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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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29 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Vincent se confie (2)

LITHOGRAHIE HOCKNEY

Invitée par Phillip Hammer, Isée est à New York. Vincent, le jeune compagnon de Phillip, se confie à elle

-Vous vous souvenez?

-Des attentats? De sa mort? Oui, des deux. J'avais treize ans. On me demandait de participer à un deuil national alors que le mien était tout ce qu'il y a de plus personnel. De gré ou de force, j'ai participé aux deux et puis, tout a changé.

-Vous êtes resté avec votre père?

-Oui, mais pas très longtemps. J'étais un élève compliqué, bon parfois. Avec ma mère, on parlait en français. Elle était vraiment jolie et toute blonde. Elle s'appelait France. Elle m'apprenait beaucoup de mots, les verbes, les phrases. Elle était arrivée à vingt ans aux USA mais le rêve américain n'a pas été pour elle. A trente-trois ans, elle est partie. Je n'aimais pas tellement mon père quand elle était vivante mais quand elle est morte, ça a été pire. Je lui ai échappé assez vite.

-Comment cela?

-J'ai fugué quand j'avais quinze ans. Vivre avec lui ne présentait aucun intérêt. On m'a retrouvé et j'ai recommencé, alors je suis allé dans un internat spécialisé. Il y avait des éducateurs. Ce n'était pas très bien surveillé. Je ne savais rien de la sexualité ou presque à mon arrivée mais bien plus au bout de quelques mois. Il n'y avait que des garçons. Je crois que c'est clair.

-Oui, très. Vous avez eu un diplôme?

-Dans cette école, non. A dix-sept, dix-huit ans, j'étais déjà à New York et je me débrouillais comme quelqu'un de cet âge assez jeune et assez beau peut arriver à le faire. J'aimais bien l'alcool et les pilules de toutes les couleurs et je pouvais en acheter.

-Et vous avez rencontré Phillip?

-Ah non pas tout de suite. J'ai rencontré tout un tas de types qui avaient la quarantaine, toujours pour le même motif. ça me permettait d'avoir de l'argent. Un de ces types, un jour, s'est révélé autre. C'était un musicien, un trompettiste. Quand je l'ai entendu jouer, j'ai eu comme un déclic. Je voulais pouvoir faire cela. Il m'a poussé à mettre de l'argent de côté et à me former. Petit à petit, je suis devenu un bon instrumentiste et vous voyez, j'ai fait tout ce qu'il faut pour devenir encore meilleur.

-Vous êtes parti de loin et vous pouvez remercier cet homme. Quel était son nom?

-Andy.

-Vous lui avez dit que maintenant vous êtes musicien professionnel?

-Non. Je l'ai perdu de vue. Je l'ai cherché à un moment sans le trouver. Il n'allait pas toujours très bien. Je pense qu'il est mort.

-Et Phillip?

-Je l'ai connu plus tard.

-Il a dû vous rassurer. Il est très stable.

Il eut un rire un peu faux, presque douloureux.

-Je jouais déjà dans un orchestre, mais pas celui-là. J'avais envie d'un type mature pour un soir. Internet, je n'aime pas trop et sur les sites, les types viennent de n'importe où. J'ai utilisé un système de réseaux téléphoniques. On est très vite en rapport avec beaucoup d'hommes et on essaie de faire le tri tout en sachant que c'est possible car géographiquement, ils sont dans le périmètre. Lui, j'aimais sa voix et puis je trouvais qu'il était clair dans ses demandes. Je l'ai fait venir chez moi. J'étais à Brooklyn à l'époque et il a fait le trajet sans sourciller. On a baisé tout de suite et on a adoré ça, lui comme moi. On s'est revus deux ou trois fois pour les mêmes raisons puis notre relation a pris un autre tour.

J'étais suffoquée. Au moins, il était direct.

-Qu'est ce qui a changé?

-Il est très strict, comme vous savez. Le cirque avec les mecs, j'ai arrêté et avec les femmes mûres aussi. Je ne suis pas un ange mais globalement je suis sage et surtout je vis pour la musique.

Je m'efforçai de rester neutre tout en recevant de ce presque inconnu de lourdes confidences. Je me faisais petite et naïve comme la fille nue du tableau en escomptant obtenir un plus grand dévoilement.

-Donc vous avez une bonne relation avec lui?

Ma question n'obtint pas le résultat escompté. Il devint frondeur.

-Elle est compliquée mais vous n'avez pas à savoir jusqu'à quel point et de toute façon, vous, c'est Zacharie qui vous motive...

-Bien sûr.

-Bien sûr? Alors, travaillez l'idée d'aller dans le Montana.

Il partit et je me sentis mal mais le lendemain, calculant le décalage horaire, j'appelai Zacharie et lui racontai New York. Il fut chaleureux et enthousiaste et me dit de nouveau qu’il m'attendait. Dans la même journée, j'eus un appel de mes parents car Noël approchait et que passais toujours cette fête avec eux. Ils me congratulèrent pour les photos que je leur envoyais de mon voyage et m'annoncèrent que, se sentant vieillir, ils avaient décidé de me faire une avance sur héritage. Ils me rendaient propriétaire du studio aux Invalides et me faisaient don, en complément, d'une bonne somme d'argent. Le bonheur que j'éprouvais suite à ces deux appels fut sans partage. Rien ne me faisait plus peur.

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25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Sortir avec Vincent à New York.

TORSE NU

Invitée à New York par Phillip Hammer, l'homme à qui elle a donné des cours de français à Paris, Ysée est attirée par Vincent, le jeune compagnon de son hôte. Sans que le jeune homme le sache, elle lui a joué un tout étrange. Fascinée par lui, Ysée manque de distance et demande au jeune musicien de la conduire dans une boîte gay.

Quand demandai-je au trompettiste de m'emmener danser ? Il ne se le fit pas dire deux fois et m'emmena dans la dixième avenue au Marquee où tout le monde dansait jusqu'à l'aube. Même en semaine, il y avait plein de monde. Il était très à l'aise, blond, mince et beau comme il était et après avoir longtemps dansé avec lui, je le perdis de vue. Je le retrouvai avec une brune canon qui riait beaucoup avec lui. Il me la présenta. Elle s'appelait Kate et était soliste dans un groupe de rock qui, lui-aussi, se produisait dans des boites à la mode, mais pas les mêmes.

-Kate et moi nous connaissons depuis pas mal de temps. On s'était un peu perdus de vue mais on se retrouve ce soir avec plaisir !

C'était le moins qu'on puisse dire. Ils venaient de s'embrasser et s'apprêtaient à recommencer. Je me maudis de ne pas avoir le joli visage mutin de Kate, sa silhouette mince et gracieuse et je m'en voulus aussi de ne pas porter comme elle une jupe très courte et un bustier pailleté. Elle portait de longues boucles d'oreille très voyantes et des talons hauts qui me laissaient confiante dans l'équilibre qu'elle savait garder. Avec cela, elle était fraîche. Je bouillais intérieurement. Ils n'avaient vraiment pas l'air d'être restés longtemps sans se voir et encore moins de s'être brouillés. D'où sortait la phrase de Phillip sur le fait que cette fille en avait eu assez du jeune musicien puisqu'il ne voyait que par son amant? Cette fois-là, j'eus vraiment le sentiment de terminer la soirée seule...

Quand demandai-je à aller dans un bar gay? Phillip déclina immédiatement ma proposition mais Vincent releva le défi. Il me conduisit au Boxer, dans la trente septième. Il était déjà une heure du matin. Vêtu de noir, il portait un bracelet de force à son poignet droit. Il était très attirant, à la fois timide (il baissait un peu la tête et ne regardait pas dans les yeux) et provoquant (son jean et t-shirt noir étaient moulants et il portait son blouson de cuir comme un uniforme). Il connaissait pas mal de monde ici et on lui touchait facilement l'épaule ou le bras. Oui, il était chez lui, qu'il prît un verre, qu'il dansât ou qu'il discutât. Le voir danser avec d'autres hommes provoqua en moi une joie intense et de l'excitation. Je restai pourtant sagement à ma place car si personne ne me disait rien, c'est parce qu'il y avait mis les formes en me présentant comme une amie Française qu'il accueillait et ne voulait pas laisser seule ce soir-là. Je le regardai donc évoluer et quand quelqu'un l'embrassa, je ne baissai pas les yeux. Lui, de toute façon, rayonnait et discrètement, je crois, s'amusait de moi. Quand avais-je vu des barmen torses nus, jeunes et aussi sexy ? Et quand avais-je côtoyé ceux qui venaient ici : les couples déjà formés et les célibataires en quête de bonne fortune, tous très séduisants et très à la mode? J'étais naïve quand je croyais découvrir un univers différent du mien où je me sentirais bien car celui-ci existait depuis longtemps et personne ne m'y avait attendu...A sa manière pleine de charme, il me le faisait comprendre...

 

25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Un cadeau et un piège.

IL LIT

 

Invitée à New York par l'Américain Phillip Hammer, Isée, jeune enseignante, est troublée par Vincent, le beau trompettiste que son hôte a pour compagnon. Mais compte-tenu du passé, lui faire des avances ne va pas sans risque...

Les expériences se succédaient et lentement mais sûrement je me mettais dans la posture de celle que j'avais été: la faussaire qui s'était fait passer pour l'être aimé afin de le séduire. Vincent, je l'observais de jour comme de nuit, surtout de nuit. Je me réveillais alors qu'il dormait profondément et j'allais le contempler. Il n'était pas frileux et repoussait souvent sa couette. Je pouvais donc contempler son visage que le sommeil avait détendu et son torse qu'un simple t-shirt blanc moulait étroitement. Il avait de très longs cils blonds, des pommettes hautes et une jolie bouche à la fois gourmande et enfantine. Il avait embrassé Kate, cette jolie fille, dans la boite ù ils s'étaient retrouvés. A l'évidence, la liaison qu'il avait avec elle était bien vivante. Il s'était laissé enlacer par un certain John dans une autre boite, l'avait embrassé lui-aussi mais avait refusé d'aller plus loin. Il s'était écarté en riant. Ces gens-là ne le voyaient pas comme moi je le voyais. Là, il m'appartenait. Je le volais à Hammer. Il était mien. Je n'osais tendre la main pour effleurer sa joue mais je restai là un long moment et chaque matin, je me sentais plus proche de lui. Il n'aimait guère les portraits de femme que je lui avais fait lire mais il aimerait les textes poétiques que j'écrirais sur ce qu'il était: lui en musicien, lui en patineur, lui en amoureux de la vie déambulant tranquillement dans une des rues de son quartier, lui buvant un verre dans un café avant de rentrer chez lui écrire des chansons. J'écrivais et encore et je chantonnais Delta Autumm ainsi qu'un air qu'il avait joué seul pour moi, Black Pearl, un air plus joyeux que le précédent. Toujours dotée de ma grande naïveté, je recopiai mes textes sur de très beaux papiers, les fis relier et les lui donnai. Ce n'était que des instantanés mais ils étaient pour lui. J'espèrais qu'il les trouverait beaux. Ce cadeau le surprit, il prit son temps pour lire mes textes, assis chez lui sur son grand canapé démodé tandis que, assise sur son lit, j'attendais son verdict.

-C'est très joli.

-Alors, ça vous plaît !

-Oui, mais ce n'est pas moi.

-Bien sûr que si ! Ce sont des instantanés de vous.

Il parut ennuyé.

-Isée, je vous reçois ici par simple sympathie.

-Oui, bien sûr. Je sais.

-Alors, vous savez aussi que je suis ambigu, que j'aime séduire et jouer avec les autres. Allez, vous avez compris cela !

-Alors qu'y a t'il de mal ? Je suis sensible à ce que vous êtes et j'ai envie que vous m'embrassiez...

-Phillip a lu ses textes?

-Ils sont pour vous.

Il soupira de nouveau mais ne poursuivit pas la conversation. Il posa sur une étagère le beau recueil et ce fut tout.



25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Double jeu.

 

BELLE IMAGE

 

Parce qu'elle a joué double jeu avec lui, Isée, jeune Française en vacances à New York, à l'instagation de Phillip Hammer, l'américain à qui elle a donné des cours. Il est lié à ce Vincent qu'elle aimerait séduire, Le beau trompettiste l'attire. La situation est trouble mais Isée, voulant tout savoir de lui, fouille dans ses affaires

On approchait du 31 décembre et je m'en réjouissais. Phillip invita pour la veillée une douzaine d'amis dont tous n'étaient pas gay. Juana avait fait des merveilles culinaires et on fit autour d'une belle table aux ornements blancs un délicieux repas avant de partir pour Times Square où le compte à rebours était commencé. L'associée de Phillip était là avec son mari ainsi qu'un ami de jeunesse heureusement marié à la même femme depuis longtemps. Deux couples gay complétaient la bande et il avait invité une femme d'une cinquantaine d'années, une journaliste avec laquelle il était ami. Je ne doutais pas qu'il l'eut fait par souci de moi, de façon à ce que je ne sois pas la seule à ne pas être accompagnée. Pendant le dîner, il eut pour Vincent des gestes tendres qui m'irritèrent et il en eut de nouveau au milieu de la foule alors qu'approchait le minuit fatidique. Dans son appartement, il avait caressé la joue de son compagnon, lui avait tenu la main et maintenant il avait passé la main autour de son épaule. Un délire s'emparait de moi et je pouvais le contrôler. Ce n'était pas à lui de faire cela, c'était à moi à cause de tous ces messages échangés et de tous ces mots d'amour que Vincent m'avait dit, même s'il croyait parler à son amant et ne savait pas que c'était moi. J'étais outrée mais bien sûr j'affichai un grand sourire et sautai de joie quand, l'heure de minuit s'affichant sur les écrans géants de Times square, tout le monde se mit à hurler et à se congratuler. Hammer, cette fois très chaleureux, me souhaita une bonne entrée dans l'année nouvelle et Vincent aussi mais je le sentis sur ses gardes. Nous formions cependant une bande joyeuse et il nous restait à boire un verre puis un autre pour prolonger la soirée. Cela dura jusqu'à trois heures du matin, encore qu'à cette heure-là, nous n'étions plus que quatre, la belle journaliste et l'associée de Phillip ayant déclaré forfait. Nous rentrâmes en taxi et je restai avec eux deux. Notre réveil fut tardif et je fus surprise d'apprendre que l'après-midi ils avaient un rendez-vous auquel ils ne pouvaient me convier. Je restai donc chez Hammer et écoutai de la musique avant de regarder un film. Un premier janvier calme...après tout...

Je m'inquiétai un peu le soir car ils ne rentraient ni l'un ni l'autre et dus attendre longtemps un texto m'informant qu'ils seraient en dehors de New York jusqu'au lendemain. Le deux janvier au matin, la maison étant toujours vide, je me rendis chez Vincent où je ne trouvai personne non plus. Comme je le faisais souvent, je fouillai discrètement dans ses affaires. Il était précautionneux car je n'y trouvai jamais grand indice de ses liaisons parallèles. Restait son ordinateur mais il y avait un mot de passe. Cela me frustrait. J'aurais tant voulu savoir à qui il écrivait et quoi, ce qu'il écoutait comme musique, ce qu'il regardait comme films, sur quels sites gay il allait et s'il correspondait avec Kate mais je n'avais pas les connaissances requises pour contourner ce verrouillage malheureusement.

CAFE DORA

Je restai frustrée dans mes recherches et au moment où j'allais les abandonner, je me rendis compte que le beau recueil que j'avais offert au tendre trompettiste n'était plus là. L'aurait-il emporté avec lui? Si c'était le cas, je ne pouvais que m'en féliciter. Cela signifiait que les mots que j'avais employés commençaient à atteindre leur but et que ce jeune homme auquel je m'adressais se laissait toucher par moi...Si c'était le cas, je devais chercher encore. Galvanisée, je fouillais encore et finis par trouver un carnet de notes emplis de petits textes et de dessins. Je m'empressai de les lire. Il s'agissait en fait de récits courts sur les aventures rapides qu'il avait. Il y avait de brèves description des hommes rencontrées, des mensurations et des remarques très crues sur la qualité des rapports sexuels qu'il avait eus avec ces types. Phillip n'apparaissait nulle part alors que les numéros de téléphone s'alignaient. Ce jeune homme, qui aux dire de l'Américain, s'était beaucoup calmé et était devenu sage, m'avait bien l'air d'être insatiable et d'avoir le diable au corps. Encore que...A y bien regarder, les dates qui se succédaient étaient un peu anciennes et les derniers commentaires remontaient à un an et demi. Ceci, selon moi, ne présumait de rien. A ce que j'avais pu voir quand nous étions allés en boite, il avait l'air très libre. A coup sûr, il avait des aventures fréquentes. Hammer se trompait. Cette découverte que je fis me rendit plus forte. J'avais écrit à ce bel être de jolis textes poétiques. Il ne m'aimait pas mais il m'aimait bien. Il n'était pas farouche. Avec lui, j'irais plus loin.

 

24 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Un texte étrange.

DOUANIERRRRRRRRRRRRRRRRRRRRR

Isée est en vacances à New York car deux Américains avec qui elle est liée l'ont invitée. Mais leurs relations prennent fin brutalement. Dans un texte étrange, la jeune femme tente d'en capturer l'étrangeté

Quand me décidai-je à écrire un nouveau texte dans lequel toutes mes expériences se mêlaient? C'était deux jours après cette scène. J'écrivis tout d'une traite et ne me posai aucune question.

Elle vient d'entrer dans le tableau. C'est une forêt tropicale aux arbres étranges. Souvent leurs branches sont dépourvues de feuilles et se dressent vers le ciel en d'étranges contorsions. Les fleurs tropicales sont énormes. Leurs couleurs sont extrêmes et leurs feuilles sont démesurées. Il est facile de se dissimuler derrière elles car bien que claires et dentelées, elles sont opaques.

Au départ, elle est sans peur et quand elle s'approche d'un plan d'eau, elle est ravie. Elle s'étonne vite cependant que des mammifères marins y pullulent. Les dauphins sont nombreux et ils s'ébattent en eau douce sans éprouver de malaise, ce qui la surprend. Elle constate aussi que des baleines s'ébattent joyeusement dans un espace qui lui apparaît maintenant bien plus vaste que prévu. Tout ceci est étrange malgré tout et quand elle se comprend que des humains se baignent en même temps que ces grands mammifères, elle s'interroge. N'est-ce pas dangereux? Elle se retourne alors vers la foisonnante végétation tropicale dont la densité ne lui a pas échappé quand elle est entrée dans le tableau puis elle prend peur. Parmi les arbres aux branches contournées et les fleurs aux immenses calices circulent des animaux dangereux : longs serpents noirs aux anneaux nombreux, panthères lascives aux yeux d'or, lions à la crinière flamboyante et hyènes à l'étrange démarche. Jusqu'alors silencieux, le paysage s'emplit de bruits. Les fauves feulent, la hyène rit sauvagement et le serpent émet un sifflement lancinant. Elle hésite à se lancer dans un univers si inquiétant mais en se retournant vers l'étendue d'eau, elle découvre que celle-ci est devenue noire et que les bienveillants mammifères qui la parcourait ont été remplacés par des serpents de mer, des murènes, des araignées géantes et des poissons tropicaux venimeux. Tenter d'entrer dans l'eau est désormais impossible. Elle se décide donc à aller dans la forêt. Elle découvre bientôt que nul ne fait attention à elle. Les animaux, quels qu'ils soient, la laissent circuler sans l'inquiéter. Ils ne tuent que leurs congénères. Elle reste longtemps seule, sans voir la moindre trace d'être humain mais au moment où elle se désespère et cherche le moyen de sortir du tableau, des yeux apparaissent sur toutes les feuilles des arbres, les troncs des arbres et les pétales des fleurs. Ils sont très ronds avec une orbite blanche et une pupille noire. Les paupières sont inexistantes et les yeux n'ont pas de cils. Ils sont mobiles même s'ils ne ferment jamais. Ils la cherchent: elle met du temps pour le comprendre puis elle l'intègre. Elle se dit que ne pouvant répondre à tous les signaux, elle doit choisir les plus pertinents. C'est peine perdue puisqu'ils sont tous identiques. Elle en choisit alors deux au hasard et les suit. Ils agissent comme des signaux qui s'enchaînent et ils la conduisent à une grande clairière où évoluent des hommes à têtes de monstres mythologiques. Leurs traits évoquent ceux des Gorgones. Ce sont des masques à la bouche hurlante et au regard fixe dont les cheveux sont des serpents entrelacés qui bougent et sifflent. Le corps de ces monstres est d'un noir velouté. Ils possèdent une longue queue couverte de fourrure) poil ras, la même qui est sur leur corps. A ce qu'elle voit, ils ont des flûtes dont ils se servent pour jouer des mélopées étranges et disgracieuses. Les monstres tournent autour de victimes sans défense. Ce sont de jeunes hommes ou de jeunes femmes qui sont allongés nus sur le dos, les bras et les jambes enserrés dans des liens qui les maintiennent au sol. Quelques-uns d'entre eux sont éviscérés avec les épieux qu'utilisent les monstres noirs tandis que d'autres sont laissés intacts tant qu'il y a délibération. En effet, les créatures noires s'assemblent en jury. Au bout du compte, quatre d'entre eux sont libérés et sommés de s'enfuir le plus vite possible dans la nature. Les autres meurent. Sidérée, je reste cachée et n'ose bouger de la grande clairière où j'ai vu les monstres. Je constate que l'une des victimes y revient en hurlant et que la créature maléfique qui la poursuit lui promet la vie sauve s'il accepte une sodomie sauvage. Le fuyard l'accepte mais son violeur le tue.

Inquiétant 1

Il en est de même de la seconde victime. Une fois dans la clairière, il subit les assauts d'une créature monstrueuse qui se révèle être de sexe féminin. Elle le chevauche, prend son plaisir et tue sa victime en l'éventrant, comme l'avait fait le précédent. Il reste deux fuyards qui, un long moment sont introuvables. Les yeux ont disparu des feuilles et des pétales et la lumière a beaucoup descendu. La jungle est désormais très bruyante car les animaux se réveillent ou sortent de leur léthargie. Ils ont soif et veulent chasser. Leur comportement vis à vis des monstres noirs à tête de Gorgone se modifie et ils leur deviennent peu à peu hostiles. Des attaques éclatent, des embuscades sont tendues. Les deux victimes me frôlent car ils veulent se cacher près de moi, sachant que désormais, la clairière est sûre. Il y a toute jeune femme blonde aux petits seins et aux cheveux bruns et courts et un jeune homme blond, grand, mince mais athlétique. Je vais les protéger jusqu'à la sortie du tableau...La jeune femme, au moment où elle s'élance pour sortir, est transpercée par une lance. Le jeune homme recule. Il était lié à la malheureuse et se penche sur son cadavre. Je crie pour qu'il se hâte et enjambe le cadre du tableau mais un des monstres réapparaît brutalement. Il se précipite sur le pauvre jeune homme et l'égorge. Je prends mon élan et, sans état d'âme, je sors.

 

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24 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Fin de partie à New York.

ETRANGE

 

Comme arrivait le dernier jour de mon séjour, Hammer arriva à l'improviste. Il portait un costume sombre et une chemise rouge sans cravate sur un élégant manteau. La conversation fut brève. Comme je me levai pour aller chercher du café, puisqu'il voulait en boire, il me suivit et me prenant par le bras, il me poussa contre un mur.

-Ne te débats pas. Ne te retourne pas.

Il remonta rapidement sur mes hanches ma robe en laine et baissa mes collants d'un geste sec. Je l'entendis ouvrir ses vêtements puis le laissai se coller à moi. Il tenait dans sa main un membre épais et il le guida jusqu'à la pénétration. Je suffoquai quand elle eut lieu et fut surprise qu'il ne se hâte pas. Il ne me faisait pas mal, bien au contraire, me dispensant un plaisir âcre et dense qui devenait plus fort à chaque mouvement de rein qu'il faisait. Je me sentais très femme malgré le caractère sordide de cette prise silencieuse et quand je lui demandai de me prendre les seins, il le fit. Je lui demandai aussi de ne pas se retirer trop vite et après avoir joui sommairement, il resta un peu en moi.

Il se retira ensuite et se rajusta. Nous n'échangeâmes pas une parole et il partit rapidement. Je terminai le séjour seule et dans l'avion, je pleurai.

 

23 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3.

 

envie de

 

Isée, professeure trentenaire, a été échaudée par deux hommes, Phillip et Vincent. Elle confie son trouble à son ami Zacharie.

J'hésitai puis lui fis parvenir Le Trompettiste

Immobile, il attend

Puis la musique sourd de lui

Delta Autumn

Black Pearl

Il module des univers

Le Trompettiste

Son corps est musique

Et de son souffle jaillissent

La joie et la mélancolie

Il s'arc-boute contre un monde

Dont il veut changer la teneur

Il veut l'emplir de beauté

Et quand il s'arrête de jouer,

Il a réussi, il l'a fait.

 

Et j'ajoutai Endormi

Cheveux blonds emmêlés

Souffle régulier

Il dort

Des rêves l'animent

Et quand il se retourne

Il y met fin

Il ouvre les yeux dans le noir

Et il regarde le monde bleuté de la nuit

Puis de nouveau il s'endort

Quittant sa vie réelle

Pour le monde impalpable

D'un sommeil qu'il veut sans fin.

Zacharie, dont je commençai à connaître le style épistolaire, s'emporta.

Cet enfant de putain t'a mis à la porte car tu as écrit des textes comme ça sur son petit ami ! Est-ce que tu te rends compte? Il n'y a pas un mot irrespectueux dans tes textes, même le désir que tu éprouves est sublimé. Ce sont des caves, Isée, ils sont malsains. Te laisser seule les trois derniers jours pour ça ! Tu me dis que tu as fouillé dans les affaires de Vincent, et alors? Il t'y poussait de toute façon et l'autre qui t'a demandé des comptes après ce qu'il t'avait fait faire ! Non, je t'assure, ils ne valent pas la peine que tu pleures.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Aux portes de la villa Ada...

villa MYSTERIEUSE

En fuite en Italie du nord, Lucas et Nicholas, deux enfants malades, sont conduits par Stefano, leur jeune guide, aux portes d'une villa mystérieuse...

Quelque part en Campanie, à la sortie d'une bourgade s'élevait la villa Ada. Entourée de hauts murs, elle était de construction ancienne. Son parc, assez vaste, était peuplé de fontaines et de statues. Contrairement à ses habitudes, le jeune italien ne s'arrêta pas à l'arrière de la maison pour les faire entrer en catimini par une porte de services, il se gara devant une maisonnette au toit orangé qui ressemblait fort à un logement de gardien. Là, il les fit descendre et les installa. C'était exigu à l'intérieur et les deux enfants s'étonnèrent d'être placés dans une chambre si petite qu'elle ne pouvait guère contenir que deux lits. Son unique décoration était un calendrier religieux contenant toutes sortes d'images de saints. En y regardant de plus près, Lucas constata que ce calendrier avait deux ans de retard. En regardant autour de lui, il comprit vite que contrairement aux autres lieux où ils avaient séjourné, celui-ci n'était pas habité depuis un moment. En irait-il de même de la grande villa ? Il espérait bien que non. L'été s'étant installé, aucun d'eux n'avait à souffrir du froid mais cette petite maison était humide et sentait le renfermé. C'était déconcertant. Soucieux de rassurer les enfants, Stefano ouvrit grand les fenêtres, changea les draps et la nappe de la table et sortir du coffre toutes sortes de provisions. Il prépara un chocolat chaud pour Lucas et Nicolas et, les sentant aux aguets, il se résolut à répondre à leurs questions, sachant que, comme à l'accoutumée, ce serait Lucas qui serait le plus tenace.

-Tu ne veux pas nous dire où on est ?

-Si. Nous sommes à dix kilomètres de Naples. Cette villa se trouve dans un lieu-dit. Vous pourrez vous promener dans le parc qui est très joli.

-Et la villa ?

-Vous irez ?

-Il y a des gens.

-Oui mais pas ceux que vous croyez.

-Je ne comprends pas.

-Cette villa date des années trente. Elle est ancienne. Elle a connu le fascisme. Parmi ceux qui l'ont habité, il y a eu des dirigeants politiques. Oh, pas des gens de premier plan, non, mais tout de même. Ils soutenaient Mussolini, ont participé à la guerre et n'ont jamais été inquiétés par la suite. Disons qu'ils se sont fondus dans la masse.

-Oh mais ça fait longtemps, ils sont morts.

-Toujours ta logique, Lucas. La villa a tout de même était habitée jusqu'il y a dix ans. Maintenant, elle appartient à une fondation qui protège les artistes. C'est un lieu de villégiature pour certains d'entre eux. Ils viennent se mettre au calme pour écrire, composer de la musique ou peindre. Actuellement, elle est vide mais la semaine prochaine, ce ne sera plus le cas.

-On va rester pour les rencontrer ?

-Les artistes ? Non, Nicolas, nous serons partis.

-Alors elle est vide...

-D'êtres réels, oui.

-On va y aller ?

-Oui mais seuls. Moi, je vais rester ici. Vous aurez des heures où vous pourrez vous y rendre et une mission à remplir.

 

EXTRAVAGANTE

-Des missions ? On est des agents secrets !

-Non, Nicolas, pas tout à fait. Cela fait partie du programme. Tout sera très clair dès que vous serez entrés dans la villa. Il faudra être bien concentré et passer toutes les épreuves.

-Des épreuves, on a déjà eu beaucoup !

-Je sais, Lucas. Celles-ci sont différentes.

-J'espère bien ! Bon et cette Ada, on va la rencontrer ?

-Tu sais bien que non ! Elle est morte depuis longtemps. C'était une poétesse, une Futuriste qui malheureusement a eu une courte vie. A vingt-six ans, elle qui adorait le poète Ungaretti, a eu un accident de voiture. Son père qui avait acheté cette villa sur ses conseils, l'a débaptisée pour la renommer en hommage à sa fille. D'où la villa « Ada ».

-Et son nom de famille, c'était quoi ?

-Laviatti.

-Dans la maison, il y a aussi des calendriers qui datent de deux ans que personne n'a remplacé ?

Stefano ne put s'empêcher de rire.

-Dans la petite maison où nous sommes, tout est ancien car il n'y a plus obligation d'un gardien permanent. Quelqu'un vient régulièrement de l'extérieur vérifier que tout est en ordre. Il passe ici aussi pour aérer et il lui arrive de rester dormir en hiver mais c'est tout. C'est un lieu qui n'a plus trop d'intérêt mais il cadre avec l'ensemble ; il est donc exclu de le faire disparaître.

-On le verra, ce gardien épisodique ?

-Non, Nicolas.

-On ne verra personne comme les autres fois ?

-Pourquoi poser plusieurs fois la même question ? C'est inutile. Tu as déjà eu tes réponses.

En effet tout avait été dit. Restait à vivre une expérience nouvelle qui leur demanderait beaucoup.

-Préparez-vous, les enfants.

Il y avait une certaine solennité dans le ton de Stefano, qui tranchait avec son habituelle décontraction. Nicholas et Lucas perçurent le changement et adaptèrent leur attitude. Ils se raidirent et devinrent très sérieux.

Dans les deux jours qui suivirent, ils marchèrent beaucoup dans le parc, seuls ou avec Stefano et récitèrent leurs mantras de paix et de force. Puis vint le moment de l'épreuve : ils devaient entrer dans la maison.

8 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Croire qu'on peut guérir.

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 Le jeune Lucas, enfermé dans un hôpital pour enfants, pense que rien n'est inéluctable et tente de secouer l'inertie des petits malades...Quant à lui, un chien magique lui parle et l'incite à partir...

A plusieurs reprises, en retrouvant ses camarades de cours, il tenta de les aborder. Il fut frappé d'abord par le fait que plusieurs de ceux qu'il connaissait ne venaient plus. Nicolas était encore là mais il se montra railleur et grossier. Les nouveaux-venus le regardèrent avec incrédulité quand il parla et les autres se plaignirent à leurs enseignants. L'un d'eux s'en prit à lui.

-Tu leur dis qu'ils ne sont pas malades !

-Ils sont malades mais rien n'est définitif.

-Pour toi, peut-être...

-Pour eux aussi !

-Peut-être es-tu trop jeune pour comprendre...

-On n'est jamais trop jeune pour traverser la mort ! Je la traverse, moi, depuis des années...

-Tu es fou !

-Non.

-C'est un discours exalté et intolérable. Tu leur fais beaucoup de tort en leur parlant ainsi !

Lucas vit un médecin puis un autre. Ils lui tinrent le même discours. L'année scolaire allait s'achever. Aux vacances, l'enfant avait pu rejoindre les siens pour Noël et à Pâques, ils étaient venus. Il était prévu que pendant les congés d'été, il ferait moitié-moitié, Jérémie et Noémie pouvant loger dans une des ailes du centre, réservée aux visiteurs. Toutefois, son attitude présente rendait ce projet peu réalisable. L'état physique de l'enfant ne s'était ni aggravé ni amélioré mais son état psychique, lui, avait évolué. Il en était à dire à des enfants gravement malades et sans espoir de guérison, qu'ils en sortiraient. Il risquait un passage dans une unité psychiatrique et recevait de ses parents des lettres affolées.

Lucas n'arrivait pas, malgré tout cela, à se dire qu'il avait tort. Dans ce service hospitalier, il existait certes de petits malades que la mort allait happer mais d'autres pouvaient devenir aussi fous que lui et vivre.

Ne voyant plus Nicolas en cours, il décida de le voir en cachette et y réussit.

-C'est fini, mon vieux, lui dit le jeune garçon que la maladie avait décharné.

-Non, ce n'est pas fini !

Lucas parla encore et encore et une lueur de bienveillance parut dans les yeux du jeune malade.

Les messages que mentalement lui délivrait Lucky étaient désormais nombreux. Dès qu'il les aurait décryptés, il conviendrait d'agir.

Agir, c'était partir.

 

6 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lucas se transforme...

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Lucas, lui, était dans une posture différente. La maladie étrange qui l'accablait l'avait familiarisé avec le surnaturel et les jeux de hasard. S'enfuir avec un inconnu à tête d'ange lui plaisait autant que d'ignorer l'itinéraire à suivre. Et puis, n'étant jamais sorti de France, se déplacer dans un pays nouveau le ravissait. Au milieu d'eux, Stefano, qui parlait un français approximatif, se posait comme leur guide.

Il parut assez vite que les deux enfants ne se trompaient pas. Ils étaient entre de bonnes mains. Le jeune italien se révélant aussi pragmatique que de bonne composition, il conduisait vite mais sûrement. La petite Fiat noire filait bon train sur l'autoroute. Bercés par les kilomètres, les deux enfants s'endormirent. Au bout de quatre heures de route, on s'arrêta dans une maison, à la sortie d'un village. On était déjà en Italie.

-On parle italien, ici ?

-Oui.

-Où on est ?

-Dans le nord...

-Oui, mais ça s'appelle comment ?

-On est à la campagne...

-Il y a Milan pas loin ?

-Tu es savant, Lucas mais non.

-Dis-nous le nom du village...

-Luciola.

-C'est vraiment ce nom-là ?

-C'est le nom de la maison. Casa Luciola.

A l'évidence, ils restaient dans le vague, Stefano se voulant évasif. Ne leur laissant pas le loisir d'admirer le paysage, il les fit entrer dans une villa de plein pied aux volets fermés. Bien que vide, la maison ne sentait pas le renfermé. Elle était joliment décorée et pleine d'objets familiers. A en juger par les fruits qui emplissaient une corbeille, un reste de pain frais dans une panière, des magazines posés ça et là et quelques vêtements jetés négligemment sur un fauteuil ou un canapé, elle était occupée. On venait même d'en sortir. Les deux enfants, très intrigués, découvrirent trois chambres d'adolescents avec ordinateur et lecteur de DVD. Ils comptaient s'ébrouer dans l'une des salles de bain et se mettre à jouer tant ils étaient alléchés par les jeux vidéo qui trônaient en abondance dans la maison, mais le jeune italien se montra directif. Il cuisina un délicieux plat de pâtes et les fit manger avant de leur attribuer une des chambres. Les enfants découvrirent qu'elle avait été vidée de tout moyen de communication. Ils ne pourraient ni regarder la télévision ni téléphoner. Ne s'en offusquant pas, ils se douchèrent et lézardèrent. Au bout de quelques heures, le jeune homme les fit revenir dans le salon principal. Il avait installé sur une table tout un matériel de coiffure et de maquillage et sur un fauteuil de nombreux vêtements. Il allait transformer ses deux protégés !

Il teignit en blond les cheveux de Lucas qui, de tout temps à jamais, était brun et bouclé. Il lui donna de nouveaux vêtements, bien plus joyeux et décontractés que les précédents. Vêtu d'un short informe rouge et d'un t shirt blanc orné de formes géométriques multicolores, le jeune garçon était difficilement reconnaissable d'autant que l'Italien, le faisant asseoir, lui dit de pencher la tête en arrière. Utilisant de la poudre et un crayon à sourcil, il lui fabriqua un teint hâlé et d'épais sourcils brun clair. Il lui donna d'énormes baskets et orna ses poignets de divers bracelets en corde ou en cuir. Enfin, il fixa à son oreille droite une boucle d'oreille. En se regardant dans un miroir, Lucas poussa un cri. Était-ce lui ?

21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Naples, le Vésuve et la Solfatare.

 VESUVE

6. Suite du voyage et entrée des Enfers.

Il n'avait vu de volcan autrement qu'en photo où à la télévision et la réalité abrupte du Vésuve le saisit. En fond de décor, dans la baie de Naples, il en allait tout autrement de lui. Il semblait faire partie d'un album de vacances qui aurait paru incomplet si on ne l'avait pas photographié. Sa dernière éruption remontait à 1944 de sorte qu'on le disait presque endormi. Toujours accompagné de ses deux acolytes italiens, Lucas en gravit les pentes avec panache et ne fut pas totalement convaincu. Un volcan qui avait pu commettre de tels méfaits, détruisant et des constructions humaines et des êtres qui s'accrochaient à la vie, ne pouvait s'être définitivement calmé. En bon élève, avant de venir, il avait lu ce qu'il pouvait.

Peut-être parce qu'ils étaient adultes, ses deux accompagnateurs n'étaient nullement impressionnés. Cette sortie était une fête et, à sa grande surprise, Lucas dut poser pour être pris en photo. Du temps de Nicholas, aucune demande de ce type ne lui aurait été faite. Il en fut surpris mais au retour de l'excursion, quand il se regarda dans un miroir, dans la salle de bain du domicile de Caterina,il comprit pourquoi l'interdiction était levée. Il n'était pourtant pas parti depuis longtemps mais il était différent physiquement. Ses cheveux n'étaient plus teints et il respirait la santé. Il portait bien sûr des vêtements bleu foncé comme il l'avait souvent fait du temps où il vivait avec sa famille. Malgré cela, en rapprochant deux photos, l'une prise à l'hôpital et l'autre sur les pentes du volcan, on aurait eu peine à prouver qu'il s'agissait de la même personne.

Comme toujours l'évidence était là mais les explications se dérobaient...Signorella, en bonne praticienne, lui faisait prendre un traitement au contenu secret. L'idée était qu'il soit physiquement et psychologiquement au meilleur de sa forme. A l'évidence, à la façon dont il s'était comporté durant cette excursion, il n'avait pas d'inquiétude à avoir.

 

21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Appartement mystérieux à Naples. Gardiens et solitude.

NEWSSSSSSSSSSS

Désormais, Lucas, enfant en fuite, vit chez une mystérieuse italienne, Caterina. Stefano, le guide de toujours l'accompagne...

La nostalgie ne semblait habiter ni l'un ni l'autre de ses « gardiens ». A peine disparu, Nicholas n'occupait plus leur esprit. Que Caterina ne s'encombre pas du souvenir d'un enfant dont elle avait juste entendu parler, il pouvait l'accepter tout en restant surpris. Cette femme combattait la souffrance dans l'exercice même de sa profession et considérait la mort comme un échec. La disparition tragique de ce jeune garçon placé sous la garde de l'Italien taciturne aurait dû l'affecter davantage.

Lucas était moins choqué que Stefano ait la mémoire aussi courte. Tout était si bizarre chez lui ! Tantôt inabordable tantôt primesautier et gai comme un pinson, il ne livrait jamais rien de lui-même. La logique était que pour un jeune être dont il avait eu la charge, il éprouve de la mansuétude. Ce Nicholas, il s'en était beaucoup occupé dans les différentes villas qu'ils avaient occupés après leur départ de France. Et il y avait la villa Ada et la belle propriété du Pausilippe. Pourtant, il ne montrait aucune tristesse. Était-ce de l' indifférence ou de l'égoïsme ? Bien malin qui aurait trouvé la réponse.

Lucas aurait pu laisser courir mais, choqué, il n'en resta pas là. L'Italien, interpellé, fut direct. Il n'était pas égoïste de nature mais, il devait l'admettre, après l'avoir heurté, cette mort l'indifférait. Il savait sa mission courte avec cet enfant mais ignorait comment elle se conclurait. L'ayant découvert, il estimait que la boucle était bouclée. De nouveau, ce jeune Nicolas appartenait à sa famille, à un monde ancien qui allait façonner de lui des images à conserver, un mythe à travailler. Lui, Stefano, pouvait se souvenir mais pas s'attrister puisque cette destinée, le jeune enfant malade l'avait lui-même choisie. Quand il s'ouvrit ainsi, Lucas, qui pensait ne pas obtenir de réponse directe, tomba des nues. L'angélique Stefano savait répondre et ne commettait pas de faute...Cette franchise le rasséréna.

Dans les jours qui suivirent, il resta longuement chez eux, se détachant des nombreuses sorties qu'il avait pu faire. Les ayant faites à un rythme soutenu, il aspirait à souffler, loin de tout emploi du temps chargé, de promenades sous un soleil violent et de courtes pauses. Ses deux hôtes, souvent occupés entre eux de longues conversations, le laissèrent tranquille. Le jeune italien reprit ses courses vagabondes sans jamais dire où il allait. Le soir, il n'était pas toujours là. Caterina, elle, devint une référence, un ancrage. Lucas aimait l'appartement où elle vivait. Un grand salon était prolongé par une terrasse donnant sur une rue passante. Deux chambres toutes deux dotées de salles de bain complétaient l'ensemble et il y avait bien sûr une cuisine. Dans le salon, canapé et fauteuils de cuir blanc jouxtaient une table basse et une autre, circulaire, en bois précieux où l'on dînait parfois. Il y avait un beau secrétaire à tiroirs multiples qui offrait un superbe travail de marqueterie, une crédence chargée d'un antique vase chinois et une bibliothèque où abondaient les éditions rares. A l'évidence, son hôtesse avait hérité de meubles de famille qui étaient très italiens mais et elle en avait acquis d'autres dont les styles étaient divers. De cet ensemble hétéroclite naissait une ambiance particulière à la fois latine et orientale, loin des clichés qui mêlaient le bohème et le raffiné et transformaient un intérieur en page de magazine chic. La cuisine, elle, était rationnelle, plus conforme à l'Italie avec ces agencements un peu anciens et ses bonnes odeurs. La chambre principale était tendue de blanc et de jaune pâle. Le mobilier en était sobre. Le lit était recouvert d'une courtepointe blanche. C'était un lieu paisible. L'autre chambre, qu'occupait momentanément Lucas, était plus petite. Elle était bleu et verte. Les meubles, peu nombreux, étaient blancs. C'était là un univers fonctionnel mais gracieux.

 

MUR DE NAPLS 1

Partout aux murs, sauf dans cette chambre, des tableaux de scènes religieuses ou d'anges musiciens au corps d'enfant rebondi, renvoyaient à une certaine solennité ou à la bonhomie de pratiques chrétiennes simplifiées. Vierge à l'enfant, enfant Jésus dans la crèche ou rois mages voisinaient malgré tout avec quelques représentants du Bouddha ou de Krishna sans que le charme fut rompu...

Dans cet appartement aux volets clos pour conjurer la chaleur diurne, les portes n'étaient jamais fermées de sorte que Lucas se sentait libre. Contrairement aux lieux de vie qui avaient jalonné les premiers moments de sa fuite, il lui était loisible d'entrer et de sortir comme il voulait. Eut-il dévalé les trois étages qui le séparaient de la rue que la réaction de ses hôtes n'auraient pas été nécessairement rapide. Souvent, on était occupé et ne le surveillait pas. Cette confiance l'honorait.

De la même façon, télévision et ordinateur étaient à disposition, chacun les utilisant comme ils voulaient. Il lui était donc loisible de savoir où on en était en France de sa recherche. Il le fit et vit que tout était au point mort. Le temps passait et ses parents, tout forts qu'ils fussent, devaient accuser le coup. Cette nouvelle le froissa sans vraiment l'atteindre...

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Une disparition ancienne, des parents déchirés...

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A onze ans, Lucas a mystérieusement échappé à sa famille et pour ses parents, il est mort. Enfermé dans un labyrinthe, le jeune garçon a une vision d'eux...

-Mais il est mort ! Il est mort ! Le cinglé qui l'a enlevé l'a tué quelque part en Savoie et si ce n'est pas le cas, il est mort de froid dans la neige ou de faim quelque part en Italie où on l'a laissé seul dans une maison fermée à double tour ! Si tant est que ce soit pas un de ces scénarios, tu t'attends à quoi ?

-Mais je ne sais pas ! Il est peut-être amnésique quelque part. On a mis la main sur lui il y a peu de temps et le lien n'a pas encore été fait avec nous, avec cette affaire.

-Ah oui ! Le cas du petit Forestier ! Un gentil gamin sacrément patraque qu'on avait envoyé se refaire une santé en Savoie parce qu'on ne voyait plus ce qu'on pouvait pour lui dans les parages...

-On a subi une énorme pression : les médecins, les psychiatres, nos familles, nos amis. Et n'oublie pas qu'il allait mieux !

-Oui, mais on l'a enlevé. C'était peut-être pour sa peau comme dans « Le Silence des agneaux » ! Si c'est le cas, le butin était maigre...

-C'est insupportable !

-Vertueux Vincent !

-Oui, vertueux.

-Alors, que feras-tu ?

-Je vais retourner dans cette région où nous l'avons élevé. Du reste, tu le sais. J'ai demandé ma mutation et l'ai obtenue.

-Et tu l'attendras !

-Je l'attendrai toujours.

-Méfie-toi, tu peux y passer quinze ans ! Et pour rien. Moi, je reste ici. Je ne voulais pas une vie comme ça. Pour moi, le bonheur était écrit, du et je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement. Je me suis trompée, voilà. Ce gamin tout le temps malade, c'était une croix à porter sauf que n'étant pas croyante, les croix, moi, ça me donne la nausée. Tu vas partir, je vais rester et c'est comme ça.

-Nous sommes encore un couple solide.

-Tu sais bien que non.

-Tu veux divorcer ?

-Tu le sais bien.

-Et tu penses que ce sera mieux ?

-Oui.Tout s'est effondré. On avait cette maison et cette vie qui nous remplissait d'aise. Lucas a disparu et tout nous a été enlevés. Il y a eu des décès prématurés dans nos deux familles et de lui, il ne nous est rien resté. Même ce chien qu'il adorait, ce Lucky si gentil, a disparu un beau matin. On s'aimait. On ne s'aime plus. On avait tout. On n'a plus rien.

-Je vais partir. Tu réfléchiras.

-Ah, toujours ta patience !

-Je suis terre à terre aussi...

-Tout a été défait.

Elle avait une voix sèche et catégorique. Elle se séparerait de son mari. Lucas en avait la certitude maintenant alors même que les années où leurs rapports se désagrégeraient ne s'étaient pas encore écoulées.

Être l'involontaire témoin de cette terrible discussion plongea Lucas dans un grand désarroi. Il chercha à se raccrocher à ses naïfs dessins qui témoignaient d'une unité perdue mais il les trouva maladroits et s'en voulut d'être si mauvais dessinateur. Et puis, l'unité...

Peu de temps s'écoula avant qu'il ne ressente une immense fatigue. Il aimait l'alvéole où il dormait depuis quelques temps et il s'y allongea, le cœur lourd. A l'habitude, en prisonnier dont la peine est interminable, il savait se réveiller quelques heures plus tard. Cette fois, il souhaita ne pas le faire. Si seulement ce sommeil pouvait être éternel et le conduire à la mort ! Il ne sortirait jamais d'ici, il en avait la certitude. Alors, mieux valait en finir.

Il ferma les yeux et se tourna contre la paroi rocheuse. Il ignorait que son vœu ne serait pas exaucé...

Quarante-huit mois plus tard, jour pour jour, il reprit conscience. Peu à peu, il redécouvrit l'univers sous terrain dans lequel il avait déambulé en vain. Pendant des années, il avait été hors de lui-même, aussi vide qu'une sculpture sur un tombeau. Sa mémoire lui étant rendue, il retrouvait son histoire proche. Se levant, il s'approcha de la paroi rocheuse et revit ses dessins. Il n'était plus question désormais de les trouver naïfs. Il les avait faits avec cœur ! Dans le même temps où il suivait des yeux les contours des silhouettes parentales, la conversation qu'il avait entendue lui revint en mémoire. Ainsi, ce mariage était condamné. Ce n'était plus qu'une question de temps...

Il était triste, bien sûr, mais marqué surtout du sentiment de sa différence !

J'avais onze ans et demi quand je suis parti...Et j'ai plus de quinze ans maintenant ! Est-ce possible ?

 Bien que n'ayant aucun moyen de contrôler son apparence physique, il sut, en palpant son corps, qu'il avait changé. Il avait beaucoup grandi, avait une musculature d'adolescent et des traits qui commençaient à échapper à l'enfance.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Lucas aux Météores. Le monastère d'Aghia Triada. Enfin une réponse ?

 

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Lucas est en Grèce pour visiter les Météores. Dans l'un des monastères de cette extraordinaire région, l'attend une réponse à sa quête profonde. Retrouver ceux dont il a été si violemment séparés: ses parents

-Je suis venu pour visiter celui-là !

Yanis se montrait aussi complaisant que possible et il blaguait.

-Tu as un rendez-vous spécial là-haut ?

-Tu ne crois pas si bien dire...

Il avait l'air si sérieux, ce jeune Français, qu'il devait y avoir anguille sous roche. C'était peut-être un de ces mystiques qui mélange toutes les religions et cherche l’Être suprême, allez savoir...Il y en avait des comme-ça qui attendait des révélations...En général, le contact avec les moines orthodoxes qui vivaient là ne leur plaisait pas beaucoup car il les renvoyait à une réalité trop terre à terre trop éloignée de leurs vastes perspectives spirituelles...Ce jeune Français était-il comme eux ? Il semblait plus simple, plus rationnel...

-Une illumination ?

-Non, Yanis, rien de ce genre. J'attends des réponses et dans ce lieu, elles me seront données.

-Tu es en chemin vers le christianisme, alors ?

-Oui, si tu veux...

Louis-Lucas avait trop d'estime pour ce jeune Grec pauvre et cultivé pour se lancer dans de grandes envolées où un Guide vers lequel il s'était tourné enfant allait enfin se révéler. Pourquoi accabler ce jeune homme pieux de ce qu'il aurait pris pour un fatras prétentieux ? Mieux valait aller dans son sens.

Du reste, il se montra ravi de sa visite, posant de nombreuses questions sur l'architecture, les offices, le mode de vie des moines et la façon dont alentours on les ressentait. Yanis se surpassa. Il fut ravi que Louis passe un certain temps à se confier à un moine et parut ensuite enchanté. C'était une belle rencontre que celle de ce Parisien ! Il se convertirait et aurait un beau chemin !

Il resta persuadé qu'il avait fait une belle rencontre quand il fallut prendre le chemin du retour. Le monastère d'Aghia Triada était construit sur un site spectaculaire qui ne pouvait laisser indifférent et même si réfectoire, cuisine et cellules de moines étaient rénovés, il restait la belle église et la chapelle qui témoignaient de la grandeur du Christ et d'une foi millénaire...

Il ne fut pas difficile de laisser le petit guide à ses illusions. Louis parti, Lucas restait. Le rendez-vous aurait lieu dans les jardins dont la beauté suave l'avait charmé.

Il n'eut pas longtemps à attendre car il fut dérangé dans sa contemplation du panorama par l'arrivée d'un pope dont l'allure distinguée tranchait avec celle, plus rustique, des moines qu'il avait entraperçus pendant sa visite. L'homme devait avoir une soixantaine d'années. Il portait la tenue noire afférente à son rôle et sur longue robe une belle croix orthodoxe en or, précieusement sculptée. Le teint clair, l’œil sombre, la barbe grise coupée assez court, il masquait ses cheveux sous une coiffe haute et se tenait très droit. De loin, il donnait parfaitement le change et pouvait être pris pour un pope d'importance qui résidait pour peu de temps au monastère où il recevait un accueil spécial. Toutefois, quand il s'approcha de lui, Louis-Lucas eut l'impression très nette que cet homme avait un double visage. Il était désormais près de lui et découvrait l'homme d'église aux traits nobles et beaux. Il y avait dans son regard l'insondable bonté qui est celle de ceux qui ont non seulement lu et médité les Saintes écritures mais ont mis en application leurs messages. Cet ecclésiastique n'avait reçu des grâces que parce qu'il avait traversé des tempêtes violentes en se disant souvent que sa seule volonté n'y suffirait pas et que Dieu seul pourvoirait. Lancé dans le combat à vingt ans, il en ressortait vainqueur, pourtant sur son visage la marque de sa foi. A un tel homme, on ne pouvait que se confier, sûr qu'il était plein de miséricorde. Il était de ceux dont la simple présence guérit. Dès qu'il eut été invité à s’asseoir à ses côtés, à l'ombre de quelques arbres qui leur garantissaient la tranquillité, Louis-Lucas en eut conscience. C'était bien car il pourrait parler en toute liberté de son incroyable histoire. Se tenant droit, regardant devant lui, le pope offrait un profil de médaille qui renforçait encore son aura de saint-homme. Assis à ses côtés, le jeune homme se trouvait embarrassé. Il n'y avait pas à en douter : ce religieux singulier qui semblait être venu là pour lui parler ne pouvait être que ce Moe Yohne, ce Honey dont il cherchait la trace depuis des années. Comme il était curieux de constater que ce mage n'avait rien d'une divinité bouddhiste au corps jaune et au visage grimaçant ! C'était pourtant ainsi qu'il se l'était toujours représenté. Il était toujours plus loin, protéiforme et puissant. Alors, ce prêtre orthodoxe aux gestes majestueux...

Sentant son malaise, l'homme prit la parole.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Revivre et renaître? Oui, c'est possible.

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Il y a longtemps, le petit Lucas a disparu aux yeux du monde. Pourrait-il y revenir alors qu'on le croit mort? Non. Il faut donc aller aux Météores et rencontrer un prêtre orthodoxe qui a tout d'un magicien pour savoir comment renaître...Il faudra changer d'identité.

-Sache qu'ici, je suis le père Kiryll. Je n'appartiens pas au monastère mais un de mes frères y a vécu et y est mort. J'ai demandé à séjourner ici quelques temps et je médite. Je ne suis donc pas visible des touristes. Mais toi, c'est différent...

-Vous êtes donc prêtre orthodoxe ?

-Ici, il n'y a pas un moine ici qui ne puisse te parler de moi. Il te dira quel a été mon appel, où j'ai fait mes études, quand j'ai été ordonné. Il saura retracer mon parcours, te dire quels sont mes charismes...Tu vois, je suis une personne connue et appréciée ici et ailleurs, en Grèce. Tu serais surpris de trouver des photos de moi dans de nombreux foyers. Je suis avec un enfant subitement guéri, une vieille femme qui a retrouvé sa fille avec qui elle était brouillée, un couple qui s'est retrouvé et tant d'autres encore. J'ai été très public, me déplaçant beaucoup et exerçant mon ministère avec humilité. Avec l'âge, je suis de plus en plus appelé au silence et à l'éloignement du monde. Là, tu me vois en compagnie des hommes pour les raisons que je t'ai données mais à l'habitude je suis seul dans un petit monastère isolé. Rassure-toi, il ne trouve pas dans la région des Météores et s'y rendre ne demande aucun exploit sportif. Ce lieu a un grand rayonnement depuis longtemps et ce n'est pas à cause de moi car il est très ancien. C'est un lieu fermé. Le silence, en ces lieux, me conduit et je ne désire rien d'autre que cette béatitude-là. Mais tu étais en chemin, ta quête a été longue et il fallait que je sois au rendez-vous.

Un prêtre orthodoxe, un ermite : Louis-Lucas n'en revenait pas, lui qui avait toujours imaginé que celui vers lequel il allait ne pouvait guère résider qu'en Inde ou au Japon...

Comme il restait silencieux, le père Kiryll reprit :

-Tes parents n'étaient pas religieux...

-Ceux du départ ?

-Bien sûr, je parle de ceux-là. Je t'ai donné une autre famille et je vais te parler de celle-ci, n'aie pas d'inquiétude mais là, je reviens à ton enfance.

-Ils n'étaient pas croyants. Ils croyaient dans les forces de la vie, tout de même...

-Ce n'est pas faux mais ça ne les a pas aidés. Toi, tu as eu la foi ! Tu t'es échappé d'un hôpital, as franchi des frontières, fait confiance à des émissaires et tu es revenu à la vie. N'oublie pas que tu étais aux enfers...Tu as eu l'humilité de changer d'existence sans poser de questions et tu es là, maintenant car c'est le moment juste.

-Enfant, je pensais que si je vous trouvais, je resterais avec vous. Aujourd'hui, cette croyance me reste mais comment faire ? Vais-je encore changer d'identité et d'apparence ?

-Te transformer en moine orthodoxe ! Tu penses à cela ? Avoue que pour toi qui sais encore trop peu sur le christianisme et fort peu de choses des autres religions, ce serait difficile ! Non, je ne vais pas t'imposer cela. D'autant que, comme je te l'ai dit, je vis désormais seul.Tu es devenu Louis Fraconnier et le resteras. Par le fait, comment s'appelle ce monastère ?

-Aghia Triada.

-La Sainte Trinité. Les orthodoxes ont des hymnes superbes sur ce mystère.

-Mon guide m'a dit.

-Tu l'ignorais avant ?

-Non. J'en avais lu quelques uns avant de venir aux Météores.

-Celui-là, tu le connais ?

Comme Louis était en attente, le père Kiryll se mit à psalmodier d'une voix pure et ferme.

Devenant comme une piscine
divine et toute lumineuse,
il embrasse tous ceux
qui en sont dignes
et qu’il trouve en dedans.
Il remodèle entièrement
tous ceux qu’il reçoit
en dedans de lui-même,
il les remets à neuf,
il les rénove de façon extraordinaire.

 

KILENDA

Louis-Lucas écoutait, médusé. Le père reprit la parole.

-Ce n'est qu'un tout petit extrait, bien sûr. Ne compte pas sur moi pour te donner le texte entier : tu le chercheras. Quant te dire ce qui va t'arriver, je te donnerai des pistes. Mais tu veux d'abord savoir pourquoi j'ai changé ton identité, je me trompe ?

-Non, vous dites vrai.

-Lucas Forestier, s'il avait été retrouvé, n'avait aucune chance. Ses parents s'étaient séparés, son père s'en tirant mieux que sa mère. On aurait fait de lui une bête de foire, les médias se plaisant à lui faire raconter son enlèvement et ses rapports avec le vilain malade mental qui avait fait le coup. Une fois le coup médiatique éventé, que serait-il devenu ? En retard dans les études, vivant difficilement sa réinsertion dans la vie courante, il aurait été ballotté entre sa mère meurtrie et son père au faux optimisme. Bien sûr, il aurait grandi et serait devenu adulte mais il était pour ainsi dire fichu. Il lui serait resté le dérèglement mental qu'on aurait excusé car il était resté des années prisonnier, l'écriture de ses Mémoires, histoire de remettre l'accent sur lui ou la dérive vers l'alcool ou les drogues. Dans tous les cas, il aurait été dans une impasse. Après tout, à qui pourrait-il dire ce qu'il s'était passé vraiment ? Qui aurait cru cela ? C'était la version de cet horrible Andréa Bordérieux qui collait. Il avait perdu un fils dans un accident de la route. C'était trop insupportable pour qu'il n'enlevât un garçon de même âge. Il l'avait fait et l'avait caché des années durant. Ce garçon s'appelait comme son fils et il devait l'appeler « papa ». Voilà qui était innommable donc j'ai choisi une autre option. Officiellement, tu es toujours porté disparu. Seulement, l'affaire est classée . Ça fait trop de temps, maintenant. Officieusement, le fils de Pierre et Hélène Fraconnier est mort dans un accident de jet ski. Personne n'a divulgué la nouvelle car personne n'a eu le temps de s'en rendre compte. J'ai fait le nécessaire. Celui qui est rentré de vacances et les a retrouvés, c'était toi, pas le vrai fils mais ils n'ont rien vu. Tu es devenu lui, un garçon élevé par des parents équilibrés et pleins de vie. Il est pianiste de jazz, elle est psychologue pour enfants. Tu as une sœur plus âgée que toi de quatre ans, Elisa. Ta santé a toujours été excellente et on t'a toujours laissé ton libre arbitre.

-Je dois reconnaître que vous avez raison. C'est une famille magnifique !

-Je le sais bien. Et puis, j'ai tout fait au mieux. En regardant des photos anciennes, tu as bien dû voir que tu es le sosie de ce garçon.

-Oui, j'ai vu.

-Et maintenant, tu veux savoir ce que tu vas faire ?

-Oui, j'aimerais.

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Les Météores. Un prêtre orthodoxe et des révélations...

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Dans un monastère des Météores, en Grèce du nord, Lucas, qui cherche un sens à son histoire mouvementée, rencontre un prêtre orthodoxe, le père Kiryll. Celui-ci lui fait d'étonnantes prédictions...

-Tu vas retourner à Paris à la fin de tes vacances. Le travail dans le café, c'est ponctuel mais tu aviseras. Tu me feras le plaisir de t'intéresser aux grandes religions et principalement au christianisme. Tu as l'esprit ouvert et tu aimes les Mystères...Tu ne resteras pas seul, tu verras. Elle sera asiatique. Tu iras en Angleterre et au Japon car il te faut boucler la boucle et voir ce que tu peux apporter à ceux qui étaient tes parents il y a longtemps. Et pour ce qui est de la suite, tu verras. Au fil du temps, tu as appris à suivre le vent qui souffle...

-Que dit encore cette hymne ?

-Une autre partie, tu veux dire ?

-Oui.

-Voilà :

Étant immortel,
il confère l’immortalité ;
étant lumière sans couchant,
il transforme en lumière
tous ceux en qui 
il établit sa demeure ;
étant vie,
il procure à tous la vie ;
étant consubstantiel au Christ,
identique en nature et en gloire,
ne faisant qu’un avec lui,
il les rend absolument 
semblables au Christ.

 -Mais c'est trop théologique peut-être...

-Non, c'est très beau.

-Tu as d'autres questions ?

-Oui, pourquoi avoir choisi un chien pour me parler ?

-Tu étais un enfant en souffrance. Il fallait agir avec un esprit d'enfance, choisir un repère fort...

-Et les visions dans la villa et aux enfers ?

-Qu'aurais-tu gagné à ce que tout soit directement accessible ? L'humanité aime tant les mythes et les transpositions. Je t'ai donné à voir de l'incompréhensible mais les visions que tu as eus étaient si poétiques que tu ne pouvais que t'en nourrir et continuer ta route !

-Ces ennemis inattendus ?

-Des hommes inquisiteurs, des monstres...N'ai-je pas déjà répondu à cette question ?

-Je crois que si. Il me reste une ultime question.

-Je t'écoute.

-Enfant, je me suis sauvé pour chercher Honey...

-Et tu trouves le père Kirill ? Voyons, tu étais si jeune ! Honey, c'était un nom rassurant. Il allait bien avec ton âge.

-Et Moe Yohne ?

-Il te fallait un guerrier plus qu'un sauveur. Souviens-toi du labyrinthe !

-Mais je...

 

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-Je crois t'avoir donné les réponses que tu attendais. Tu voudrais me parler de tes alliés, mais s'ils le sont, c'est que la communication avec eux n'est pas altérée. Quelles raisons auraient-ils de ne pas se manifester de temps à autre, sous une forme qu'ils auront choisie et à des moments qui seront opportuns ? Allons, le soleil est encore haut mais je dois me retirer. Reste encore dans ces jardins et sache que si tu as froid cette nuit, tu pourras toujours te faufiler dans le monastère et dormir quelque part. Je serais là et s'il t'arrivait une vilaine aventure, je te soutiendrais. Mais que peux-tu redouter du mal désormais. Tu as toutes les cartes en main, n'est-ce pas ?

-Peut-être pas encore toutes mais beaucoup.

-Si, tu en as beaucoup. Elles vont te permettre de faire le lien entre ces deux passés, ces deux histoires et ton futur. Tu verras, rien à craindre !

Le père Kyrill s'était levé. Il prenait congé. Louis-Lucas le vit s'éloigner à pas lents. Il se dirigeait vers l'église.

La nuit fut belle. Se glisser dans un appentis fut simple. A plusieurs reprises, le jeune homme s'éveilla. Il lui sembla que quelqu'un se penchait sur lui, comme pour vérifier que tout allait bien. Il reconnut bien le prêtre orthodoxe à un moment mais fut surpris à un autre de deviner près de la sienne la silhouette en robe bordeaux d'un moine bouddhiste puis celle d'une divinité asiatique qu'il ne pût nommer. Elle était jaune et changeait de forme. A n'en pas douter, il s'agissait là d'une seule et même personne qui était capable de prendre des masques. Loin de s'en inquiéter, il en fut rassuré.

Au matin, il avait déserté le monastère. Du reste, il était prévu qu'il aille en voir un autre avec Yannis et déjà tous deux prenaient le café dans la petite salle d'un hôtel modeste.

Ensuite, les vacances grecques se poursuivraient...

 

14 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Devenu Louis, Lucas vit à Paris...

LUCAS LOUIS

10. Une île et une mère retrouvée.

Il resta encore un an à Paris et tout fut facile. Le père Kiryll avait dit vrai en parlant de sa nouvelle identité et de sa nouvelle famille. Il était impossible face à elle de ne pas mesurer sa chance. Tout était souriant.

Et puis, regarder les photos de l'enfant qu'il n'avait pas été et qui était lui, malgré tout, était enthousiasmant. Avec maman Hélène et papa Pierre, il avait visité la France, l'Italie, l'Espagne, séjourné à Londres, fait du vélo en Hollande et du cheval en Irlande. Il y avait toujours des chants, des fêtes et ses anniversaires avaient été des moments magnifiques.

Adolescent, il avait peut-être eu quelques heurts avec les siens mais se fâcher était impossible. Les liens étaient forts.

Depuis son départ de la maison, il vivait seul, n'ayant eu, en amour, que quelques brèves expériences. Assez joli garçon, il plaisait d'autant plus qu'il gardait une certaine réserve. Il y avait eu quelques jeunes filles. Il les aimait bien mais ne se consumait pas pour elles. Aussi, ne se doutait-il pas que tout changerait.

 

31 octobre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Les deux visages de Noémie.

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Louis et Satsuko ont une grande maison dans l'île de Wight et ils font chambre d'hôtes. Ils finissent par y accueillir Noémie, une femme meurtrie mais courageuse qui n'est autre que la vraie mère de Louis. Compte-tenu de l'étrange histoire de celui-ci, dire la vérité est difficile...

-J'étais marié et j'avais un fils qui, très tôt, a eu des problèmes de santé. Les médecins se contredisaient et au fond, ne savaient ce qu'il avait. Il a commencé à se reprendre et nous avons eu de l'espoir mais la maladie l'a rattrapé. Nous n'avions jamais voulu qu'il s'éloigne de nous mais les médecins ont été farouches : ils devaient aller en Savoie où il serait scolarisé dans une structure hospitalière. Là, tout serait mis en œuvre pour qu'enfin il guérisse. Nous avons dû céder et il est parti. La seule fois où nous l'avons vu là-bas, il allait bien. C'était un enfant intelligent, il était très capable. Bonne mémoire, esprit vif et curieux, rapidité...Nous avons été ravis de savoir que bientôt il reviendrait...Mais ça n'a pas été le cas. Vous savez, j'étais une personne sûre d'elle-même. Je pensais que les cinglés qui enlèvent les enfants, ça avait une certaine réalité puisqu'on voyait leurs photos dans les commissariats de police mais jamais je ne me suis dit que ça pouvait me concerner. Et mon mari non plus. On a une tort. Notre Lucas, un cinglé l'a attiré hors de l'hôpital et on ne l'a plus jamais revu...

-Comment cela, il a disparu si vite ?

-Mais oui !

-Il y a eu une enquête de police ?

-Interminable. On a espéré comme des fous et on nous a fait miroiter qu'on nous le rendrait. Tu ne peux pas savoir à quel point on s'accroche à tout dans ces cas-là. Ce n'était qu'un petit garçon de onze ans ! On a eu droit à tout : les portraits robots qu'on modifiait, les pistes présumées vraies qui étaient fausses, les hurluberlus qui contactaient la police pour nous donner un signalement ne correspondant à rien. Au bout du compte, quatre ans ont passé et on a e tellement mal l'un et l'autre qu'on s'est heurtés. On ne disputait pas mais on s'est mis à le faire et à ce rythme là, l'amour est parti.

-Vous avez divorcé ?

-Oui. Je pensais que c'était ce qui restait à faire parce ce que pour moi, cet enfant était mort. Il n'avait aucune chance de s'en sortir et d'ailleurs, s'il est vrai qu'il a été retenu prisonnier des années durant par un malade mental, comment aurait-il pu faire ? Et puis, il y avait autre chose. Les médecins de l'hôpital étaient de vrais faux-culs. Il était soit-disant sorti d'affaire, mon Lucas mais en fait, des années après, j'ai su que rien n'était moins évident...Donc, il était perdu quoi qu'il en soit.

-De cela vous êtes sûre ?

-Mais oui ! Et justement, ce qui était terrible c'était d'avoir tenté de les attaquer en justice pour sa disparition. A ce qu'on a compris, il n'y avait rien à faire. On ne s'attaque pas à une institution pareille...Et quand on sait qu'il était condamné de toute façon...

-Et qu'est-ce que vous avez fait ?

-J'ai vécu en Bretagne et ai traversé une première dépression. Et puis, je suis partie dans le nord de la France parce que j'avais rencontré un type par annonce. Je me suis remariée et très vite j'ai compris que je faisais erreur. Vous savez, c'est comme si je m'étais adressée à un de ces types qui, justement, est capable d'agresser un gamin et de l'enlever. Je n'aurais jamais cru ça de moi. Au départ, j'étais une fille très saine, j'avais beaucoup d'aplomb. J'allais épouser quelqu'un de sain, avoir deux enfants. On enseignerait dans la même école mon mari et moi et nos enfants seraient de bons élèves. Vous voyez combien on peut être déçu et malmené parfois...Moi qui voulais une famille Forestier bien soudée et heureuse ! J'ai dû reprendre mon nom de jeune fille, Maubuisson...

-Que s'est-il passé avec votre second mari ?  

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-Il a montré soudain soudain son vrai visage et à commençé à me frapper. C'était intolérable. Je suis partie de chez lui. Heureusement, j'ai une certaine force de conviction et j'ai réussi à obtenir de l'aide. C'était un homme qui n'en était pas à ses premières violences et les services sociaux ont bien fait leur travail. Seulement après, je me sentie très mal. Mes deux histoires se réalignaient et je voyais bien que je n'avais rencontré que l'échec. Je suis tombée bien plus malade que la première fois peut-être par ça faisait trop de deuils...

Elle était exténuée mais, il le sentait, aucune des terribles épreuves qu'elle avait traversé ne l'avait brisée totalement...Il faudrait de la patience pour l'attirer ici, près de lui. Dans l'étrange logique qui était la sienne, Louis-Lucas allait vite. Il lui fallut un peu de temps pour séparer le vrai du faux, les solutions bancales des réalisations possibles et en cela, il vit combien les paroles du père Laskill, alias Honey, alias Moe Yohne, lui étaient profitables. Il était peu probable que, dans son état, elle puisse enseigner de nouveau et moins crédible encore qu'elle veuille rester dans le nord. Si une pension lui était allouée et qu'elle avait quelques arrières, elle pourrait vivre ici...

Aussi fou que parut ce projet, il prit corps. A la fin du mois de décembre, Noémie partit dans ce qu'il lui restait de famille à Tours mais bientôt elle revint pour trois semaines et encore une autre fois pour un mois. Il était surprenant de constater qu'arrivant fatiguée, elle se détendait très vite. La maison était pleine de vacanciers ou de stagiaires et tout y était très gai. Moins fragile nerveusement, elle n'était pas à même de s'impliquer encore dans une activité ou une autre mais elle adorait passer d'un groupe à un autre. Tantôt, elle allait voir le travail de ceux qui dessinaient sous la conduite de Satsuko, tantôt elle se glissait dans les cuisines où officiait, à intervalles réguliers le père de la jeune et il lui arrivait aussi d'écouter Louis jouer de la guitare tandis que beaucoup chanter ou encore de parler avec celles qu'Ari venaient de masser...Elle retrouvait une curiosité saine dans une ambiance où rien n'évoquait sa vie d'avant et c'est cela que Louis aimait.

En la côtoyant ainsi, il aurait pu être tenté de lui avouer qui il était mais ce qu'il avait vécu lui-même était si étrange que jamais il ne songeait à transgresser la demande du père Kyrill.

Il laissait les parents de son épouse s'étonner de sa sollicitude à l'égard de cette femme et ses propres parents plaisanter sur sa vocation de bon samaritain et continuait d’œuvrer pour elle. Satsuko, elle-aussi l'avait également prise en affection. Il fut bientôt décidé qu'elle pourrait louer à l'année, si elle le souhaitait, une dépendance qu'ils avaient fait transformer en petit logement. Elle parlait mieux anglais mais il lui faudrait obtenir un statut de résidente. Une fois installée, elle ferait ce qu'elle voudrait. D'elle, à partir du moment où tout ce qui tournait autour de cette maison d'hôtes était bien vu, on ne dirait rien de mal.

Noémie tergiversa puis accepta. D'emblée, son logement lui plut et il s'ingénia à le rendre encore plus confortable. Courant beaucoup pour faire des courses, elle se motivait pour tout ce qui touchait aux chambres d'hôtes et liait des relations. En un mot, elle devenait sociable et curieuse de tout. Elle mit un peu de temps à changer physiquement mais elle se mit à perdre du poids et à s’intéresser à tout. Au bout d'un an dans les lieux et elle était populaire.. . Quand elle voulut adopter un chien, il trouva l'idée très bonne. La fidélité d'un animal et son allant naturel ne sauraient qu'accentuer la guérison de cette âme mise à mal par les coups du destin. Elle se débrouilla seule et trouva dans un refuge une chienne golden retriever qu'elle sut rapidement amadouer. Elle l'appela Cukyl, sobriquet curieux qui ne put qu'intriguer Louis et Satsuko. Quant ce dernier, qui aimait à taquiner sa désormais voisine, chercha à savoir d'où venait ce sobriquet, il obtint une réponse brève : c'était inattendu et drôle d'appeler un chien ainsi. Dans le temps même où il recevait cette explication, il fut sidéré. Cukyl, c'était l'anagramme de Lucky et du reste, il y avait beaucoup de similitudes entre les deux canins qui se montraient également protecteurs, affectueux et toniques. Il n'alla pas jusqu'à vérifier que la chienne pouvait se faire comprendre d'un humain mais il eut la certitude que rien n'était dû au hasard. Il en fut heureux car désormais, Noémie ne dériverait plus puisqu'elle disposait de deux garants  qui tous deux étaient bien plus que de simples créatures terrestres...

 

25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Louis, le père retrouvé...

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Il y a longtemps, Louis a perdu son père de vue dans des circonstances tumultueuses. Il le retrouve mais celui-ci est bien différent maintenant...

L'homme avait beaucoup d'assurance et il parlait avec netteté. Sa voix, cependant, avait quelque chose de cassant et de désagréable qui reflétait beaucoup de suffisance. Intérieurement, Louis en qui geignait Lucas, en fut surpris mais ne montra rien.

-Je suis Louis Fraconnier. Comme je vous l'ai dit, nous avons répondu à l'invitation de l'oncle de Satsuko. Nous étions à Tokyo au début mais...

-Il veut être sur les lieux ! Oh, je le comprend, il est à l'origine de ces deux espaces aussi passionnants l'un que l'autre et il est encore dans les douleurs de l'enfantement !

L'homme eut un drôle de rire et comme Louis se montrait étonné, il se reprit.

-Ah, je fais des plaisanteries bien françaises je le reconnais et pas des meilleures...Sachez que je suis admiratif. Je suis sûr ici de fournir un très bon travail et je ne doute pas qu'il sera admiré...Serez-vous là en octobre prochain ?

-Nous sommes en mai et passer trois semaines au Japon est déjà extravagant !

-Pourquoi extravagant ?

-Nous gérons des chambres d'hôtes dans l'île de Wight et organisons des stages. Il faut que nous soyons présents pour l'été car la fête battra son plein.

-Des chambres d'hôtes, des stages, la fête....Oui, c'est amusant.

Incroyablement ébranlé au plus profond de lui, Louis était mal à l'aise devant cet interlocuteur sûr de lui et moqueur. Le reste de la conversation ne put que le conforter dans ses craintes. Ce Jérémie Forestier semblait tout savoir du Japon à croire que passer par lui pour mieux connaître l'Empire du soleil levant était indispensable. Il ne partirait plus jamais ayant vécu en France une vie qu'il qualifia d'anecdotique et sans intérêt. Après quelques années ternes et difficiles, il avait pris la bonne décision : utiliser l'argent que lui avait rapporté la mort précoce de ses deux parents pour cesser de travailler, monter à Paris, passer des examens nécessaires en français langue étrangère et littérature et surtout apprendre le japonais. Il n'avait jamais douté que cette période d'intensives études ne puisse le conduire à la réussite et du reste, peu de temps après avoir de nouveau enseigné, dans l'académie de Paris, il avait décroché un poste dans une école française à Tokyo. Exactement ce qu'il voulait ! Franchement, il ne donnait pas tort à ceux qui l'avaient propulsé là car très bon enseignant, il était très au fait de nouvelles méthodes pédagogiques et offrait de plus un profil passionnant. Bon photographe, cinéaste amateur, grand lecteur de littérature de jeunesse, il était de plus bilingue sans être d'origine japonaise. Non, qu'il fasse cette belle carrière ne devait susciter le doute. Les félicitations qu'il avait reçues ainsi que les distinctions étaient amplement méritées ! En un mot, il était normal qu'il les ait reçues !

Noyant son interlocuteur sous un flot ininterrompu de paroles, il mit du temps à se rendre compte du mutisme de ce dernier. Il s'arrêta alors de parler de lui pour embrayer sur cette partie du parc si belle et inattendue. Bee et Yuka en étaient les attractions les plus émouvantes car elles avaient été sauvées de justesse...

De cette première rencontre, Louis garda un souvenir alarmé mais son sens de la magie venant à son secours, il se dit que ce père retrouvé ne pouvait lui livrer d'emblée ce qu'il en attendait, à savoir le regret d'avoir perdu un fils malgré toute l'envie qu'il avait eu de le guérir.Mais il finirait bien par se livrer. Après tout, il avait fallu du temps pour Noémie ! Les deux rencontres suivantes furent cependant décevantes. L'une eut lieu dans le parc et l'autre à l'institut français. Certes, Jérémie Forestier condescendit à évoquer sa jeunesse mais il la présenta comme une suite de mauvaises décisions. Il s'était marié à une institutrice avec qui il avait fait sa formation. Une erreur ! Ils étaient trop jeunes et peu compatibles dans leur façon de voir le monde. Il avait un enfant, un garçon, mais celui-ci, toujours malade, avait fini par mourir après avoir été enlevé. Tout cela était fini et bien fini : ce cauchemar, ce sentiment d'être livré en pâture à des médecins imbus d'eux-mêmes et des policiers faussement compatissants. Quelle faute de leur faire confiance  puisqu'au bout du compte, ils avaient déclaré forfait. Et cet enfant ? Quels regrets pouvait-il avoir de lui ? Eut-il vécu, il aurait fallu le récupérer après un énorme traumatisme : il n'avait pas l'étoffe pour faire ça. De plus, qui aurait pu lui affirmer que marqué psychologiquement, ce pauvre rescapé aurait eu une bonne santé ? Fallait-il le retrouver pour de nouveau le perdre ? Non, c'était mieux qu'il ne soit plus sur cette terre. Il avait tourné la page et changé de vie. Et quelle vie ! Il avait bien eu quelques maîtresses mais ne s'était jamais remarié. Pourquoi l'aurait-il fait ? Il avait tout ce qu'il voulait...

Louis avait beau interroger Lucas, celui-ci n'avait que le souvenir d'un père inventif et charmant, malheureux que son fils soit si malade mais malgré tout confiant. Que restait-il de ce jeune homme là, de ce bon sourire, de cette voix rassurante ? De toute évidence, rien. A l'institut culturel, l'homme ne cessait de pérorer sur les écrivains et les acteurs qu'il avait accueillis.

-Je t'assure que Sandrine Bonnaire est très intelligente. Ah vraiment, ça a été un honneur de parler avec une femme comme elle ! Et bientôt nous aurons Guillaume Canet !

Il ne parlait que spectacles et résidence d'artistes et quand il cessait de le faire, il n'en avait que pour son école privée. De toute évidence, sa vie passée, dès qu'elle se situait en France, ne présentait plus aucun intérêt pour lui. Autant ne pas insister. N'eut-il revu en rêve le père Kyrill et son calme des profondeurs, Louis aurait du mal à s'y résoudre.

 

25 octobre 2020

LUCAS ET KYRILL. Vers l'harmonie.

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Il y a longtemps, Louis a perdu de vue son père dans des cirscontances mouvementées. Celui-ci est persuadé que son fils est mort. Louis pense qu'il en souffre mais fait erreur...

Il fut surpris que, lors d'une conversation avec l'oncle Keiji, celui-ci se montra intéressé par les activités de l'institut culturel français à Tokyo et par la figure de Jérémie Forestier dont il avait suivi les expositions de photos. Faisant comme s'il était important pour le jeune époux de sa bien-aimée Satsuko de rencontrer au Japon un compatriote plutôt brillant, il invita ce dernier au restaurant gastronomique et Louis découvrit quelqu'un de très différent. Rompu aux usages japonais, Forestier ne parlait qu'à bon escient dans un japonais parfait ou dans un anglais stylé. C'était un homme du monde et non un instituteur qui avait réussi et en l'observant, le jeune homme comprit que son désir de relier en lui le jeune père qu'il avait eu avec cet ambitieux à l’égoïsme triomphant, était vain. Ne peuvent être unifiés que ceux qui le désirent et tout être n'aspire pas à relier son passé à son présent. En tout cas, cette volonté n'habitait pas ce convive à la mise élégante qui cherchait à tout prix à s'assurer que sa vie présente était exceptionnelle et à plaire à des hommes aussi puissants que Seiji Arikawa ! Du reste, après ce dîner, ce Français poseur sembla avoir quitté l'esprit du chef d'entreprise et quand il lui en parla, Louis n'obtint que des monosyllabes. Un bon dîner ? Oui. Une bonne soirée ? Oui. Un Français qui avait vraiment sa place au Japon ? Il fallait bien une représentation française autre que l'ambassade de France puisque les Japonais raffolaient de Paris et que les expatriés s'appuyaient beaucoup sur les institut culturels...Sinon ? Il avait terminé avec ce bon photographe et ce pédagogue pour enfants bien nés. Quant à Satsuko, elle ne montra pas beaucoup d'enthousiasme. L'homme l'avait pris à part pour lui qu'avant le Japon sa vie n'avait pas d'intérêt. En mentionnant son ex-épouse et son enfant mort, il avait eu l'air agacé. Elle se moquait d'en savoir plus car il l'avait mis mal à l'aise. Depuis qu'il les recevait, l'oncle adoré leur avait présenté des personnages autrement intéressants ! Elle, elle aimait tous ceux qui géraient le parc, leur sérieux et leur professionnalisme...

Louis n'en demanda pas plus. Sa vie se ferait avec sa femme, sa petite fille, ses deux mères et père qui lui avait été donné en cours de route et resterait le seul dans ce rôle ? Était-ce mal ? Non, ça ne pouvait l'être...

Au moment de quitter le Japon, Lucas, en lui, renoua avec le désarroi. Il fallut toute l'énergie de Kohana pour guérir son père d'une tristesse qu'elle semblait seule à capter. Dans l'avion du retour, elle chantonna et malgré sa voix enfantine, elle étonna son monde. Elle chantait de courtes mélopées apaisantes...Habitué au surnaturel, Louis reçut le message. Son enfant en porteuse de paix apaisait sciemment son désarroi.

A l'arrivée à Londres, le couple fut accueilli par la famille de la jeune femme et dans l'île par les parents de Louis. Les adieux avec l'oncle avaient été cérémonieux mais sereins. Ayant beaucoup aimé s'occuper de ce jeune couple et de leur ravissante enfant, il projetait déjà de venir en Angleterre...

Dans le parc de la maison, Noémie jouait avec Cukill et déjà les candidatures affluaient pour les stages à venir. L'été, surtout, s'avérait prometteur. En se penchant sur la liste des inscrits au stage, Louis s'arrêta à un nom. Celui d'un prêtre orthodoxe grec qui voulait venir se reposer ici. Stefanos Chariathis. Intrigué, il interrogea sa femme.

-Tu sais pourquoi il veut venir ?

-Il n'est pas inscrit à un stage et il arrivera d'Athènes. Je crois qu'il a un neveu qui est en Angleterre et qu'il veut voir. C'est un jeune homme qui habite dans l'île mais il est peut-être un peu à l'étroit chez lui. C'est mieux pour le père de prendre un hébergement ici.

-Mais c'est un homme qui vit en reclus. Il peut voyager comme il veut ?

-Je ne sais pas s' il a vocation d'ermite. Je pense plutôt que c'est un prêtre qui est bien entouré. Si tu lis bien ce qu'il a écrit, c'est ce que tu comprends. En tout cas, il a déjà tout payé donc on est sûrs de le voir.

-Tu es sûr de son nom ?

-Regarde-toi même !

Louis le fit pour ne pas déconcerter son épouse mais il savait à quoi s'en tenir.

Ainsi, il venait à lui, ne se laissant même plus chercher. Kyrill, Moé Yohne, Honey...

Ainsi le Bien faisait un voyage.

Il imagina le père aux vêtements noirs et à la lourde valise, aux cheveux longs et à la grande croix orthodoxe descendant de l'avion et passant les formalités de douane. Et il l'entendit passer du grec au français et de français à l'anglais. Il était dans le jardin de la propriété, se disait ravi de sa chambre et de l'accueil et attirait déjà à lui tous ceux qui avaient des maux cachés et cherchaient la paix.

Alors, Louis, content de cette image, se mit à sourire.

 

France Elle

Juin-août 2019.

 

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

LINE ET NANTES

Dérive de Line, femme divorcée et esseulée.

De retour à Nantes, après quelques belles semaines en Avignon, Line cherche de nouvelles marques. Tout était familial et chaleueux là-bas, mais ici ? Dans le silence de sa maison – un logement sans apprêt, dans un quartier perdu, loin du centre de Nantes que seule la précarité autorise, elle comprend que l’adolescente longiligne aux longs cheveux blonds, a dérivé. Il est faux d’avoir pensé en un lieu pareil à une vie simple, juste illuminé par le rayonnement d’une mère et d’une jeune fille. Rien ne marche ainsi.

Il faut être seule, en des moments pareils. Hans et Mickael sont en Allemagne ; Marianne, dans le sud de la France. C’est bien.

Line range et nettoie toute la maison. Il y règne un silence bienveillant qui tranche avec l’agitation qui régnait les derniers temps dans la grande villa nantaise où Hans, devenu irascible, criait beaucoup. Bientôt, elle acquière deux chats : un noir et un gris. Tous deux déambulent longuement dans un espace soudain désert où nul ne crie et ne claque la porte. Elle leur cherche un nom, qu’elle finit par trouver : Hansel et Grëtel. Comme les deux sont des mâles, elle raccourcit en « Hansel et Gr ». Mais Gr n’est pas un nom d’animal. Elle les  amalgame alors et cela fait : Hansgr. Elle rit et laisse aller. Ils demeureront sans nom. Cela ne fait rien. Des semaines durant, ils sont avec elle, dans une solitude qu’elle ne saurait décrire mais lui convient. Toute sa vie peut durer ainsi : elle le croit.

Elle se trompe.

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

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Line vit une expérience de soumission avec un maître nantais.

Puis un rendez-vous est proposé ou plutôt imposé. En effet, l'exigence du Maître fait qu’elle se rend en robe noire et élégante lingerie dans un grand café de Nantes où il la fait attendre avant de se présenter. Il est plus vieillissant qu’elle ne l’escomptait, mais assurément plein de prestance. Sous son regard sévère, Line se sent ployer. Elle répond du mieux qu’elle peut, esquivant des remarques acerbes et des ordres à peine dissimulés. Au sortir du café, elle accepte, après avoir longtemps gardé le buste droit, les jambes écartées et les yeux baissés devant un homme à l’étrange regard fixe, un rendez-vous dans une villa. Une petite ville voisine. Une ambiance de vacances et une maison au nom suranné : Villa Denise.

Murs brun orangé du salon principal. Meubles exotiques et statuettes africaines. Rideaux opaques aux fenêtres.

Debout et immobile, les mains dans le dos, jambes écartées ; guêpière, bas.

Seins vite dénudés, palpés, frappés, pincés.

Croupe visitée.

Line entre le rire et les larmes.

Maître Hugues, loin de l’un et l’autre ; des mois durant, des textes à apprendre et à réciter, des devoirs à faire, des encouragements et des punitions, des séances appréhendées avec crainte et dont le déroulement la laisse tout à la fois radieuse, affamée et pantelante.

L’orgasme est posé comme but ultime car le Maître se doit de l’obtenir. Elle s’emploie à le lui donner, l’excitant par ses tenues, ses paroles et ses attitudes, tantôt le branlant, tantôt le suçant, petite soumise experte souvent muette et toujours active. A sa demande, elle s’allonge ou l’enfourche, guidant s’il le faut l’entrée de son sexe long, dur et mat, d’une épaisseur qui inspire le respect, en elle. Quand elle est mise à fond, elle le lui fait sentir et il bouge…

Il jouit car il ne subsiste alors qu’une demande extrême soudain contentée et accompagnée de grands cris puis il se reprend et commande. En ces instants, il rayonne de nouveau, étrange compagnon dont elle aime le corps encore mince, les yeux de feu et la main leste. Par lui, elle est caressée et fouaillée.

Ses seins se dressent sous les coups comme sous les caresses. Leur chair rosée reste d’abord tendre avant que les exercices que le Maître impose ne les abîment. Au fil du temps, les pinces et les poids tout autant que les coups administrés avec des objets divers dont le nom la fait rapidement sursauter, les transforment. Alourdis, pendants, ils attirent l’attention de celui qui domine et sa propre répulsion. C’est à tout point de vue l’endroit de son corps qui suscite le plus son acharnement. Un temps, il les bat sans cesse, un temps, il les enferme dans un carcan dont seules les pointes ont droit de vie, un orifice les autorisant à paraître.  Plus tard, il les enferme totalement dans un étrange vêtement métallique qui les comprime.

Elle s’agenouille et le fait jouir.

 

4 mars 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. MOBILE.

 

 

 

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Un temps, Line a eu un "maître" lors d'expériences de soumission...

Quand il est apaisé, il recommence à exiger le plaisir, et elle, les mains souvent liés dans le dos, un bandeau sur les yeux, utilise lèvres, langue et fond de la gorge pour accélérer le durcissement d’un membre tendu à l’extrême et sa libération, ce liquide crémeux au goût aigre qu’elle avale sans sourciller. Alors, une main libératrice, ouvre le carcan blessant et les seins jaillissent, enlaidis mais vivants.

Grand seigneur, il laisse Line, qu’il a rebaptisée soumise Leila, savourer ses retrouvailles avec cette partie si féminine de son corps ; il faut qu’elle croie à sa mansuétude. Quand elle y a cru, il trouve un stratagème et les enferme plus encore, ces beaux seins qu’il convoite. Ils sont battus plus encore et noircis. Les toucher devient impossible car la douleur est trop forte. Il est vrai que de nouveaux exercices ont été imposés, la déformation et l’arrachement étant le but ultime.

Un jour, elle crie et tombe. Alors, il change. Line revient dans sa petite maison, Maître Hughes l’estimant bon. Il la contacte de moins en moins, ce dont elle souffre un temps.

Encore sur le site, elle parle beaucoup et ne se montre pas. Puis, elle disparaît.

Elle dort et il lui semble qu’elle n’a plus de mémoire. Quand elle s’éveille, elle change de logement et de travail, exerce maintenant dans une école où elle donne l’image d’une femme équilibrée et pondérée. Elle y rencontre un avocat dont le fils, inscrit dans cet établissement, a des problèmes de santé. Elle le renseigne en souriant. Il revient. Elle le rencontre en divers lieux.

Des mois après, elle vit avec lui.

Marianne est revenue, apaisée, et Jean-Louis, le compagnon nouveau est gentil avec elle. La vie a repris et l’en dehors de la vie reflue dans le passé.

La villa nantaise.

Maitre Hughes.

Le martyr.

 

23 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ERRANTE.

sofia TRISTE

 

Meurtrie par la mort de sa mère, Sofia ne trouve, en son père Victor, qu'indifférence et perd dans de multiples et éphémères liaisons.

A Victor, perdu dans ses rêves, Sofia dit l’infamie de l’homme et ses mauvais desseins ; à la mention de la protection exercée par le fantôme de Monica, il part d’un doux rire désespéré et la jeune fille, confondue, se tait.

Plus tard, elle appelle l’une de ses tantes d’Aubagne, celle qui se préoccupe de son évolution de jeune fille, achète avec elle de la lingerie et lui a appris à faire la différence entre menstruation et ovulation…

Christine est bienveillante. Elle conseille des tenues sages et des horaires stricts. Sans parler de demandes à laisser telles quelles sans justification. Ne pas sortir à vingt-deux heures pour aller acheter des cigarettes et ne pas déambuler dans un parking souterrain désert : les désirs de Victor peuvent attendre.

Sofia promet mais rien ne marche.

Un homme la suit de jour au sortir du supermarché local et l’insulte en la provoquant. Elle lui bat froid mais le retrouve dans une cage d’escalier ou, alors qu’elle cherche à lui échapper et affirme aller voir une amie, il lui palpe les seins, lui remonte la jupe sur le ventre et, la main plongée dans sa culotte, la masturbe vigoureusement. Elle se débat. Il crie et assène qu’elle est une petite chienne et aime ça. Elle se dégage, part et pleure.

Victor, à qui elle parle, hoche la tête et lui conseille la prudence. Le reste de la soirée, il regarde la télévision et passe des coups de fil.

La fois suivante, dans un autre parking, un autre homme déchire son corsage et s’en prend aussi à son entrejambe. Il dit « branler » et non « caresser » ou « masturber ».

Elle a du plaisir et crie. Il dit : « c’est bien ».

Il y a d’autres épisodes et d’autres violences.

Elle parle à Victor qui sourie et hausse les épaules.

Une fois, elle a la bouche meurtrie, ensanglantée.

Une fois, elle a mal à l’entrejambe et ne sait que faire.

Une fois, elle a des meurtrissures sur les bras, comme des traces de cordes ; sa lingerie est déchirée ; elle a les yeux fous.

Elle ne rentre pas une nuit.

Victor, devant son café, lit un magazine.

 

23 février 2020

DOUCEUR DES FEMMES ET AUTRES CHIMÈRES. ERRANTE.

AUTRE SOFIA

Sofia dérive après la disparition de sa mère...

Elle n’a pas peur de faire l’amour mais elle a peur de mourir. Quand un garçon ou un homme est sur elle – il y a une différence tout de même- elle reste en relation avec l’image solide, belle et sensuelle de Monica et ce lien la soutient. Sa maman, elle le sait, n’aime rien de ce qu’elle fait maintenant avec ses « autres » qui se nourrissent d’elle mais elle continue de l’aimer et de lui communiquer sa force. Sofia ne sait pas ce qu’il y a après la mort mais, de peur de ne pas trouver ce Paradis plein de cyprès et de grands lys que sa mère lui a dépeint, elle reste sur terre. Que ferait-elle si, errant dans ce grand domaine où Sofia a le droit d’être, elle était longuement reléguée dans un Purgatoire où on la maintiendrait sans fin ?

Nettoyer la maison et s’occuper de son père, c’est aussi bien qu’étudier et d’avoir de bonnes notes.

Relever sa jupe et son corsage et coucher, c’est mal.

Mais il n’y a rien à faire.

Rien.

Sofia, quelquefois, regarde ses seins et sent les larmes perler à ses yeux. Elle pince et frappe à coups réguliers les beaux mamelons, jusqu’à ce qu’elle se sente lasse. Rougis et douloureux, ses jeunes seins immobiles la renvoient à sa honte. Quand la douleur décroît, elle ne les caresse pas.

Elle se punit encore, se griffant, se privant d’aliments, pleurant.

Elle s’interdit toute masturbation.

En quelques semaines, devenue insomniaque, elle affole son père, qui, d’indifférent passe à l’inquiétude et aux interrogations. Tandis qu’il questionne en vain, le fantôme de Monica veille sur le corps lourdement marqué de Sofia, et, se faisant bienveillant, l’apaise. La jeune fille reste muette mais l’alerte est enfin donnée. Christine vient et s’inquiète. Et Marie-Pierre et Sylvie, les autres sœurs.

Bientôt, on envisage un autre lycée et une autre vie.

Sofia part à Aubagne où elle était petite et fait les marchés, quand elle peut, avec Christine.

Les cages d’escalier, les parkings, les halls d’immeubles et les terrains vagues quittent son esprit, même si, pendant longtemps lui reste en mémoire de magnétiques images d’agenouillements ou d’allongements, de caresses et de pénétration.



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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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