moitié des documents a été transférée à Dannick et bientôt, le reste suivra.

-La prison est fermée depuis trois ans.

-C'est la date officielle, oui. Elle s'était déjà vidée un peu avant mais ça a été compliqué...

-Oui, je me doute.

Esmed était livide et il fermait les poings.

-Tu vas bien ?

-Oui.

-C'est difficile pour toi.

-Et pas pour toi ?

-C'est un constat terrifiant.

Il fallait poursuivre. Les couloirs se succédaient. Il fallait prendre des ascenseurs.

-Nous touchons à l'aile directoriale.

-Ah oui !

Le bureau du directeur n'avait plus son mobilier mais dans d'autres, il était intact. Le réseau informatique était partiellement désactivée et dans beaucoup de salles réservées aux réunions de travail et au délassement des administratifs, il était inopérant, mais pas dans toutes. Il existait donc bien encore une mémoire vivante, un fichage...

-Vous ne pouvez pas toucher aux appareils ici, mais monsieur Alstrohm, qui va vous recevoir ensuite, vous donnera accès à certaines données...

-C'est très bien comme ça.

Paul tourna longuement dans les couloirs et les bureaux puis fit un signe de tête. Il en avait terminé. Esmed, qui ne disait plus rien, redevint questionneur.

-Tu savais tout cela ?

-Non, pas tout.

-Pourquoi ?

 Je n'étais qu'un détenu. On me droguait et me battait.

-Alors de quoi t'es-tu rendu compte ?

-L'immensité, les catégories de prisonniers, le fait que certains disparaissaient, la violence...

C'était maintenant le jeune pianiste qui était le plus pâle. Ersend le conduisit cette fois dans la zone des appartements privés des gradés de la prison. Les directeurs y avaient vécu là, en famille mais aussi certains privilégiés, dont les instructeurs de première classe les plus méritants. Une bonne partie du mobilier avait disparu mais ce qui restait donnait une idée de la vie confortable et facile qu'on avait pu mener là, tandis que bon nombre de prisonniers s'entassaient dans des dortoirs rudimentaires et mal chauffés.

-Qui logeait ici ?

-Le directeur avec sa famille, le sous directeur, deux ou trois administratifs de haut niveau et les instructeurs de première classe. Ils n'avaient pas droit à des logements aussi beaux mais tout de même !

-Montrez-les moi...

Le dernier directeur en date avait vécu là avec son épouse et leurs deux enfants. Tout le confort avait été mis à leur disposition. Il était aisé de le voir même si les meubles étaient poussés contre le mur et recouverts de housses blanches. Pièces aux belles dimensions, salles de bain bien agencées...

-La vie de château...

-Pour eux, oui, Esmed.

-J'ai envie de vomir.

-Respire.

A son guide, Paul demanda :

-Est-il possible de visiter les logements des instructeurs ?

-Oui, suivez-moi.

Ils avancèrent.

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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