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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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14 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Maladie et rémission.

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Lucas, enfant vif et attachant, est tombé malade très vite. Il l'est toujours mais connait des périodes de rémission. Le chien Lucky veille sur lui

A la maison, ses parents exultaient. Les animaux qui avaient peuplé sa petite enfance ayant souvent été donnés ou étant morts, ils lui avaient offert un chien, un golden retriever très bon enfant, qu'il avait appelé Lucky. Tous les deux battaient la campagne avec bonheur.

Pourtant, il y eut une ombre au tableau. A la fin du mois d’août, alors qu'approchait la rentrée, Lucas eut un malaise, alors qu'il rentrait d'une grande randonnée avec deux bons amis. Le trouvant évanoui dans la cour de la maison, ses parents le transportèrent dans le salon et, comme son état ne s'améliorait pas, ils appelèrent le médecin. Fidèle, Lucky ne quittait pas son maître. Depuis qu'ils étaient ensemble, ils se parlaient de cette façon secrète que Lucas avait découverte il y a longtemps. De vrais dialogues sans desserrer les lèvres. Ce fut à lui qu'il s'adressa, sachant qu'il comprendrait.

-Tu sais, mon beau chien, ça va recommencer.

Le golden le regardait en silence.

-Le syndrome de Ah Thor. Ça n'est pas une maladie recensée mais moi, je l'appelle comme ça.

Une lueur de compréhension passait dans les yeux du chien. De tous les animaux qu'il avait eus, le golden retriever était celui dont il était le plus proche. Ils étaient en symbiose.

-C'est comme un grand cri qui vient de l'intérieur. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, cette fois...

Le chien, tout éperdu de sollicitude, lui léchait le visage.

-Je me bats depuis des années et quelquefois j'y arrive. Lui, il ne peut plus m'embêter autant. Il est bien obligé d'être plus tranquille ! Seulement, au bout d'un moment, ça m'épuise. Là, tu vois, il reprend le dessus.

Lucas sentait l'haleine du chien sur ses mains et se noyait dans son regard plein de compassion.

-Je ne pourrais pas rester ici ni aller au collège. Ils vont avoir du chagrin. Il faudra que tu sois très gentil avec eux !

Au gémissement qu'il poussa, Lucas comprit que son compagnon était d'accord .

Les parents, qui s'étaient écartés de l'enfant pour accueillir le médecin revinrent près de lui. Après l'auscultation, le verdict tomba. L'enfant fut hospitalisé.

Tout alla très vite. Pendant quelques semaines, il fut brûlé de fièvre et perdit du poids. Il avait du mal à quitter le lit. Il lui arrivait de pleurer tant il se sentait mal. Comme à l'accoutumée, on n'y comprenait rien mais on utilisait pour qualifier son état des mots savants.

Mortifié pour ses parents, Lucas savait qu'il n'irait pas au collège. Il ne grandirait pas sous le regard aimant de Noémie et de Vincent. On l'hospitaliserait pour une durée indéterminée, loin des siens.

Après son départ, tous furent tristes. Lucky déambulait souvent seul sur les chemins environnants. Avant de s'en aller, Lucas l'avait assuré que la distance n'était rien et qu'ils se parleraient. Ils le faisaient mais le chien s'inquiétait. Un jour, il vit se former dans le ciel nuageux, un étrange visage mouvant. Il était monstrueux, orbites vides, joues creuses, cheveu rare, teint livide. Il fut traversé par l'idée que c'était ce  Ah Thor dont Lucas semblait avoir si peur ! C'était lui l'ennemi à vaincre mais comment le faire savoir à ceux qui voulaient aider Lucas ? Il se contenta donc, des jours durant, d'émettre des jappements désorientés. On le consola. Dans son étroite tête de chien fidèle, il forma un projet : il apporterait à qui de droit toute l'aide requise...

 

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8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Pourquoi est-ce que ça devrait être fini?

PAUL KLEE

Dans un hôpital pour enfants, deux jeunes garçons parlent. La maladie débouche-t'elle inéluctablement sur la mort

Lucas était tenaillé entre son impossibilité de parler et son désir d'apaiser la violente inquiétude de son interlocuteur. Il ne put s'empêcher d'être spontané.

-Mais pourquoi est-ce que ça devrait être fini ?

Cette fois, Nicolas fut hors de lui. Il manqua s'étouffer.

-Euh, pardon ? Tu as des super pouvoirs ? Tu peux inverser le processus ?

Lucas, de nouveau, tenta de prendre sur lui, mais il n'y parvint pas. Il se jeta à l'eau, lâchant des bribes de ce qu'il retenait en lui depuis des années.

-Ce n'est pas un processus...Non...Il y a un esprit du mal qui s'est approché de toi. Tu en es le prisonnier...

Un ricanement lui répondit. Il n'en tint pas compte.

-Tu ne dois pas attendre la mort ainsi, Nicolas. Rien n'est écrit.

Nouveau ricanement. L'entretien tournait cours.

Lucas continua d'étudier mais Nicolas se mit à l'éviter. En classe, sans faire l'objet de remarques déplaisantes, il était un peu à part. Ses réussites scolaires étonnaient sans doute car bon nombre d'élèves oscillaient entre bons et mauvais résultats à cause de leur état de santé. En outre, on se posait des questions sur son état. Il était certes maigre et pâle mais on lui faisait faire peu d'examen. Sa médication était stable. Il ne semblait jamais aller plus mal. D'où cela venait-il ? Les enfants n'obtenaient aucune réponse des adultes quand ils osaient poser des questions. Décidément, ce Lucas était à part. Si on l'avait mis là, c'est qu'il était inguérissable. Mais de quoi était-il malade ? A priori , si on s'appuyait sur les rumeurs qui couraient, de rien...

Tout cela venait de Ha Thor, il le savait.

L'été de ses quatre ans, il avait fait très chaud. Les journées torrides étaient suivies de nuits où la température restait élevée. On ne fermait pas les volets la nuit et la chambre de Lucas n'échappait pas à cette règle. Vivant dans un hameau, près de la Ferté Bernard, l'enfant aimait voir de son lit le ciel étoilé qui surplombait la campagne environnante. Il s'endormait paisiblement.

Une nuit, un bruit le réveilla. On aurait qu'une chaise tomber alors qu'il n'y avait aucun souffle de vent dans la chambre. Lucas se redressa dans son lit et il lui sembla que l'espace de la fenêtre était entièrement occupée par une forme noire, pattue et griffue. Paralysé par la peur, il vit s'avancer vers lui une ombre menaçante. Elle avait des bras et des jambes et un visage informe dans lequel brillaient deux yeux jaunes semblables à ceux des chats. Quand elle fut prêt de son lit, l'ombre se pencha et ouvrit une bouche immense et dépourvue de dents. Il en sortit un souffle dense, semblable à un brouillard. Celui-ci devint aussi fin qu'une cordelette et comme l'enfant ouvrait malgré lui la bouche, elle s'y introduit et se glissa dans le tube digestif. Lucas eut le sentiment que cette « chose » n'en finirait jamais de s'installer en lui et quand enfin, il put fermer la bouche, il constata qu'il avait désormais un ventre très bombé. Il souffrait de la gorge mais ne parvenait pas à parler.

L'ombre parut diminuer de volume. Elle se glissa vers la fenêtre et disparut sans obturer la vue. Le ciel étoilé parut partiellement d'abord puis totalement. Le petit garçon, terrorisé, ne fit aucun mouvement jusqu'à l'aube et quand celle-ci parut, il constata que tout était en désordre dans sa chambre. Il dut non seulement redresser la chaise tombée mais remettre toutes ses affaires sur les étagères et dans les tiroirs. Il plaça ses jouets dans l'ordre où sa mère les avait placés et ses livres d'enfants dans un coffre auprès de son lit. Tout était comme avant mais il craignit des allusions aux bruits qui s'étaient produits dans sa chambre. A l'arrivée de ses parents, qui aimaient venir l'embrasser à son réveil, il comprit qu'aucun des deux n'avait entendu quoi que ce soit. Il fut rassuré.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. S'enfuir en Italie et être quelqu'un d'autre...

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Lucas et Nicolas, deux enfants, suivent le jeune Stefano dans un périple en Italie dont lui-seul connaît les données...

Ensuite, ils poursuivirent leur descente vers Naples par étapes. Grenoble Naples, c'était un peu plus de onze heures de voiture. Un voyage rapide était tout à fait possible mais n'entrait pas dans la logique du chauffeur et de celui qui le commanditait. Il fallait des pauses nombreuses dans d'autres maisons aussi discrètes que les précédentes. Elles donnaient comme la première l'impression d'héberger une famille qui venait de se volatiliser mais reviendrait dans les lieux dès que les fugitifs seraient repartis. L'une d'elle était bohème, rien n'étant vraiment rangé. L'autre illustrait à l'extrême la manie de l'ordre et du rangement. Enfin la troisième ressemblait à ces demeures d'actrices ou de producteur à la mode, tant le luxe et l'ostentation y étaient présents. Dans chaque cas, les volets restaient fermés, les rideaux tirés sauf dans les pièces qui donnaient sur des jardins fermés, à l'arrière. Tôt le matin, s'ils se désiraient, les enfants pouvaient nager dans de belles piscines entretenues. Ils pouvaient aussi jouer au ping-pong sur la terrasse. Le plus souvent, Lucas était partant et Nicolas, plus fragile, reculait. Qu'à cela ne tienne, tandis qu'il s'installait avec Stefano sur une balancelle, il nageait. Il fallait ensuite rejoindre les pièces de la maison qui leur étaient ouvertes . Toutes ne l'étaient pas. Il n'y avait ni radio ni télévision, ni téléphone portable ni ordinateur mais aucun des deux enfants ne s'en plaignaient. Leur nouvelle identité commençait à leur être chevillée au corps. Si on cherchait dans les Alpes un certain Lucas et un certain Nicolas, il n'en allait pas de même de Jérémie et Hugo. Le premier voyageait avec son cousin. Ils allaient rejoindre leur famille franco italienne à Naples. Le second était convoyé par un ami de la famille. Pour la première fois, il allait rencontrer à Sorrente une parente installée depuis longtemps en Italie. Elle l'avait invitée pour lui montrer la beauté de la Campanie et l'exubérance de la côte méditerranéenne. Il était enthousiaste.

Chaque fois qu'on repartait, on changeait de voiture. D'abord bavards, les enfants s'apaisaient vite. Ils dormaient beaucoup. Au fond, l'idée d'aller vers un lieu nouveau et rassurant n'était pas mauvaise. Le frigo était toujours plein et souvent, il suffisait, si on le souhaitait, de réchauffer des plats déjà préparés. Il y avait là quelque chose de magique et de rassurant puisque rien ne filtrait de l'extérieur.

Quant au fait qu'aucune photo des habitants des lieux n'apparaisse jamais, ni dans un livre ou un album, ni dans un pêle-mêle, ils ne s'en offusquaient pas. Il n'aurait pu en être autrement.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lutter contre le mal. (1)

BEL ARBRE

Parce qu'il était toujours malade, Lucas, enfant de huit ans, a été placé dans un hôpital savoyard dont il s'est échappé. Il se cache avec Stefano et un autre enfant dans une riche demeure italienne. Jusqu'ici, il a résisté comme il a pu au Mal mais il lui faut se former davantage...

Pourtant, l'hôpital ayant signalé leur disparition, leurs familles s'étaient adressées à la police. Leurs parents les cherchaient. Les sachant dans la peine et l'angoisse, Lucas et Nicolas se sentaient compatissants vis à vis des siens mais n'allaient pas au-delà. Quant au personnel de l'hôpital, il était clair qu'ils essuyaient les foudres des services de police. Personne n'avait rien vu ! Ça frisait l'inconscience ! Les deux enfants imaginaient sans peine les interrogatoires sévères et les remarques acerbes mais il leur suffisait de fermer les yeux pour revoir les couloirs blancs de l'unité où on les avait cantonnés. Aucun retour n'était possible.

Lucas pensait à Lucky. Comme il l'avait déjà fait, il lui envoyait mentalement des messages d'apaisement, ignorant de quelle façon le fidèle et doux chien les véhiculerait à ses parents mais étant sûr qu'il s'acquitterait de sa tâche. Nicolas, lui, avait plus de mal. Son état de santé vacillant avait accablé ses parents. Sa mère était dépressive. Nul doute que cette escapade allait les atteindre violemment l'un et l'autre...Il fallait tout le talent de Lucas pour le recadrer et mettre le rêve à sa portée. Là où ils allaient était la Vie.

 Il fallut bien une dizaine de jours à Stefano pour montrer toutes les facettes de sa personnalité. Ils découvrirent d'abord le chauffeur audacieux mais sûr, le répétiteur, l'amuseur et le cuisinier. Puis ils frayèrent avec le chanteur de Bel Canto et de chansons napolitaines et ils devinèrent l'as des jeux de cartes. C'était là le côté social et solaire du jeune italien mais ce n'était pas le seul. En la personne de Stefano, les enfants disposaient d'un véritable garde du corps. Un bruit bizarre à l'extérieur de la maison, le soir, lui faisait dresser l'oreille. Arme à la main, il enfermait les enfants dans une pièce et allait voir. Lucas et Nicolas ne mirent pas longtemps à comprendre que la facétieux jeune homme qui leur vantait les mérites d'une vraie sauce tomate maison n'hésiterait pas à tirer si le besoin s'en faisait sentir. Admiratifs, ils étaient aussi effrayés. 

JEANBEON

Un jour, dans la luxueuse villa qui ressemblait à un catalogue de mode, il convia les enfants dans une salle au ré de chaussée. Il avait un revolver à la main et il leur en expliqua minutieusement le fonctionnement. Chacun son tour, les enfants le manipulèrent puis il les entraîna. C'était le début d'une série de séances. Il le leur dit.

Ne pouvant exiger d'eux une forme physique que la maladie leur enlevait, il ne pouvait ni les faire courir ni les faire grimper. Il les entraîna donc à se cacher très vite non pour fuir mais pour se mettre en embuscade et être prêts à riposter.

Il prenait son rôle très au sérieux à tel point que ni Lucas ni Nicolas ne se sentirent en paix. Un danger viendrait et il faudrait le contrer.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lutter contre le mal. Un apprentissage. (2)

TOURNAIRE

Depuis son enfance, Lucas est malade. Si la maladie, c'est le mal, pourquoi toujours le subir? Aidé par son menteur, le jeune Stefano, l'enfant se prépare mentalement et spirituellement à contrer ce qui l'entrave...

Une autre partie de l'apprentissage consistait en une préparation mentale. Si le mal pouvait revêtir la forme de malfrats qui s'en prendraient à eux, il pouvait aussi s'en prendre à ce qu'il y avait de plus faible en eux. Il fallait donc se verrouiller affectivement afin que ne pas être faible de ce côté-là. Quant au corps, même si la maladie l'affaiblissait, il était important de le renforcer. Ce langage là, les deux enfants le comprenait bien. Ils s'étaient senti suffisamment seuls quand la fièvre les brûlait pour savoir ce qu'il en était de la fragilité et de la tristesse. Stefano commença à leur apprendre des mantras dans le but de les rendre moins vulnérables. Il s'agissait de phrases courtes en français, en italien ou dans une langue incompréhensible. Chaque phrase contenait peu de mots. Certains devaient être isolés ou accentuaient à la diction. Il fallait bien sûr répéter indéfiniment ces paroles magiques pour qu'elles se diffusent en vous.

 Paix. Paix. Force du guide intérieur.

Joie. Absence de crainte. Force.

Force orgueilleuse. Puissance. Souffle.

Vent. Force. Lumière de la vie. Force de vie.

Si ton corps était un château que tu protégeais mal, pour orgueilleuses que soient ces constructions, rien ne résisterait. Les remparts seraient pris d'assaut. Les douves seraient comblées, le pont levis et la herse détruits. Archers et cavaliers mourraient.

Alors, il fallait faire s'ériger la Parole forte, celle-là même qui serait une nouvelle citadelle, imprenable celle-là.

Et les enfants de se mettre à répéter encore et encore ces suites de mots qui allaient les protéger.

Pour ce qui est du corps, il fallait le renforcer. Stefano dévoila donc une nouvelle facette de son être en lui administrant potions et onguents. Au fil du temps, Lucas et Nicolas devaient en ressentir les effets bénéfiques. Ils évacuaient le plus lourd de leur épuisement, renforçait leurs muscles, leur donnait une bonne assise et signait leurs organes. Leur cœur s'en trouvait renforcé. Ils respiraient mieux. Ils étaient plus vifs et en meilleure santé. 

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Lucas, pourtant, se méfiait un peu. Ayant été atteint par Ha Thor à l'âge de quatre ans, il ne le voyait pas sorti de lui.

-Je n'ai pas dit qu'il te quitterait.

-Mais tes pommades, tes comprimés...

-Oh, c'est un moyen de lutte.

-Alors, il est toujours en moi.

-Oui mais c'est plus difficile pour lui car tu te transformes. C'est plus difficile pour lui car tu n'as plus le même nom, la même apparence. Ton corps devient plus fort et ton psychisme aussi...Tu n'en es qu'au début de ton parcours, c'est pourquoi tu es hésitant.

-Il fallait lutter si fort et il revenait...

-Paix. Paix. Force du guide intérieur. Paix. Paix. Aller à la source du conflit.

Lucas souriait, prenait une grande inspiration et répétait les mots qui rendent forts.

Les jours passaient, chacun d'entre eux contenant une surprise. Ni le temps ni l'espace n'avaient plus les mêmes valeurs.

Il fallut encore bouger pourtant. De nouveau en mouvement, les trois fugitifs se dirigèrent vers une nouvelle villa isolée mais au ton que prit Stefano, les enfants comprirent qu'après ce nouveau séjour, leur mode de vie serait différents.

 

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29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLl. Une villa des Mystères ?

VILLA FANTASTIQUE

4. Miroirs et fantômes. Lucas, Nicholas et leur guide italien Stefano arrivent en Italie du nord, dans une villa mystérieuse où des épreuves attendent les deux enfants...

Tout était mystérieux dans cette grande maison à la façade dépouillée. Ils le découvrirent dès qu'ils en poussèrent la porte. Alors que le parc regorgeait de statues de satyres et des naïades, de bancs et de chaises de jardins, de fontaines et de gloriettes, l'entrée de la villa était surprenante. Une fois poussée la lourde double porte de chêne foncé, on pénétrait dans un hall aux murs brun et orange et orné de motifs floraux art nouveau. De hauts candélabres ainsi que des crédences chargées de compositions florales aux dominantes blanc et jaune conféraient à ce vaste couloir une dignité imposante. On débouchait ensuite dans un vaste salon plein de canapés profonds, de tables basses, et de rayonnages de bibliothèque. C'était un bel espace, assurément et on retrouvait les couleurs du hall, le vieil or, l'orange et les dégradés de brun conférant à l’atmosphère du lieu une certaine dose de mystère. Des statues de griffons ou de longs visages peints ou sculptés ornaient la salle et les murs. La particularité des visages étaient d'être sans regard. Seuls de minces traits indiquaient les paupières closes. Il y avait des fleurs aussi mais c'était des orchidées, absentes dans le hall d'entrée.

Aucun des enfants ne pouvaient se sentir à l'aise dans un lieu pareil tant il était grandiloquent. Ils se rapprochèrent bien d'une des bibliothèques mais l'alignement d'éditions anciennes aux riches couvertures les déconcerta. Ils n'osèrent pas s'installer dans un des canapés et consulter les revues d'art qui étaient posées ça et là sur des tables basses. S'asseoir par terre pour jouer était inconcevable. Observer de près les œuvres d'art qui peuplaient la pièce ne leur plaisait pas car elles les inquiétaient. Ils ne les comprenaient pas mais Stefano leur avait bien recommandé et de les regarder avec attention et d'en choisir une dont ils garderaient l'image en tête. Ils s'appliquèrent donc à le faire.

Lucas, à force de déambuler, finit par élire une sculpture de femme longiligne à long visage triste. Elle avait les yeux clos. Nicolas, quant à lui, préféra un animal hybride mi dragon mi chat qui semblait poser sur lui un regard interrogateur et féroce. Une fois leur choix fait, ils s'assirent en tailleur et s'entraînèrent à garder en eux l'image précise de ces deux œuvres. Il n'y avait rien d'intellectuel là-dedans car aucune analyse de leur choix ne s'imposait. C'était un exercice de mémoire, à la fois strict et douloureux car, ils en avaient bien eu conscience, tant l'étrange femme émaciée que l'animal mythologique au regard inquiétant les déstabilisaient. Bientôt, cependant, tout fut clair. Ils avaient en eux, bien installées dans leur mémoire, ces deux œuvres et leurs aventures pouvaient se poursuivre. Le vaste salon ouvrait sur de nombreuses pièces mais Stefano avait bien indiqué que deux d'entre elles seraient accessibles. Les autres, ne présentant pas d'intérêt pour les enfants, ne seraient pas visibles. Il était déconseillé d'en forcer les portes mais ni Lucas ni Nicolas ne songèrent à le faire, la tâche qui leur incombait leur paraissant déjà déjà très lourde.

 

29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Cérémonies secrètes dans la villa Ada. (1)

chiens KITSCH

Lucas et Nicholas, deux enfants malades, se sont enfuis de l'hôpital où ils risquaient de finir leurs jours pour suivre un jeune italien, Stefano. Celui-ci les conduit en Italie du nord, à la villa Ada. Dans le dédale de la grande maison, Lucas a des visions; ces fantasmagories ont valeur d'initiation...

Il revenait à Lucas d'entrer le premier dans un des salons. Il eut bien un pincement au cœur quand s'ouvrirent les lourdes portes mais il n'hésita pas. Il s'avança à pas menus dans une grande salle qui était aussi dépouillée que la précédente était chargée. Ici, nul rayonnage de livres, d’œuvres d'art et de fleurs. Une table basse de forme rectangulaire avec un dessus de marbre blanc et des pieds de bois doré en forme de têtes de griffon constituait l'unique mobilier. L'éclairage, provenant du plafond, était diffus. La pièce était flanquée de fenêtres circulaires closes et leur présence intrigua d'abord le jeune garçon, sans qu'il comprît pourquoi. C'était leur disposition qui était étrange. En effet, s'il était logique que cette pièce ait des ouvertures donnant sur le parc, il l'était moins qu'elle en eût qui s'ouvrait sur une autre pièce. Il était également bizarre que ces fenêtres soient bombées et évoquent des hublots...

Il faisait frais dans cette pièce à l’atmosphère étrange et il régnait un silence plus pesant encore plus intrigant que dans l'immense salon. Se souvenant des recommandations de Stefano, l'enfant s'appliqua à se concentrer. Il récita les mantras connus et désormais aimés encore et encore.

 Paix. Paix. Force du guide intérieur.

Joie. Absence de crainte. Force.

Force orgueilleuse. Puissance. Souffle.

Vent. Force. Lumière de la vie. Force de vie.

Au fur et à mesure qu'il parlait, il lui semblait que son maintien était plus solide et que ses vêtements (blancs pour l'occasion) devenaient lumineux. C'était là une impression étrange qui n'était pas forcément rassurante. Il ne comprenait rien à ce qui se passait.

Mentalement, il visualisa la statuette de femme qu'il avait élue et fit le geste de la déposer sur la table. Elle se matérialisa alors et il la retrouva telle qu'elle était. Sa silhouette demeurée élancée et très fine et son visage effilé hiératique et dévastée. Il sembla cependant que sa matérialisation entraînait un changement dans la pièce car une des fenêtres-hublots s'ouvrit lentement. Le volet qui l'obstruait se releva silencieusement et peu à peu, Lucas découvrit qu'il s'agissait là non d'une ouverture sur l'extérieur mais d'une sorte de niche, de cavité dans laquelle était susceptible d'apparaître des formes qui, peu à peu, prenaient vie. Il vit d'abord une sorte de boule brune très brillante qui paraissait flotter dans la cavité sans qu'il pût discerner si elle le faisait dans l'eau ou dans l'air. Il s'agissait d'une sorte de magma qui peu à peu prit forme animale. Lucas vit se former des pattes avant, des pattes arrière, apparaître une queue à une extrémité et une tête canine de l'autre. Des oreilles y apparurent puis des yeux et une truffe. C'était un chiot que le jeune garçon identifia immédiatement comme étant Lucky à un âge si jeune qu'il n'avait pu le voir ainsi. Il devait encore téter sa mère. Stupéfait par cette heureuse surprise, Lucas montra sa joie :

-Tu es là, mon beau chien !

A grande vitesse maintenant, l'animal se transformait. Il devint tel que l'enfant l'avait vu quand il avait quitté la maison familiale. Toujours très heureux, Lucas attendit que se remette en place cette communication silencieuse qu'il avait avec son animal de compagnie et voyant son bon regard confiant, il fut sûr que ce serait le cas. Pourtant, ce que fit le golden à la bonne tête aimable et au beau pelage brun clair fut différent. S'immobilisant dans une pause rigide qu'il n'adoptait jamais dans la vie, étant trop débonnaire, il parla avec une voix humaine. Eut-elle été faible ou aiguë, Lucas en aurait ri mais elle était grave et docte. Il ne put que se raidir.

-Bonjour Lucas. As-tu des questions à me poser ?

-Oui, Lucky.

-Je t' écoute.

-Tu es vraiment Lucky ? Mon chien à moi ne parle pas comme un homme d'habitude.

-Je le sais mais c'est bien moi ! Attention : tu ne disposes que de peu de temps pour me parler. Je vais bientôt disparaître comme je suis apparu. Fais vite.

-Ils vont comment ? Mes parents, je veux dire.

-Ils ne comprennent pas et ils sont tristes mais tu sais comment ils sont ! Incapables de se résigner, ils pensent que tu t'en es sorti. Ils ne savent pas ce qui t'es arrivé mais ils ont confiance. On te retrouvera. Attention, hein, il leur arrive d'être accablés. Mais l'espoir est le plus fort !

-Et les recherches ?

-La police a une piste en France, dans la région de Bordeaux. Un type louche qui a déjà enlevé des enfants. Ils vont mettre la main dessus et il leur faudra du temps pour se rendre compte qu'ils ont fait fausse route. C'est bon pour toi, ça, ça te donne du temps pour remplir ta mission.

-Ma mission, je n'en sais pas grand chose.

-Oui mais ça, ça fait partie de ton devenir. Tout t'apparaîtra au fur et à mesure.

-Je n'ai plus le même nom, plus la même apparence. Est-ce qu'un jour je serais redevenu Lucas et vivrais de nouveau avec eux ?

-Tout dépend de la façon dont tu contourneras les obstacles. Et puis, il faudra aussi que tu restes constant. Si tu perds cette envie de les revoir, ils s'écarteront de toi et toi d'eux.

-Je pourrais donc choisir de ne plus les revoir pour rester comme ça ! C'est tentant, c'est vrai. Je vais mieux. Je ne suis pas malade comme avant ! Mais me séparer d'eux pour toujours...

-Qui dit ça ? Il faut que tu sois en meilleure santé pour aller vers Signorella et Honey. C'est ce qui est important pour le moment.

-Je ne sais toujours pas qui est Honey. On m'a dit ce nom, voilà tout. Et l'autre, personne ne m'en a jamais parlé.  

CHIEN TROIS TETES

-Je viens de le faire !

-Mais qu'est-ce qu'il y aura ?

-Tu changeras encore et là, tu verras s'ouvrir de nouveaux chemins. Il te faudra faire les bons choix.

-Combien de temps ça va durer ?

-Tu n'aimes pas cette période de ta vie ?

-Si, elle est bizarre et magique. Mais je ne voudrais pas qu'elle soit trop longue !

-Ce n'est pas à toi de décider de cela. Souviens-toi : fais les bons choix.

-Tu reviendras encore ?

-Lucas, je suis ton chien !

Cependant, les contours de l'animal devenaient moins fermes et sa voix humaine, jusque là très claire, se modifiait. C'était désormais un mélange de gémissements marquant le contentement et e jappements courts et joyeux. Pour finir, l'enfant se retrouva face à une boule informe qui décrut en taille jusqu'à devenir un minuscule point. Le liquide qui emplissait la cavité se mit à ressembler à une eau de mer limpide, telle qu'on la trouve sous les tropiques, mais il n'y vit aucune forme de vie. Lentement, un volet descendit et obtura le hublot laissant le jeune garçon dans cette même ambiance froide et bleutée qu'il avait rencontrée en entrant dans la pièce.

Revenant au centre de la pièce, il y retrouva la statue de femme. La silhouette restait longiligne, presque émaciée mais les paupières qui jusque là étaient restées closes, commençaient à se soulever, donnant au regard impersonnel de la femme cette expression d'intériorité un peu mystérieuse qu'on voit aux bouddhas fabriqués en série vendus dans les bazars. Mal à l'aise, l'enfant craignait que cette créature de bronze ne devînt vivante. Déjà, elle changeait, la tonalité du bronze devenant plus rose... Il pensa alors à une des longues phrases qu'avait déroulé pour lui Stefano et il la répéta.

-Lumière de la nuit, lumière du jour. Souffle léger. Cœur ardent. Vraie force. Pivot de la vie. Racine de mes jours. Origine de ton désir.

Les mots défilaient et il en inversait l'ordre, se laissant bercer tout en restant conscient de leur pouvoir défensif.

-Cœur ardent, Lumière du jour. Origine de ton désir. Racine de mes jours...

Il tenait en respect cette statue qui demandait à vivre et il sentait qu'il le fallait.

-Faiblesse des regards. Force de tes mots. Lumière de la nuit. Lumière du jour. Origine de ton désir. Bleu du ciel. Fontaine de vie. Racines de ta vitalité. Ouverture de tes mains...

 

29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Cérémonies secrètes dans la villa Ada. (2)

FEMMZ FANTASTIQUE

Lucas et Nicolas ont fui un hôpital pour enfants malades avec Stefano, leur jeune guide italien. Les voilà dans une mystérieuse villa du nord de l'Italie. Passant de salle en salle chacun à leur tour, ils reçoivent une sybilline initiation...

De nouveau, il se sentait fort et pur. La force était en lui. Il avait besoin d'elle car déjà s'ouvrait une seconde fenêtre, tout aussi étrange que la première. Celle-ci lui parut d'abord pleine d'eau de mer. Elle était claire et très mouvante. Le soleil la traversait et lui donnait une nuance émeraude. Il l'entendait bruisser cette mer qui lui apparaissait et en était heureux mais il n'y vit paraître aucune forme de vie animale ou végétale. Au bout d'un moment,les eaux semblèrent se figer et se transformèrent lentement en mur lisse, de couleur bleu tendre. D'autres murs apparurent puis une fenêtre et une porte. Lucas comprit qu'il était dans une pièce mais ne parvint à la rattacher à aucune maison. Nulle part il n'avait vu de bureau de bois clair, d'étagères couvertes de livres de jeunesse, de lit simple à montants de cuivre et de lampe de chevets dont le pied de bois était orné d'une sculpture de fée ailée. Entra dans la pièce une fillette d'une dizaine d'années aux longs cheveux bruns ramassés en queue de cheval. Elle portait un pull-over bleu marine, une jupe plissée de la même teinte, des collants d'hiver en laine et des bottines. Elle s'assit à son bureau, se tenant bien droite sur sa chaise et veilla bien à ce que son dos ne touche pas le dossier. Puis, elle ouvrit un cahier et attrapa un dictionnaire français-latin posé près d'elle. De toute évidence, elle travaillait. Cette enfant qui se concentrait ainsi, bougeant parfois les lèvres pour prononcer des mots incompréhensibles, il ne la reconnaissait pas encore mais il savait qu'elle lui était familière. A cette image de collégienne au travail s'en substituèrent d'autres. Il la vit assise dans une salle de cours, studieuse et posée, prenant souvent la parole après avoir levé le doigt. Elle n'était pas la plus jolie de la classe, loin de là , ses vêtements étaient sévères et son appareil dentaire enlaidissait son sourire. Rien de tout ceci ne semblait l'affecter. Elle jouait un rôle qu'elle aimait : celui de la bonne élève.

Un peu plus âgée, elle jouait au basket dans la cour de son collège, lors d'un cours. Elle passait un premier examen. Il la retrouvait au lycée où elle était devenue élégante. Elle avait désormais les cheveux mi-longs et un joli sourire. Il la voyait s’asseoir auprès d'un grand garçon à l'allure timide qui paraissait beaucoup l'apprécier. Ils étaient ensemble à l'université puis en centre de formation des professeurs où leur couple était solide.

Cette fois, il l'identifiait, cette fille brune si sûre d'elle. C'était sa mère. On vantait en cours sa vivacité d'esprit et son esprit cartésien. Voilà quelqu'un qui ne s'encombrait pas de doutes existentiels mais s'estimait chargée d'une mission claire : enseigner avec efficacité en école primaire, encourager le dépassement de soi et la réussite dans un système accessible à tous. Dans sa classe, il la découvrait à l'écoute, certes, mais autoritaire et exigeante. Il était mal venu avec elle d'être lent ou hermétique à une matière. Les enfants l'aimaient dans l'ensemble mais la craignaient aussi car elle avait le jugement hâtif...

 

BARTABAS

Au fond, elle lui apparaissait sous un jour très nouveau. Il la connaissait comme mère, cette jeune femme, mais ignorait ses comportements professionnels. La découvrir ainsi était intimidant et gênant aussi. Elle avait dû en prendre pour son grade la jeune institutrice quand son fils unique était tombé malade...C'était là un effondrement de ses théories personnelles sur la santé et l'éducation. Elle n'aimait pas du tout qu'il en fût ainsi.

Lucas, qui avait observé son évolution, ne comprit pas son entêtement. Il se sentit tiraillé entre la compréhension et l'agacement. Ce fut ce dernier qui l'emporta...

Les minutes se succédèrent puis, comme elle était apparue, la jeune femme disparut sans que jamais il ne la vit dans son rôle de mère, ce qui le glaça.

16 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Cérémonies secrètes dans la villa Ada. (3)

FANTASTIQUE

Lucas et Nicholas, enfants malades, ont suivi l'italien Stefano pour échapper à la mort. Les voici dans une étrange villa, dans le nord de l'Italie, où ils subissent une étrange initiation...

L'eau emplit de nouveau le hublot et cette fois, elle prit des couleurs abyssales. Il y vit passer avec étonnement des poissons très anciens aux formes inconnues et s'étonna du bleu sombre qui s'écartait parfois du noir d'encre pour qu'il puisse les apercevoir. Comme pour sa première vision, tout était très silencieux mais cette fois le mystère et l'oppression étaient plus fortes. Il lui sembla que les eaux mettaient beaucoup de temps à disparaître de son champ de vision pour céder la place à une estrade grise. A y bien regarder, il s'agissait plutôt d'un podium sur lequel on se donnait à voir... Cette fois, il n'y avait pas d’ambiguïté. Le jeune homme qui apparaissait était son père. Il avait une vingtaine d'années, des traits doux et agréables sans être beaux et un regard plein de rêves. Ce qu'il était vraiment, il le cachait. Le lycée puis la faculté de lettres lui avaient appris à ne pas paraître trop sensible. Lucas le découvrait rieur mais timide au fond. Il le regardait étudier, courir le dimanche matin, sourire à son amoureuse lors d'une belle excursion dans un château de Touraine. Il avait l'air fort alors mais il cachait ses doutes et l'incurable romantisme de son regard sur la vie. On voulait que tout soit parfait mais rien ne le serait...

Ému, Lucas se rendait compte que l'envie d'avoir un fils était apparu très tôt chez ce jeune homme qu'il n'avait jamais vu ainsi. Le podium écarté, les eaux revenaient. Elles étaient clémentes cette fois et le nageur qui s'y ébattait rêvait d'un enfant de la mer. Il le trouverait en nageant ce petit être aussi adroit dans la mer qu'un dauphin et il l'adopterait. Du reste, Lucas constatait que Vincent ne rêvait pas en vain. Bientôt, il ne nageait pas seul, un enfant-poisson l'accompagnaient. Sous l'eau, ils respiraient sans difficulté et faisaient preuve d'une adresse incompréhensible. Les traits de son père, bien reconnaissables, étaient épurés et embellis par l'effort et la joie. Quant aux siens, Lucas, qui se voyait non tel qu'il était à cet instant mais tel qu'il aurait dû être si la maladie ne l'avait pas rongé, les trouvait pleins et beaux. Père et fils comme des créatures de la mer, bravant les vagues, parcourant les eaux peu profondes comme les hauts fonds ! Que c'était étonnant !

Lucas eut de la peine quand les images de cette belle entente père-fils s'estompèrent. Il ne resta bientôt plus que les eaux sombres de départ dans le hublot puis une substance crémeuse et glacée, lors que le volet d'obturation descendit.

Abasourdi, le jeune garçon resta un moment en silence et dut prendre sur lui pour retourner vers la table. Il n'eut pas besoin de visualiser la statue de femme car elle était déjà là. Elle était en colère, son visage crispé dévoilant des joues rougies et un regard très noir. Elle fermait les points. Son corps, jadis de bronze, s'humanisait de plus en plus, rejoignant sa tête qui était désormais totalement humaine. Lucas, cependant, gagnait en force car il ne ressentait pas de peur.

 

tableau FANTASTIQUE 1

-Tu es une déesse primitive. Tu apportes la méchanceté et la souffrance, je le sais. Ne crois pas que tu vas gagner ! Ni sur elle, ni sur lui ni sur moi tu n'as de pouvoir !

Le regard de la femme sauvage ne perdait en rien en agressivité mais le jeune garçon, mu par une force qui le traversait, poursuivait.

 

Fleuve de lumière, belle éternité, force vive,paix. Paix.

Force du guide intérieur.Joie. Absence de crainte. Force.

Force orgueilleuse. Puissance. Souffle.

Vent. Force. Lumière de la vie. Force de vie.

 

Et la femme-statue semblait se résigner. Comment atteindre un tel messager ?

Il fallut bien sûr se placer devant le troisième hublot qui s'ouvrait. Il y vit une forêt dense comme on en trouve en Europe et au cœur de celle-ci, il découvrit un de ces temps que construisaient les celtes en déplaçant et entassant d'énormes blocs de pierre.

29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Monstres et épreuves dans la villa Ada.

MMMMMMMMMMONSTRE

Lucas et Nicolas se sont enfuis d'un hôpital pour enfants malades avec l'aide d'un jeune italien, Stefano. Celui-ci les conduit à la villa Ada, dans le nord de l'Italie. Là, chacun des enfants dooit parcourir plusieurs salles où il a des visions. Celles que parcourt Lucas le mette face à Ah Thor, l'image de la mort...

Aux quatre directions cardinales, il vit une image de lui-même. Il se découvrit d'abord possédé par Ah Thor à l'âge de quatre ans, quand il était tombé si malade et sentit triste. Il se vit combatif à l'école primaire quand il était dans une phase ascendante où il reprenait des forces. C'étaient là des images connues qui le rassurèrent. Les deux autres, par contre, le surprirent. Il avait une trentaine d'années, il était fort et semblait ne plus avoir aucun souvenir de son enfance marquée par la maladie. Son allure décontractée était sportive et séduisante. Il faisait signe à une jeune femme qui avançait vers lui. Tous deux étaient bien appariés. Des fiancés peut-être. Plus déconcertante encore était la dernière image de lui qui apparaissait. Il avait plus de quarante ans et parlait des déserts lointains, des savanes et des océans où étaient en péril des animaux fragilisés, des mammifères, des poissons et des crustacés. Il parlait simplement, non comme l'administrateur d'une grande société mais comme un explorateur qui veut alerter les foules. Portant une chemise beige et un pantalon kaki, il avait au pied des chaussures de sport et au poignet un de ses grosses montres qu'on imagine à ces vainqueurs de la brousse ou à ses habitués des océans. Il parlait, il parlait et sa voix était d'or. Il savait galvaniser.

Lucas comprenait mal. Devait-il rejeter l'enfant malade pour adopter l'enfant en bonne santé alors que rien ne l'assurait qu'il était guéri ?

Devait-il choisir un chemin de vie : la vie tranquille ou la vie trépidante ? Lui demandait-on de ne défendre aucune autre cause que le bonheur personnel ou au contraire de partir en croisade pour la cause animale en parcourant les terres et les mers ?

Le temps lui étant compté, il porta un regard admiratif sur le quadragénaire charismatique sans avoir le temps de se demander si un jour il serait vraiment lui.

Des images multiples de catastrophes naturelles, de pollution, de destructions dues à la cupidité humaine l'assaillirent. Dauphins agonisants, gorilles maltraités, lions tués, animaux domestiques abandonnées défilaient. A peine en prenait-il connaissance que d'autres lui succédaient : volcans en éruption, centrales nucléaires défaillantes, sols toxiques, produits agricoles dénaturés et dangereux, montagnes de nourriture, montagnes de plastiques, paysages brûlés, désertifiés...

 

monstre

Ce fut lui qui recula, avant même que le flot d'images ne se tarissent. Il cria qu'il préférait l'explorateur et comme, à ces mots, le hublot s'obturait, il pensa avoir fait un choix judicieux.

Restait l'épreuve de la statue. Elle lui semblait moins inquiétante mais il restait méfiant. C'était à tort car elle s'était dématérialisée. Elle n'existait plus que dans son esprit où elle demeurait, telle une belle œuvre d'art qui tirait l'admiration. Il ne lui restait plus qu'un pouvoir esthétique.

-Il y aura encore des visions et des épreuves !

Lucas s'armait, chaque hublot dans la salle devant s'ouvrir. Il ne savait pas encore qu'il se trompait.

Une nouvelle fois, il se trouva face à une ouverture dans le mur. Celle-ci, protégée par un verre épais, s'emplit à sa grande surprise d'un liquide rougeoyant qui, par sa densité et son intensité, évoquait de la lave. Au sein de cette masse en fusion, se formeraient, il l'attendait, de nouvelles visions qui l'éclaireraient plus encore sur les choix qu'il devait faire. Lucas attendit longuement, fasciné par ce grand embrasement, ces coulées et ces vapeurs mais rien d'autre n'eut lieu que ce fabuleux spectacle de la lave aux couleurs changeantes. Il resta là, ne voulant se détourner ni montrer une quelconque déception jusqu'à ce que le volet se fut refermé. La pièce redevint toute claire et il comprit non seulement que le spectacle auquel il venait d'assister ne recevrait aucune explication mais aussi qu'il n'y en aurait plus d'autre. Il resta encore longuement immobile au milieu de la salle, près de la table laissée vide puis il sortit et retrouva le salon. Comme il n'y retrouvait pas Nicolas et ignorait quel avait été le parcours de ce dernier, il préféra ne pas s'éterniser dans un décor qui l'intimidait et, rejoignant résolument le hall d'entrée, il gagna le jardin.

  

29 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Réconfort et promesses de départ.

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Dans la villa Ada, Lucas, enfant malade, a eu d'étranges visions. Son guide, Stefano, un italien rieur, le réconforte...

Assis sur un banc près d'une fontaine ombragée, Stefano l'y attendait. Il chantonnait quand Lucas s'assit à côté de lui.

-C'est une chanson à la mode, comme tu les aimes ?

-Non. C'est une mélodie que j'ai inventée.

Il s'agissait d'une litanie aux rythmes entêtants qu'aucune parole n'accompagnait. Elle était mélancolique mais l'enfant l'aima car elle était pleine de douceur.

-Tu as trouvé ça difficile , Lucas?

L'Italien venait de reprendre la parole.

-Oui.Dur à comprendre.

-Tu es fatigué ?

-Non.

-Alors, c'est bien.

Dans l'été bruissant, ils demeurèrent longtemps en silence l'un à côté de l'autre puisque l'autre garçon ne venait pas. Il finit tout de même par sortir de la villa. Il était très pâle, marchait comme un automate et avait des égratignures aux bras. Comme il arrivait près d'eux, Stefano dut se lever précipitamment pour l'empêcher de tomber. Il dut le porter jusqu'à la maison de gardien où il le mit au lit. Nicolas n'avait pas prononcé un mot depuis qu 'il les avait retrouvés. Il s'endormit tout de suite laissant Lucas inquiet. Aux demandes qu'il fit à Stefano sur le pourquoi d'une telle réaction, l'Italien opposa un mutisme irritant. Ils ne quittèrent pas la maisonnette le jour suivant et celui d'après, Lucas erra seul dans le parc de la villa Ada. Il y entendit avec bonheur le chant des oiseaux et le bruit des cigales, caressa de la main les courbes des statues et but l'eau des fontaines en en retenant dans ses mains jointes. C'était un parc enchanteur. Il s'allongea dans l'herbe, à l'ombre et passa beaucoup de temps à observer le ciel à travers les branches des arbres. L'air sentait l'herbe tiède, le pin maritime et le miel. On ne devait pas être très loin de la mer, il le devina et il se mit à rêver d'elle, cette Méditerranée bouillonnante qui se dérobait à sa vue. En rentrant dans la maison de gardien, il interpella Stefano :

-On va encore rester ici ?

-Non. Nicolas est en meilleure forme et peut voyager.

-Tu ne veux pas nous dire où on va ?

-Si. D'abord à Naples puis à Pouzzoles.

-Pourquoi on va là ?

-Parce que.

La conversation était gaie. Lucas aimait taquiner l'Italien. Le dernier soir, tous trois cuisinèrent des spaghettis et de la sauce tomate. Ils rirent beaucoup.

Le lendemain, ils partaient.

 

16 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. A Naples. Attaque sournoise et départ de Stefano.

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A Naples avec Stefano et Caterina, Lucas va de bonheur en péril. Le mal le traque...

Comme l'homme fouillait dans la poche intérieure de son veston, un Italien sortit pour lever la grille d'une trattoria dans laquelle Lucas s'engagea sans réfléchir. Au même moment, l'homme poussa un cri indigné suivis de nombreux autres. Une meute de chiens s'en était pris à lui. L'un des canins lui mordait les chevilles, l'autre lui attrapait le bras et les autres hurlaient, menaçants. Sous le regard intrigué de l'employé qui préparait sans l'inquiéter la salle du restaurant, Lucas très effrayé se rapprocha de la devanture. Celui qui s'était adressé à lui était en mauvaise posture. Il était au sol désormais et livré aux chiens. Nul n'intervenait car plus personne n'arpentait la rue, fait insolite dans un quartier central de Naples où sans cesse on allait et venait. Se sentant observés, plusieurs des chiens tournèrent la tête vers Lucas. C'était de ces chiens des rues maigres et pelés que certains nourrissent. L'un d'eux cependant était différent. L'enfant le reconnut immédiatement. Cette belle fourrure, ce dynamisme, ces yeux marron doré, c'était Lucky ! Jamais il ne lui avait vu cette hargne. Son cœur se remplit de joie et il fut près à s'approcher de son chien. Il n'en eut pas le temps car la meute se détacha de l'homme martyrisé aussi vite qu'elle s'en était pris à lui. Les chiens disparurent, suivant des chemins différents et, comme par enchantement, la rue se repeupla. De nouveau, il faisait très beau. Stupéfaits par les blessures de cet homme à terre, les passants téléphonaient tout en s’interpellant. Nul ne se soucia de Lucas qui, quittant sa cachette, courut aussi vite que possible chez Signorella. Quand celle-ci le vit, échevelé et presque hagard, elle s'employa à la calmer sans céder elle-même à la panique.

-Il connaissait mon pseudonyme !

-Oui, c'est évident  mais il a été mis hors de nuire.

-Alors, tu vois !

-Mon chien Lucky, celui que j'avais avant, et d'autres bien sûr !

-Tu n'as donc rien à craindre.

-Tu dirais que c'était « Le Plan » ?

-Oui.

-Mais pour Nicholas, ça n'a pas marché. Un autre homme viendra bientôt!

-Pour ce qui est de ton ami, Stefano t'a répondu, je crois. Toi, tu vois juste. Un autre homme viendra certainement mais toi, tu ne seras plus là. Et moi non plus, pour quelques temps...

-Stefano va m'emmener ailleurs ?

-Stefano ne s'occupera plus de toi. Il est en route pour la France. Officiellement, il est garçon de café dans un village savoyard, tu t'en souviens, tout de même !

-Il est parti ? Et son au revoir ?

-Il t'a laissé une lettre.

-Et nous ?

A ce « nous », Caterina sourit avec bienveillance.

-Je t'emmène à Pouzzoles. Tu as une belle visite à faire. Tes aventures continuent.

-Avec toi ?

-Pour le moment.

Elle était si souriante qu'il se laissa pacifier par elle. De plus, le message laissé par le jeune Italien le ravit.

La Bella storia m'attend ! Celle-là ou une autre...Vedi ? J'étais officiellement en vacances en Italie. Ne crois pas qu'on ne se revoie jamais. Il y a peu de chances que tu reviennes en Savoie mais beaucoup pour que nos routes se croisent de nouveau. Souviens-toi des anges sur les tableaux qui ornent la maison de Signorella. Imagine que l'un d'eux ait grandi et qu'il se dévoue sur cette terre aux enfants qui veulent survivre et tu comprendras et partout où il y en a, je suis là. Moi ou mes frères. Alors, arrivederci mon ami !

 

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Départ pour Pouzzoles...

champs phlégréens

 

A Naples, Lucas est toujours protégé par Stefano et Caterina, deux italiens. Stefano se retire du jeu. Pour le consoler, Caterina l'emmène sur les pentes du Vésuve...

Le lendemain, ils partaient pour Pouzzoles où Lucas s'était déjà rendu car c'est de là qu'il avait pris le bateau pour Ischia et Procida. Il n'en avait cependant vu que les installations portuaires. Cette ville, située en bord de mer, immédiatement à l'ouest de Naples, était déjà connue dans l'Antiquité. En elle-même, elle ne présentait pas un grand intérêt mais ses environs, eux, étaient passionnants car caractérisés par une grande activité volcanique.

Cratère volcanique situé à proximité de la ville , la solfatare était une terre de souffre. On y voyait et y voit toujours un type de fumerolles caractérisées par leurs importants dépôts de soufre. Les Champs Phlégréens comptait une quarantaine de volcans dont la solfatare et chacun offrait des paysages aussi impressionnants que désolés.

Lucas et Caterina déambulèrent dans des zones fantomatiques pleines de fumerolles où la vie humaine se teintait de précarité. Scientifique dans ses vues, l'Italienne était à même de présenter ces lieues pour ce qu'ils étaient à savoir des terres volcaniques sur lesquelles l'Homme exerçait une grande surveillance mais elle choisit un autre biais, celui de la mythologie.

-Ce sont les Grecs qui ont donné un nom à ce lieu. Champs Phlégréens signifie champs ardents.

-Est-ce qu'ils en avaient peur ?

-Bien sûr ! Le contraire eut été étonnant. Imagine-les face à ses fumerolles ...Quant à la Solfatare, Strabon, Virgile et Pline l'ancien l'identifient comme la demeure du dieu Vulcain et la porte des enfers. Il y a Cumes aussi où je pourrais t'emmener. Enée, le héros du poète Virgile, y est descendu aux enfers et a atteint les Champs-Élysées qui en étaient la partie la plus difficile à atteindre.

-Mais ça c'est la mythologie !

-Bien sûr. On a rentabilisé cet endroit autrement que par la littérature, tu as raison. Le souffre et l'alun sont utilisés pour la pharmacopée. On a crée des établissements de soins ici, pas seulement dans l'Antiquité mais au Moyen-âge où les thermes étaient encore en vogue. Et puis encore maintenant, la région est attractive. Les touristes adorent la Bocca grande, la plus grande fumerolles et il y en a que les effluves de souffre intrigue. Les Napolitains, eux, n'aiment pas beaucoup cette zone mais tu le sais maintenant, nous vivons au dessous du volcan. Alors, les fumerolles, les coulées, ça ne nous fait pas rêver !

La promenade fut longue et ardue. Ils avaient pris un guide bavard. Lucas finit par sentir la fatigue et il avait faim. Caterina l'assura qu'au sortir du site, il y avait de quoi se restaurer et que s'il le souhaitait, ils pouvaient même choisir un hôtel avec piscine. Cette proposition le ravit et c'est avec un nouvel élan qu'il suivit le groupe.Quand comprit-il que l'Italienne n'en faisait plus partie, il n'aurait su le dire. Interrogeant l'un et l'autre, il obtint des réponses contradictoires avant d'entendre sa voix qui, de loin, l'appelait. Il courut encore et encore, passant d'un endroit à un autre sans jamais retrouver son amie. Bientôt, il fut seul. Quelques heures passèrent pour lui dans la plus austère des solitudes avant qu'il ne comprenne ce qu'il devait faire. Cette porte des Enfers dont Signorella avait parlé de façon si anecdotique, il devait la trouver car là était sa mission. Là était la suite de son parcours.

Les yeux ruisselants de larmes, il se remit en marche. Les dieux lui furent cléments, le jugeant fatigué et bientôt, il eut la vision de portes dorées qui ouvraient sur un escalier descendant. Nul cerbère n'en gardait l'entrée. Il suffisait de prendre son courage à deux mains et d'entrer. Il le fit.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Vincent et Noémie. Les parents, l'origine...

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Dans le labyrinthe où il est enfermé depuis des années, Lucas pense à ses parents dont il a été brutalement séparés. Leur complexité lui apparaît soudain...

A peine eut-il pensé ainsi que tout se volatilisa. Il eut beau scruté sur le mur ses maladroits dessins, il ne comprit plus rien. Un serveur italien en Savoie, dans un village ? Non, il ne voyait pas. Une femme qui avait un cabinet médical à Naples ? Elle se serait occupée de lui ? Il n'y avait aucune raison qu'elle ait fait cela. Un golden retriever qui parlait la langue des hommes ? Quel imbécile il fallait être pour croire cela ou quel naïf ? Et quant à ce monstre qui aurait habité en lui ? Balivernes.

Bientôt, il ne sut même plus qu'il les avait connus. Il n'y avait pas eu de fuite, de planques, de villa Ada, de salle aux visions et encore moins de séjour à Naples. Quant à un esprit du Bien qui se serait heurté à un esprit du Mal ? Non. Jamais de la vie.

Les seuls qu'il reconnaissait encore était ses parents et à leur sujet, sa honte persistait. Il les voyait comme jamais il ne les avait vus et en restait confondu .

Ils n'avaient guère que dix-huit ans, passaient le bac et déjà étaient émus l'un par l'autre. Plus tard, ils faisaient les mêmes études et projetaient de se marier. Ils étaient si jeunes et si amoureux l'un de l'autre qu'il fut ému de leurs rêves de jeune couple. Il les revit attentifs à lui les quatre premières années de sa vie, celles où, en pleine santé, il semblait précoce. Puis il prit de plein fouet leur affolement quand la maladie s'était installée. Il mesura leurs efforts patients pour ne rien lâcher et le soutenir. Il se souvenait bien sûr de tous les efforts qu'ils avaient entrepris mais il ignorait que sa mère avait vu tour à tour un psychologue, une cartomancienne et un prêtre susceptible de désenvoûter leur maison ! Voilà qui nuançait son image de femme rationnelle !

Quant à son père, il était surprenant de voir que son apparence optimiste, il avait plus encore que la mère, dérivé, buvant en cachette et ayant une liaison !

Sur le mur, il vit les pauvres dessins qu'il avait fait se muer en images et il eut une vision claire de ce qu'étaient ses parents au moment de sa disparition. Il reconnaissait bien leurs traits et se sentit plein d'amour pour eux. Son raisonnement aurait été qu 'il était bien puni pour sa sottise et qu'il était normal qu'il expie si de nouvelles images n'avaient remplacé les premières. Ses parents là, il ne les avait jamais vus sous cette forme. Perdant sa régularité, le temps se déformait. Il faisait une avancée...

Sa mère avait désormais quatre ans de plus. Elle n'était après tout qu'une femme de trente-huit ans mais elle paraissait plus âgée. Sans maquillage, les cheveux courts et sans après, vêtu d'un pull informe et d'un vieux pantalon, elle n'était pas à son avantage. Par opposition, son père, qui avait toujours eu un physique plus avenant sans être beau, paraissait très soucieux de son apparence. Assis l'un à côté de l'autre, ils offraient un contraste saisissant, elle toute avachie et lui encore très robuste. La conversation qu'ils avaient et dont Lucas se trouvait le témoin involontaire renforçait le malaise. Jamais, ils ne lui avaient paru désunis même si leurs traits de personnalité étaient différents par bien des points. A les entendre cependant, ils parlaient encore la même langue mais les difficultés qu'ils avaient à se comprendre allaient devenir infranchissables.

-Tu aimais pourtant l'idée de la Bretagne, Noémie...

-Oui, je sais...

-Et nous avons eu ce poste double dans le Finistère.

-C'est sûr.

-Et tu n'es plus d'accord...

-Je sais que ça te semble incompréhensible, Vincent, mais c'est ainsi. J'ai cru qu'il fallait s'écarter de la Ferté Bernard parce qu'il était impossible là-bas de ne pas attendre Lucas. Tu vois bien, je ne changeais rien à sa chambre, je surveillais le téléphone...Il me suffisait de tomber sur un de ses vêtements ou un de ses jouets ou encore de regarder son chien pour sentir que j'allais devenir folle. J'ai voulu partir, c'est vrai, j'ai même insisté. Mais Brest, en fin de compte, ça ne me plaît pas trop.

-Et comment on fait ?

-Ah mais toi, ça te plaît.

-La proximité de la mer me plaît, oui.

-Et c'est tout ?

-Écoute, Noémie, ce n'était pas facile, c'est sûr mais moi, je ne souhaitais pas vraiment partir. C'était dur à vivre, c'est vrai. Il fallait affronter le regard des collègues, celui des gens de nos deux familles, les remarques pas toujours adroites, les mises en garde et les propos bébêtes sur le fait que tout finirait par s'arranger...Mais on était ancrés là et lui-aussi. Il lui était arrivé quelque chose de terrible mais s'il était vivant quelque part, s'il se raccrochait à son passé, c'est cette maison qu'il reverrait, le jardin, la campagne, ses animaux...Il ne pourrait nous imaginer ailleurs que dans ces lieux...Alors vendre la maison, c'était une grande responsabilité...

-Mais quoi ! Qu'est-ce qu'il te faut ? Combien de fausses promesses nous a t'on faite ? La police ne trouvait rien, toutes les pistes étaient fausses. En Savoie, ils ont interrogé un type de trente ans déjà déglingué. Il a avoué et s'est rétracté et de toute façon, il était bon pour l'hôpital psychiatrique. En Italie, il y bien eu un signalement et ça a donné quoi ? Depuis deux ans et demi, il n'y a plus rien, rien. Lucas, il a rejoint cette cohorte d'enfants dont les photos peuplent les commissariats. Il y a des années qu'on les cherche sans jamais les trouver. Ceux qui auraient pu être de quelques utilités pour l'enquête se sont évanouis dans la nature et l'indifférence a remplacé l'indignation ! Tu crois vraiment qu'on le recherche encore avec sérieux ? Moi, je n'y crois plus. Ces gamins dont je parlais, ils avaient cinq, sept ou neuf ans et ils ont ont entre cinq et dix de plus. Tout porte à croire qu'ils sont morts mais on n'a trouvé les corps alors, ils sont vivants...Seulement, ils sont méconnaissables. Lucas avait onze et demi, il a maintenant quatorze ans. Nous on sait encore quel enfant il était mais lui ? Sommes-nous ses parents ?

-Bien sûr que oui.

-Ou bien sûr que non. Pour l'état civil, c'est clair mais sinon ?

-Ta logique est fausse. Nous l'aimions, il nous aimait et si nous le retrouvions, il en irait de même.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Un monastère, les Météores...

KATHOLICON

8 Les Météores. Moé Yonhe alias Kiryll.

En Thessalie, le site des Météores plongeaient les touristes dans la stupéfaction. Pour édifier au fait de promontoires rocheux ces monastères orthodoxes à l'architecture puissante, il avait fallu multiplier les prouesses. C'était un cadre majestueux où l'esprit ne pouvait que s'élever, loin de l'affluence estivale des plages et des ports grecs. Il ne fallait pas ménager sa peine quand on séjournait dans cette partie de le Grèce du nord que constituaient les Météores mais l'effort physique paraissait d'autant plus précieux,qu'à l'arrivée, la récompense était inestimable.

Certains monastères étaient encore en activité, ce qui promettait au courageux voyageur d'y être au moins reçu s'il lui prenait l'envie de s'y rendre. D'autres étaient désertés depuis longtemps mais ils n'en attiraient pas moins des promeneurs en quête de merveilleuses photos.

Le monastère d'Aghia Triada était un des plus difficiles d'accès. Datant du Moyen-âge, il disposait d'une petite église cruciforme à coupole reposant sur quatre colonnes. La petite chapelle Saint-Jean Baptiste, creusée dans le rocher, datait, elle, du dix-septième siècle. Richement doté en un temps d'objets de culte et de manuscrits précieux, le trésor avait été pillé pendant la seconde guerre mondiale. C'était là une première déveine. La seconde était que le monastère était resté longtemps inoccupé. Cela donnait peu d'assise à Honey qu'il imaginait changeant d'apparence et traversant les temps. Attendu qu'après une période stérile, les lieux étaient de nouveau actifs, il était à espérer qu'un des courageux moins qui vivaient là fut le Mage qu'il recherchait...

Louis, qui avait été Lucas, vivait sa vie à Paris sans jamais avoir été tenté d'aller dans cette partie de la Grèce. Il avait vingt-cinq ans désormais et gérait très officiellement un petit salon de thé du neuvième où abondait une clientèle bourgeoise. Il y servait, avec un immuable sourire, des thés, des cafés glacés et des pâtisseries aux noms alambiqués. A l'origine, il avait étudié les mathématiques mais les hasards de la vie ainsi que son dédain incurable pour le professorat l'avaient fait obliquer vers cet emploi. Sa mère, qui l'avait élevé seule, le soutenait. Et du reste, bon stratège et fin commerçant, il s'y entendait pour fidéliser une clientèle qui lui ramenait de nouveaux clients. « Le temps permis », ça sonnait bien et il y avait du monde.

Depuis quelques temps, il avait la certitude que celui qu'il cherchait ne pouvait être que dans un seul lieu : les Météores.

Il avait d'abord emprunté un livre à une amie et les photos des monastères perchés sur ces étonnants perchoirs rocheux, l'avaient stupéfait. Puis, il était tombé sur un article dans un magazine féminin. Il y était surtout question des beaux hôtels qui permettaient de faire une pause avant de se rendre sur les sites mais, à propos du monastère de la Sainte-Trinité, il avait lu ces lignes, tirés d'un livre au tirage assez ancien.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Un monastère intrigant en Grèce du nord...

 

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Lucas, jeune homme plein de questions, se rend en Grèce du nord, dans la région des Météores pour y chercher des réponses concrètes. Il sent que tout peut arriver dans l'un des monastères...

 «Je grimpe à nouveau vers Aghia Triada, la Sainte Trinité. La cour est déserte. Je pousse la porte d'une pièce spacieuse qui doit être le xénôn. Personne. La porte de l'église est ouverte, elle aussi. Une veilleuse brille devant l'iconostase. Personne. Nul n'habite plus ce monastère, ouvert à tous les vents. Je sors sur la terrasse et regarde le soleil qui gagne l'horizon. D'ici, on saisit mieux tout à l'entour le travail inouï des siècles et des eaux. Rochers arrondis, bosselés, craquelés par endroits de gerçures comme de gros pachydermes broutant les abysses de la terre. Il émane de ce paysage une sorte de douceur tranquille, ce grand calme qui suit les cataclysmes apaisés... »

 Le livre s'appelait « L'Eté grec «  et il en avait oublié l'auteur. Le signe était clair même s'il était le seul à le reconnaître. Si tant que Moé Yonhe pût être quelque part, c'était là qu'il fallait se rendre. Il agit aussi vite qu'il put, se trouvant un remplaçant épisodique et achetant billets d'avion et de train. Il devait agir seul, se basant uniquement sur les services d'un guide local. Dès qu'il eut rencontré celui-ci, il négocia avec lui de dormir chez l'habitant, dans un endroit qui ne fut pas déjà envahi de touristes. On était au milieu du mois de septembre mais il y avait encore beaucoup trop de monde et de bruit. Yanis était le guide qu'il lui fallait. Il était jeune mais posé, d'un sérieux qui confinait parfois à la gravité. Louis-Lucas sentait qu'il pouvait se reposer sur ce garçon qui était l'aîné d'une grande fratrie et avait des popes dans sa famille. Il ne pratiquait, en ce qui le concernait, aucune religion mais dès l'origine, il avait été confronté à des situations si particulières qu'une vie toute matérialiste n'aurait pu lui suffire.

L'idée n'était pas de faire une excursion d'une journée, ce qui était l'habitude, mais de convaincre ce jeune guide consciencieux d'oublier son client dans les hauteurs...C'était une folie ! Yanis n'accepterait pas, bien sûr, trop soucieux de sa réputation. Il n'y avait qu'une seule solution, celle d'être deux personnes distinctes. Louis reviendrait et Lucas resterait. Tout se ferait de telle façon que le guide n'y verrait que du feu...

En dix ans, après la sortie de cet enfer à l'étrange configuration, le jeune homme avait beaucoup appris. Changer de monde, changer d'identité, c'était possible. Tout était question d'aptitudes mais lui les avait.

Ils partirent un matin car la distance était grande et l'heure meilleure. Le jeune Grec était un bon marcheur et un guide avisé. Il parlait un français clair et avait, bien que sa carrière n'eut pas débuté depuis longtemps, compris qu'il fallait ruser avec le touriste. Il adorait les Météores était un chrétien orthodoxe pratiquant et érudit. Seulement s'acharner à cultiver un vacancier qui cherchait le plus souvent l'exotisme et le soleil, était en général voué à l'échec. Il livrait donc bon nombre d'informations à ceux qu'ils guidaient mais s'interrompait souvent pour plaisanter ou chanter. On lui reconnaissait du savoir mais on appréciait ses blagues et son à-propos qui l'empêchaient de devenir sentencieux. Soucieux de son image, il jouait donc au gai luron. Il se comporta ainsi avec ce Français qui voulait voir ce site unique mais l'aplomb et le sérieux de celui-ci l'impressionnèrent.

-Tu en sais beaucoup sur la religion orthodoxe et les Météores !

-J'ai lu avant de partir.

-Tu as si bien lu que moi, qui suis ton guide, je ne sais quel est mon rôle !

-Mais si, voyons !

-Il a fallu dix-huit ans pour construire ce monastère. C'est un moine nommé Dométios qui a supervisé son édification...Tu sais, au départ, il n'y avait que des ermites qui vivaient dans des grottes dans cette région des Météores. On les signale dès le dixième siècle et il a fallu attendre le quatorzième pour voir édifier un premier monastère. Il en a été construit vingt-deux entre le quatorzième et le seizième siècle. Il n'y avait même pas d'escalier au départ mais des échelles, des cordes et un système de filets. Tu imagines ! Peu à peu, la vie est devenue difficile et au dix-huitième siècle, on s'est aperçu que beaucoup de monastères désertés étaient tombés en ruines. Les escaliers sont un ajout tardif , tu peux me croire ! Avec Aghia Triada, tu n'as pas choisi la facilité ! Comme ça, à première vue, il semble inaccessible. Pour y accéder, on va devoir prendre un escalier circulaire de cent quarante marches !

-Eh bien, je suis jeune !

-Tu iras voir les autres monastères ensuite ! Celui-là t'aura émerveillé !

 

31 octobre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Quitter Londres pour l'île de Wight ?

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A Londres, Louis aime Satsuko, sa jeune épouse. Tous deux sont heureux mais un changement de vie se profile...

Satsuko s'exprimait beaucoup mieux en français, aimait Louis, se faisait cajoler par lui et adorait la vie parisienne. Toutes les conditions étaient donc réunies pour qu'elle mène une vie heureuse auprès de son « fiancé » mais le temps vint où sa famille lui manqua, et l'Angleterre. Elle souhaitait rentrer. Viendrait-il ? La proposition qu'elle lui fit le laissa enthousiaste. Oui, il la suivrait d'autant que leur installation dans la capitale britannique s'annonçait sous d'heureuses auspices. Satsuko, en effet, avait trouvé à travailler dans une maison d'édition à Londres où elle illustrait des livres pour enfants et Louis-Lucas la suivit. Au début, toujours enchanté, il ne fit guère que déambuler dans Londres, grande métropole qu'il n'avait plus revue depuis une ultime escapade anglaise avec Vincent et Hélène. Il chercha ensuite en vain. Après quelques semaines d'inactivité, la jeune femme craignit qu'il ait des difficultés à obtenir un emploi mais bizarrement, il trouva à s'employer comme barman dans un pub à la mode puis dans une sorte de café-librairie où l'on parlait les deux langues. Tout lui souriait-il donc ? Il le semblait bien car, si ce boulot là ne lui était pas confié longtemps, il était déjà sollicité pour travailler dans un autre établissement du même genre et il lui venait encore d'autres propositions ! Satsuko, quand elle reçut ses confidences, fut une fois de plus émerveillée par ce garçon débrouillard qui savait tirer profit de tout. Sans être bilingue, il parlait un anglais clair, travaillait vite et bien et avait beaucoup de charme. Il savait attirer et vendre sans jamais paraître manipulateur ou insistant et de plus, il était toujours prêt à apprendre sur le tas...Aimable et blagueur avec la clientèle du café-librairie, il n'y déparait pas car il était bon lecteur. Du reste, elle le surprenait souvent à lire ou à regarder de vieux films.

Dans cette période de félicité, quelques écueils surgissaient parfois. Louis continuait de temps en temps d'avoir des saillies bizarres qui ne cadraient pas avec ce qu'elle savait de sa vie. Il lui arrivait de parler tout haut dans ses rêves et de dire des prénoms qui ne signifiaient rien pour la jeune femme. « Vincent » et « Noémie » revenaient souvent. De la même façon, il nommait un prêtre et des amis italiens. Ceux-là, Satsuko se souvenait d'en avoir vu les photos dans le studio que l'homme de sa vie occupait à Paris avant leur mariage et leur arrivait en Angleterre. Car, il fallait bien le souligner, les premiers temps de leur vie anglaise avaient tout entiers été illuminés par un mariage haut en couleur, mêlant coutumes françaises et traditions japonaises.

Face à ses remontées d'un passé dont elle n'ignorait tout, la jeune fille, perplexe, restait muette. ll n'était pas dans la nature des Japonais d'être intrusifs et en ce domaine, elle ne dérogeait pas à la règle.  

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Un autre aspect de la personnalité de son mari la surprenait. A plusieurs reprises, comme ils lisaient des faits divers ou en entendait le récit aux informations télévisées, elle observa qu'accidents mortels ou morts brutales par agression ne l'horrifiaient pas. Qu'une mort soit ou non violente, il ne faisait pas de différence comme si perdre la vie n'était pas inquiétant. C'était comme s'il avait avec la mort un étrange rapport, comme si celle-ci était une vieille amie à ménager...Mais là encore, Satsuko ne lui posa aucune question.

Ils étaient depuis deux ans à Londres et se montraient heureux d'y être, leur joli appartement de Hampstead étant régulièrement visité par leur famille et belle-famille. Le mariage avait assis leur couple et les avait rendu radieux. Tout aurait pu continuer ainsi mais les parents de la jeune fille en décidèrent autrement. Ils venaient d'acheter une maison dans l'île de Wight, très grande et entourée d'un parc. Il ne s'agissait pas pour eux d'acquérir une résidence secondaire mais de faire du profit. Cette belle demeure traditionnelle disposait de multiples chambres, d'un ample séjour, d'un salon et d'une cuisine si vaste qu'une douzaine de personnes pouvaient y manger. En outre, elle était dotée d'un joli jardin ombragé de vieux arbres et très fleuri. Proche de la mer, elle offrait la possibilité de longues promenades sur les sentiers littoraux et serait agréable tant aux familles avec jeunes enfants qu'au voyageur solitaire , sans compter qu'entre ces deux extrêmes, il existait tout un lot de vacanciers possible, tous assoiffés de nature, de calme mais aussi de convivialité. A court terme, il s'agissait de faire tourner une chambre d'hôtes et à plus longue échéance de venir y vivre, les années se faisant sentir, mais tout en la gardant active.

Un peu surpris, Louis et son épouse trouvèrent cependant l'idée judicieuse. Restait à savoir qui gérerait les lieux ? Il était possible de trouver des gérants mais bien plus habile était d'y faire résider le joli couple. Louis avait le sens du contact et il savait gérer une affaire. Il pourrait éventuellement proposer des stages de langue française en ajoutant un petit plus : la chanson par exemple. Il avait appris, jeune, à jouer de la guitare et avait une assez jolie voix. Quant à Satsuko, elle pourrait proposer des stages de dessin et ceci, toute l'année. Épisodiquement, Miki, le père, y introduirait la gastronomie japonaise et, Ari, la mère, les soins du corps et du visage. Au bout du compte, l'affaire pourrait devenir très rentable.

  

31 octobre 2020

LUCAS ET HONEY. Une maison d'hôtes et une femme étrange...

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Après Londres, Louis et son épouse Satsuko s'installent dans l'île de Wight où ils font chambre d'hôtes. Dans cette grande maison, des stages ont lieu. Un jour, arrive une française, Noémie...

Bien qu'amoureux de la vie en ville, aucun des jeunes gens n'ayant vraiment d'objection puisque cette vie insulaire pouvait être dépaysante et pleine d'agréables surprises. L'affaire fut conclue rapidement d'autant qu'en bons gestionnaires les parents de la jeune fille avaient fait les achats nécessaires pour bien agencer la maison et lancer pour leur compte des dates de stage. Il ne restait plus aux jeunes gens qu'à faire de même et quand ils l'eurent fait, ils s'aperçurent que les candidats affluaient tant pour le dessin que le français en chansons. Très vite, ils furent très occupés et durent prendre du personnel. Au bout d'un an, ils furent heureux de se dire qu'il existerait tout de même des périodes creuses où ils pourraient souffler. En novembre et décembre, il y avait peu de monde, sauf pour les fêtes et en janvier-février, ils menaient une vie confidentielle. Le reste du temps, ils ne savaient où donner de la tête mais la maison était ravissante et l'ambiance tonique. C'était un bonheur de croiser des choristes enthousiasmés ou des dessinateurs avec leur matériel. C'en était un autre de participer à un grand dîner japonais où de se féliciter des bienfaits d'un nettoyage de peau si...japonais !

Louis était très accaparé par cette nouvelle vie mais au plus secret de lui-même, il se souvenait du père Kiryll et de ses prédictions. Son histoire n'était pas terminée et s'il était arrivé en ce lieu, c'est qu'il y avait toutes les chances qu'elle y trouve un prolongement. Seulement, le temps passait...

Un jour cependant, arriva une voyageuse entre deux âges. Elle n'avait manifestement pas peur de l'automne, qui s'avérait très humide, et ne semblait pas gênée par le fait de voyager seule. Elle s'appelait Noémie Maubuisson et parlait un anglais approximatif. Absent à son arrivée, Louis ne l'identifia pas tout de suite car elle avait beaucoup d'embonpoint et des traits qui paraissaient gonflés. Elle venait de Lille où elle avait été longtemps malade. Divorcée puis remariée, elle avait affronté un second divorce qui, semble -t’il, l'avait éreintée. Il n'y avait pas beaucoup de monde la semaine où elle vint, de sorte que souvent seule avec ses hôtes, elle était mise en confiance et parlait de choses et d'autres, abordant par bribes son histoire personnelle. Satsuko, se montrait comme toujours respectueuse et aimable et Louis, attentif, écoutait. Il lui fallut un peu de temps pour sentir en son cœur les effets de la voix de cette femme. Elle avait un phrasé fait de pauses inattendues et de brusques à-coups et sa voix, qui avait tendance à se casser, retrouvait parfois de beaux aigus. Il se sentait remué d'autant qu'elle employait certains mots qui le renvoyait à son enfance. Elle disait « Bon sang de bon soir », « Elle n'est pas mauvaise, celle-là » et « Vous m'en direz tant ! » avec force...Cette façon de parler, ces automatismes de langage, il les connaissait. Bouleversé, il se rapprochait chaque jour davantage de la question fatale : cette femme était-elle sa mère ? Celle du temps d'avant. Si c'était le cas, elle était méconnaissable. Il l'avait connue, enfant, comme une personne sinon belle mais du moins avenante. Elle était devenue laide. Quant à sa personnalité, elle était il y a bien longtemps décidée et catégorique. La vie s'était chargée de lui apprendre à ne plus se croire si forte. C'était une vaincue.

Voulant en avoir le cœur net, il la laissa déambuler comme elle le voulait. Elle voulait se reprendre physiquement, perdre du poids, faire quelques activités physiques. Quand le temps était gris et froid mais non pluvieux, elle allait marcher. Connaissant l'île mieux qu'elle, il proposa de l'accompagner. Bien sûr, il fallait s'adapter à la saison mais il y avait beaucoup de chemins littoraux et tous n'étaient pas difficiles d'accès. Il était toujours possible de se rapprocher de la côte pour bénéficier d'une jolie vue sur la mer. Même en cette saison, il arrivait que le soleil daignât montrer le bout de son nez et c'était parti pour de belles photos !

 

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Ravie qu'elle l'accompagne, elle apprécia qu'il marche lentement et choisisse des itinéraires courts. Tout autour de Yarmouth, il y a avait beaucoup de chemins. Sur les cartes, il les lui montrait. Quand l'escapade avait été courte, il lui préparait un thé dès qu'ils étaient de retour, sinon ils trouvaient une pâtisserie dans un village proche de la maison d'hôtes. Il était manifeste qu'elle était contente d'être en sa compagnie et qu'elle aimait bien Satsuko. Dans la grande maison, elle discutait parfois avec celle-ci avant d'aller rejoindre la bibliothèque où elle restait longuement. Elle adorait que Louis joue de la guitare et chantonnait doucement quand il le faisait. Toutefois, il l'observait encore et doutait. Etait-il possible qu'elle fut devenue ainsi ?

Assez vite, elle demanda à rester jusqu'aux fêtes de Noël où la maison serait fermée à la location. Il fut difficile de lui dire non. Elle n'était pas en retard de paiement et se montrait agréable ceux qui venaient là car il en venait encore qui restaient peu.

Quand Louis sut qu'il la côtoierait longtemps, il comprit qu'il devait se décider. Il devait la faire parler. Comme elle l'avait pris en sympathie, ce ne fut pas si difficile.

-Vous avez l'air d'aller de mieux ! L'air de l'île de Wight vous fait du bien...

-Oui, je me sens mieux.

-Pardonnez-moi d'être indiscret mais vous avez eu des ennuis de santé...

-J'en ai eu dernièrement mais c'était une redite. Jeune femme, j'ai fait une grave dépression.

-Quelquefois, l'accumulation d'ennuis...

-Oh, vous êtes gentil, jeune homme mais c'était bien plus que cela. Vous savez, si rien de tout cela ne s'était produit, j'aurais un fils de votre âge. Brun et enjoué comme vous...

Louis sentait la respiration lui manquait. Il lui avait bien été prédit qu'il retrouverait sa vraie mère ! Cette femme était bien celle qui l'avait élevé. Elle n'avait pas encore beaucoup parlé mais il était certain de tout. Et d'ailleurs, voilà qu'elle se remettait à parler ! 

 

30 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Le Blanc et le noir. La peur et le bonheur.

le BIEN ET LE REVE

Satsuko finissait elle-aussi par s'emparer d'un de ces petits messages et comme elle le décryptait sans le comprendre, elle réalisait qu'on la regardait bizarrement, comme si elle avait commis une faute...Elle en éprouvait une telle gêne et un sentiment d'oppression si violent qu'avant même de savoir ce qui adviendrait d'elle et de ces masques désormais hostiles, elle s'était réveillée en sursaut.

Toujours très réservée, elle s'était sentie si remuée qu'elle avait fini par en parler à son mari. Celui-ci était resté très neutre. Le rêve avait du vrai dans le sens où elle le voyait un peu trop comme un personnage de conte de fées. Sous ce masque, il était lui-même à savoir un jeune homme déterminé mais faillible. Curieusement Satsuko, qu'animait une certaine naïveté, ne s'était pas contenté de cette réponse. Une discussion avec la mère de Louis avait fini par l'apaiser. Au cours d'un mariage, on voyait apparaître de l'autre bien des aspects inconnus. Il ne fallait pas se voiler la face et pas trop s'illusionner. Tout être avait des mauvais côtés... Le reste, à savoir que son mari mentait et était réduit en pièces, était du domaine du rêve. C'était cette étrangeté qui pouvait inquiéter car elle s'appuyait sur l'émotionnel de la personne. De ce côté-là, il fallait laisser courir. Louis et elle avaient de lourdes responsabilités avec cette maison de vacances. Sans doute était-elle tendue parce qu'il s'occupait moins d'elle et voilà tout...

Déterminée, la jeune fille s'accrocha à cette réponse et accorda peu d'importance aux autres rêves qu'elle fit, alors que la plupart d'entre eux étaient bien plus inquiétants et déconcertants que celui sur lequel elle s'était appuyé pour se confier.

Et puis, elle fit une belle découverte : elle était enceinte. Louis et les autres étant tous ravis, il n'était plus permis de s'inquiéter. Elle chassa donc de son esprit toutes ces mauvaises pensées et pour la première fois depuis qu'elle s'occupait de la propriété, elle se débrouilla pour faire partir plus tôt quelques pensionnaires. Un quinquagénaire américain déplaisant qui se répandait en propos fielleux sur Louis et elle fit les frais de son agacement ainsi que d'autres qui se montraient un peu trop envahissants. Dès qu'ils furent partis, elle retrouva une certaine sérénité. C'était eux, à n'en pas douter, qui, par leur attitude, l'avaient rendu nerveuse. Cette explication, toute rationnelle, n'était sans doute pas suffisante pour justifier la fin de ces rêves étranges mais, ayant soif de calme, elle s'en contenta.

 

30 octobre 2020

LUCAS ET HONEY. Enfant à venir et signes divers.

 

ATTENTE

 

Satsuko, enceinte, est heureuse jusqu'à ce que l'inquiètent d'étranges rêves qui la font douter de son mari, Louis...

Attendre un enfant la plongeait dans une grande plénitude, Louis le sentait et là, était l'important. Elle demeura active aussi longtemps qu'elle put puis, les derniers temps, refusant de rejoindre ses parents à Londres, elle se replia dans les quelques pièces qu'ils se réservaient, au sein de la maison et là, elle dessina. Elle dessinait pour son enfant à venir et sous son crayon naissaient des fées et des insectes magiques aux belles couleurs et aussi des paysages japonais qui fascinaient Louis. Il y voyait des forêts et de ces temples Zen qui doivent exister à divers endroits, Kyoto par exemple et des figures de sages. L'un d'eux était jaune de la tête aux pieds et avec cela enveloppé dans des linges blancs qui le rendait insolite. Etait- il paré comme dans la mort ? Lui avait-il échappé de justesse ? Le jeune homme était perplexe mais son épouse rit de ses craintes.

-C'est un sage des montagnes que j'ai imaginé ainsi. Il est vêtu ainsi car il vit dans le dénuement.

-Et quelle est sa fonction ?

-Il fait en sorte que les enfants, quels qu'ils soient, naissent en bonne santé. Tu croyais autre chose ?

-Eh bien, je lui trouvais l'air un peu sévère mais tu me rassures !

Il ne pouvait pas lui dire qu'ayant été si souvent confronté au bien et au mal, il ne savait qui de Moe Yohne ou de Ah Thor se cachait derrière cette figure mais à priori, dans l'univers de Satsuko, tout était lié à la protection et à la promesse. Ses dessins ne cessant jusqu'à la fin de proclamer le bonheur à travers des paysages d'arbres en fleurs, de poissons argentés bondissants hors des fleuves, d'oiseaux multicolores et de fées, il était clair que la jeune femme avait tourné le dos aux inquiétudes que ses rêves perturbants avaient fait naître en elle.

Au moment de la délivrance, elle partit pour l'hôpital le plus proche. Afin que sa famille et sa belle-famille puissent s'occuper d'elle et du bébé, il n'y avait plus de pensionnaires dans la propriété. Noémie, craignant d'être de trop, voulut partir quelques temps elle-aussi mais Louis insista pour qu'elle reste et rencontra en cela l'appui des siens.

Petite, toute sereine et lisse, Kohana fit son apparition après un accouchement sans histoire. Elle fit aussitôt l'objet d'une grande dévotion. Pour la jeune mère et sa famille japonaise, ce prénom signifiait « petite fleur », ce qui lui conférait une indéniable poésie. Louis, quant à lui, savait que pour les Sioux, il signifiait « rapide ». C'était là une signification plus guerrière si on se référait à leur univers ou encore plus pragmatique. Cette petite devrait être adroite et vive d'esprit tout autant que pragmatique dans des décisions vite prises...N'était-ce pas cela ?

A six mois, du reste, l'enfant ne paraissait pas lui donner tort. Elle était vive d'esprit et curieuse tout en étant sensible à tout ce qui pouvait inspirer un danger : porte claquée, chien trop intrusif, musique intempestive ou lumière brutalement éteinte. Pouvait-on être sereine et aux aguets, tranquille et observatrice ? Oui, si l'on en croyait l'attitude de Kohana, tout portait à le croire.

Louis n'oubliait pas que ses aventures n'étaient pas closes. Elles incluaient désormais cette toute petite fille et il devrait pour elle se tenir sur ses gardes...

Tout le monde l'aimait et Noémie aussi. C'était un bonheur de voir cette femme apaisée et reconstruire bercer cette petite fille et lui chanter des berceuses....

De nouveau le temps filait, paisible, mais quelques événements survinrent. Tout d'abord, deux visiteurs bousculèrent l'ordre des choses, pourtant bien établi. Ensuite, un voyage au Japon se profila.

Deux Italiens passèrent l'un après l'autre dans la villa, un pour faire de la musique, l'autre à l'occasion d'un stage de cuisine. Habitué à sa nouvelle identité, il arrivait de plus en plus souvent à Louis de ne plus songer à Lucas aussi n'identifia pas tout de suite en la personne de Paolo Riversi le Stefano de ses onze ans. A l'époque, l'Italien ne devait pas en avoir plus de vingt-cinq, seulement dix-neuf ans le séparaient de cet adroit jeune homme aux cheveux bouclés de l'homme aux formes rondes et aux cheveux grisonnants qui venait gratter la guitare. Il avait bien changé ! Mangeant à la table commune, déambulant dans le parc, il était difficile de ne pas buter sur lui et à plusieurs reprises, Louis se trouva face à face avec ce Paolo débonnaire et rieur. A chaque échange de regard, il fut sidéré. Il redevenait le petit garçon qui fuyait l'hôpital et s'appuyait sur ce guide débrouillard et apte à le défendre. Rien ne fut dit entre eux sauf des banalités mais un message lui était tout de même envoyé : il était temps que le Lucas qui était au fond de lui se mette en quête de son père...

A peu de temps de là, une certaine Caterina Volante prit une chambre pour quelques jours et cette fois, Louis, s'il n'avait pas encore pris de décision, se trouva acculé à le faire. Cette Caterina était la sienne, celle de l'appartement napolitain, des promenades sur le port, de Pompéi et de la Solfatare. C'était d'autant plus sûr que contrairement à Stefano qui avait usé de travestissement, elle ne s'était même pas donné la peine de changer de nom. De plus, elle avait peu changé et il la retrouva telle qu'en elle-même, toujours mince et active, toujours habillée de jupes aux genoux et de beaux chemisiers aux couleurs franches. A peine marqué par la soixantaine, son visage avait gardé son bel ovale et son expression intelligente et résolue. Comme son prédécesseur, elle ne lui délivra aucun message, apprenant activement la cuisine japonaise et prenant des notes. Comme elle passait beaucoup de temps à découvrir l'île et à faire des photos, il eut davantage de mal à se trouver face à elle mais quand ce fut le cas, elle lui fit montre de la même injonction muette et lui manifesta une empathie plus profonde. Comme son prédécesseur, elle prit aimablement congé pour aller ailleurs en Angleterre après avoir joué son rôle de touriste ébahi.

Restait donc à attendre les bons signaux et, assez vite, ils vinrent.

 

 

30 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Keiji Arikawa. L'industriel et le rêveur...

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Satsuko reçut du Japon une invitation d'un oncle qu'elle adorait et qui passait pour l'original de la famille. Homme d'affaires ayant bien réussi dans l'immobilier, Keiji Arikawa qu'elle appelait affectueusement oncle Keiji avait décidé de tourner le dos à tout ce qui l'avait enrichi pour se lancer dans un projets des plus surprenants : celui d'ouvrir un parc à thèmes. Ayant vendu son entreprise, il avait utilisé son capital pour financer de vastes travaux et au nord de Tokyo était né un beau parc aquatique qui engendrait des bénéfices. Ce qui avait ému les Japonais, c'était la façon de faire de ce chef d'entreprise et son humanité. En effet, il existait, au Japon, de petits parcs qui avaient périclité et étaient au bord de la faillite quand ils n'avaient pas déjà fermé. Or, l'oncle Keiji, ayant eu vent de la situation dramatique dans laquelle se retrouvaient cétacés et oiseaux qui auparavant, avaient ravi de nombreux visiteurs, s'était lancé dans une politique d'achats et de transferts afin de sauver ceux-ci. Il avait fait venir de Chiba, ville située à une trentaine de minutes de la capitale dauphins et manchots totalement laissés pour compte et promis à un sort dramatique. Frappée quelques années auparavant par un tsunami d'une grande violence, toute cette zone avait subi d'importants dégâts et perdu son caractère attractif. En conséquence, l'Inobuzaki Marine Park, petite structure qui avait connu son heure de gloire, avait été frappé de plein fouet par la chute du tourisme. A Tokyo, quelle famille japonaise pouvait encore avoir envie de prendre les transports en communs pour passer là une après-midi ensoleillée au milieu de cétacés et d'oiseaux bienveillants quand tout était à l'abandon? Quel touriste aurait la curiosité de se rendre dans cette zone en pleine reconstruction sachant que la plupart du temps les étrangers ne maîtrisaient pas le japonais ? Après s'en être ému aucun média ne couvrait plus l'affaire laissant les pensionnaires du parc tomber dans l'oubli. Seule une association de villageois révoltés s'occupait encore de nourrir et de soigner ceux qui, le plus souvent, étaient plongés dans une grande solitude. C'est pourquoi l'oncle Keiji avait tant plu ! En proposant une solution qui ne les lésait pas aux propriétaires du parc, il avait fait d'une pierre deux coups ! Passer pour un homme d'honneur et assurer à sa propre création une publicité supplémentaire. Les médias avaient apprécié et le public suivi...Tursy notamment était devenue une vedette. Promise à la mort comme l'autre femelle dauphin avec laquelle elle avait longtemps partagé son bassin, voilà qu'elle était redevenue toute pimpante. Un dauphin qui se sent trop seul reste tout le temps à flotter, immobile. Il développe des fissures sèches sur l'aileron et le dos qui sont le signe de son désespoir. Ainsi était-elle depuis que Bee était morte et qu'elle passait des journées entières sans voir personne. Devenue une des reines du parc aquatique, elle évoluait désormais au milieu de nouvelles amies. On vendait même une reproduction d'elle en peluche !

Suivant l'affaire de près, Satsuko était d'autant plus émerveillée que cet homme extraordinaire souhaitait la voir. Il était temps qu'elle vienne en famille constater à quel point dans ce parc tout était réussi !

 

CHIBA DAUPHINS

Louis trouva l'idée magnifique et fut impressionné par la générosité de l'homme d'affaire qui leur envoya sans sourciller trois allers et retours en première. La jeune femme, elle, fut plus nuancée. Enfant, alors qu'elle vivait encore à Tokyo, elle avait noué une belle relation avec cet oncle sans enfant car marié à une femme stérile et à plusieurs reprises ensuite, ils s'étaient vus à Londres en famille. Il était donc logique que, gardant un lien fort avec elle, il la fasse venir d'autant que sa vie solitaire ne l'empêchait pas de défendre des valeurs familiales très prisées au Japon. Il veillait notamment sur une sœur plus jeune et malade, hospitalisée dans la capitale...

Comme toujours, Louis fut surpris par la capacité qu'avait son épouse à voir tout en rose. Ils iraient au Japon et l'oncle serait un guide magnifique ! Kohana l'émerveillerait et qui sait s'il n'aurait pas le projet d'en faire son héritière ? Tout dans ce voyage se déroulerait sous les meilleures auspices. Lumineuse et joyeuse Satsuko ! Qu'elle dessinât pour les enfants n'était pas surprenant ! Elle n'était pas assez inculte pour ignorer que dans tout conte il existait des monstres mais les siens n'étaient jamais effrayants bien longtemps. Fées ailés, lutins facétieux et créatures par elle créées s'en tiraient toujours bien dans les histoires qu'elle illustrait. Au sortir de l'illusion, il y avait la vie mais là encore, elle ne faiblissait jamais. Loin de lui déplaire, cette confiance qu'elle manifestait dans la vie et dans les siens, l'émouvait car elle ne la rendait pas mièvre mais lui donnait une solidité dont il ne se sentait pas lui-même aussi bien pourvue. Comme souvent d'ailleurs, il se laissa gagner par l'enthousiasme de son épouse et finit lui-aussi par se dire que ce séjour ne présenterait que de l'agrément. Lucas sommeillant en lui, il le sentit cependant ouvrir une paupière puis une autre sans vraiment s'éveiller. L'alerte, bien que diffuse, était claire. Au Japon, il devrait être très attentif...

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

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Sa mère, elle le devine, a une poitrine de femme mature dont les attraits sont certains – elle le sait pour les avoir vus il y a peu de temps encore quand mère et fille prenaient encore des bains ensemble- mais ont perdu l’attrait de la jeunesse. En ce sens, elle a l’avantage. Sa mère ne peut, du fait de son opulente poitrine, se passer de soutien-gorge tandis qu’elle, au contraire, peut dans la maison, déambuler aux beaux jours, en Tee-shirt informe et sentir ses seins bouger doucement, au rythme de ses pas. Elle les aime ainsi, libres et vindicatifs, leurs pointes frottant doucement le tissu de son vêtement, sensation pour elle neuve et excitante. Quelquefois, à la dérobée, elle les palpe et se sent fière : ils sont beaux, ils sont à elle. Les hommes regardent la poitrine des femmes et, elle le sait par sa mère et ses tantes ou des amies de ces dernières, ils sont bien bienveillants à l’égard des seins ronds. C’est un attribut féminin incontournable, elle l’a compris, et même sans porter des tenues extravagantes, il faut savoir les mettre en valeur. Sa mère porte toujours de la lingerie raffinée : soutiens gorge incrustés de dentelles et garnis de rubans, culottes hautes, le tout dans des teintes souvent sombres. Le noir et le brun doré mettent en valeur sa peau claire dont l’éclat sous le carcan des bonnets et des bretelles, est sans pareil. A l’intérieur des cuisses, la peau, elle l’a entrevue, est plus claire, d’une texture autre, infiniment attirante et respectable.

 

19 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES.PETITE.

JFPS

Une fois encore, Amélie palpe ses jeunes seins puis, s’écartant du miroir, elle ouvre le tiroir de sa commode pour y choisir un des soutiens –gorge que récemment, ses parents lui ont achetés. Elle en choisit un, orange et vert et passe une culotte dans les mêmes tons, puis, pour faire plaisir à Pauline, elle enfile sur son jean une grande tunique en dentelle. Elle ajoute à sa tenue des sandales basses et des bijoux de pacotille : lots de bracelets multicolores et petites bagues bigarrées. Elle se parfume et de nouveau s’admire dans le miroir aux reflets cléments. De profil, de face, encore de profil, encore de face. Elle se trouve jolie. Elle sourit. Maquillée, elle recommence. Cette fois, elle s’enthousiasme. Si fine, si agréable à voir, si bien mise en valeur par le fard brun qu’elle a posé sur ses paupières et le fard à joues qu’elle a utilisé avec prudence. Sans compter le brillant à lèvres et le léger nuage de poudre.

Elle sort de sa chambre. Ils la voient : elle, devenant cette jeune fille mince dont ils lui avaient parlé, eux l’admirant d’être devenue si adolescente. Elle est celle qu’ils admirent car elle devient autre. Se tenant droite, elle se campe sur ses longues jambes et offre, à travers l’étoffe de sa tunique, le spectacle de deux petits seins dressés dont la fermeté n’est pas démentie par la suavité du galbe. L’un et l’autre applaudissent à cette métamorphose. La petite fille hier encore si gauche, devenue par l’entremise de saignements réguliers et l’apparition de ces doux globes, une femme en attente, déjà radieuse.

 

18 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. PETITE.

fillette-ecole

 

Amélie, heureuse, se laisse tout le jour admirer et le dimanche qui suit, recueille les éloges de sa grand-mère Lucie, veuve souriante et de Benoît et Sylvia, ses autres aïeuls. Il y a aussi, les tantes et les oncles, les cousins eux, restant plus réservés.

Cette présentation faite, il reste à Amélie une autre épreuve : celle que ses camarades d’école ne tarderont pas à lui imposer.

Il faudra bien, alors, montrer qu’en dépit de l’enfance quittée, il reste une étape à franchir pour qu’un corps et une identité adolescents soient reconnus pour tels : l’observation d’une silhouette et d’un comportement.

Dès le lendemain, au collège, Amélie se tient droite et de cette rigidité, on fait l’éloge. Ses seins sont pleins de vie, enviables et enviés. Souvent, lors de cette journée, ils pointent, rencontrant des regards appuyés ou passagers. Amélie, se sentant belle, sourit.

Les jours suivants, elle est égale à elle-même, présentant avec une grande discrétion, la beauté de ses jeunes seins invisibles.

Il l’effleure qu’elle devra, bien sûr, en montrer plus à un jeune homme vindicatif dont ses parents espèrent qu’il sera amoureux. Des sentiments qu’il aura, Amélie ignore tout : elle devine bien qu’ils seront contrastés quand, en un lieu et un temps dont elle ne sait rien, elle soulèvera son corsage pour montrer, encore soutenus par les bonnets d’un soutien gorge coloré, ses deux jeunes seins fermes à celui qui, de toute évidence, en demandera plus afin d’être le premier et le seul à voir cette gorge intacte qu’animera une palpable inquiétude.

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

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Line, quarante-sept ans, divorcée, vit loin des siens à Nantes. Elle connaît la tentation des sites internet où les rencontres semblent faciles, et se trouve face à Maître Hugues...

De cette période de sa vie, elle parle peu, non qu’elle en ait honte mais parce qu’il faut trouver les bons interlocuteurs. On ne peut dire impunément à un compagnon plutôt tranquille, à une fille adolescente qui s’accoutume doucement à un presque beau-père et à un garçon d’une dizaine d’années que trois auparavant, on était complètement différent. Ce serait infiniment périlleux : alors, on ne dit rien.

Line sait se taire. Quand on commence à savoir le prix des choses, on mesure le pouvoir du silence. A quarante-sept ans, elle se présente comme une personne mesurée, une femme à qui on peut faire confiance, ni trop intelligente, ni trop belle. Juste une employée appréciée car travailleuse et une compagne pondérée. La secrétaire qu’on ne voudrait surtout pas limoger; l’amoureuse qui sait écouter et au côté de laquelle, on veut passer des années.

La mémoire « publique » de Line est faite sur mesure. Elle s’est mariée très jeune, a eu deux enfants, s’est séparée douloureusement d’un allemand affairiste installé en France et a connu une période très difficile : un train de vie ralenti, un ex-époux rancunier et avare, le retour du fils aîné à Munich, chez son père et les turbulences d’une préadolescente déstabilisée. Des moments vraiment durs avec des cris, des reproches, des fugues. Marianne retrouvée une nuit dans un commissariat. Marianne quittant la maison la nuit, Line la recherchant. Et puis, Claire, la sœur qui propose une solution : que Marianne vienne habiter Avignon avec elle et qu’elle vive au sein d’une famille stable : un mari cadre bancaire, elle, professeur de lettres et trois garçons travailleurs et bien éduqués.

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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