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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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6 août 2022

George D. Celui qui meurt. Partie 3. Présentation.

GGGGGGGGGGGG

 

 

PARTIE 3

George Michael meurt chez lui un 25 décembre, mais ça, c'est la vraie histoire. George D., lui est parti en France  pour essayer de ne pas mourir. De retour en Angeleterre, il n'échappe pas à cette mort qu'il voulait éviter. Les jeunes gens qu'il a rencontrés sur la Côte d'azur lors d'ultimes pérégrinations font leur deuil plus ou moinsdifficilement et George, lui, s'apprête à renouer dans l'au-delà avec qui l'a aimé...Une méditation personnelle et peut-être non aboutie pour ce grand interprète et compositeur tourmenté...

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24 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Carolyn, Brad et le 11 septembre...

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Pour Phillip Hammer qui la fascine, Isée Cendre, jeune enseignante, invente pour lui en guise de cours de français, des portraits de femmes américaines confrontées à un cataclysme. Ici, le mari de Carolyn était dans une des tours, le 11 septembre...

Pour capturer ce qu’avait pu ressentir Carolyn, il aurait fallu, je crois que je me sois trouvée aux USA à cette époque, et plus encore sur la côte est. Plus encore, il aurait été préférable que je sois américaine et non une simple touriste. Or, non seulement je ne connaissais pas les USA mais en 2001, j’avais seize ans et j’étais lycéenne dans un lycée de banlieue. Il me restait, bien sûr, le souvenir de photos poignantes et de quelques reportages hallucinants où les gens comptaient leurs morts. Et bien sûr, nous avions fait une minute de silence. Mais ça n’était rien cela d’autant qu’avec Carolyn, je n’avais pas en main un matériau aussi romanesque que Ruth. Ce n’était pas une grande dame mais, c’était une bosseuse et c’était une chic fille, de celle dont on devait se souvenir dans les établissements scolaires où elle était passée et qu’on continuait d’inviter ; elle aimait consoler suite à une rupture amoureuse ou une tuile professionnelle. C’était une fille aimante pour ses parents, une mère très attachée à ses petits et il faut bien le dire, une charmante épouse. Brad était vraiment son partenaire (elle adorait ce terme). Ils jouaient passablement de la guitare l’un et l’autre, aimaient chanter de vieux tubes des années soixante-dix et quatre-vingt et aimaient lézarder en grands pulls et jeans le week-end. Avec cela, Carolyn était très attentive à Olivia qui faisait de la danse classique depuis cinq et rêvait d’être ballerine. Elle l’encourageait mais lui suggérait aussi d’avoir la tête sur les épaules. Elle avait rêvé d’être actrice, elle, et elle était devenue coiffeuse, métier qu’elle aimait beaucoup et qu’elle trouvait très créatif. Concernant Tom, c’était un peu différent. Il était à l’âge des jeux et des contes c’est pourquoi elle ne perdait pas une occasion de le déguiser pour une fête ou une autre, de l’emmener voir des comédies musicales accessibles aux enfants ou encore des dessins animés. Les Warren étaient connus pour leur entrain et leur bonne humeur. Avant le 11 septembre, Carolyn n’avait jamais eu en tête de scénario-catastrophes comme certaines épouses en élaborent à propos de leur mari. Elle n’avait craint que Brad succombe à un accident de voiture car il conduisait trop bien. Il ne faisait du vélo qu’en certains lieux et en certaines circonstances, ce qui excluait tout danger mortel. Quant au piéton qu’il était, il n’était pas distrait…Brad, de plus, n’était pas le genre à se heurter à des types éméchés dans un bar au milieu de la nuit et y rester. Il était à même de se battre pour se protéger mais, depuis qu’il était père, il fuyait les situations délicates. Il allait travailler et quand il avait fin, il retrouvait sa femme qui elle-même finissait sa journée de travail et ils avaient des plaisirs simples. Aux vacances, ils allaient dans une maison de famille dans les Hampton ou encore dans le Maine où ses parents à elle avait une petite demeure. Se baigner dans un lac aux eaux fraîches, faire un barbecue, conduire les enfants au parc d’attraction du coin, ça leur avait longtemps suffi. En fait, au 10 septembre, ça leur plaisait encore.

Et maintenant, il y avait ce deuil insoutenable. Carolyn n’était pas stupide. L’histoire des cinq étapes à traverser quand on a perdu un être cher, elle l’avait lue. Seulement elle n’avait perdu personne : ni ses parents, ni ses grands-parents des deux côtés. Brad avait un petit « avantage » sur elle de ce côté-là car il avait perdu ses deux grands-pères. Elle le connaissait à peine à cette époque-là et ne se souvenait pas qu’il ait terriblement souffert. Vis à vis de la mort, elle était soudain terrifiée et ces étapes dont elle avait lu le descriptif dans un magazine féminin dont elle avait oublié le nom, se présentaient à elle maintenant.

Elle n’avait pas cru un seul instant que l’avion qui s’était écrasé sur la tour nord ait pu toucher à l’intégrité de Brad. Il avait certainement été abasourdi, cela elle le croyait volontiers mais il avait la tête sur les épaules. Il avait réussi à fuir. Il était clair qu’il gisait sous des décombres dont bientôt on le dégagerait ou encore que légèrement blessé, il s’était échappé de la tour pour aller se faire soigner. Il ne les avait pas appelés, c’est sûr, mais ce qui arrivait était horrible : il n’avait plus sa tête à lui. A ce stade, le déni de Carolyn, était total et il était aussi plausible. Tant de morts non encore identifiés, tant de blessés dans tant de lieux divers et toutes ces histoires qu’on racontait ! Elle courait partout avec ses enfants (dès qu’elle le pouvait), deux de ses amis et sa mère. Le père de Brad les accompagnait aussi. Cette partie de la ville était paradoxale ; il y régnait toujours un chaos certain mais une formidable solidarité s’était installée, faisant monter des abris divers, des points de repos pour les pompiers qui allaient au bout d’eux-mêmes et les bénévoles qui, munis de brassards divers, officiaient partout. Elle refusait de baisser les bras, de se montrer soucieuse. A ses enfants et à ses proches, elle souriait.

 

 

24 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Carolyn. Ils en ont fait de la voltige...

 

PATRICIA

 

Isée, jeune enseignante fascinée par un Américain qui veut perfectionner son français, crée pour lui des portraits de femmes américaines confrontées à des cataclysmes/ Ici, Carolyn et le 11 septembre. 

Et puis, les parents de son mari étaient venus lui parler. Il y avait cette assurance-vie. Il avait pensé à elle…Elle pourrait rester dans le même appartement, garder son travail, être proche de ses deux petits. Elle s’était mise en colère, pas contre elle non, pas contre ses parents et beaux- parents, mais contre Brad ! Il n’allait pas être mort quand même ! Il n’allait pas tirer sa révérence de façon si mesquine ! « Chérie, chérie, écoute ! J’ai fait ce que j’ai pu mais on y est tous passés ou presque…Oui, bien sûr, dans mon équipe, il y a six survivants, je sais ; Mais le trente autres ! Non, ne crie pas ! J’ai…J’ai paniqué, voilà…J’ai hésité à sauter…Mais c’était infernal ! Carolyn, je t’en prie, personne ne savait que faire, personne ! Mon portable m’a échappé ! Je pensais qu’on nous réceptionnerait…Hein ? Un atterrissage au son tout en souplesse …Oui, je sais… Je suis un imbécile ? Un idiot ? Oui, ma chérie, oui… ! »

Il lui répondait cela mais la fois d’après, il ne parlait plus de la même façon. Pourquoi n’était-il pas constant ? Il l’avait été durant leur vie ! Elle était en colère, tellement en colère ! Il avait un instinct vital si fort, Qu’avait-il pu se passer…

Elle en était arrivée au marchandage avec la mort. Maintenant qu’elle en voyait des représentations sur internet, elle en avait peur. Une Dame distinguée mais glaciale…L’avis de la mort de Brad ne lui était pas encore parvenu mais tout le monde dans son entourage avait compris. Elle résistait encore. Si elle restait bien stoïque, cette Dame si glaçante lui rendrait peut-être son tendre et beau mari ? Intérieurement, elles avaient de bonnes conversations toutes les deux. L’ennui avec la Camarde, la Gueuse, La Folle, la Torturante c’est que ne faisait pas des conversations bien gaies. Elle avait l’air de faire des calculs sans fin, celle-là…Ce mois-ci, j’en ai tant ! Quelle bonne période ! Et puis cette jeune femme qui larmoie avant d’éclater de rire…Franchement. C’était qui son mari déjà ? Ah oui ! Encore un trapéziste sans trapèze. Ah, ils en ont fait de la voltige ces cadres qui se croyaient invincibles ! Elle est gentille mais moi non. Et marchander, ça lui sert à quoi. Il est mort son Brad, elle est bête ou quoi ? M.O.R.T. Bon, c’était clair là…

Alors, elle avait craqué. Elle en était encore là, dans cet appartement qui avait respiré le bonheur. Elle était partie chez ses parents avec les deux enfants mais Olivia se rebellait sans cesse, la trouvant défaitiste. Elle avait demandé à rejoindre la sœur aînée de Carolyn qui récemment mariée ventait de s’installer à San Diego. Avec fermeté, le clan familial avait insisté pour que ce voyage se fasse. Dès le départ, il s’était avéré bénéfique….

Plus tard, bien plus tard viendrait l’acceptation de cette mort ; Elle pourrait alors penser à Brad avec simplicité et reconnaissance. Elle avait réellement été aimée de lui des années durant et de cela, elle pourrait se souvenir avec autant d’émotion que de fierté. Elle cesserait de ressembler à ces grands blessés du deuil qui s’assoient en pleurant sur le lit conjugal, serre contre eux un vêtement du mort avec l’espoir compulsif que cette étreinte le ressuscite ou continue de garder espoir quand retentit la sonnerie de la ligne fixe. Elle aurait retrouvé une intégrité qu’elle n’avait plus…

Voilà où j’en étais quand je revis Phillip Hammer. Je lui avais envoyé mon texte en plusieurs jets et il y avait des corrections ou des additifs de sorte qu’il ne restait plus qu’à lui restituer de vive voix le bilan d’un travail commun. Je le fis, confortablement installée chez lui comme la semaine précédente et il fut très attentif. Mon petit laïus terminé, je m’attendis à une pluie de critiques mais ce ne fut pas le cas. Je craignais que ma peinture de Carolyn fût trop caricaturale mais il m’assura que, pour avoir lu, bon nombre de témoignages de ceux qui avaient perdu qui un parent, qui un en enfant qui un ami lors de cette incroyable catastrophe, ce que j’avais écrit sonnait juste. Il avait étoffé la psychologie de la fille de onze ans et celle du petit garçon parce que l’intensité de leur souffrance, vécue très différemment, crédibilisait celle de leur mère. Ils lui renverraient de son couple et de sa fonction de mère qui ne lui plairaient pas toujours mais la ferait avancer. Même le fait qu’Olivia parte momentanément en Californie, lui serait bénéfique malgré le ressentiment qu’elle en aurait.

Et puis, il était bon que trois ans, temps qu’il lui faudrait pour faire véritablement son deuil, des hommes passent dans la vie de Carolyn, figures apaisantes mais vouées à être fugaces puisque l’attachement qu’elle avait eu pour Brad s’en allait lentement. Après tout, elle était une femme dans la tourmente et elle avait besoin d’affection…

Vraiment, de ce que j’avais fait, il était fier, donnant peu de poids aux descriptions qu’il avait faites des tours qui s’effondraient, des réactions des passants qui s’enfuyaient en hurlant ou restaient là, médusés. Il minimisait aussi le fin portrait qu’il avait fait du petit Tom qui, bien trop jeune, pour exprimer d’une manière articulée son chagrin l’avait exprimé en dégradant sa chambre et détruisant ses jouets préférés…La liste était longue de ses habiles corrections qui rendaient mon histoire bien plus poignante mais faisant le modeste, il m’attribuait tous les mérites.

 

24 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. A Paris, pour créer...

PARIS VIDE

Phillip Hammer et Isée Cendre. Deux portraits de femmes américaines créés ensemble déjà et une séduction qui se dessine...

La séance fut bien plus courte que précédemment et de façon curieuse, il ne tint pas à ce que nous abordions le même thème la semaine suivante. Je fus très surprise.

-Un bar à vin a ouvert récemment en bas de chez moi. J’y suis déjà allé une fois et je pense que vous y serez bien !

Donc, nous sortions !

C’était en effet un joli lieu qui évoquait les bistros parisiens du début du vingtième siècle. Beaucoup de boiseries et de miroirs. Il était assez tout et l’endroit, tout en étant fréquenté, n’était pas comble. Nous nous assîmes sur des chaises hautes, de part et d’autre d’une table rectangulaire et commandâmes des planches de charcuterie et de salade avec, comme entrée en matière, un verre de bon bordeaux rouge. Il semblait curieux de tout mais bizarrement ne m'interrogeait pas sur mon histoire.

-Elle ne vous plaît pas ?

-Elle me plaît.

-Vous n'êtes guère intervenu dans sa création.

-Je me demande parfois si vous n'êtes pas américaine. Vous parlez de cette femme qui a perdu son mari le 11 septembre comme si vous étiez une native. C'est une très bonne histoire, très crédible.

Comme à son habitude, il parlait français puis anglais et j'étais sous le charme. Je compris néanmoins qu'il souhaitait ce soir-là me faire parler de moi.

-Alors, vous habitez aux Invalides ?

-Oui

-Mais votre école se trouve…

-Près du jardin des plantes.

-C’est loin !

-Oui, mais c’est assez nouveau. En fait pendant six ans j’ai vécu dans ce quartier. J’allais travailler à pied.

-Vous avez déménagé, alors ?

-Je me suis séparée de mon compagnon et j’ai dû déménager.

-Ah ! Et lui est toujours là ?

-Non. Il travaille pour une société d’informatique qui s’est transférée à la Défense et il a préféré y habiter.

-Vous préférez ?

-Je vous demande pardon ?

-C’est plus simple pour vous. Vous passez devant l’immeuble où vous viviez avec lui mais il n’est plus là…

-Je n’ai pas la tentation de le revoir. Chez moi, c’est très avéré.

-Qui ne voulez-vous pas revoir ? Comment s’appelle-t-il ?

-Paul.

Hammer portait une chemise blanche sans cravate, ouverte jusqu’il fallait, une belle veste bleu-marine et un jean avec une ceinture. Avec cela, il était rasé de près. Ses cheveux bruns, soigneusement coupés par un coiffeur qui n’était certainement pas le dernier des derniers entouraient sa belle tête massive au nez court et légèrement busqué et aux yeux marron-doré. Il me semblait, sans avoir besoin de me pencher, sentir son eau de toilette en devinait l’origine. Guerlain. Habit rouge. Il avait bon goût et il me troublait. Je commençais à rêver de lui et bien sûr au plus fort de mes songes, il était nu. Je n’allais pas tarder, je le sentais, à m’ébattre avec lui en rêve…

-Isée ? Vous êtes toujours avec moi ?

-Euh, j’étais dans mes pensées…

-Ce doit être cet homme. Il avait votre âge ?

-Deux ans de plus que moi…Je revoyais les moments où j’allais travailler à pied. C’est un tel luxe, à Paris. Vous n’imaginez pas…

-Cette école, elle vous plaît, je crois.

-Beaucoup. Là je viens d’accueillir une nouvelle classe. C’est un niveau intermédiaire. Des étudiants qui commencent à bien utiliser un français très concrets mais doivent passer à l’abstrait et parfaire leurs connaissances. Ils sont quinze. Je crois que je vais bien m’entendre avec eux.

-Qui vous plaît le plus dans ce groupe ?

-Carla, une Italienne à la retraite qui veut absolument mieux parler. Elle a soixante-quatre ans et franchement j’aimerais être comme elle à cet âge : Elle est si posée et si curieuse intellectuellement…

-Beau portrait. Qui est l’autre ?

-Bo Yung, une Coréenne de vingt-quatre ans. Elle est jolie et brillante. Ce doit être quelqu’un de très fort.

-C’est tout ?

J’aurais dû hésiter mais ne le fis pas et me mordis les lèvres ensuite.

-Eh bien, il y a Zacharie. Il vient du Montana et doit avoir trente ans. Je m’étonne de sa présence car un étudiant tel que lui, on en rencontre beaucoup l’été mais pas tellement en cette période. C’est la première fois qu’il vient en France, je crois. Il a l’air très sportif. Il m’a parlé d’une somme importante qu’il avait gagnée suite à un pari et il a décidé de venir à Paris. Il veut prendre des cours car ça lui ouvre des possibilités de logements moins chers. Il a l’ait d’être très drôle et en même temps, il est studieux. J’ai l’impression qu’il capte très vite. Je pense qu’il saura très vite bien se débrouiller au milieu d’un tas de Français…

-On passe aux autres ?

Il n’y avait aucune ironie dans sa voix mais je sentais bien que continuer à lui faire ainsi les présentations auraient été fastidieux.

-A début de chaque session, on remarque comme ça quelques étudiants. C’est juste cela.

Cette fois, son sourire devint plus malicieux avec une pointe de dureté.

-Phillip et Zacharie…Vous voilà avec deux Américains maintenant !

-Pourquoi me dire cela ?

-Mais pour rire ! De toute façon, je suis le plus important des deux. Ce que vous faites avec Zacharie, c’est juste lui donner des cours mais avec moi, c’est différent. Ces histoires…

-C’est vrai…

J’avais le sentiment de mettre les pieds sur un sol glissant mais je n’avais aucun mobile pour m’emporter ou devenir maussade. De toute façon, Phillip avait commandé un pichet de vin et de nouvelles petites salades. C’était un vrai petit dîner. Le bar était maintenant comble. Mieux valait rester sereine.

-Mais vous, Phillip, vous ne dites rien sur vous ?

-Je vous ai dit qu’à New York, je m’occupais d’art. En fait, j’ai une galerie de peintures et de sculptures dans la cinquième avenue. Elle tourne bien. Je vis près de Central parc ouest et ma vie est en général très pleine. J’ai laissé quelques temps la galerie à Claire Brown, qui est mon associée et je suis là, à Paris…

-Oisif !

 

21 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Car il est amoureux, mais pas de moi...

 jim-dine-cardinal-1935

Isée, jeune enseigante, est fascinée par Philipp Hammer, l'Américain à qui elle donne des cours. Elle va inventer pour lui un troisième portrait de femme américaine

-Pas totalement. En fait j’écris une sorte de roman sur un peintre qui est un faussaire. J’y passe trois heures chaque matin. Je ne peux pas dire que je suis très content pour le moment mais je pense que je vais y arriver.

-Qu’est-ce qui est difficile ?

-Le personnage principal s’appelle Anthony Gilbert. Il est tellement antipathique ! Il fait des faux extraordinaires et il a déjà fait de nombreuses…

-Escroqueries ?

-Oui, c’est le mot. Il y a des années qu’il gagne beaucoup d’argent avec de parfaites copies de Gauguin, Renoir, Van Gogh ou encore Braque et Picasso. Mais là, il est au point où il va se faire prendre…

-Il peint moins bien ?

-Non. Seulement il se méfie peut-être moins et il n’est pas le seul sur terre à être intelligent…On est déjà sur…

-Ses traces.

-Oui. En fait, je ne veux pas en dire plus sur ce roman.

-D’accord. Je peux vous poser une question personnelle ?

-Oui.

-Êtes-vous seul ?

-A Paris, oui. A New York, non. Il fait de la musique. On s’est disputés et j’avais besoin de respirer…Il avait cet appartement au Panthéon et cet ami américain qui avait envie de vivre dans le mien…Et ce livre aussi…

-Qui est-il ? Comment s’appelle-t-il ?

Il sourit au clin d’œil que représentait ma question.

-Il s’appelle Vincent. Français par sa mère, américain par son père. Deux façons de prononcer son prénom…

Il me regardait Hammer et je le regardais aussi. Son regard en disait des choses, de ces « choses » à la fois lourdes et légères qui donnent toutes ces couleurs à l’amour ; car il était amoureux, c’était clair…mais pas de moi.

Autour de nous, on riait et s’amusait. C’était une atmosphère typiquement parisienne et à sa tonalité particulière, à la fois urbaine et un peu précieuse, je me rendais compte que j’adorais ma ville. Je pensais qu'étant entré dans une conversation plus intime, nous allions continuer le jeu des confidences mais il n'en fut rien. Mon intimidant Américain changea de trajectoire.

-Vous me devez une dernière histoire donc une troisième femme américaine !

-Je vous écoute !

-23 novembre 1963. Dallas. Texas.

-JFK.

-Bien sûr.

-Louise Falker. Soixante-dix ans. Je vous laisse libre pour ce qui la concerne. Le meurtre du beau président la rend heureuse ? Malheureuse ? Elle était là, dans la foule ? Elle était chez elle ? Intelligente. Classe moyenne mais cultivée. Vit seule.

-Elle est Noire ?

-Si vous voulez...Je pense plutôt à une Blanche pauvre...

-Un ou deux chats ?

-Bien vu !

Nous étions dans la rue et bientôt j’allai le saluer. Je rêverais cette nuit même que je couchais avec lui et j’avais hâte d’y être mais au matin, je saurais que rien n'était possible et je maintiendrai ce lien qui me rattachait à lui. J'inventerai un troisième personnage de femme forte au sein du monde américain...



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21 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Une fille du sud...

ALICE NEEL

5.Louise Falker, la troisième.

Ce n’était pas une Texane mais tout de même une fille du sud. Elle était née à la nouvelle-Orléans en 1900 et aurait aimé témoigner de la vie mondaine qui y régnait si elle était née dans le milieu social adéquat. Mais en fait de Quartier français, de belles robes blanches immaculées et d’élégants chapeaux féminins, elle avait eu droit à une enfance de pauvre. C’était normal, en fait puisqu’elle était issue d’une famille sans le sou. Un père manutentionnaire dans une fabrique de chaussures, une mère qui enchaînait les grossesses et de l’alcool frelaté qui circulait de main en main…Mais qu’est-ce que je dis ? Je suis en train d’en faire non un personnage de Mark Twain (il y a bien le Mississippi dans ces coins-là ?) mais une héroïne pauvre chez Faulkner (Pas Falkner : les noms se ressemblent et ce n’est pas le fruit du hasard), ce qui était embarrassant. En effet, être riche chez cet auteur du sud, c’était déjà assez terrible pour une femme mais pauvre, c’était vraiment toucher le fond, être un rebut de l’humanité…

Dans quel roman américain une femme était-elle violée avec un épi de maïs. C’était Le Bruit et le Fureur ou Des Souris et des Hommes ? Ou un autre…Non, mieux valait suspendre mon interrogation puisqu’elle signalait dangereusement mon manque de vraie culture littéraire américaine et à ce titre était stérile. Je pouvais placer mon héroïne dans un univers plus structuré bien que peu favorisé sur le plan financier. Elle resterait très inférieure socialement à Ruth Sheridan et beaucoup moins gâtée que Carolyn Fletcher (son nom avant de s’appeler Warren) car celle-ci appartenait à la toute petite bourgeoisie. Bah non, ça faisait trop de femmes protégées même si dans le cours de leur vie, elles avaient découvert qu’on peut souffrir à en hurler ! Bien, bien, bien…Donc, elle allait en baver dès le départ, ma Louise. Pour tout vous dire, si elle avait pu lire, enfant que sa ville avait été fondée en 1718 par Jean-Baptiste Le Moyne, sieur de Bienville et que son nom avait été choisi en l’honneur de Philippe d’Orléans, elle aurait ri jaune. Philippe de… ? Ah oui, un Français. Si seulement elle en avait juste un dans ses origines, son sort aurait été autre ! Si elle avait réussi à apprendre de cette belle langue plus que trois mots (Bonjour, au revoir et Coucou)…Elle aurait pu de mentir sur ses origines. Mais non ! Elle avait à peine cinq ans qu’elle avait déjà compris que six frères et sœurs dans une famille pauvre, c’était plus qu’un fardeau, une malédiction. Et elle était la dernière-née ! Pauvre de père en fils et nulle ascendance quelque peu prestigieuse pour vous racheter…Alors cette belle ville aux quartiers symétriques, qu’elle qu’est-ce que ça pouvait lui faire ? Peut-être que si elle était née avant 1803….Parce qu’on lui avait dit que l’empereur des Français avait, à cette date, littéralement bradé (pardon honorablement vendu) Le Louisiane aux États-Unis. C’est dommage tout ce qu’elle avait raté !

Quand elle avait eu dix ans, son père, Art Faulker s’était si violemment disputé avec sa femme qu’il en était résulté un partage d’enfants ! Oui, vous avez bien lu un partage d’enfants ! Attendu qu’ils étaient au nombre de dix, on aurait pu s’attendre à une équitable répartition mais non. D’abord, deux des aînés venaient de mourir en France, après leur mobilisation en 1918. Les deux autres, qui étaient des filles, travaillaient comme lingères. Le père, qui, au bout du compte, levait le coude moins facilement que sa femme s’était résolue à prendre en charge les trois derniers dont l’âge s’étalait de quatorze à dix ans. Voilà un homme qui aimait faire des enfants ! Il en laissait donc trois à sa femme, deux garçons et une fille, emmenant pour sa part Louise, Martha et Samuel. Sans savoir pourquoi, il jouait le bon cheval. En effet, alors que son ex-femme allait s’enlisant avec sa progéniture, il ne s’en était pas si mal tiré. Il avait déniché un travail au Texas et c’est pourquoi, chargé de famille, il se rendit à Fort Worth. Il y eut des emplois variés mais toujours subalternes et ne laissa pas tomber ses rejetons. Samuel, l’aîné d’entre eux, commença à travailler dans une usine de céréales, Martha fit des ménages et se maria le plus tôt possible tandis que Louise regrettait de ne pas pouvoir faire d'études. Même dans son univers déprimant, certaines femmes travaillaient et s'en tiraient mieux, enfin, il lui semblait.

20 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Blanche, américaine et pauvre...

 2

Louise Falker est blanche et pauvre dans le sud des USA à la fin des années cinquante...

Elle devint employée de maison auprès de Blancs fermés et racistes. Pour Art, c’était assez bien joué. Pour ses enfants, c’était moins sûr. Louise eut tout de suite l’intuition qu’on la ferait trimer pour un salaire modeste et elle ne trompait pas. Au bout d’un an, ses conclusions étaient amères. Sur le plan de l’exploitation humaine, le Texas, à ce qu’elle découvrait, n’avait rien à envier à la Louisiane. Croyant échapper à un avenir trop vite tracé, elle se maria à Martin Fleschman, épicier de son état. Il lui apparaissait comme un brave type plutôt probe. Il devait être bon fils car il gardait avec lui ses vieux parents. A la vérité (mais la vérité se découvre toujours en dernier), l’épicerie ne tournait correctement que parce que la vieille madame Fleschman se chargeait des comptes et son époux délabré des commandes. Martin, lui, obéissait en tout mais ne savait pas gérer. Louise ne savait pas qu’en fait, les rides sur le front de son mari et le pâle sourire étaient les marques d’une nature indolente et plutôt lâche. Une mauvaise maladie ayant emporté en deux mois le père puis la mère, Martin se retrouva aux commandes d’un petit commerce. L’épicerie périclita en un an. Il prétendit tout d’abord être accablé par son double deuil et Louise, qui avait le sens des affaires, lui sauva la mise. Ce fut de courte durée car il avait quelque orgueil. Il reprit la main et tint bon quelques temps. Des démons semblaient s’être emparés de lui cependant car il se mit à boire et à avoir des absences qui le faisaient disparaître plusieurs jours de suite sans qu’il se souvînt de son nom…Quand il réapparaissait, il était hagard. De nouveau, elle monta au créneau et fit reprendre les affaires. Elle y tenait d’autant plus que cet homme, elle avait eu une belle petite fille nommée on ne sait pourquoi, Norma. En cinq ans, la santé mentale de Martin se délita. Il lui arrivait de passer à côté de sa femme et de sa fille sans les reconnaître. Ivre mort, il finit par mettre le feu à son petit commerce. Sa famille vivait au-dessus. Elle en réchappa de justesse car Louise, ayant adopté une petite chienne, s’étonna des aboiements furibonds de celle-ci avant de prendre très au sérieux une violente odeur de brûlé. Pyromane malhabile, Martin périt dans l’incendie, victime de son forfait. Il laissait vivantes mais dénuées de toute ressource son épouse Louise, sa fille Norma et une petite chienne vaillante, Jappy…

Bon, Faulkner rirait-il de moi ? Et John Steinbeck ? Sûrement, sûrement… 

Rester à Fort Worh après cette mésaventure lui apparut comme la dernière des sottises. Elle fit donc ses valises et partit à Dallas, ville qu’elle connaissait vaguement. Étant heureusement restée en bons termes avec sa sœur Martha, elle lui confia sa fille et le petit animal qui leur avait sauvé la mise. Elle travailla pour les Chester puis pour les Anderson puis pour les Jones où elle était bonne à tout faire. Elle avait du caractère, ne se laissait pas marcher sur les pieds mais se révéla une excellente cuisinière et une économe de valeur. On avait beau la toiser, elle savait ce qu’elle faisait et ne volait jamais. En outre elle était assez belle et très vertueuse. Il était quasiment impossible de lui tourner autour. Elle ne s’en tirait pas si mal. Beaucoup de jeunes femmes blanches de sa condition étaient amenées à vivre bien plus durement et à assister à leur lente dégradation personnelle, faite d’humiliations et d’avilissements discrets. Elle, elle restait une force vive. Tous les mois, elle envoyait de l’argent à sa sœur pour la petite et dès qu’elle le pouvait, elle allait la voir. C’était une enfant un peu éteinte que le souvenir de son père paraissait effrayer. Elle avait gardé de l’incendie des images bien plus effrayantes que celles conservées par sa mère et faisait des cauchemars récurrents. Mise à part cela, elle était curieuse de savoir lire et écrire, ce qui ravissait sa famille d’accueil. Bud, le mari de Martha était employé de banque. Pour la jeune femme, c’était un saut social dont elle se gratifiait chaque jour. Le couple avait un petit garçon ; ‘l’adoption » de Norma était un de mes marques de leur bienveillance…

 

16 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Reginald Tucker et Louise.

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Louise, blanche pauvre du sud, a une vie difficile mais elle a fini par épouser un veuf bienveillant qui adore Kennedy. Cependant, nous sommes à Dallas...Troisième portrait de femme américaine fait par Isée pour Phillip...

Quand les Jones avaient mis fin au contrat qui les liait à Louise, ce n’était nullement par mécontentement. Ils prenaient de l’âge et voulaient se retirer en Floride où vivait leur fils aîné. Le climat y était plus clément. Ils l’avaient recommandé à Reginald Tucker, un homme de soixante-cinq ans, veuf depuis deux ans et qui était mécontent de sa gouvernante. On était en 1952, Louise avait quarante-huit ans. Dallas était une grande ville et Tucker habitait fort loin des Jones qui l’hébergeaient encore. Elle avait pris l’autobus. Pendant qu’elle roulait, elle avait repensé aux derniers jours qu’elle avait passés à son enfance en Louisiane puis aux années passées à Fort Worth. L’atmosphère de la ville l’avait souvent déprimée mais il lui restait quelques excellent souvenirs : le jardin botanique où elle s’était longuement assise avec des amies et au zoo, qui l’émerveillait chaque fois qu’elle s’y rendait, en faisaient partie. Elle ne trouvait pas beaucoup de désagréments à voir des animaux en cage, non qu’elle estimât leur sort pire que le sien mais parce que leur vie à eux était ennuyeuse mais immuable…Au stade de sa vie où elle était, il lui semblait souvent être en captivité sans savoir de quoi demain serait fait. Heureusement, tout avait bien changé pour elle !

Tucker avait de l’argent. Sa maison au centre-ville était plus petite qu’attendu mais jolie. Il y avait une cuisinière et un jardinier en plus d’elle et cela suffirait…Suffirait ? Louise ne put que dresser l’oreille quand l’homme grand et distingué qui l’observait lui parla ainsi. Il avait dû vouloir dire : pourrait suffire…Mais non, la lettre de recommandation de monsieur Jones était suffisante. D’emblée, cette femme lui plaisait. Il ne lui fallut pas un mois pour se féliciter de l’avoir engagée et il augmenta ses gages de façon si considérable qu’elle put faire venir Norma à Dallas pour lui faire mener que, selon, elle, une femme encore jeune et heureuse devait connaître. Désormais, celle-ci n’était plus timide ni effrayée. Conjointement élevée par la famille de Martha et sa mère, elle avait l’esprit vif et le goût des études. Enseigner lui plaisait et elle en avait fait son métier. Elle l’exerçait avec zèle mais une nomination dans un bon lycée de Dallas serait pour elle une nouvelle ascension…Elle s’était mariée il y longtemps déjà mais semblait bien plus intéressée par ses trois enfants que par son mari, lui-même enseignant.

Louise n’avait jamais eu d’employeur qui ait deux passions aussi avérés. L’une d’elle était l’aquarelle et l’autre la politique. Pour ce qui concerne la première, il avait transformé une des pièces du ré de chaussée en atelier et il peignait tous les jours. Pour ce qui était de la seconde, il se plaisait à lire quotidiennement les Mémoires des différents présidents des États-Unis, si tant est que ceux-ci les ai écrites ou encore leur biographie. Il lisait aussi des monographies et bien sûr la rubrique spécifique de plusieurs grands quotidiens américains. Fait notable, dans un Texas manifestement républicain, il vouait un véritable culte à un des présidents des États-Unis qui l’avait particulièrement marqué : Franklin Delanoe Roosevelt. « Président de guerre », selon, lui, Eisenhower lui plaisait moins. La sage gouvernante et le veuf curieux de tout apprirent à s’apprécier. Louise ne mesurait pas à quel point elle s’était transformé. Il lui était venu une sorte de distinction qui la rendait majestueuse sans être écrasante. Tucker ne mit pas deux ans à la demander en mariage. Elle mit du temps à accepter, ne pouvant y croire. Elle, la petite fille d’un quartier triste de la Nouvelle-Orléans épouser un juge à la retraite…Qu’auraient dit ses parents, qui l’un et l’autre étaient morts, s’ils savaient appris la nouvelle ? Que diraient les frères et sœurs dont il lui restait quelques traces ? Seule Martha et son mari seraient à la fois ébahis et ravis…Et sa fille, bien sûr, l’énergique Norma. Les années filèrent et furent plutôt paisibles pour les Tucker. Louise avait eu beaucoup de mal à se dire que désormais elle ne servait plus mais était servi. Décidément, ça la reprenait souvent : elle faisait tout elle-même, sans rien demander à personne, comme avant. Les domestiques s’en trouvaient gênés mais Tucker, lui, riait. Il adorait qu’elle soit ainsi. Tous deux lisaient beaucoup et souvent elle pour lui. L’histoire américaine défilait avec ses guerres, ses traités, ses tragédies et ses accalmies. Et puis, alors que le juge guettait un homme providentiel, à la fin des années soixante, il lui en vint un…Kennedy.

Tout de suite, ils furent sur l’affaire. Tucker était enthousiaste !

 

16 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Louise, Tucker et Kennedy...

 

JACKY ET

 

Blanche pauvre du sud, Louise a fini, après bien des déboires par épouser un veuf aisé qui est un grand partisan du parti démocrate et de JFK....C'est le troisième personne féminin créé par Isée...

Tout de suite, ils furent sur l’affaire. Tucker était enthousiaste :

-C’est un démocrate ! L’Amérique a besoin d’un démocrate ! Son père Joseph Patrick Kennedy est un homme d’affaire puissant et sa mère, Rose Fitzgerald Kennedy est une grande dame. Il vient d’une famille catholique et a beaucoup de frères et sœurs….

Louise ne savait pas trop, vu le ton lénifiant pris par son mari, s’il cherchait à la convaincre ou à se rassurer lui-même.

-Il a succédé à Dwight Eisenhower et ce n’est pas une mince affaire ! Un homme si bien formé, si jeune et déjà si brillant. Il a été élu le 20 janvier 1961 et regarde déjà ce qu’il a fait ! Quelle aura….

-Oui…

-Déjà, sa formation ! Il a d’abord étudié dans une très sélective école privée du Connecticut avant d’aller à Princeton. Il y a eu quelques soucis de santé mais a poursuivi son cursus à Harvard, avec comme matières de prédilection, l’histoire, l’économie et la politique américaine. Son père, qi est un homme d’affaire puissant, a eu du flair : il a soutenu Roosevelt et son New Deal. Comme il s’était installé à Londres, son fils Jack –tu sais qu’on l’appelle toujours Jack- est allé le voir. Il en a profité pour se rendre aussi en Allemagne. Attention, Louise, n’écoute pas les ragots ! Certains Texans ont un état d’esprit si étroit ! Le jeune Kennedy n’a pu qu’être horrifié par ce qu’il a perçu du nazisme et d’Hitler ! Il ne saurait en être autrement…

-Oui…

-C’est un soldat frustré, ce jeune Kennedy. Dès le printemps 1941, il a voulu s’enrôler dans l’armée mais ses problèmes de dos étaient trop importants. On a eu beau le tourner en dérision sur ce plan -là, il n’y a pas de quoi rire. Ce jeune Kennedy a un sacré problème. Moi, j’étais magistrat. Je suis, comme tu le sais, à la retraite depuis quelques années. Je m’intéresse beaucoup non à la médecine mais aux handicaps de santé qui n’empêchent pas des hommes politiques d’accéder à la grandeur. Regardez Roosevelt et voyez de quelle façon il a réussi à transcender une maladie invalidante qui le faisait beaucoup souffrir. Parce qu’il a fait preuve d’un courage inouïe, les Américains qui affrontaient la grande crise des années trente se sont mobilisés pour que le pays se redresse. Imaginez- cela ! La dégénérescence d’un homme et celle d’un pays contrée par une énorme énergie…

-Oui…

-Il est malade, le jeune président, je le sais. Je suis sûr qu’il reçoit un traitement très lourd qui lui donne une énergie spectaculaire et le rend très actif !

-Oui.

-Louise, tu me réponds autre chose ?

Être au contact de quelqu’un comme lui imposait qu’on se pose des questions et qu’on y trouve rapidement des réponses…

-Je m’interroge moi-même sur sa santé mais il sait donner le change et il est très populaire. Concernant ses faits d’arme, il y en a un, qui est notable. Il était dans le Pacifique et a servi dans la marine avec le grade de lieutenant. En 1943, il était sur une vedette lance-torpilles que les Japonais ont coulé. Il a été blessée au dos, ce qi a aggravé ses douleurs, mais il a réussi malgré tout à haler un membre de son équipage blessé sur près de cinq kilomètres et à mettre pied sur une île, d'où il a nagé pour donner l'alerte. Son équipage a été récupéré. Il a été décoré pour cela !

-Mais où diable as-tu lu cela ?

-Dans les livres et les journaux que tu laisses traîner partout ou dans tes notes. Quand elles sont politiques, je suis supposée les lire…

-Ah oui, c’est vrai. Quoi d’autre ?

-En 1952 et 1958, il a été élu sénateur du Massachussetts et en 1960, il s’est présenté aux Présidentielles pour succéder à Eisenhower avec, pour concurrent Richard Nixon. Sur la liste de Kennedy, se trouvaient Hubert HumphreyLyndon B. Johnson et Adlai Stevenson mais tu le sais ceci, Reginald…

-Absolument.

16 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 1. Un certain Kennedy...

MURDERRRRRRRRR

 

Louise : celle qui a assisté à l'assassinat de Kennedy. Un troisième portrait de femme américaine pour Isée.

Ils suivirent avec passion l’ascension politique, les heurts et les malheurs du jeune président sur lequel on en racontait tant et tant ; Si les journaux se taisaient, il n’était pas difficile d’en apprendre beaucoup sur les amours légales et illégales du beau « Jack ». Marilyn Monroe était une valeur sûre mais il y avait tant d’autres. Tant de noms étaient chuchotées…Le président, à ce que ses détracteurs prétendaient, était incapable de rester trois jours sans faire l’amour, sans quoi il avait la migraine. Quelle bête était-ce là ? Selon Tucker, ses opposants n’avaient accepté que Nixon, malade et mal rasé, apparaisse comme un tocard à la télévision américaine, alors que le fringant John Fitzgerald faisait exploser l’applaudimètre. Et il y avait ce discours d’investiture, prononcé le 20 janvier 1961, date à laquelle il devenait le 35° président des États-Unis. « Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. »Il n’avait battu Nixon que de 12000 voix, mais il l’avait battu et le Prince de ce monde, c’était lui…

A partir de là, le juge retraité et son épouse suivirent pas à pas les faits et gestes du jeune président. De ses démêlés avec le bloc communiste à la baie des cochons, de son intervention fameuse à Berlin à l’édification du Mur (il ne fut pas étranger à son édification), ils l’accompagnèrent. Ils furent avec lui quand il engagea pour l’Amérique et le monde libre la course à l’espace et se sentirent heureux. Ils le furent moins quand il rencontra le pasteur Martin Luther King et les autres dirigeants du mouvement des droits civiques après une manifestation qui, le 28 août 1963, avait rassemblé devant le mémorial du président Lincoln, deux cent cinquante mille personnes car les ségrégationnistes restaient nombreux et virulents. Pour la première fois depuis les débuts de cette jeune présidence, ils eurent des craintes. Louise avait grandi en Louisiane et Reginald bien que n’ayant pour sa part jamais quitté le Texas avait de la famille dans le Mississippi. Kennedy était partisan de l’émancipation des Noirs. Le 30 septembre 1962, un étudiant noir, James H Meredith s’était inscrit pour la première fois à l’université d’État du Mississippi ; des manifestants s’étaient opposés à la déségrégation et le ministre de la Justice, Robert Kennedy — frère du président — dut utiliser 23 000 agents fédéraux pour contrer les manifestants. Les échauffourées firent deux morts parmi les manifestants et 160 blessés parmi les forces de l’ordre.

C’en était fait, il y avait un complot contre lui. Louise et son époux en étaient sûrs…Aussi son assassinat aussi violent qu’il fût ne les laissa pas dupes. Lee Harvey Oswald ne pouvait avoir agi seul. Il s’agissait d’un complot dont nul ne connaîtrait ni les tenants ni les aboutissants. Une ombre menaçait le président. Quand, le 24 novembre 1963, celui-ci fut sauvagement tué, ils n’en furent pas pour leurs frais. Eux, au moins, l’avaient prédit…Ils étaient tous les deux devant leur poste de télévision, trop âgés et fatigués pour affronter une journée aussi brûlante. L’événement les tua autant qu’ils avaient tué le président. L’ex-juge mourut trois mois après d’une congestion cérébrale. Louise, elle, atteignit l’âge de soixante-dix ans. Elle fut peu consciente des changements de ce monde. En 1970 La guerre durait toujours au Vietnam mais les troupes américaines commençaient à partir. Les Beatles avaient beaucoup de succès. Luther King était mort et tant d’autre et pour elle le visage de jeune président de quarante-six ans continuait de se fracasser. Elle était malade maintenant et chaque jour l’agonie était différente. Dans la mort, le visage de John Fitzgerald partait en morceaux alors que dans la réalité, c’était son corps qui était atteint. Ils se rejoignaient en fait et elle ne songeait à aucun mal. Les Noirs, les pauvres…La lune, les Russes, la paix…Kennedy…

7 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Qui parle à Vincent ?

 LE CORPS DES HOMMES

 

A Paris, Isée, jeune enseignante, accepte un marchandage avec l'Américain Phillip Hammer auquel elle donne des cours de français. Elle se fait passer pour lui et parle sous le masque à l'amant de celui-ci resté à New York et lui, de son côté, l'aide à recoller les moceaux avec son ancien compagnon...Ainsi Isée découvre t'elle Vincent...

«Il y a un morceau qu’on joue beaucoup en ce moment : c’est Chrysalide noire. On a composé ça à plusieurs. Je t’envoie l’enregistrement. On va faire un cd, je sais que tu le sais. C’est sûr maintenant. Il y a un jeune mec qui nous tourne autour pour nous coacher. Il regarde ce qu’on joue et ce qu’on compose. Il essaie de nous faire croire que certains morceaux qu’on interprète sont bons à jeter à la poubelle et, tu sais quoi, il a vraiment du bagout et on finit par le croire. Il n’a rien dit pour Chrysalide, rien de mal en tout cas. J’ai un long solo de trompette que je trouve assez majestueux dedans. Tu l’écoutes et tu me dis »

«Ouvre ta caméra Hammer et regarde-moi nu. Je sais que tu en as envie. C’est quoi cette pruderie ? »

«Ton visage est sévère : il est d’un pâtre grec

Il reste frémissant aux creux de mes mains closes.

Ta bouche est d’une morte et tes mains sont des roses

Et ton nez d’un archange est peut-être le bec...

C’est Jean Genêt pour un amant, tu le sais. C’est splendide mais un peur dur. Piquant. Ça ne tu ne te surprendras pas. Ce que tu m’as écrit, c’était très beau aussi. J’en ai pleuré, tu sais… »

Car Hammer lui envoyait, par mes soins, des messages tendres et réconfortants et bien que pouvant être incisif, il l’était, tendre lui aussi, le jeune musicien.

Ses exigences pour se parler en se voyant devinrent si fortes que Phillip prit brièvement la relève. Je fus désappointée. Depuis cinq semaines que je lui parlais, à ce Vincent blessé mais facétieux, il était un peu mien. Ne pas savoir ce que son amant et lui se diraient me frustrait. Dans quelle étrange aventure m’étais-je engagée pour j’en arrive à de telles pensées ? J’ajouterais que moins que les paroles, la façon dont ils s’observeraient qui me fascinait. Et je manquerais tout cela ? Ils allaient se mettre nus, Vincent, j’en étais sûre et l’autre, je l’escomptais. Ce serait intense, ce serait beau ; ils se regardaient l’un l’autre et se verraient eux-mêmes, leurs corps offerts tout auréolés de lumière douce. Et de cela, je ne serais pas témoin. Je pensais brusquement à ces vers peu connus du poète William Cliff :

Mon voyage au-delà de l’écumante
mer Atlantique à rechercher ta trace
fut-il tant éprouvant ? Ça me tracasse
très peu cette blancheur de mes cheveux
qu’elle soit blanche ou noire ma tignasse
m’importe peu car c’est Toi que je veux

Hammer portait beau mais avait son âge.... Il était dans la situation du poète qui voyageait et désirait à distance et ce « Toi que je veux » si intense dans le texte était au cœur de sa vie, peut-être parce que celle-ci n’était plus si jeune…

La mort dans l’âme, je le laissai parler seul à son amant avant que, quelques jours plus tard, il ne me repasse la main. Quand je le revis, Il avait l’air serein et en même temps sa sensualité à fleur de peau n’était plus bridée comme si le moment de faire concrètement l’amour avec son compagnon retrouvé n’était plus si lointain…



4 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Séduire Paul.

 

AAAA

 

Isée s'est liée à l'Américain Phillip Hammer à qui elle a donné des cours de français. Celui-ci pense qu'elle devrait séduire de nouveau le jeune homme dont elle est séparée...

Son travail auprès de Paul s’avérait très fructueux car celui-ci voulait me voir. Je ne pouvais que relever le défi et sur les conseils de Phillip, j’allai le coiffeur. Mes cheveux furent coupés plus court et ils furent méchés de blond. Entre outre, de façon fort surprenante, mon Américain m’offrit deux robes ; l’une, mi- longue, avait de fines bretelles et un décolleté en v qui mettait en valeur ma poitrine menue. Cettre première tenue était toute fleurie, avec une dominante de rouge. L’autre, plus chic, était plus courte. C’était une robe bustier noire, très bien coupée, avec une jupe évasée. Je n’en revins pas !

-Des robes ! Vous m’habillez !

-Je vous offre deux robes, c’est différent.

Il me conseilla pour les accessoires : chaussures, bijoux fantaisie et suggéra un parfum frais, pas trop corsé.

-Je suis une jeune fille pour vous ?

-Une jeune femme. Chanel. Coco Mademoiselle ou un Guerlain. L’heure bleue serait bien.

-Je n’ai ni l’autre.

-Ce n’est pas un problème cela. Il faudra revoir les chaussures pour la robe noire. Celles que vous m’avez montrées ne vont pas. Il faut des talons plus hauts…

-Mais enfin…

-Mais je sais cela ! Je vois ce qui vous va. Par exemple, pour la robe noire, il faut des pendants en diamant…

-Phillip…

-Je vous les trouverai.

Le rendez-vous était à la Défense, non loin de son nouvel appartement. J’allais donc revoir Paul Wagner…Il avait choisi un café pour bobos au décor si dépouillé que c’en était caricatural. J’en ressentis un malaise qui alla s‘intensifiant quand je vis à quel point il semblait ravie de me voir. D’emblée, il me trouva très en beauté et me remercia pour cette période « totalement inattendue mais très bénéfique » où il avait renoué avec moi. Ce n’était pas inespéré. C’est lui qui avait été stupide. Quand il voyait la femme que j’étais maintenant ! Hammer avait magnifiquement travaillé : pour Paul, j’étais devenue « exquise ». Il se montra aussi enthousiaste quand il m’invita à dîner quatre jours après. Malheureusement pour lui, la magie qu’avaient déclenchée nos changements de rôle s’était éteinte. Si j’avais apprécié en fin de compte que l’Américain se substitue à moi, Paul retrouvé en chair et en os ne déclenchait chez moi aucune émotion. Cette histoire était finie…Il me suffit de me retrouver face à lui pour le comprendre. Au restaurant, ce fut flagrant. Il avait mis un beau costume noir, ma robe lui plaisait beaucoup et ce qu’il appelait « mes pendants d’oreille » aussi. C’était vraiment de diamants, un prêt de Phillip…Le cadre, cette fois, était très joli, vieille France mais de très bon goût, le service était parfait et Paul rasé de près et au meilleur de sa force parlait actualité, cinéma et vacances, évitant les lancinants sujets de sa surcharge de travail et de son statut de cadre…Il me souriait et de façon toute directe, me trouvais charmante. La suite logique eut été que je le rejoigne chez lui sachant que la découverte de son nouveau domicile était une invitation appuyée à une rapide reprise de vie commune. Mais tout ce que j’avais adoré chez Paul avait disparu. Je ne lui voulais aucun mal. Je ne le désirais plus. Ce que j’avais désiré, c’est que Phillip prenne les choses en main. Il l’avait fait et ma position, de fait, était bizarre. En effet, j’avais été, par plumes interposées, très lyrique…Mon refus d’aller « boire un verre » chez lui après le somptueux dîner le surprit et c’est à regret qu’il me vit prendre le taxi. Les bras de Zacharie me manquaient et il y avait plus que cela. Tout ce qu’il était relevait maintenant d’une terrible urgence. Je voulais son corps autant que sa bouche et sa jolie façon de parler français autant que son regard vif et tendre. Il me trouvait « rêveuse » ces derniers temps et je tins à la rassurer par mél dès que je fus rentrée. Malgré son prochain départ (l’été filait), je tenais à lui. Le lui avouer n’était pas stupide car lui disait les choses simplement…

A Paul, j’écrivis que je m’étais méprise. Rien n’était plus possible. Il me traita de garce, terme qui me ravit ! Pourquoi pas après tout. Au long de notre longue liaison, c’est plutôt lui qui, à cause de son addiction au travail, m’en avait fait voir…Alors, Garce, ça n’était pas si mal.

 

4 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Hammer s'en va.

 HOMMMMMME

 

Cette fois, c'en est fini du séjour de Phillip Hammer en France. Isée est bouleversée...

Je voulus rendre les diamants à Phillip et lui demandai si je devais lui restituer les robes. Mon attitude l’amusa. Il ne voulait rien. Je suis suffoquée.

-Pourquoi ?

-Un présent.

Il enchaîna :

-Ah ! Vous laissez Paul ?

-Et vous avez travaillé pour rien ...

-Je n’ai pas dit ça.

-Paul est trop ennuyeux et j’ai changé.

-C’est mieux mais il ne faut pas revenir en arrière.

-Non, ma décision est prise.

Je lui parlai de Zacharie.

-Le Montana ! C'est un peu perdu, vous savez...

-Il est originaire de Billings.

-Vous voulez y aller ?

-Il ne m’invite pas.

Il eut rire frais.

-Oh, c’est juste qu’il ne l’a pas encore dit. Des vacances à Billings. C’est une façon comme une autre d'aller en Amérique...

-Vincent n’est pas du Montana , c'est vrai.

Son regard se fit plus froid.

-Isée, avec lui, j'ai l'amour et les blessures de l'amour. Et c'est bien !

Les semaines filèrent de nouveau et Zacharie s’apprêta à rentrer. Il voulait que je vienne. Je voyais s’ouvrir là un bel épisode romantique et tout mon être se dilatait à la pensée de ce voyage. Dans le même temps, cependant, je poursuivais mes dialogues avec le beau trompettiste en essayant de me dire que, quelques temps encore, je le séduirais…

Le fait d’entendre Hammer me dire que les comptes étaient justes me fit très mal. Je pensais ne pas pleurer mais le fit. Il fut sobre et bienveillant.

-Voilà, mon séjour en France est fini. Je quitte Paris. Vous êtes triste ? Il ne faut pas. Vous avez été magnifique, vraiment.

-Ce Vincent, il continue pourtant de vous envoyer des « choses »stridentes, inconvenantes…Il vous insulte parfois…

-Et je l’insulte aussi…Et bien sûr, l’instant d’après, je me bénis de le connaître et l’encense…Vous savez tout cela, vous qui, tant de fois, avez été à ma place, à ma demande. A de multiples reprises, quand j’ai lu la façon dont vous l’aviez abordé, je me suis dit que je n’aurais pas pu faire mieux. Vous avez été impeccable. C’est ça, hein ? Les français aiment dire « impeccable » !

-Ces temps-là sont finis. -Vous rentrez à New York, alors…

-Il le faut…

-Lui.

-Lui. Mon travail aussi.

-Zacharie part, vous partez…

Je pleurais. Il m’importait plus que le jeune homme du Montana. Ne pouvait-il rester ?

-Alors, vous reprenez la main ?

-Ce que je vais lui dire puisque je rentre, vous n’avez pas à le savoir et vous ne l’auriez peut-être pas inventé. Et même si c’était le cas, ça n’aurait pas de poids. Maintenant, je suis face à lui et lui face à moi.

-Et c’est tout ?

Je me trahissais. Je ne parlais pas de ce que je ressentais pour lui, perdue que j'étais dans les autres mais mon corps crispé et tendu parlait pour moi.

Il soupira.

-Ce que vous avez fait a renforcé mes liens avec lui. En toute honnêteté, j’espérais faire la même chose entre Paul et vous. Mais vous, vous avez fait le chemin contraire : vous vous êtes détachée de votre ancien compagnon comme si mon travail était un révélateur pour vous. Il mordait à de belles paroles, mais vous, au fond de vous-même, vous ne vouliez plus de lui…

Comme souvent quand nos discussions étaient longues ou complexes, il ne parlait plus qu’anglais et ses mots me parvenaient comme en décalé, puisque je devais très vite les traduire. Je restais passive un moment puis il y eut comme une onde de choc : je venais de comprendre que tout s’arrêtait. Je me raidis et je mis ma main sur ma bouche car je voulais crier…Il s’avança vers moi et me prit dans ses bras. Alors, je criai vraiment.

 

4 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Le vide et le plein.

homme difficile

4 Veuvages

Phillip Hammer est retourné aux USA et Isée s'ennuie de leur complicité. La trouvant sans expérience, il lui suggère d'avoir des aventures masculines variées et de le prendre pour confident...

Morgane m’invita en Provence. Je disposais de quatre semaines de libre et n’avais rien prévu. Revoir les Baux me ravissait. J’aimais bien cette jeune collègue de travail sans la connaître vraiment bien et son invitation me toucha. Phillip partit début Juillet et Zacharie en fin de mois. J’avais posé des congés en août. C’était parfait. Durant dix jours je déambulais avec elle dans un sud-est bombardé par le soleil puis je rejoignis d’autres amis à Calvi avant d’aller rejoindre mes parents en Normandie. Ils adoraient Cabourg. Éviter de penser est possible : je le fis. Bien sûr, il fallut rentrer. Oh surprise, le tendre Zacharie du Montana n’aimait pas les mails pour dire ce qu’il pensait au plus profond de lui. Il écrivait des lettres ! J’en trouvais plusieurs dans ma boite et les lus avec un étonnement enfantin

«Je suis rentré parce qu’il faut que j’utilise sainement cet argent que j’ai gagné à un jeu de hasard. Paris, c’était magnifique mais j’ai eu une chance énorme. Je veux monter une entreprise de livraison à domicile. J’habite une ville qui n’est pas si grande : ça peut très bien marcher. Quand je te parle de livraison, je vise très large. Je veux pouvoir livrer des denrées alimentaires et du matériel de construction. Je suis jeune, j’ai de l’ambition et j’ai les capitaux ! Tu sais quoi ? Je me forme en gestion et en marketing. Et j’ai déjà des employés potentiels et un comptable ! Ça prend tournure. Toi, ne crois pas que je ne pense pas à toi. Tu peux venir me voir. Tu dois venir !

Voilà ce que la première disait en substance. Les quatre autres étaient du même style mais elles étaient plus tendres. Je lui répondis aussitôt par méls et lettre et je l’appelai, tenant compte du décalage horaire. Il fut bavard. Sa voix me ravit.

Phillip, lui, se fit attendre mais il me contacta. Le cœur battant, je vis s’afficher un message de lui alors que j’avais laissé Skype allumé pour parler à une amie.

-Seule ?

-Bonjour Phillip.

-Bonsoir, plutôt. Il est minuit à New York. Paris ?

-Je viens de rentrer de vacances, oui.

-Au travail ?

-Encore quelques jours.

-Vous voudriez reprendre les histoires ?

-Avec des femmes ?

-A vrai dire, cette fois, ce serait différent. C’est vous qui vous seriez l’héroïne.

-C’est-à-dire ?

-Il faudrait vivre ce qu’ensuite vous iriez me raconter.

Il ne parlait qu’anglais, ce qui m’embrouillait.

-Et je devrais vivre…

-Des aventures tragi-comiques qui ne peuvent que vous grandir.

-Pourquoi « tragi-comiques ».

-C’est en général le goût que laissent les rencontres éphémères. Elles ont donné du plaisir et en même temps ont pu faire souffrir.

-Et j’aurais à me mettre en valeur dans chaque cas ?

-Bien sûr.

Il marqua une pause puis ré attaqua.

-Je sens que vous vous êtes d’accord !

-Je ne sais pas Phillip. De quoi me parlez-vous ?

-Vous auriez des aventures, des hommes de passages, plusieurs, disons quatre ou cinq…Et vous me diriez cela. Vous en feriez des histoires…

-A la première personne ?

-C’est indispensable.

 

4 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Guidage amoureux.

 

ISEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE

 

Isée et Philip : la jeune enseignante et l'homme roué. Jouer ensemble à des jeux étranges...

-Je vais encore payer de ma personne ?

-Comment « encore » ! Vous ne l’avez pas fait jusqu’à maintenant et je ne vous demande pas de vous punir ! Vous avez écrit des histoires de femmes avec moi puis vous m’avez remplacé auprès de mon amant…

-Non, vous déformez tout ! Comment aurais-je pu vous remplacer ?

-D’accord, d’accord, vous avez été mon messager invisible. Cela vous convient ?

-Oui.

-Très bien. Ce que je demande n’est pas si complexe !

Il avait raison sur le fond mais pour la forme, j’aurais dû lui alléguer que ma vie affective n’était pas vide. Il y avait Zacharie. Je n’ai pourtant rien dit et ai accrédité le fait que j’avais besoin d’aventures. Sinon, pourquoi aurais-je accepté ? Il a paru content et je l’ai écouté énoncer des directives. Quand il a eu terminé avec elle, j’ai senti qu’il voulait prendre congé et je l’ai rattrapé au vol.

-Il est avec vous ?

-Vincent ? Vous voulez dire maintenant ? Non, il termine un concert.

-Vous le voyez ensuite…

-Non, il sera fatigué. Il ira chez lui.

-Ah ?

-C’est un code entre nous. Quand il dit qu’il va chez lui, c’est qu’il a à faire. Je ne peux pas l’empêcher de voir qui il veut de temps en temps…

-Déjà ? Il y a pourtant peu de temps que vous êtes retrouvés.

-Oui mais qu’est-ce que cela peut faire ? Tous les couples ont un mode de fonctionnement, n’est-ce pas ? Alors, oui « déjà » et de part et d’autres.

-Bien. En ce cas, je retiens ce mot. Il ne peut pas être le début de ma nouvelle histoire.

-Vous pouvez prendre en chasse quelqu’un très vite. S’il vous répond d’emblée, « déjà » s’impose…

-Où voulez-vous en venir ?

-A ce que vous êtes, vous. Une jeune femme décidée.

-Il y aura trois ou quatre mots de guidage, comme avant ?

-Oui, mais vous les trouverez vous-mêmes. Vous me les soumettrez et je vous dirais s’ils sont bons.

-Mais ce ne sera que ma « petite » vie, des moments érotiques…

-Vous voulez la grandeur de Ruth, la douleur intense de Carolyn ou la dignité de Louise ? En ce cas, l’exercice ne sera pas réussi. Oui, parlez-moi de vous dans des bras différents et ne pensez pas que c’est « petit »…

 

4 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Jeux étranges.

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 Isée, jeune enseignante, et Phillip, Américain aisé en vacances à Paris. Jeux étranges et érotisme.

-Mais vous, Phillip, que me direz-vous de votre vie ?

-Mon roman va sortir en librairie. J’ai repris en main la galerie et je m’occupe de Vincent. On a une belle relation…Il est difficile de s’ennuyer avec lui !

-Vous êtes heureux ?

-Le bonheur est un état difficile ; « Heureux », si tant que la félicité m’envahit chaque jour, l’espace de quelques minutes, je le suis…Mais revenons à vous.

A l’évidence, il se cachait, comme il l’avait fait au début avec moi. Les échanges que j’avais eus à sa place avec son jeune compagnon lointain semblaient bien être les seuls où il s’était dévoilé. Enfin, jusqu’à maintenant…

Il revint sur ce que je devais vivre mais je différais le moment de lui donner les quelques mots qui serviraient de cadre à la première de mes aventure. Je lui proposai « Nuit, boite de jazz » et homme solitaire » qui ne lui plut qu’à demi. « Jazz » notamment le mettait mal à l’aise car il y voyait une allusion à Vincent. Celui-ci jouait et écrivait une musique sophistiquée que je n’avais pas en tête. Je pensais, moi, au caveau de la Huchette où Morgane tenait à ce que nous allions danser. La musique qui y était jouée était plus dansante, moins aérienne et surtout moins alambiquée que celle qu’interprétaient le beau trompettiste et son groupe. Je lui expliquai et il céda. Le soir dit, je filai chez mon amie qui avait un logement plus grand dans le neuvième et de là nous nous rendîmes en taxi dans la fameuse boite. Je me souviens d’une atmosphère très enfumée, d’une foule dense et cosmopolite de plusieurs fous-rires. Je me souviens aussi d’un couac retentissant. Je repérai un homme seul, la quarantaine, pas vraiment beau mais non sans charme et il me fit comprendre par force sourires et œillades que je ne l’indifférai pas. Je dansai longuement avec lui et constatai que mon amie Morgane avait elle-aussi trouvé un cavalier solitaire, nettement plus jeune que le mien. Tout se présentait bien. Nous nous retrouvâmes tous les quatre, attablés au bar, où je continuai ma consommation de vodka orange. Les deux hommes étaient pressants et nous très souriantes ; Mais quand il fut décidé de quitter la boite, mon cavalier s’avéra être un médecin en stage à Paris logé dans un hôtel assez proche mais il lui semblait impossible de recevoir quelqu’un. Il me restait à l’inviter chez moi mais comme je m’apprêtais à le faire, le visage de Zacharie s’interposa. Non, tout de même. Je n’étais ni si en colère ni si dépitée que je traîne un type chez moi pour avoir une histoire à raconter. Le médecin insista si lourdement du reste, que ma décision, qui aurait pu vaciller, devint certaine. Morgane n’avait pas mes problèmes et elle pouvait fort bien recevoir cet amant passager. Par « solidarité féminine », elle refusa de le faire, ce qui me laissa totalement perplexe avant de me faire mourir de rire. Je dormis chez elle et nous passâmes une matinée charmante, à babiller comme des petites filles. Restait l’étape finale : écrire un petit récit. Je me donnais le beau rôle et fis dans l’ironie. J’avoue que je ne m’appesantis pas trop sur mon texte et que je l’envoyai sans état d’âme. Dire que Phillip le trouva bon, serait mentir. Je ne devais pas céder à la facilité car j’étais une héroïne non la journaliste rédigeant à la hâte un petit récit pour un numéro « spécial plage » d’un magazine féminin.

  

2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Amours violentes.

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Liée à l'Américain Phillip Hammer, Isée est très influencée par lui. Elle a connu peu d'hommes et doit y remédier.

En novembre, je décidai de programmer une nouvelle aventure. Je prenais plaisir à faire l’amour avec des inconnus, je ne pouvais le nier et je me lançai dans la bataille, sachant que je ne voulais pas, cette fois, d’une aventure à la tristesse acidulée.

Iban était un père de famille basque (ça ne s’invente pas) qui avait surtout envie de me raconter sa vie. Il était gentiment marié et père de famille et jusqu’ici, tout était allé plutôt bien. Seulement, sa femme était toute retournée par l’un de ses frères qui était prêtre et ne voulait plus l’être. C’est qu’ils étaient plus ou moins catholiques dans sa famille et cette entorse à la religion, soudain…Lui, encore, il pouvait comprendre mais sa femme, alors. Au lit avec cet homme qui n’était pas allé par quatre chemins pour me faire des propositions, je fus surprise qu’une fois sa fougue tarie, il me prit comme confidente. A la fin de la nuit, j’aurais pu aller à Biarritz et trouver sa maison les yeux fermés tant il m’avait donné de détails sur elle. J’aurais aussi reconnu ses enfants dans la rue…

Écrire sur ce basque me fit beaucoup rire. Je donnai de moi une image naïve sans être ridicule. Pauvre Isée, nue dans un lit, à côté d’un homme qui ne l’honorait pas mais lui racontait sa vie et l’empêchait de dormir…Je ris de moi mais modérément. Iban était un brave type et certainement pas un coureur mais il n’avait pas fait preuve d’une grande finesse d’esprit. Le texte que j’écrivis était léger et drôle. Il n’était pas excellent mais Phillip eut l’élégance de ne pas me le faire remarquer. Il nota tout de même que je venais de vivre quatre expériences très différentes qui m’avaient donné du plaisir tout en me faisant éprouver de la jalousie ou du dépit. Pour lui, cela suffisait. Il était satisfait. Je passai outre néanmoins. Pourquoi ? Parce que je n’imaginai pas du tout que je puisse me heurter à une réalité difficile. Je ne pourrai indéfiniment jouer au jeu de « mes petits récits » mais je pouvais tout de même les conclure par une note différente. Je décidai donc que j’aurais une aventure haute en couleur et mouvementée avec un touriste espagnol ou latino qui cacherait bien son jeu. Phillip accepta mais je ne le sentis pas enthousiaste. C’était à moi de lui montrer qu’il avait tort !

Comme novembre finissait, je rencontrai un samedi soir un Andalou en goguette qui voulait s’amuser à Paris. Je buvais seule une eau gazeuse dans un café situé près de mon école quand il se mit à me parler dans un anglais approximatif. Il me trouvait jolie. Nous échangeâmes nos numéros et je trouvai cela bête à pleurer. Il était beau garçon, ça, je devais le reconnaître mais pour ce qui est de l’amour physique, ses conceptions n’étaient pas les miennes. L’ayant rejoint dans son hôtel, il me servit copieusement à boire de telle façon que la tête me tourna. Il se jeta littéralement sur moi et cessant de parler son pauvre anglais horriblement accentué, passa à l’espagnol tel qu’on le prononçait en Andalousie et se mit à m’insulter. Il suffisait de voir la colère tordre son visage pour se douter de ce qu’il disait, même si ses propos m’échappaient. Il me frappa avant et après m’avoir prise et ceci à plusieurs reprises. Pour Iban, j’avais écrit : « père de famille, bienveillance, soucis » et pour ce Guillermo que j’avais pensé rencontrer « le soleil et la passion ». Je m’en voulus vraiment d’avoir utilisé des mots fantaisistes qui allaient, sans que je puisse m’en douter, recouvrir une réalité cruelle. Mais Phillip, quand il apprit ma mésaventure, fut consternée. Je n’avais pu quitter l’hôtel qu’à l’aube car j’étais entravée et j’avais des marques sur le corps et au visage. J’avais vu un médecin qui n’avait pas été dupe mais m’avait donné un arrêt de travail assez long, histoire que mon visage redevienne présentable. Hammer me donna un rendez-vous pour que nous puissions nous parler sur Skype. Il ne l’avait jamais fait ; quand il me vit sur l’écran, il réprima un haut le corps. Que j’aie des aventures diverses qui donnaient naissance à des textes singuliers lui plaisait mais non que je sois battue.

-Vous avez mal ?

-Non, ça va.

Il parlait un français impeccable.

-Vous avez porté plainte ?

-Mais non ! Qu’est-ce que j’aurais raconté ?

-Ce qu’il y a eu.

-Je ne peux pas faire ça.

-Je comprends. Je suis désolé.

-Moi-aussi.

Il ne put s’empêcher de sourire mais je le sentais plein d’attention.

-Vous n’avez pas pu deviner qu’il deviendrait violent ?

-On a pas mal bu et il a pris des cachets. C’est cela, je crois…Il s’est transformé brusquement…

 

2 mai 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 2. Une invitation merveilleuse.

 

Laurence-Olivier

 

Une complicité ambigue unit la jeune Isée, enseignante, et l'Américain Phillip Hammer. Celui-ci, retournant aux Etats-Unis, l'invite...

Hammer était superbe, brun, le bel ovale de son visage, le v de son pull-over et ses yeux qui brillaient. Je n’avais ressenti aussi fort la séduction que cet homme pouvait dégager.

-C’est de ma faute, je crois. Je m’excuse vraiment…

-De votre faute ?

-Oui. Ce que vous avez écrit m’a fasciné. Vous sembliez avoir un pouvoir sur les événements. Il ne suffit pas de dire qu’on veut vivre ceci ou cela pour tout se passe comme on le souhaite mais vous, on aurait dit que vous influenciez le futur pour qu’il se conforme à vos souhaits. Tout vous a souri jusqu’à cette mauvaise rencontre. Ce n’était pas une histoire pour vous.

Je ne voulais pas aborder davantage ce sujet douloureux. Une fois de plus, je tentai de le faire parler de lui…

-Vous en avez des aventures, vous ?

-Oui.

-Et ce n’est pas pareil ?

-Non.

-Pourquoi ?

-Il m’arrive de payer. Ce sont des professionnels ou des jeunes qui se mettent dans un réseau parce que l’argent est facile. Tout est très encadré et de toute façon, c’est vraiment de temps en temps. Je pourrais coucher avec le jeune peintre ou le jeune sculpteur qui veut que j’expose son œuvre mais que je veuille ou pas mettre son travail en valeur, c’est trop compliqué ensuite. Alors, de ce côté-là, je ne fais rien.

-Et Vincent ?

-Se heurter à la violence lui est arrivé deux fois mais c’était il y a longtemps. La deuxième fois, il a été frappé fort, plus fort que vous et il a eu peur. Le type voulait l’étrangler. Il a réussi à s’échapper…Il est beaucoup plus calme avec les aventures maintenant et de toute façon, il ne pense qu’à la musique.

-Mais il est quand même jaloux. Il est de chair.

-Je vous l’ai dit ; les aventures que j’ai sont très espacées. C’est d’autre chose qu’il est jaloux. J’ai une bonne position sociale avec cette galerie qui marche très bien.

-Et les filles ?

Il eut un rire embarrassé.

-Il y a ce problème avec lui. Elles lui plaisent, c'est sûr...

J’explosai tout d’un coup.

-C’est trop terrible, trop limité, trop réel, tout cela…Je me sens veuve.

-Comment cela ?

-Veuve de tous ces espoirs, de toute cette gaîté. Le Basque, c’était drôle, les autres, c’était surprenant et…

-Votre dernière rencontre était violente. Sur celle-ci, il ne peut y avoir de texte. Mais les autres ont été bons. Vous vous êtes mise en scène de belle manière.

-Non, non…

Il fit un geste de la main pour m’apaiser car je pleurai.

-Que vous arrive-t-il ?

-Est-ce vous qui présumez trop de moi ?

-Non, je vous vois telle que vous êtes et je vous estime. Vous êtes si différente…

-Mais qu’est-ce ça veut dire ? Hein ?

-Calmez-vous. Vous êtes une jolie jeune femme. Le garçon du Montana vous contacte toujours ?

-Oui.

-Il vous invite à aller le voir ?

-Oui.

-Vous voyez !

-Et New York ? Vous voulez venir en vacances ?

-J’aimerais.

Je le vis hocher la tête.

-Venir deux semaines, vous pouvez. On travaille dur tous les deux mais on s’occupera de vous. Mais c’est plutôt…

-Plutôt ?

-Votre vie à Paris. Voulez-vous la poursuivre ?

-Pas toujours.

-C’est cela qu’il faut savoir. Vous parlez bien anglais et vous êtes invités par deux Américains. Pardon, trois…Vincent sera d’accord.

-Que sait- il de moi ?

-Vous m’avez donné des cours et vous êtes sympathique, c’est tout.

Je crois que mes yeux brillaient à travers mes larmes.

-L’Amérique pour autre chose que des vacances, vous y penserez, Isée ?

-Oui.

29 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3.

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3. Fêtes.

Invitée à New York par son ancien élève Phillip Hammer, Isée, jeune enseignante, passe des fêtes de fin d'année inattendues et ambigues.

Je ne m’étendrai pas sur la fête de Noël où, à la veillée, j'allais avec Phillip à la cathédrale Saint-Patrick suivre un office catholique qui le concernait peu puisqu'il était de souche protestante mais me renvoyait à la piété de mes parents, lorsque j'étais petite. Nous nous retrouvâmes chez lui tous les trois pour un de ces jolis dîners que savait lui concocter son employée de maison mexicaine, Juana. Je me posai pas la moindre question sur le fait que nous passions là une veillée très inattendue et me sentit sereine. Le lendemain, loin du bel appartement de Hammer et des décorations raffinées qu'il avait placées çà et là pour évoquer cette fête de la Nativité, il m'emmena chez une de ses sœurs qui vivait à une heure de New York dans une banlieue huppée où elle l'invitait à l'occasion de certaines fêtes. Je fis connaissance du mari de celle-ci, un avocat de renom et rencontrai sa mère qui était arrivée de Boston l'avant-veille. Elle avait effectivement un air très mélancolique. Son père n'était pas là, le couple ayant divorcé sur le tard. Tout dans cette maison respirait l'opulence et Joanna (c'était le nom de cette sœur) veillait avec fierté sur ses quatre fils dont deux étudiaient déjà dans des universités de l'Ivy league tandis que les deux autres (elle n'avait enfanté que des garçons) fréquentaient les meilleurs internats privés. Le dernier -né avait douze ans. Voilà une femme et une mère qui ne laissait rien au hasard. Liz, la plus jeune sœur de Phillip était mariée à un diplomate en poste en Australie depuis peu. Le couple se voyait contraint et forcé de ne pas rejoindre New York cette année-là et s'en voyait navré. Peut-être me serais-je mieux senti s'ils avaient été là car, sur les photos du moins, ils paraissaient plus détendus et sympathiques que ce couple Davidson que je vouais rapidement aux gémonies. Je m'ennuyai ferme et me contentai de jouer mon rôle de gentille française en vacances aux États-Unis et Vincent fit de même à la différence qu'il était victime d'un léger ostracisme dû à son origine sociale et à son orientation sexuelle. Phillip avait la même mais il avait de l'argent et une parole forte. Le contrer revenait à se voir infligé des remarques cinglantes. La journée passa malgré tout et je me dis qu'au moins, je savais ce qu'était une fête de Noël en Amérique chez des gens qui ne manquaient de rien ! Je savais aussi quel poids de stéréotypes les Américains véhiculaient sur les Français ! J'eus droit à la baguette, aux crêpes, à "Je suis Charlie" et au jeune président Macron qui redorait l'image d'un beau pays en proie aux attentats terroristes ! Je répondis je crois à peu près à toutes les questions qu'on me posait et quand nous prîmes congé, dans la voiture de Phillip, je me tins coite. Je regardais la nuque blonde de Vincent et me demandai comment il pouvait se débrouiller d'un pareil univers. Seule dans l'appartement de madame Hammer (j'avais dû la remercier au passage pour son hospitalité), j'écoutais tout le rock violent dont je disposais. Phillip avait mis toutes sortes de cd et de dvd à ma disposition. C'était le moment de se passer les nerfs.

Quand allai-je voir un opéra de Mozart au Metropolitan opera avec Hammer ? Peu de temps après le vingt-cinq décembre. Tout le monde était très habillé. Nous avions de bonnes places et il m'avait offert une tenue. C'était une robe noire qui tombait aux genoux et dont le haut, transparent, était incrusté de perles.

Quand allai-je réentendre Vincent dans les boites où il jouait, seule puis avec Phillip (ou l'inverse) ?

Quand fis-je du patin à glaces au Rockefeller center avec le beau trompettiste? J'étais maladroite et il était aérien.

Quand fis-je seule l'ascension de l'Empire state building et rit en voyant ma photo mise en vente (comme celle de temps d'autres) à la descente?

Quand allais-je faire une excursion en bateau avec Hammer et Vincent pour m'approcher d'Ellis Island et de la statue de la liberté?

Quand fut-il décidé que dormir dans l'appartement de madame Hammer ne me convenait pas et qu'au bout du compte, passer quelques nuits chez Vincent ne me ferait pas de mal?

Quand dînai-je avec eux près de Times Square et me sentis-je prisonnière d'eux ? Je devinai alors que rien ne pourrait bien se terminer. Hammer était ambivalent, m'interdisant Vincent tout en me faisant comprendre l'inanité de mon attirance pour Zacharie. Et Vincent, tout en s'affichant interdit, me provoquait...

25 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Hammer en colère.

TABLEAU ANDREW SALGADO

Phillip, le galeriste qui a invité Isée en vacances à New York, se fâche...

Le lendemain, étrangement seule, je déambulai dans New York quand je reçus un appel de Phillip. Sa voix était avenante. Il m'attendait chez lui trois heures plus tard. Contente, je m'y rendis. Il était seul, vêtu comme souvent de façon élégante et sobre mais luxueuse. Concernant son absence, il n'expliqua rien sinon qu'ils étaient tous deux invités ailleurs. Vincent jouait dans un club que je ne connaissais pas ce soir-même et répétait. Au fur et à mesure qu'il parlait, mon hôte devenait distant, je m'en rendais compte et il devint vite concis et cassant. Il alla prendre sur un bureau le beau livret que j'avais fait pour Vincent et le posa sur une table entre nous.

-Reprenez-le.

-Vous le lui avez pris?

-Non, il me l'a donné.

-Pourquoi aurait-il fait cela?

-Parce qu'il est normal qu'il le fasse. Ce sont des délires.

-Pas du tout. C'est un hommage.

-Et comment doit-il vous remercier?

Je rougis. Hammer devint glacial.

-Alors?

-Parce qu'on remercie toujours pour un cadeau comme ça. Il le fera, il est sensible...

-Et désirable. Et il cédera, c'est cela ? De toute façon, vous ne voulez pas qu'il vous résiste et s'il le fait, vous lui direz tout n'est-ce pas?

-Jamais de la vie !

-Mais bien sûr que si. La réalité, vous ne l'aimez pas alors vous transformez tout.

-C'est faux.

-C'est vrai. Paul revenait vraiment vers vous mais vous préférez vous dire que, finalement, vous ne l'aimiez plus. Et ce jeune du Montana, il était certainement amoureux mais vous laissez le temps passer et ses espoirs devenir petits.

-Je ne comprends pas.

-S'intéresser à moi et à lui est tellement plus motivant !

-Là, c'est vous qui interprétez. Et puis, on ne parle pas de cela. Vincent, j'ai été maladroite parce que tout est faussé. J'étais vous, on échangeait des paroles d'amour...Tout cela m'a mis dans une grande confusion. Mais je vais m'expliquer avec lui et il ne sera question que du livret.

-Non, vous ne vous expliquerez pas avec lui.

-Je ne comprends pas. Pourquoi?

-Il ne le désire pas. Il vous aurait appelé sinon.

-C'est vous qui lui interdisez...

Il soupira.

-Il m'a donné ce recueil et s'il l'a fait c'est pour que je le lise. Je l'ai fait. C'est très joli mais ça l'embarrasse. Vous l'embarrassez.

-Je le comprends, Vincent, vous savez.

-Oh ! Encore mieux. Vous fouillez dans ses affaires. Vous le regardez dormir. Vous êtes prête à prendre l'initiative...Il sait tout cela. Isée, c'est de la folie, pas de la compréhension.

-Il ne s'est rien passé !

-En effet. Vous redescendez sur terre ?

-Cette Kate. Il...Il couche toujours avec elle!

-Je sais. De temps en temps. Autre chose?

-Il a des tas d'aventures.

-Il en a moins.

-Vous lui faites du mal, je pense. Vous le dominez.

-Vous pensez cela parce que je vous ai fait jouer un rôle étrange. Je voulais qu'il revienne et j'ai pris ce biais-là. Il était retors, ça je vous l'accorde mais ça a fonctionné. Maintenant, de ce qui nous lie car nous sommes liés, vous vous en êtes rendue compte, vous ne savez rien et de toute façon vous en resterez là.

-Mais qu'est-ce qui se passe? Ce sont de petits textes, des hommages...

-Il ne les a pris comme tels. Il vous a emmenée danser. Vous êtes forcenée, vraiment après lui. A Paris, vous étiez après moi. Et tout cela en vain.

-J'étais après vous car je vous admirais passionnément. C'est toujours le cas. Mais vous êtes tellement au-dessus de moi ! Lui, il est maladroit comme moi.

-Pas comme vous, non.

-Vous ne pouvez me parler ainsi. Vous m'avez invitée !

-C'est vrai. Je pensais que vous aviez l'imagination vive et envie de vous ancrer dans une autre réalité. Mais pour vous, il n'y a que l'imaginaire. Vous êtes comme une enfant devant une vitrine de Noël. Vous attendez, vous rêvez...Comme cette préadolescente nue du tableau de Paul Chabas, si mièvre en fait...

Je m'étais levée, mal à l'aise.

-Mais enfin, Phillip...

-Il vous reste quelques jours à passer ici. Retournez chez ma mère et organisez vos journées.

J'étais livide.

-Mais ça ne peut être ainsi.

-Si. Donnez-moi les clés de son appartement. J'y prendrai vos affaires et vous les porterez. Je suis accessible. Pas lui. C'est comme ça.

J'étais comme une voleuse et je dus bien obéir non sans m'être plainte encore.

-Il est désarçonné mais il comprendra et me contactera.

-Non.

J'allais seule dans l'appartement de sa mère et m'abstins d'appeler le jeune homme qui désormais m'était interdit. Il le ferait, lui, qui aimait tant passer outre les ordres...

 

24 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3.

AAAA

 

4 Retour au réel.

Les semaines suivantes furent difficiles. Je n'avais revu ni Vincent ni Phillip avant mon départ et constatant qu'ils ne m'avaient pas rayé de leurs contacts, je leur avais envoyé mon dernier texte. Jusqu'à maintenant, ni l'un ni l'autre ne l'avaient commenté et il était probable qu'ils ne le feraient pas. Pendant mon séjour à New York, j'avais plusieurs parlé au téléphone avec Zacharie sans lui livrer autre chose que des impressions de touriste ravie. A mon retour à Paris, je décidai d'être franche et lui fis, par courriel, le récit clair de toute ma relation avec Phillip Hammer en omettant cependant de dire que celui-ci m'avait, une seule fois, brièvement et de façon très intense, fait l'amour...

 

23 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Confidences délicates.

 

CONFIDENCES

 

Isée a été échaudée par deux Américains. Elle se confie à son ami Zacharie mais craint que celui-ci comprenne mal.

Je pensais vraiment que droit comme il l'était, mon jeune Américain du Montana serait effrayé de découvrir une image de moi bien différente de celle qu'il connaissait et que notre relation prendrait fin. Il n'en fut rien. Il ne me chercha pas d'excuse mais considéra clairement Vincent et Phillip comme des manipulateurs. A Paris, tout avait bien commencé et j'avais de quoi me réjouir. Ces histoires de femmes écrites en commun! Il trouvait l'idée très bonne et demandait à les lire. Pour lui, c'est à partir des jeux de rôle que la manipulation avait commencé. Il ne m'excusait pas et trouvait que j'avais été très imprudente peut-être parce qu'en effet j'aimais rêver et fantasmer mais il était sévère avec Hammer. Me faire parler à sa place pour reconquérir son amant, c'était malsain d'autant que, selon lui, il n'était même pas sûr que la dispute fût si violente. C'était peut-être un jeu entre eux. J'avais accepté d'entrer dans une spirale et à partir de là, Hammer était devenu tout puissant. Ces aventures que j'avais eues car il me disait d'en avoir puisque mon amour perdu l'était définitivement, il trouvait ça cruel, Zacharie. Hammer voyait juste en me trouvant naïve et assez faible et tout en me poussant "à vivre ma vie", il avait réglé ses comptes avec les femmes. Quant à ce Paul que j'avais éconduit, il pensait que je n'étais pas moi-même; Inconsciemment ou consciemment, Hammer ne voulait sans doute pas que je renoue avec lui. Je lui aurais échappé. Il ne le souhaitait pas mais n'en avait rien dit. Pour me prouver sa bonne fois, il m'avait fait venir à New York. Là, il m'avait mis face à Vincent. Sur ce dernier, Zacharie n'était pas tendre. Certainement une belle allure et un talent de musicien mais peu de morale et beaucoup d'assujettissement. Hammer me l'avait rendu désirable avant même que je ne le voie et en le découvrant, j'étais tombée dans le panneau. La fin brutale de ma relation avec ces deux types montrait bien à quel point ils se sentaient supérieurs aux autres et aimaient se jouer de ceux qu'ils estimaient faibles. Et faible, avec eux, je l'avais été. De cela, je ne pouvais être fière...Par ailleurs, Zacharie était mécontent que j'aie eu des aventures tout en le voyant car c'était déloyal mais en même temps, on se connaissait peu. Il était étonné que j'aie si peu d'estime pour moi-même. Si j'en avais eu davantage, ma relation avec Hammer aurait vite tourné court et il aurait dû chercher une autre proie. Selon lui, j'étais un excellent professeur de langue. Quand il avait été mon étudiant, toute la classe m'adorait et lui-aussi. J'avais de l'abattage et j'étais très compétente. Et puis, j'étais jolie. Je n'avais pas l'air d'en être sûre mais lui me l'affirmait de la même façon qu'il me soutenait que j'avais de la valeur. Pour lui, il fallait que j'oublie ces deux types et que je ne m'accroche à rien qui puisse me les rappeler. Même pas des photos. Ils ne m'avaient pas rayé de leurs contacts parce qu'ils étaient perfides. Ils m'avaient mal traitée à la fin et dans ces cas-là, c'est souvent celui qui est victime qui demande des explications, ou cherche à se justifier. Je ne devais pas céder. Le faire, c'était comme demander pardon or c'est eux qui avaient été agressifs.

Il ne m'excusait pas, il était même furieux des aventures que j'avais eues pendant les mois où on se voyait mais il me considérait comme un personne responsable qui devait tirer une leçon d'une sale histoire. De ce fait, sa lettre me fit beaucoup de bien. De mes relations avec Phillip et Vincent, je n'avais pu parler à quiconque de cette façon. Il était le premier dépositaire de ma saumâtre expérience. Comme il insistait, je lui envoyai les textes sur Ruth, Carolyn et Louise et il s'enthousiasma. Il me demanda aussi de lui fournir un ou deux des textes que j'avais écrits pour Vincent.

 

23 avril 2023

ISEE ET LES DEUX VISAGES. Partie 3. Sortie vivante du tableau...

QUI PLEURE

 

Et je pleurai beaucoup moins. J'avais hérité d'une bonne somme donnée par mes parents et le studio près des Invalides était désormais à moi. Je ne réfléchis guère, donnai ma démission à l'école et décidai d’avoir une autre vie. Bien sûr, je ne pouvais quitter ni mon emploi ni Paris aussi vite mais au début du mois d'août, il fut décidé que je serais pour deux mois à Billings, dans le Montana. Zacharie et moi, on ne se promettait rien. Il avait trouvé une petite maison pour moi et j'avais réservé une voiture. Il travaillait mais trouverais du temps pour faire des randonnées et m'initier à la pêche. Je pourrais même faire du cheval. A cette idée je ris beaucoup car j'avais toujours eu une peur irraisonnée de ces beaux animaux mais c'était, je le reconnais, une proposition séduisante.

Les semaines passèrent et j'arrivai ainsi à la veille du départ. J'avais quelques temps plus tôt joyeusement fêté mon départ de l'école de langue, dîné ça et là avec mes amis et libéré le studio que, désormais je louais. J'avais mis de l'argent de côté car je ne voulais pas dépendre de Zacharie et en attendant de m'envoler, je séjournais une dizaine de jours chez mes parents. C'est là, au moment même où je sentais s'ouvrir une nouvelle vie que je reçus un étrange message de Vincent.

Bonjour, Isée. Tu es sortie vivante du tableau. C’est bien. Tu t'es heurtée à un homme de désir et ça, c'est toujours difficile. Je suis désolé. C’est sincère. Vincent.

Désolé de quoi? Il ne le disait pas. Et il ne précisait pas non plus si l'homme de désir c'était lui ou l'autre. A y bien repenser, c'était Phillip, l'homme de désir. Toute mon histoire avec lui me revint en mémoire et bien sûr, tout ce que j'avais vécu d'intime et d'intense avec lui. Mais refusant à toute autre lecture, je me dis que j'avais été folle et imprudente de m’approcher d’un être aussi charismatique et aussi double. Je ne devais pas oublier la leçon reçue. Quant au fait que Vincent ait pu m’écrire car il était enfin au courant de l’étrange rôle que j’avais joué en lui parlant comme si j’étais son amant, j’écartai vite cette probabilité. Il ne m’aurait jamais recontactée dans ce cas. Cela signifiait aussi qu'il ignorait que Phillip m'avait fait l'amour...

 

21 novembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Caterina Signorella.

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A Naples où ils se réfugient, Lucas et Nicolas, deux enfants en fuite, font la connaissance d'une italienne, Caterina Signorella...

Grande, mince, assez belle, Caterina Signorella était médecin. Elle était brune et avait les yeux dorés. Son phrasé, lent et distingué, contrastait avec le débit rapide du jeune italien, le premier guide. Elle était napolitaine d'origine et son érudition, contrairement à celle de l'ange italien qui avait pris les deux garçons en charge, n'avait rien de factice. De Naples, elle savait beaucoup.

Ils commencèrent par marcher, comme Lucas l'avait fait précédemment mais cette fois, il n'était que deux. Naples restait pour lui une ville étonnante par sa beauté et sa vitalité. Il avait grandi dans une petite ville grise aux longs hivers et s’émerveillait des couleurs de la ville et l'omniprésence du soleil. La maladie l'ayant souvent contraint à mener une vie sédentaire, il s’étonnait des bateaux qui entraient et sortaient du port, que ce soit pour emmener les passagers dans les îles proches ou les conduire vers des destinations plus lointaines. Ainsi, le monde était vaste et il pouvait être parcouru. C'était là une belle nouvelle, d'autant plus précieuse que la présence du volcan, à Naples, rendait toute existence humaine plus précieuse...

Signorella ne reprit pas la visite là où Stefano l'avait laissé. Elle changea les axes. Ils alternèrent les errances dans les marchés où ils achetaient de quoi pique-niquer et les visites d'église ou de maisons de maître. Toutes n'étaient pas dans les guides et beaucoup signalées comme immuablement fermées au public ou encore ouvertes à des horaires si changeants que nul ne parvenait à les voir. Avec elle, rien de cela n'advenait. Ils découvraient des villas entières, fleurant bon le siècle précédent, des maisons-musées où s'étalaient des meubles magnifiques et où les armoires étaient encore pleines de vêtements. Dans les rues, elle lui montrait d'étranges crèches sous verre et de curieuses statues de la Madone veillant sur les carrefours et les habitations environnantes. Lucas était bien jeune pour saisir toute l’ambiguïté de cette ville où le paganisme et l'amour des délices terrestres le disputaient au catholicisme et à ses dogmes mais ce bouillonnement qui rendait Naples unique, il le saisissait. Qui des dieux du panthéon romain ou du Christ en croix l'emporterait ? C'était difficile à pronostiquer et surtout le vainqueur n'était jamais le même.

On pourra s'étonner qu'un enfant si jeune se plaise dans des églises aussi monumentales que celle de San Gennaro ou du Gesu Nuovo ou encore qu'il aime follement la chapelle Sansevero ! Mais il allait ainsi de Lucas car il trouvait dans ces lieux une célébration de la vie après la mort qui l'emportait. Il en aimait l'aspect théâtral et la grandeur et jamais il ne plaignait, questionnant sans cesse son élégante hôtesse napolitaine.

Il ne lui parut pas déplacé non plus de se rendre avec elle au cimetière de Poggioreale où il découvrit d'abord des marchandes de fleurs. Avec Signorella, il déambula longuement entre les tombes avant d'aller sous terre. Il est vrai que, dans ce cimetière, certains caveaux étaient aussi vastes que des immeubles de plusieurs étages. Il n'était donc pas surprenant qu'ils contiennent des salles souterraines voûtées dans lesquelles s'entassaient des crânes et des ossements. La plupart d'entre eux étaient encastrés dans les murs mais d'autres figuraient dans des sortes de boites. A première vue, l'ensemble était insolite que macabre mais l'enfant se dégagea vite de tout jugement négatif. La ville était immense et n'avait cessé de croître. Elle existait aussi dans l'antiquité. Aussi la mort y faisait-elle partie du quotidien des gens à cause du volcan certes mais aussi à cause de la multiplicité des invasions, des guerres et des conquérants qui, pour asseoir leur pouvoir, réglaient leurs comptes à leurs ennemis. Toute vie était précieuse et toute mort honorable. C'est ce que disait ce grand cimetière très fréquenté. Que l'on soit enterré « en haut » dans un beau cercueil et à une belle place ou que l'on soit « en bas » avec d'autres inconnus, réduit à la simple expression de son squelette, on avait le droit d'être en paix, heureux pour l'éternité et vénéré. Aussi Lucas s'y sentait-il heureux...

 

14 décembre 2020

LUCAS ET KIRYLL. Une drôle de vie.

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Enfant malade que rien ne guérit vraiment, Lucas est très entouré par ses parents qui ont bon espoir...

A huit ans, Lucas avait une drôle de vie. Il sortait peu, sa « maladie » l'invalidant mais rayonnait d'intelligence et de gentillesse. Cependant, Jérémie et Noémie le savaient, ce maintien à la maison heurtait l'ordre social. Les années passaient et il devenait essentiel était de placer l'enfant dans une structure conforme aux usages de la société. Après tout, dans un internat lointain, il serait soigné, socialisé et instruit avec d'autres enfants. Voilà le discours qu'on leur tenait.

Sentant que Lucas allait leur échapper s'ils laissaient faire, Noémie et Vincent menèrent une véritable campagne de persuasion auprès de leur jeune fils. Celui-ci voulait-il être séparé d'eux ? Non, assurément. En ce cas, il devait aller à l'école du village. On lui faisait l'école à la maison, c'était autorisé. Depuis un an, une institutrice à la retraite officiait auprès de lui et s'en tirait très bien. Il n'était pas en deçà des élèves qui allaient en classe, il était même au-dessus de beaucoup d'entre eux mais le problème n'était pas là. Il se confrontait pas aux autres. Il n'était pas assez socialisé. Son état physique était certes fragile mais trop de protection familiale l'empêchait de devenir plus fort...Voilà ce qui était dit à ses parents. Il ne fallait pas qu'il fût si différent...

De nombreuses discussions eurent lieu. On se mettait à sa portée. On se répétait.

L'enfant saisit très vite les enjeux de tels échanges.

Ses parents n'ayant jamais connu l'échec, s'en voulaient de le voir si maladif. Au fond de lui, le petit garçon ne trouvait pas stupide les discours des médecins et des psychologues. Être placé dans une structure hospitalière ne lui enlèverait pas définitivement ses parents mais lui permettrait de s'ouvrir à d'autres expériences. Il deviendrait « un grand garçon ». C'était tentant mais il se garda bien de le dire. Face à la détresse de son père et de sa mère, Lucas décida qu'il fallait jouer le tout pour le tout. Justifier de son maintien dans le village exigeait qu'il fût en bonne santé.

Qu'à cela ne tienne, il se conforma à ce précepte. Ses accès de fièvre s'espacèrent, sa peau ne fut plus la proie de maladies bénignes, il prit du poids et déclara vouloir faire du sport. Bientôt, il n'y eut plus d'obstacle à l'inscrire à l'école du village. Encore malingre, il y parut d'abord en mauvaise posture. Jérémie et Noémie pensèrent le reprendre à la maison où il serait enseigné comme avant mais ils n'eurent pas la possibilité. Sur le plan scolaire, Lucas se débrouillant très bien, il était à craindre qu'il se fît plus d'ennemis que d'amis, compte-tenu de son passé. Or, le petit garçon était rusé, qualité dont ses parents le croyait dépourvu. Pour ne pas être embêté, il fallait neutraliser les gros bras de la classe.

 

LETTRE M

Cela, Lucas le comprit vite. Quelques bagarres, quelques moqueries, quelques alliances conçues au bon moment, cela suffit. Il courait vite, il était petit mais avait le coup de poing facile. En outre, il savait offrir une aide aussi discrète qu'inattendue à des élèves bagarreurs mais faibles en français ou mathématiques. C'était un être adroit. Son instituteur s'en rendit compte et s'en amusa : ce petit Lucas qui arrivait dans sa classe avec un handicap certain, tirait fort bien son épingle du jeu. Il se faisait une place. Et pas n'importe laquelle ! Pensez donc : hier malade et aujourd'hui guéri ! Fraternel certes mais capable de vous remettre à votre place ! Jusqu'à sa laideur qui se transformait en beauté ! Vraiment le genre de prodiges qui rassurait l'éducation nationale !

Deux ans durant, le « miracle » se poursuivit. Lucas eut les meilleures notes. A la fin du CM2, il pouvait raisonnablement penser qu'au collège, il n'aurait aucun problème.Certes, il serait interne mais il viendrait tous les week-ends et aux vacances.

 

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LE VISIBLE ET L'INVISIBLE. FRANCE ELLE.
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